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Notes d'auteur :

Nous avions laissé Ayu boire et se détendre en compagnie d'Akida-san et de son acolyte ; auront-ils profité de la soirée pour bien faire connaissance ? Est-ce que cette soirée pourrait enfin changer l'ambiance au travail ?

Le lendemain matin, elle fut réveillée successivement par une voix masculine, et un mal de tête atroce qui lui vrillait le crâne. Sa toute première réaction fut d’enfouir la tête sous son oreiller pour ne pas que la lumière du jour atteigne sa rétine. Elle avait la langue pâteuse et un atroce goût de lendemain de fête dans la bouche. À peine consciente, plusieurs questions se bousculaient déjà dans son esprit dans l’attente d’une quel-conque réponse, comme par exemple, pourquoi se sentait-elle aussi atrocement malade au réveil, qui était l’homme qui était en train de parler de plus en plus fort dans le but probable de lui fendre le crâne en deux, qui était celui à côté d’elle, nu dans son lit… Yu-kun ?
Elle écarquilla les yeux et fit un bond ; la lumière l’aveugla plus sûrement qu’un spot de défilé haute couture et elle dut se raccrocher in extremis à son drap pour ne pas exposer ses seins aux yeux de tous – mais manifestement, l’un des deux hommes présents n’aurait rien découvert… Cillant avec difficulté, Ayu tenta de se reconnecter avec la réalité du monde ; celui qui était allongé comme à la plage avec son ventre musclé dépassant délicieusement des couvertures, c’était Yamada-san, et celui qui s’énervait dans la porte de la chambre, c’était Akida-san, ou du moins, à en croire la couleur de leurs cheveux – les yeux d’Ayu ayant toujours beaucoup de mal avec la mise au point lors des réveils de lendemain de cuite. Et plus Akida-san s’agitait, plus elle sentait sa nausée monter. N’y tenant plus, Ayu saisit le drap le plus proche pour s’envelopper dedans, bondit dans la salle de bains en claquant hâtivement la porte derrière elle et se précipita au-dessus des toilettes, plus rapide que son mal au cœur. Elle toussa longtemps au-dessus de la cuvette sans autre résultat que l’aggravation de sa nausée et ses maux de crâne. En plus, elle avait des crampes partout ; un rapide examen lui apprit également l’existence d’un gros bleu sur son avant-bras droit et un énorme sur la cuisse du même côté. Sur quoi était-elle tombée, mystère, mais elle allait probablement devoir mettre la main sur la colle extra forte et passer sa journée de gueule de bois à faire le ménage. Ô joyeuse perspective.
Des bruits de voix dans la pièce d’à côté lui rappelèrent la présence de ses deux invités surprise. À contrecœur, elle s’enroula solidement dans le drap qu’elle avait emporté et re-tourna dans la chambre ; à présent qu’elle y voyait clair, elle distinguait parfaitement Akida-san accoudé au chambranle de la porte qui râlait comme à son habitude, et Yamada-san tran-quillement étendu sur son matelas, visiblement pas gêné d’être nu comme un ver dans la vive lumière matinale, mais lui aussi sérieusement atteint par la gueule de bois à en juger par ses traits tirés. Ayu leur désigna brièvement la cuisine d’un geste large :
— Y’a du café dans le premier placard du côté de la porte.
Et comme aucun des deux n’avait l’air décidé à vider les lieux, elle alla jusqu’à la porte et poussa Akida-san jusque dans la pièce d’où il venait, puis ramassa avec difficulté les vête-ments qui lui semblaient appartenir à Yamada-san – même s’il n’y en avait pas beaucoup dans cette pièce – les lui colla dans les bras et entreprit de le tirer du lit puis le pousser hors de sa chambre. Lorsque les deux bonhommes furent dans la pièce d’à côté, elle laissa enfin tomber le drap pour attraper un ensemble de sous-vêtements dans son tiroir et un t-shirt pas trop moche, et, son paquet sous le bras, elle mit de côté ses préoccupations concernant les deux invités pas décidés à repartir, pour aller prendre une bonne douche.

Lorsqu’elle arriva dans la cuisine, fraîchement douchée, ses cheveux mouillés partant dans tous les sens, elle avait déjà les idées nettement plus claires qu’au réveil. Par exemple, si elle avait pu refaire une prise dudit réveil, elle n’aurait probablement pas osé sortir la tête de sous les draps en présence d’Akida-san, à qui elle allait devoir faire face pendant encore deux mois. Deux mois à maquiller tous les matins quelqu’un qui vous a vu vous tortiller dans un drap avec une tête de lendemain de fête après avoir couché avec son meilleur ami, quoi de plus réjouissant !
Elle constata avec surprise que Yamada-san avait pris la direction des opérations en ce qui concernait le nettoyage : il avait grossièrement poussé tout ce qui était dans le chemin entre les principales portes de l’appartement. Akida-san, lui, était assis devant son café, muet comme une tombe, le regard plus que vague et les cernes… les cernes habituels. Yamada-san l’avait rejoint, l’air à peu près aussi réveillé, et Ayu se versa un grand bol de café en essayant de ne pas trop en mettre à côté, avant d’aller les rejoindre à la table qu’ils avaient probablement dépliée eux-mêmes. Tous trois restèrent un très long moment silencieux, plongés dans la vague torpeur des réveils difficiles. Ayu n’osait même pas lever les yeux de son bol de café, trop anxieuse à l’idée de croiser le regard de l’un ou l’autre de ses compagnons d’infortune. Finalement, que s’était-il passé la veille ? Ils avaient beaucoup bu, beaucoup dansé, beaucoup bu… et effectivement, des bribes de souvenirs dans lesquels elle et Yamada-san n’étaient pas distants du tout lui revenaient de temps à autre. Mais une soudaine réflexion d’Akida-san à l’intention de son ami la tira de ses pensées.
— Putain, j’y crois pas. Tu t’es tapé ma maquilleuse.
Réflexion hautement philosophique qui lui valut une tape sèche à l’arrière du crâne de la part de Yamada-san, une ré-ponse qu’Ayu aurait adoré lui donner elle-même.
— Tais-toi et bois ton café.
Akida-san grommela, Ayu se retint de faire la moindre re-marque. Mais visiblement, Akida-san était sous le choc.
— Monsieur le roi des idées foireuses est de retour, dis donc.
Yamada-san eut un petit rire et répliqua dans sa barbe :
— Eh ben, tu sais pas ce que tu rates.
Le jet de café craché par Akida-san traversa complètement la table, et Ayu poussa un cri de protestation avant de saisir vivement un torchon pour réparer les dégâts tant qu’il en était encore temps. Yamada-san se permit même le luxe de renché-rir :
— En fait je dirais même que ça fait longtemps que j’ai pas passé une nuit comme ça. Pas vrai, Ayu-san ?
Heureusement, celle-ci n’avait pas encore porté son bol de café à ses lèvres, et se contenta de le reposer pour aller ranger le torchon qui traînait, histoire de tourner le dos aux deux jeunes hommes pour leur masquer son visage qui avait sûre-ment pris une délicieuse teinte piment rouge. Pourquoi chercher à l’embarrasser avec de telles réflexions ?
— Hm, j’étais passablement alcoolisée, alors, heu… c’est flou, déclara-t-elle sur le ton le plus neutre possible.
Malheur. Combien de temps lui restait-il déjà, à revoir ma-quiller Akida-san tous les matins ? Ah oui : deux mois. Elle se tourna vivement vers Akida-san et déclara :
— La douche est libre, si ça intéresse quelqu’un.
Il la dévisagea avec morgue pendant quelques secondes avant de répliquer :
— C’est pas moi qui ai passé la nuit à faire du sport de chambre, hein.
Mais il termina tout de même son bol d’une traite et partit vers la salle de bains en donnant des coups de pied dans tout ce qui avait le malheur de se trouver dans son sillage.
Ayu et Yamada-san restèrent ainsi face à face un long mo-ment. Ne voulant pas qu’il se fasse des idées, elle finit par s’éclaircir la gorge et déclarer :
— Bon, ben, c’est sympa, une soirée comme ça, parfois. Une seule.
Le ridicule de sa remarque la fit grimacer elle-même.
Il hocha la tête, absorbé par son café… puis leva les yeux.
— Moi, ça me va aussi. En plus je t’aime bien, donc pas de problème, on en reste là.
Elle faillit pousser un soupir de soulagement, mais préféra se justifier pour ne pas vexer inutilement Yamada-san, qui était après tout d’un calibre qu’elle n’aurait normalement jamais dû ne serait-ce que croiser dans la rue.
— Ne t’inquiète pas, ajouta-t-elle, c’est pas qu’il y a un pro-blème avec toi, c’est juste que déjà, les idoles complètement canon c’est pas ma catégorie, et en plus rien qu’avec ça je me demande déjà comment je vais pouvoir faire face à Akida-san tous les jours les deux prochains mois. Oh, et, j’ai décidé d’une période de célibat en ce moment.
— Bah dis donc, célibat ne rime pas avec chasteté, chez toi, hein ? remarqua Yamada-san avec un sourire jusqu’aux oreilles.
Horriblement embarrassée, elle piqua un fard directement dans son bol de café. Les hommes beaux et sûrs d’eux, c’était décidément beaucoup trop de souci.
Après de longues minutes passées à fumer des cigarettes, fixer le fond de leur bol et tenter d’ignorer Akida-san qui voca-lisait sous la douche – il semblait avoir un riche répertoire musical sur le thème de la trahison - ils finirent par déposer leurs bols dans l’évier et Ayu demanda de l’aide à Yamada-san pour extraire de l’étagère la plus haute son canapé pliant, pen-dant qu’elle s’occupait de replier la table et les chaises. Ah, les joies de la vie tokyoïte dans un appartement de nain de jardin déjà trop petit pour une fille d’un mètre cinquante… Finale-ment, après quelques coups de pieds dans le bazar qui traînait – elle rangerait plus tard… Oui, plus tard – ils réussirent à s’installer sous la fenêtre. Au moins, à présent, ils pouvaient continuer à ne rien dire, mais ils étaient assis confortablement.
Soudain, les vocalises ayant cessé depuis une ou deux mi-nutes, ils entendirent la porte de la salle de bains qui s’ouvrait et Akida-san qui revenait vers eux ; suite à un signe de tête d’Ayu, Yamada-san se leva alors pour aller prendre sa propre douche – retirant son t-shirt à mi-chemin, sans doute pour ga-gner du temps. Décidément, avec l’existence de ce type, la pudeur était définitivement morte et enterrée, très, très pro-fond. En fait, il était carrément exhibitionniste. Mais le fil des pensées d’Ayu fut interrompu par un bruit de glissement puis de chute, suivis d’un silence, puis d’un cri.
— Bordel, trois !
La porte s’ouvrit en grand et ce fut un Akida-san relative-ment mécontent qui aboya à la figure de son ami :
— Y’a des affaires à toi qui traînent de ton côté du lit, je te signale !
Voilà, c’était un parfait exemple ce que Ayu détestait con-cernant les lendemains de fête arrosée : les flashs infos de sa mémoire qui se manifestaient au moment où elle s’y attendait le moins. Écarlate, elle s’assit à l’extrême bord du canapé pour pouvoir maximiser la distance entre elle et Akida-san, lequel vint s’asseoir en plein milieu du petit canapé en grommelant dans sa barbe. On entendit l’eau de la douche qui commençait à couler, et Ayu tenta de chasser de son esprit les flashs mémoire dont elle se serait bien passée. D’autant que même en comptant ces vingt dernières minutes pendant lesquelles les souvenirs de la veille au soir ne cessaient de refaire surface, elle était toujours totalement incapable de trouver un fil conducteur ou le début d’une chronologie pour donner du sens à ce dont elle se souvenait. Cela dit, les bribes de souvenirs s’articulaient selon deux thèmes principaux : l’alcool, et le corps de Yamada-san. D’ailleurs, une fois le choc et la surprise passés, cela ferait fort probablement des souvenirs très agréables, mais pour le moment, elle était trop occupée à se demander comment mettre Akida-san dehors sans lui faire manger ses lunettes de soleil, qu’il venait de poser crânement sur son nez, probablement dans une tentative désespérée de dissimuler ses cernes. Tentative qu’Ayu ne pouvait que louer, étant donné l’effet reposant que cela avait sur ses nerfs. Après quelques longues minutes de silence, elle se tourna vers lui dans l’intention de lui demander s’il n’avait pas un chez-lui où il pourrait retourner, tout de suite par exemple, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge ; Akida-san la dévisageait attentivement, sourcils froncés, probablement très sérieux bien qu’Ayu ne puisse pas voir ses yeux. D’ailleurs, l’idée d’un Akida-san sérieux l’aurait presque faite sourire – dans une autre situation. Mais il finit par parler :
— Il devait être vachement bourré, Dai, quand même…
Ayu apprit ainsi deux choses ; tout d’abord, que le prénom de Yamada-san était Dai – et c’était un nom qu’il portait d’ailleurs rudement bien – et ensuite qu’Akida-san avait réel-lement la capacité d’être désagréable dans absolument toutes les situations. Elle avait eu encore un peu d’espoir, mais voilà qu’il était mort. Agacée, elle lui flanqua un coup de coussin et déclara qu’heureusement, même avec un demi-litre de vodka dans l’estomac, elle n’avait pas fait d’erreur monumentale. Sa réponse eut au moins le mérite de faire taire Akida-san qui semblait tout à fait prêt à continuer sur sa lancée. Honnête-ment, Ayu ne pouvait pas réellement dire que coucher avec Akida-san aurait été un cauchemar, vu son physique – bien qu’à voir ses déhanchés déchaînés, elle se fasse du souci pour le col du fémur des partenaires du jeune homme – mais l’aspect « professionnel » de l’affaire faisait que tout accrochage physique avec lui méritait un « non » catégorique et sans appel. Yamada, lui au moins, était plutôt du genre sympa.
Pourtant, Akida-san se contenta de laisser le coussin re-bondir par terre, et baissa légèrement ses lunettes d’aviateur pour la dévisager de plus près. Ayu frissonna, sans trop savoir si c’était à cause de ses cheveux mouillés qui lui donnaient froid ou parce qu’elle se sentait déstabilisée maintenant que c’était Akida-san qui la détaillait, et non l’inverse, comme c’était d’ordinaire le cas au travail. Elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à la façon dont elle aimait tracer de son pinceau les contours de ce visage si bien dessiné qu’il semblait découpé au scalpel – alors que pourtant il ne l’était pas, elle avait bien cherché les signes révélateurs d’une opération, mais le jeune homme était sans aucun doute possible naturellement sublime. Il fallait absolument qu’elle trouve autre chose à quoi penser immédiatement, car ce n’était pas le genre de réflexion qu’elle pouvait se permettre d’entretenir pendant qu’ils se regardaient, les yeux dans les yeux, sans ciller.
— Et sinon, demanda-t-elle sur le ton de la conversation, vous avez un chez-vous où retourner, maintenant, où vous êtes encore là pour un moment ?
— J’attends Dai et on repart, normalement.
Le jeune homme se frotta longuement les yeux sous les verres de ses lunettes, puis se détourna d’Ayu et déclara :
— Mettez-moi de l’anticernes.
Elle se leva, à la fois se morigénant d’avoir si peu de résis-tance et se demandant s’il y avait une chance qu’il meure si elle lui faisait manger tout son tube d’un litre de crème hydratante. Finalement, après quelques minutes de réfection de façade, Akida-san s’estima satisfait juste au moment où Yamada-san sortait de la douche. La jeune femme bondit sur l’occasion pour les remercier à la hâte d’avoir amené à boire, les amener l’air de rien dans l’entrée de l’appartement pour finalement tenter de les effrayer à propos de l’état des bouchons en centre-ville s’ils tardaient encore trop à prendre le taxi. Akida-san enfila ses chaussures et sortit sans un mot, suivi de près par Yamada-san, souriant, qui fit promettre à Ayu qu’elle passerait à nouveau quelques soirées avec eux. Pressée de les voir déguerpir, elle acquiesça, et sortit dans le couloir de l’immeuble pour être bien certaine qu’ils partent, pour ne pas être dérangée pendant sa sieste du siècle.
Malheureusement, ses plans allaient se trouver compro-mis ; à peine avait-elle mis un pied dehors qu’elle tombait nez à nez avec son amie Yuko, aux yeux écarquillés, qui regardait s’éloigner les deux jeunes gens comme si elle avait vu des fantômes. Lasse, Ayu lui saisit le poignet pour qu’elle la suive à l’intérieur, puis claqua la porte derrière elles.

Note de fin de chapitre:

Selon vous, ce petit dérapage était-il a) le début de quelque chose, b) une incroyable erreur, c) une excellente (non)décision ? Quoi qu'il en soit, en ce qui me concerne, je suis plutôt satisfaite de ne pas être à la place d'Ayu le lundi matin qui va suivre !

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