Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Second chapitre: c'est la première journée de travail d'Ayu !
Le temps qu’Akida-san aille suspendre son manteau et enfiler son costume, Ayu se renseigna rapidement sur le fonctionnement de l’atelier. Il n’avait rien de bien exceptionnel, mis à part que le manque d’effectif du côté des maquilleurs n’était vraiment pas à craindre. Visiblement, on en avait pour quelque semaines dans ces studios-cis avant de passer trois semaines sur les scènes d’extérieur — et le reste du planning était encore en négociations en fonction du coût des décors mais aussi de celui du transport de l’équipe et du matériel... Ce qui signifiait tout de même que quelle que soit la personne qui organisait tout ça, elle avait au moins eu le bon sens de repousser les scènes en extérieur jusqu’au début du printemps.
Akida-san était tellement long à se préparer que la jeune femme eut le temps de faire un tour approfondi de la pièce ; la plupart des maquilleurs étaient des maquilleuses, et le matériel qu’on leur avait fourni était loin d’être mauvais. C’était déjà ça de pris. Dans un coin, quelques actrices discutaient avec nonchalance et dans un autre, deux jeunes hommes immenses et épais comme des cintres répétaient une petite chorégraphie sous le regard blasé d’un troisième.
Ayu décida alors de passer en revue ce qui lui servirait à transformer le jeune acteur pour l’instant mal parti en quelqu’un de franchement sublime à l’écran. Elle commença par mettre de côté de quoi lui nettoyer un peu la figure, ce qu’il n’avait peut-être pas eu l’occasion de faire s’il avait fait directement le voyage depuis la boîte de nuit jusqu’aux studios, et sortit plusieurs pinceaux pour la poudre qui viendrait à la fin ; après tout, il fallait bien quelque chose de léger pour masquer la tartine de fond de teint en crème qu’elle n’hésiterait pas à lui mettre sur la figure.
Avant qu’il ne revienne, elle décida de se garder du moindre commentaire ; elle n’avait jamais personnellement expérimenté un caprice de star, mais si deux mois de silence étaient le prix à payer pour éviter ça, alors il lui faudrait probablement s’y résigner. Après tout, deux mois, c’était très court, quand on y regardait de plus près, et puis s’il se révélait pénible, elle pourrait toujours essayer d’échanger sa place avec celle d’une autre maquilleuse du studio — il y en avait sûrement qui devaient être fan du bonhomme, dans le tas… Malgré tout, Ayu avait beau ne pas vraiment savoir d’où il venait ni ce qu’il faisait, elle n’allait probablement pas cracher sur les longs moments où elle devrait scruter et manipuler son magnifique visage – avec tout le professionnalisme du monde, bien entendu.

Soudain, son portable, qu’elle avait gardé dans sa poche plutôt que de le laisser dans son sac au vestiaire, se mit à vibrer. Elle dégaina en un clin d’œil avant de se faire remarquer avec sa sonnerie électronique à la noix. Elle venait de recevoir un mail de Yuko. Les deux jeunes femmes avaient commencé à se fréquenter quelques années plus tôt par le biais de leurs conjoints respectifs, avant la rupture récente d’Ayu. Depuis quelques mois, celle-ci sortait de plus en plus de sa réserve en acceptant de passer du temps avec Yuko, qui était somme toute la personne dont elle était la plus proche à Tokyo.
Rapidement, elle cliqueta sur les touches de son portable pour accepter de la recevoir le soir même avec sa fille Hitomi — après tout, ce n’était pas comme si elle était débordée.
Soudain, un mouvement du côté du siège derrière elle la fit sursauter ; Akida-san s’était pratiquement laissé tomber dedans, et y gisait comme une poupée de paille. Rangeant le portable, elle s’inclina vaguement, marmonnant quelques paroles de politesse réglementaires et il lui répondit sur le même ton ; visiblement, il n’y aurait pas de grandes conversations entre eux ! C’était en tout cas ce qu’espérait Ayu, car si beau qu’il puisse être, sa compagnie ne semblait pas des plus fantastiques. Elle jeta un bref coup d’œil à son visage maintenant correctement éclairé.
Après quelques essais de produit sur le dos de sa main, présentée contre le visage de l’acteur, elle arrêta sans trop de difficulté son choix sur une teinte précise. Elle avait de la chance dans son malheur : le jeune homme était peut-être un peu sonné par sa gueule de bois et pas franchement agréable, mais au moins il restait tranquille, les yeux fermés, et lui refaire la façade représentait un boulot assez amusant – un peu plus intéressant que de lui coller rapidement un coup de blush et lui redessiner le trait des sourcils, en tout cas.
D’ailleurs, pour les sourcils, il n’y avait rien à dire ; tout était épilé au poil près, c’était le summum de la perfection. Pour une femme. Il avait beau avoir des épaules étrangement larges pour un Japonais, l’acteur était beau comme une fille. La jeune femme réprima un sourire, et s’attaqua à la dernière phase du maquillage, censée fixer le tout. En général, un coup de bombe suffisait après la poudre, il y en avait même une dans la mallette, mais fixer autant de matière avec une bombe à maquillage c’était ruiner à coup sûr la plus infime possibilité de mobilité faciale. Certes, Akida-san ne semblait pas particulièrement disposé à jouer toute une palette d’émotions alors que le moindre grincement de porte ravivait son mal au crâne, mais Ayu estima qu’au cas où, il valait mieux jouer la carte de la sûreté.
Lorsqu’elle eut fini, elle s’accorda quelques secondes pour admirer son travail, et admira la beauté du jeune homme, encore plus évidente sans ses cernes de huit jours. Après s’être accordé quelques secondes pour le contempler, elle lui tapota l’épaule pour lui signifier qu’il pouvait ouvrir les yeux, et il s’exécuta. Avant tout, Akida-san prit bien le temps de scruter le miroir à la recherche d’un défaut de maquillage. Dubitatif, il déclara :
— D’habitude, j’ai besoin d’un coup de bombe.
C’était dit avec une telle morgue et une telle suffisance qu’Ayu se demanda sérieusement si elle n’allait pas lui envoyer ladite bombe dans la tête.
— J’ai utilisé une technique plus naturelle, rétorqua-t-elle. Avec ça, tout le maquillage devrait tenir aussi longtemps, mais ce sera moins sec et figé qu’avec le produit. Pour un photoshoot, on peut utiliser un produit fixant, mais pour un tournage cette technique est plus confortable.
Ce n’était pas parce qu’elle n’était pas fan des maquillages de mecs qu’elle n’avait pas fait ses classes. Après tout, le maquillage était un métier, et elle entendait bien le faire comprendre à ce bonhomme qui insinuait s’y connaître mieux qu’elle.
Après un long regard en coin aussi suspicieux que dubitatif, il la remercia brièvement et se leva – on venait de battre le rappel pour se mettre en place.
Sans un commentaire, Ayu ramassa quelques gros pinceaux et une ou deux boîtes de poudre pour quand il commencerait à briller, et lui emboîta le pas. La journée risquait d’être longue.
Et effectivement, elle le fut.
Pour passer le temps entre les prises, Ayu sympathisa avec quelques filles du staff qui avaient environ son âge. De temps à autre, elle allait redonner un coup de blush ou de poudre matifiante à son acteur attitré, lorsque le besoin s’en faisait sentir. Le tournage en lui-même n’avait rien de captivant : la première journée était consacrée aux scènes de classe, et les différents acteurs se contentaient d’intervenir sans trop en faire. Il y avait également un grand maigre au fond qui semblait ne pas tenir en place, et quelques rigolos qui cachaient leur texte sous la table. Cela dit, vu le nombre de fois où Akida-san eut besoin de plonger sous la sienne pour se remémorer ses répliques n’excédant jamais dix mots, cela ne semblait pas être une si mauvaise idée.
Un moment, Ayu se demanda si quelque chose clochait avec le maquillage ; le jeune homme limitait ses expressions faciales au strict minimum. Mais elle comprit assez rapidement qu’il s’agissait en réalité de sa façon de jouer – ou plutôt de ne pas jouer. Profitant d’une pause pendant laquelle l’équipe du décor modifiait légèrement le plateau, elle passa donner un coup de matifiant au front d’Akida-san qui somnolait tranquillement sur son bureau au milieu de l’effervescence générale avec un air pas commode, et déposa ses outils dans la mallette de l’atelier pour aller fumer une cigarette dans le local fumeur. Elle avait vu quelques membres du staff s’y engouffrer, et il lui démangeait de s’occuper les mains autrement qu’avec trois pinceaux.
Le local n’était pas particulièrement grand, mais il était aménagé : quelques sièges en plastique, une ou deux tables pour poser son café, c’était du grand luxe par rapport à certains locaux fumeurs auxquels elle avait eu droit auparavant. Elle alluma donc la cigarette qu’elle était partie chercher dans son sac au vestiaire, et tira une bouffée réconfortante. Non, décidément, la nicotine relâchait délicieusement cette tension pénible qui la rendait terriblement nerveuse depuis le matin. Ce n’était pas dans ses habitudes d’être tendue ainsi, même si récemment elle n’était pas à proprement parler dans son assiette. Ces derniers mois avaient été particulièrement difficiles, et elle commençait à s’inquiéter que ce travail n’améliore en rien son humeur générale.
Soudain, la porte du local s’ouvrit, et une poignée d’acteurs entrèrent ; Ayu repéra le sien parmi eux, ruinant consciencieusement sa couche de gloss en mâchouillant sa cigarette et en minaudant étrangement. Assise sur son siège en plastique, elle se contenta de tirer une bouffée particulièrement longue, et recracha la fumée au-dessus de sa tête ; le local sentait terriblement mauvais. Heureusement pour le casting que l’odeur ne passait pas sur la pellicule.
Bizarrement, elle termina sa cigarette à peu près en même temps que son Akida-san, bien qu’elle soit arrivée plus tôt. Elle sauta sur l’occasion pour lui demander de la suivre, histoire de refaire ses lèvres ; il la suivit en traînant les pieds, toujours pas franchement dans son assiette. Ayu se mit à prier intérieurement pour que tout ceci ne soit que l’effet de la gueule de bois, pour que très vite, il devienne un individu courtois et normal, pour que ce soit un être humain davantage qu’un zombie.
Visiblement tendu, il ne la laissa pas peaufiner les quelques détails fatigués depuis la première séance de maquillage, et retourna assez vite sur le plateau, le nez dans ses feuilles de répliques. Passablement énervée, Ayu le regarda s’éloigner en sentant la moutarde lui monter au nez. S’il ne la laissait même pas faire son travail, il n’avait pas intérêt à râler ensuite qu’on l’avait mal maquillé ! Soudain, elle entendit un petit rire derrière elle, et se retourna ; c’était le grand maigre qu’elle avait vaguement repéré au début, avec sa teinture blonde. Il lui adressa un sourire lumineux, et lui dit :
— Akida-kun est comme ça, lorsqu’il est fatigué. Il faut lui laisser un peu de temps pour se remettre, et s’il ne sort pas ce soir il sera en meilleure forme demain.
Devant son air interloqué, il sourit encore plus largement, ce que Ayu n’avait pas cru possible, et inclina rapidement la tête.
— Takashi Jinichiro. Je suis dans le casting, et… je fais pas mal d’autres trucs en plus.
Ayu lui rendit son signe de tête :
— Enchantée, Takashi-san. Je m’appelle Fuse Ayu, et je m’occupe du… du maquillage.
Sans qu’elle sache pourquoi, le jeune homme eut un petit rire.
— N’en voulez pas trop à Akida-kun, ajouta le nouveau venu. Je sais qu’il est pénible, mais on vient de finir la promotion de notre nouvel album, et la tournée a été plutôt difficile pour lui. Il lui faut toujours un moment pour sortir du creux de la vague, dans ce genre de période.
Intriguée, la jeune fille se demandait quelles questions poser pour en savoir davantage, mais elle ne fut pas assez rapide et le directeur sonna le rappel.
Le jeune homme s’éloigna, souriant, sous le regard perplexe d’Ayu qui ne savait pas vraiment quoi penser de lui. Les gens particulièrement démonstratifs ou ouverts lui inspiraient toujours une sorte de méfiance. Elle ne savait jamais vraiment sur quel pied danser avec eux, et interagir avec ce jeune homme l’avait presque mise mal à l’aise. S’il était agréable avec tout le monde, ne risquait-il pas de penser secrètement du mal d’elle ? De raconter ce qu’il apprendrait d’elle tout comme il lui faisait des confidences sur les habitudes d’Akida-san ? L’acteur qu’elle maquillait, au moins, était franc : d’une heure sur l’autre, c’était à peine s’il se rappelait de son existence. C’était très loin d’être une déclaration d’amour, mais cela suffisait largement à Ayu pour faire son travail. Elle redoutait simplement le moment où elle en aurait par-dessus la tête de le regarder toute la journée.
Le reste de la journée fut malheureusement diablement semblable et ennuyeux. Ayu fit son possible pour interagir avec le moins de monde possible, elle n’était pas de ceux qui se lient facilement et ont hâte de se faire des amis en arrivant quelque part. Non, elle était de ceux qui restent assis devant le preneur de son en ayant l’air d’avoir déjà perdu dix ans de leur vie à s’ennuyer depuis le début de la journée. Lorsque la fin arriva, Ayu récupéra ses affaires en vitesse et déguerpit, toujours nerveuse.
Note de fin de chapitre:
Et c'était la première journée dans les studios... Est-ce que cela pose le ton pour la suite du contrat, ou pensez-vous que ce n'est qu'une question de temps ? Dans le prochain chapitre apparaîtra la meilleure amie d'Ayu, à qui elle fera part de ses impressions. Et les vôtres alors ? Que pensez-vous de tout ça ? Que pensez-vous d'Akida-san ? N'hésitez pas à me le dire en commentaire, ça me fait toujours plaisir ^^
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.