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Notes :
Il y a deux jours et demi, une amie (Via pour ne pas la citer) me lance "Si on te disait tu as jusque l'aube pour écrire un texte, le ferais-tu ?", "Oui", "Je te le dis alors." Fatigue et obligations diverses - ériger des tas de pierres - ont fait qu'il m'a fallu environ un jour et demi pour écrire cette petite nouvelle.

Je ne sais plus comment, dans cette même conversation, mon amie introduisit Vian, et son fameux roman "L'automobiliste à Pékin" ( L'Automne à Pékin). Ainsi je trouvai une source d'inspiration.
Un automobiliste à Pékin

Une voiture rouge. Effectivement elle était rouge, bien qu’ayant des reflets verts. Elle était stationnée devant un immeuble meuble, et regarder les fenêtres qui s’enfonçaient et s’exorbitaient me donnait une migraine ophtalmique. J’ai traversé la chaussée, ouvert la portière et me suis assis de sorte à faire face au volant. J’examinais la courbure de celui-ci quand une femme prit la place du mort.
« Ah ! Vous voilà, dit-elle en jetant le cadavre dans le caniveau. Allons-y, voyons ! »
Et j’ai allumé le moteur. Pour le plaisir j’ai fait crisser les pneus. La gomme au sol puait et collait, une mouette s’était engluée et ses cris d’agonie faisait une douce mélodie qui flottait dans l’air tandis que la Citrogeot s’éloignait.
La pépée se replâtrait la face, elle foutait justement un lipstick rouge sang sur ses pulpeuses. J’aurais pas dû mettre un jean slim en me levant. Cette mode de rockers adulescents n’avait vraiment rien de sexy, pas foutu moyen d’avoir du plaisir discrètement. L’œil de la brunette a alors souri. On sortait de la ville, il y eut un plop ! lorsque la voiture émergea de la purée pollutionneuse. Le ciel était bleu comme du produit lave-vitres, et le soleil tournait au vert. Depuis trois heures que nous roulions, la fille n’avait plus dit un mot, moi non plus d’ailleurs. Elle me lorgnait lubriquement et faisait étinceler ses dents blanches sur ses pulpeuses. Et je m’amusais à compter mon pouls d’après les chocs de ma chair contre la toile de jean.
« Merde », dis-je quand le voyant essence déjà rouge s’éteignit. La bagnole fit encore quelques mètres en tressaillant. La nana se cogna au plafond et s’assoupit. Je sortis de la Citrogeot, donner un coup de pied dans l’enjoliveur n’était pas une si bonne idée, il était plus fort que moi. J’allais laisser là la voiture et m’en aller, quand une voix hurla :
« Ab ovo ! »
J’ouvris le coffre, un type en soutane s’y trouvait. Encore un clerc intégriste qui se croit moderne. Chiotte ! C’était bien ma veine.
« Abyssus abyssum invocat, me remercia-t-il. Ce n’est pas votre charrette non plus ?
- Pouah ! Que non !
- Pourtant elle est pas mal, continua-t-il en désignant la donzelle.
- Effectivement. Elle est assez bien roulée, mais je n’ai pas encore vu ses guiboles.
- Ca suintait le jus de chaussettes pourries dans ce tacot…
- Rien d’étonnant, y avait un type canardé à l’avant.
- Ca m’a donné faim. J’ai de la baguette, du beurre et un saucisson, ça vous tente ? »
J’acquiesçai. Le cureton souleva sa soutane, ses jambes étaient poilues comme un ours, il en sortit les fins mets. On s’assit sous un châtaigner et on s’engloutit le sauciflard. L’autre s’endormit sitôt ses onze tranches de charcut avalées, c’est ce moment que choisit la fille pour se réveiller. Je remarquai alors qu’elle portait une jupe de coton blanc. Elle s’assit en tailleur en face de moi, sans aucune politesse elle s’empara du pain et mordit dedans.
« T’appelles comment ? demanda-t-elle.
- Léo.
- Line.
- Line, répétai-je. Li – ne. L I N E… »
Elle me souriait. J’étais happé par ses jambes, blanches, douces. Je voulais le vérifier. Mon jean était vraiment inconfortable, je l'enlevai.
« C'est qui lui ?
- Chai pas. De la prêtraille antique.
- Ad majorem dei gloriam !
- Peuh du latin ! Je peux lui couper la langue ?
- Laissons-la lui, on ne sait jamais ça peut être utile. »
Prononçant ces mots j'avais pris la paire de ciseaux d'une main, son sein gauche de l'autre. Elle me cracha à la figure. Je ris. J'attrapai ses deux poignets et la basculai en arrière. Je m’appliquai à reposer de tout mon poids sur son corps, mes coudes enfonçant ses seins. Elle eut un rictus qui ne fit qu’amplifier mon envie. Je voulais lui lécher la gorge mais elle planta ses canines dans le cartilage mon oreille droite. La garce ! Je lui filai une gifle et retournai à Citrogeot.
Cette prairie verdoyante me donnait la gerbe. Je me mis à fouiller la voiture. Rien d’exceptionnel : la greluche y avait laissé son sac à main, à l’arrière un pied de biche qui saignait encore et un exemplaire du dernier numéro de Cosmopolitan. Je pris le magazine, je trouverais bien une photo d’une fille pas trop moche…
Le prêtre arriva justement.
« C’est bien de s’aérer un peu », dit-il pour entamer la conversation.
Je n’aimais pas son regard brillant.
« Allez voir Line, elle vous aidera peut-être à vous dépoussiérer. »
C’était de la rancœur.

Je les surveillais de loin, la petite avait l’air douée, mais la soutane occultait la quasi-totalité du spectacle.
Il faisait nuit quand je me réveillai. Line dormait sur le siège avant. Le curé priait en rond autour de l’arbre. Je sortis de la voiture, il faisait froid, je voulais remettre mon froc. Je retournai ensuite à la Citrogeot, mais je m’installai derrière le volant cette fois. Lorsque le soleil réapparut, je démarrai la voiture. Le moteur gronda, bizarrement l’aiguille indicative de carburant était plus haute. Machinalement je passai la première, puis la seconde. On était parti. Le prêtre se mit à courir, je le voyais dans le rétroviseur, il se mit à hurler et à sauter à cloche-pied, l’idiot avait dû marcher sur une bogue.
Au bout d’une heure, Line ouvrit les yeux. Le ciel n’était pas bleu, la brume se propageait de plus en plus. Dans le rétro, je la voyais s’étaler sur la plaine. C’était que la ville prenait du terrain.
« Accélère ! Accélère ! » cria Line.
La Citrogeot fit un bond quand elle dépassa les 140 kilomètres/heure. Il n’était pas sûr qu’elle tienne longtemps à ce rythme. Et le réservoir pouvait se vider à tout moment. Alors elle commença à chanter :
« Immi daga uimpi geneta,
lana beððos et' iouintutos.
Blatus ceti, cantla carami.
Aia gnata uimpi iouinca,
pid in cete tu toue suoine,
pid uregisi peli doniobi?
Aia gnata uimpi iouinca,
pid in cete tu toue suoine

Aia mape coime, adrete!
In blatugabagli uorete,
cante snon celiIui in cete!

Vrit- me lindos dubnon -piseti
Vrit- me lindos dubnon –piseti »*

L’air était frais comme le printemps, sa voix un enchantement. Mais après sept minutes je n’en pus plus. J’arrêtai brusquement la voiture, la tête de la demoiselle frappa le pare-brise. Elle n’allait pas encore faire un malaise ? Non, elle se mit à jurer et à psalmodier des noms d’oiseaux, sans doute était-ce à mon intention. Je la fis taire : je la plaquai contre sa portière et vint écraser ma bouche sur ses lèvres. Elle mordit une des miennes, ça me plut. Je la pressai plus vivement. Je sentis ses seins se gonfler sous mes mains. J’arrêtai et redémarrai la bagnole. Je m’étais foutu du lipstick partout, mais j’avais pris mon pied. Elle semblait en colère. Ca me plaisait.
Devant nous se dressaient les collines, là-bas la ville ne nous rattraperait pas. Le terrain s’ondulait sous les pneus de la Citrogeot. Depuis un tas de minutes, la donzelle chialait. Je ne savais pas vraiment pour quelle raison. Ca m’emmerdait, mais je n’allais pas lui refaire le coup du patin. La voiture toussa. L’autre retint un sanglot.
« Je ne veux pas retourner en ville, c’est plein de morts, et de drogués, et puis ça empeste. »
Elle avait dit cela comme une gamine qui refuse de se rendre chez ses grands-parents. Elle prit sa trousse de toilette et entreprit de se refaire une beauté.
« Pourquoi se refarder ? La voiture est quasi-morte, on va être engloutis par la ville et alors plus personne ne verra ton petit minois. Et de moi tu t’en fiches comme d’une guigne.
- Nan.
- ‘Nan’, quoi ?
- Non, je m’en fiche pas de toi.
- Et le curé est lieutenant de police…
- Oh, le curé, c’est une femme. »
Cette révélation me laissa sans voix. Elle avait marqué un point la petite. Cette fois je la laissais se poudrer le nez tant qu’elle voulait, et même chanter. Nous roulâmes assez longtemps. Lorsque nous atteignîmes les collines, le soleil se couchait.
« Ce soleil est vert, constata-t-elle.
- Je sais.
- C’est hideux.
- C’est ainsi.
- Le monde est hideux.
- …
- Je ne veux plus subir l’immondice.
- Mais tu es fraîche. »
Ses joues s’empourprèrent.
Je ne regardais plus la route. De toute façon il n’y avait plus de route, la Citrogeot se frayait un chemin dans les herbes folles, écrasant sans vergogne les primevères, les vers-de-terre, les taupes respirant et les jonquilles. Il était bien plus intéressant de fixer ses appétissantes cuisses que le pare-brise flou. Elle le remarqua mais ne dit rien, au contraire elle remonta sa jupe de coton blanc. Sa peau était de glace. Je savais de nouveau que mon jean se rétrécissait. Et ce fut le choc. La Citrogeot mourut, attaquée par un rocher. Il y avait du sang un peu partout dans l’habitacle. Line enleva en grimaçant le morceau de verre qui était planté dans sa poitrine, un bout de chair de dix-sept centimètres de long pendouillait de mon bras gauche. Mais c’était surtout du pied de biche que provenait le plus de globules rouges, il était tailladé en tout sens.
« Tant pis pour le dîner », fis-je.

Dans la roche il y avait un creux. Elle s’assit face à moi, en tailleur cette fois encore. Au cœur de sa jupe, un bout de dentelle. Saleté de froc, il m’était douloureux. Elle se déshabilla, je crus bon d’en faire autant. Ce n’était en fait qu’une pucelle, elle cria, pleura, ses crocs tremblant plantés dans la chair de mon épaule, mais elle aimait ça.
La purée pollutionneuse nous avait rattrapés. Ses gaz nauséabonds allaient chimiquer avec l’amiante des sièges et la peinture au plomb de la carrosserie. Line me pelotait maintenant les fesses. La Citrogeot explosa. On ne reverrait plus la ville.
« Ad perpetuam rei memoriam », résonna, puis un son étouffé : ce con avait encore dû marcher sur une bogue.
Note de fin de chapitre:
*Omnos, Eluveitie
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