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Notes :
Le prompt :
Imaginez la réaction et les éventuels changements produits pour la vie de votre personnage (ou vous-même) après la rencontre d'une créature ou la découverte d'un objet issu de l'imaginaire. Cela a lieu dans une situation apparemment ordinaire de la vie.
Il fallait inclure cinq mots obligatoires : disgrâce, guichet, piètre, romarin et vulnéraire ; et une phrase obligatoire : « Ce n'est pas comme ça que j'imaginais les choses » dans le texte.
Pour ne pas influencer les votes tous les textes sont rangés dans la même catégorie. Cela sera corrigé lorsqu’ils seront réattribués à leurs auteurs respectifs.
Je n’avais pas pensé que ça puisse exister pour de vrai. Je veux dire, vraiment pour de vrai. Dans la vie on dit toujours qu’il y a le réel d’un côté et l’imaginaire de l’autre. Point barre, retour à la ligne. Mais au-delà de tout ce qu’on peut croire, il y a des choses dont on espère tellement qu’elles soient réelles que, le jour où on les rencontre, tout ce qu’on a bien pu imaginer s’en trouve bouleversé.
Mon voisin est le Père Noël. Si si, je vous jure !
À la réflexion ça explique pas mal de choses, la livraison incessante de bottes de foin dans son appartement du troisième étage en plein centre ville entre autres, mais sur le coup il a fallu que je me frotte les yeux une bonne paire de fois… et que j’avale cul sec le fond de ma bouteille de rhum par la même occasion.
Que je vous raconte, quand même, comment j’ai découvert cette énormité ! Quoi qu’il en soit, c’est certain ; ce n’est pas comme ça que j’imaginais les choses !
Tout a commencé début janvier de l’année dernière. Je venais d’emménager dans un petit meublé au troisième étage sans ascenseur d’un vieux bâtiment, avenue Jean Jaurès, dans le septième. Les voisins du dessous préféraient me voir galérer avec mes cartons et me dévisager plutôt que de me donner un coup de main, mais je n’en fus guère étonnée ; on m’avait prévenue que dans le coin, rares étaient les personnes vulnéraires. Je fus en revanche beaucoup plus surprise de voir la porte de mon voisin de palier s’entrebâiller alors que je montais les dernières marches puis se refermer brusquement dès mon premier pas dans le couloir. Comme s’il ne voulait pas me voir. Ou plutôt comme s’il ne voulait pas être vu…
Je m’installai et pris rapidement mes marques. Mon voisin direct était vraiment bizarre. Il ne sortait jamais et j’entendais plein de voix aigües se disputer jusque très tard dans la nuit. Environ une fois par mois, un camion grue chargé de ballots de foin livrait sa cargaison en direction de la fenêtre mitoyenne à la mienne.
Curieuse de nature, je décidai par un après midi de mars, d’aller me présenter à lui avec une boîte de sablés maison que j’avais préparé spécialement pour l’occasion.
Il était chez lui, c’était certain ; des bruits d’outils et des chuchotements résonnaient dans le couloir. Je sonnai et tout se tut. Plus rien, comme par magie. Déçue et remontée, je ne lâchai pas le doigt de la sonnette.
— Il ne vous ouvrira pas, lança une femme âgée depuis les étages supérieurs. En revanche retirez votre doigt de cette sonnette si vous ne voulez pas vous retrouver en disgrâce avec tout le bâtiment !
J’entendis ses pas claudiquer dans les escaliers, devinant qu’elle venait à ma rencontre.
— Personne ne l’a jamais vu celui-là, reprit-elle en désignant d’un signe de tête la porte blindée qui me faisait face. J’habite ici depuis cinquante ans et je ne l’ai jamais croisé, jamais ! Il paraît qu’il est un peu zinzin du ciboulot !
— Mais, et le livreur de foin ?! la questionnai-je. Il l’a déjà vu, lui !
— Paraît qu’il ne se souvient jamais. Qu’il est comme hypnotisé. Il livre son foin – du foin dans un appartement en ville, on aura tout vu ! –, il monte se faire payer et lorsqu’il redescend, HOP ! Incapable de dire ce qu’il vient de faire. Lui aussi, il lui manque une case, je me demande comment on peut faire travailler des gens pareils !

Nous parlâmes encore quelques minutes puis elle remonta chez elle.
De mon côté, je rentrai chez moi avec mon piètre butin et décidai de mener l’enquête. Collée au judas, j’observais, des jours et des nuits durant, la porte d’en face.
Rien. Pas un indice sur l’identité de mon voisin.
Les mois passèrent. La mamie du dessus m’expliqua un jour que les anciens locataires de mon meublé avaient tous finis par déménager, les bruits de l’appartement mitoyen augmentant à l’approche des fêtes.
— Parce qu’en plus d’être invisible, Monsieur ne fait pas attention à ceux qui l’entourent ! sermonna-t-elle alors qu’elle venait m’emprunter quelques branches de romarin. Demandez plutôt au fils Bouchard ! Vous le trouverez au guichet du Crédit Agricole ! On raconte qu’il a été le seul à le voir, lorsqu’il était enfant. Il habitait au rez-de-chaussée avec ses parents…
Je ne l’écoutai plus. Cette femme m’exaspérait avec ses ragots incessants. La vérité était pourtant claire comme de l’eau de roche : elle voulait savoir tout autant que moi qui habitait en face.
Novembre arriva sans que je n’aie croisé celui que j’avais surnommé l’homme invisible. J’imaginai tout un tas de scénarios le concernant sans me douter un seul instant qu’il viendrait à moi, simplement.
J’emmenai mon neveu de cinq ans faire des courses pendant les vacances de la Toussaint. Le magasin de jouets, juste à côté de mon immeuble, était bondé à l’approche des fêtes. Le père Noël était assis au milieu d’une allée, entouré de décors rappelant le pôle Nord et attendait patiemment que les enfants s’asseyent sur ses genoux et lui donnent leur liste de souhaits.
Emportée par la bonne ambiance générale, je décidai d’accompagner Hugo qui lui raconta qu’il aimerait avoir des Playmobil et une voiture télécommandée. Le vieux monsieur en rouge et blanc portait pour une fois une vraie barbe et semblait plus patient que tous les Pères Noël que j’avais pu croiser depuis mon enfance.
— Et vous Marion, que souhaitez-vous pour Noël ?
Fatiguée par des mois d’enquête infructueuse, ma réponse ne se fit pas attendre.
— Découvrir qui est mon voisin ! lâchai-je. Il est tellement fascinant. Tout l’immeuble se moque de son mode de vie, de sa manière d’être en marge de la société, enfermé chez lui… Mais moi… Je le trouve drôle. J’imagine qu’il leur fait des grimaces derrière l’œil-de-bœuf et qu’il est un peu magicien. Ils râlent tous contre lui, moi il me fait rêver.
Il parut étonné et un peu mal à l’aise.
— Vous êtes sûre que c’est ce que vous souhaitez plus que tout ?
— Plus que tout ! répétai-je. J’ai l’impression de le connaître depuis toute petite, il faut que je sache.
Voyant la file d’attente qui s’agrandissait, il me promit d’un air gêné qu’il ferait son possible et m’invita à rejoindre la sortie.
— Mes copains, y disent que le père Noël c’est pour de faux, tata, dit Hugo alors que nous arrivions chez moi.
— Et moi je te dis qu’il faut toujours croire en quelque chose ! Tu verras que tu auras tout ce que tu as demandé, et ce sera la preuve que tes copains ont tort.

J’ignorais à ce moment-là la véracité de ma réponse !
J’avais mis de côté cette discussion et passais le réveillon du 24 décembre seule lorsque quelqu’un sonna à ma porte. Regardant l’heure – 23h45 –, je me levai et me dirigeai vers l’entrée.
Je restai surprise devant le grand monsieur en rouge et blanc qui se tenait droit devant moi, une boîte de sablés dans les mains.
La porte d’en face était entrouverte et trois lutins regardaient dans ma direction.
Il n’en fallait pas plus pour que je comprenne. Je le fixai, rayonnante, un sourire de gamine accroché aux lèvres.
— Oh oh oh ! chuchota-t-il en me faisant un clin d’œil.
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