Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Je crois qu'il y a eu quelques lectures depuis la publication du 3e chapitre donc voici la suite pour celles et ceux qui la voudraient ;)
Fichier 4.0

Il avait dû lutter pour ne pas planter son frère dès son réveil mais il était trop loyal pour cela. Il s’était donc contenté de répondre qu’il allait faire au plus vite pour sécuriser le PC de son frangin et la retrouver dans la foulée pour décrypter ce fichier.

Bien sûr, c’était sans compter sur ledit frangin qui avait essayé de le retenir le plus longtemps possible en s’excusant d’abord pour la veille, puis en lui demandant de faire des manips supplémentaires, puis en s’inquiétant ouvertement - une fois encore - qu’il veuille à ce point retourner la voir. Il lui avait même avoué avoir imaginé avec ses potes une sorte d’intervention pour lui faire ouvrir les yeux mais il avait réalisé que le prendre ainsi en otage était précisément ce qu’il reprochait à cette fille et que cela risquait de le braquer encore plus - merci, Captain Obvious ! Sans compter qu’il s’était rendu compte que ses potes prenaient tout cela à la rigolade et ne l’auraient fait que par pure jalousie envers lui puisqu’ils n’avaient cessé de radoter sur le fait que cette fille était bien trop belle pour lui. Sympa.

Bref, son frère avait finalement viré ses amis de chez lui pour qu’ils puissent en discuter calmement tous les deux ce matin. Et puisqu’il prenait réellement en compte son bien-être, il l’avait enfin libéré quand il lui avait assuré que, non, il ne retournait pas chez elle uniquement parce qu’il se sentait responsable pour lui et ce stupide accident, et que, oui, il jurait qu’elle n’était pas aussi garce que ça, qu’il avait même appris à l’apprécier et que cela lui faisait sincèrement plaisir de pouvoir lui venir en aide.

Aussi, quand il sonna enfin avec entrain à la porte du manoir - comme il s’amusait à le dénommer - il ne s’attendait pas du tout à ce qui allait suivre. L’attente. Il était tellement persuadé qu’elle devait être comme un lion en cage en train de tourner dans le hall, ou dans une pièce avec vue sur l’entrée pour guetter son arrivée tout en ruminant sur sa lenteur, qu’il en fut interloqué. Il sortit son téléphone de sa poche pour vérifier qu’elle n’avait rien ajouté au « ok » qui avait suivi sa réponse du matin, mais non, rien. Se pouvait-il qu’à bout de patience, elle soit partie à la recherche de quelqu’un d’autre pour la dépanner ?

Il fronça les sourcils tout en sonnant une nouvelle fois et tendit l’oreille pour tenter de percevoir un quelconque son de l’autre côté. Évidemment, ce fut lorsqu’il se rapprocha du battant que la porte s’ouvrit et qu’il manqua de justesse de tomber littéralement sur son hôte. Enfin, son hôte. Pas vraiment l’hôte auquel il s’attendait, comme il le constata avec surprise et un nouveau froncement de sourcils.

- C’est toi le super geek qui vient pour nous aider ? s’enquit un bellâtre au sourire avenant.

- Euh… ouais, répondit-il encore confus.

- Excuse, tu dois te demander qui je suis. Gaston, son ami, ajouta-t-il, toujours en souriant et en lui tendant une main.

Il la serra par automatisme mais il devait toujours faire une drôle de tête car ledit Gaston ajouta avec un nouveau sourire - sans rire, ce gars devait avoir des zygomatiques en béton :

- Elle est au téléphone. Mais viens, entre, fais comme chez toi.

Ce qu’il fit en ayant inévitablement l’impression inverse. Marrant comme le fait qu’un autre mec lui dise ça faisait s’envoler le sentiment de confort qu’il avait ressenti en ces lieux les jours précédents. Est-ce que l’autre tentait de marquer son territoire en agissant comme si c’était sa baraque et en soulignant le fait que lui n’était qu’un invité ou est-ce que tout cela n’avait aucun sens caché ? Difficile à dire avec l’air affable que ce Gaston affichait.

Mais la vraie question était plutôt : est-ce que c’était aussi sa baraque, en fait ? Et puis une autre, tiens : son ami ? C’était son petit ami ou juste son pote ? C’était bien un truc de bourges de dire « son ami » plutôt que « son petit ami », non ? Mais c’était dingue qu’il n’en ait pas entendu parler avant si c’était son copain, non ?

Alors qu’ils montaient vers le bureau, il essaya de chasser toutes ces questions perturbantes de son esprit pour se concentrer sur la raison de sa présence ici :

- Alors, euh… tu connais toute l’histoire ?

- Oh, oui ! Depuis son origine ! Fichu bordel, tout ça. C’est une chance que ton frère lui soit rentré dedans, en un sens. Pas sûr qu’elle aurait réussi à temps sans toi d’après ce qu’elle m’a dit.

- Ah… content de pouvoir être utile alors…

Il rongea son frein tout en s’installant devant le poste. Gaston en savait clairement plus que lui mais était-il au courant de ce que lui savait ? S’il posait des questions l’air de rien, en apprendrait-il plus ? Le voulait-il, seulement ? Enfin, bien sûr que oui, il le voulait. Mais de quelqu’un d’autre qu’elle, est-ce que ce ne serait pas une sorte de trahison ? Elle lui en voudrait de chercher à fouiner dans sa vie, non ? Lui n’aimerait pas ça si la situation était inversée, se dit-il, même s’il comprendrait que la tentation puisse être grande…

Mais il n’eut pas le temps de chercher à titiller le dragon endormi plus longtemps car elle fit justement son entrée dans la pièce. La première chose qu’il remarqua fut son air fatigué : des cernes lui mangeaient les joues et ses traits étaient tirés. Et puis, quand elle posa ses yeux sur lui, ce fut son sourire qui éclaira ce triste visage. Dans le même temps, son propre estomac, tendu depuis son arrivée ici, se relaxa. Évidemment. S’il n’avait pas eu peur de passer pour un idiot il aurait levé les yeux au ciel pour lui-même à cet instant précis.

Elle le taquina bien vite en lui reprochant d’avoir été encore plus lent qu’une fille qui s’apprête pour un rencard dans le but de se faire désirer. Ce à quoi il ne put que répliquer qu’elle avait vu clair dans son jeu et il pointa du doigt ses propres vêtements :

- Regarde-moi ça ! Un tee-shirt du Conseil régional emprunté à mon frangin et un baggy. Qwertee et Armani n’ont qu’à bien se tenir !

Elle sourit de plus belle et enchaîna :

- Et si je te disais que c’était idiot d’avoir fait autant d’efforts parce que Gaston a réussi à ouvrir le fichier ?

La tête qu’il afficha alors dut valoir son pesant de gallions parce qu’elle laissa échapper un éclat de rire avant de lancer un malicieux :

- Bazinga !

Ok. C’était une blague. Et elle était contente d’elle la bougresse. Et la voir ainsi capable de plaisanter avec un sujet qui l’aurait rendue folle il y a deux jours lui procura un drôle de soulagement qui lui donna à son tour le virus du sourire. Pour le coup, c’était celui de Gaston qui devait être le moins éblouissant des trois et, pourtant, il en affichait toujours un de compète, pour dire…

Et puis la réalité retomba sur elle comme une chape de plomb et, plus sérieuse et nerveuse, elle lui demanda avec espoir et appréhension mêlés :

- Tu vas bien pouvoir l’ouvrir, alors ?

- On va voir ça tout de suite, Shelly.

Il se tourna vers l’écran mais nota quand même le haussement de sourcil interrogatif de Gaston au passage. Bizarrement, il ressentit un certain contentement à ce qu’elle doive lui expliquer la référence - et non seulement il ne savait pas que Shelly était le surnom de Sheldon mais il n’avait même pas capté le bazinga en fait… bref, Gaston ne regardait pas The Big Bang Theory, dommage pour monsieur sourire-parfait.

Il lui fallut un bon quart d’heure pour ouvrir le fichier « ROSE » mais celui-ci n’était qu’une première porte vers d’autres données. Quand il leur annonça qu’il en aurait encore pour deux ou trois heures de décodage mais qu’il devrait y arriver sans problème, elle soupira de soulagement et proposa qu’ils quittent la pièce pour qu’il puisse travailler en silence comme il l’aimait. Elle avait de toute façon de nombreux coups de fil à passer pour arranger la suite.

Une heure intensive devant l’écran plus tard, il s’étira pour faire craquer son dos et décida de faire un tour dans la cuisine pour récompenser son estomac pendant que son labeur portait ses fruits tranquillement mais sûrement. Il était plutôt content de lui et il remarqua que la tâche l’avait tellement absorbé qu’il ne s’était pas posé davantage de questions sur toute cette histoire, sur elle, et sur Gaston…

Quand il arriva devant la porte de la cuisine qui était à peine entrouverte, il se figea lorsqu’il comprit qu’elle était à l’intérieur, en pleine conversation avec Gaston. Quelque chose le retint d’entrer tout de suite, comme s’il sentait que cette discussion n’était pas anodine, et il hésita à faire demi-tour mais des bribes de mots captèrent son attention et il laissa la curiosité l’emporter...

- … courage, plus qu’un jour et on pourra fêter ton anniversaire comme il se doit !

- Fêter mon anniversaire ? Et qui viendra ? Ils me détestent tous à cause d’elle.

- Ils sont aveuglés par toutes les salades qu’elle leur a fait ingurgiter mais ils verront que tu n’étais pas cette peste capricieuse et égoïste qu’elle a inventée. J’en suis sûr.

- Il n’y a bien que toi pour y croire encore Gaston. On n’est pas dans un conte de fées. Même si ces fichiers révèlent la vérité à temps, il y en aura encore pour des mois de procédure judiciaire pour prouver que je suis dans mon bon droit. Et même après ça, il y en aura toujours pour croire que je suis réellement cette opportuniste avide qui se fichait bien d’eux.

- Si c’est vraiment le cas, c’est qu’ils ne te méritent pas.

- Ça n’en fait pas moins mal, murmura-t-elle.

- Je sais…

Un peu sonné par ce qu’il venait d’entendre, il se mit néanmoins à cogiter. S’il restait planté là, c’était un risque qu’il soit surpris en train d’écouter aux portes. S’il partait, vu le silence qui régnait à présent, il pouvait être repéré au moindre bruit. Le mieux était sans doute de reculer doucement de quelques pas pour mieux avancer à grandes enjambées comme s’il venait d’arriver. Oui, il allait faire ça. Il fallait juste qu’il s’ébroue un peu pour sortir cette conversation de sa tête et ne pas la regarder différemment de d’habitude. Voilà, secouage de caboche fait. Respire un bon coup, souris et c’est parti…

Il n’eut même pas vraiment besoin de simuler la surprise en les découvrant assis à la table parce qu’il fut réellement étonné de voir sa tête reposer sur l’épaule de Gaston dont une main caressait son dos.

- Oh ! Dé… désolé si je vous interromps, je…

Il resta figé quelques secondes, le temps de voir sa transformation s’opérer : de vulnérable, elle se redressa en position de défense, la colère passant furtivement sur son visage avant qu’elle ne parvienne à la contrôler. Sans demander son reste, il commença aussitôt à faire demi-tour en se morigénant. Idiot ! Tu t’attendais à quoi au juste après une telle discussion ? À ce qu’ils jouent aux échecs ?

Il était déjà bien avancé dans le couloir lorsqu’il l’entendit :

- Attends ! Pourquoi tu t’enfuis comme ça ? Tu as réussi à décrypter le reste ?

- Pas encore, mais c’est en train de se faire. Je… je venais juste grignoter un truc.

Il n’avait même pas osé se retourner pour lui dire ça. Il avait quoi ? Onze ans d’âge mental ? Allez, reprends-toi, vieux ! Il se gratta maladroitement l’arrière du crâne tout en pivotant vers elle et lui jeta à peine un regard avant de fixer le pot de fleurs à côté d’elle - très joli vase, vraiment, peut-être un Ming… ou un Ikea… quelle importance, hein ? Sauf si elle envisageait de le lui jeter à la tête, peut-être qu’elle s’abstiendrait si c’était un Ming… Pourquoi fallait-il qu’il soit aussi ignorant en art décoratif ? Ça aurait pu être très utile de savoir ce genre de trucs pour calmer les battements de son coeur à ce moment précis… - puis il se racla la gorge pour ajouter :

- Désolé, je ne voulais pas vous déranger.

- Hey, ça va, je ne vais pas te manger, hein ! Tu verrais ta tête… Je sais que… que j’ai pu parfois m’emporter un peu cette semaine…

- Un peu ? reprit-il avec un sourire en coin, soulagé de sa réaction.

- Bon, ok, un peu trop. Mais j’ai évité ton visage quand j’ai lancé le premier disque dur !

- Probablement parce que tu avais encore besoin de ma tête pour bosser sur le deuxième, plaisanta-t-il.

- Probablement, ouais, entra-t-elle dans son jeu en souriant avec complicité. Bref, je… j’ai peut-être fait une drôle de tête parce que tu m’as surprise tout à l’heure en entrant dans la cuisine alors que…

- … alors que tu pleurais dans les bras de ton copain ? J’aurais dû frapper, c’est ma faut…

- Quoi ?! C’est n’importe quoi…

Il releva la tête d’un mouvement vif : Gaston n’était pas son copain ?

- … je ne pleurais pas !

Ah…

- Et Gaston est juste mon meilleur ami, mon seul ami, même, si tu veux tout savoir. Donc inutile de t’imaginer ce que tu aurais pu interrompre, il n’y a aucune gêne à avoir. C’est juste…

Il avait vraiment très faim à présent ou son estomac avait simplement décidé de faire une partie de Just Dance là, comme ça, sans raison ?

- … je n’ai pas l’habitude de… Oh ! Et puis on s’en fiche. Si tu as faim, va manger, c’est tout.

Interloqué par son changement de ton, il la scruta avec un peu plus d’attention. Elle semblait agacée dorénavant. Contre lui ou contre elle-même ? Venait-elle d’essayer de s’ouvrir un peu à lui avant de finalement abandonner ? Si c’était le cas, c’était l’occasion ou jamais de faire un pas vers elle…

- Merci. Et si ça peut te rassurer, je trouve que tu progresses vachement niveau carapace.

- Pardon ? répliqua-t-elle d’une voix glaciale en lui lançant un regard perçant.

Il déglutit avec difficulté et leva les mains en signe de reddition.

- Désolé, je voulais dire… enfin… je sais ce que c’est, de ne pas vouloir montrer ses sentiments, de se protéger derrière cette carapace qui s’est endurcie à mesure que les autres nous ont attaqué ou déçu… La tienne semble pas mal épaisse et je suis désolé que tu aies été blessée à ce point. Enfin, je me goure peut-être complètement, hein ! Mon frangin dirait sans doute que je projette mais… c’est l’impression que j’ai eue… et je voulais juste que tu saches que tu n’avais pas à t’en faire en ce qui me concerne. Même si je te vois sans cette carapace comme dans la cuisine tout à l’heure, je n’ai aucune intention de te faire du mal.

- … Tu dois vraiment être en hypoglycémie pour délirer comme ça. Allez, file manger quelque chose, Monsieur l’escargot !

- Escargot ? J’ai parlé de carapace, pas de coquille.

- Tu n’as pas lu Ensemble, c’est tout ? Je me garde l’escargot alors. Pour toi ce sera Carapuce.

Il échangea un sourire en coin avec elle, rassuré qu’elle accepte cette main tendue au lieu de se renfermer davantage au fond de sa coquille, donc. Un pas à la fois.

- Tant que tu me proposes autre chose que de la salade pour remplir mon estomac, ça me va.

- Tu deviens insultant ! Tu as déjà oublié que c’était toujours la fête dans mon frigo ou quoi ?
Note de fin de chapitre:
Je crois que c'est un des chapitres que j'ai préféré écrire avec la scène finale.
Bref, au début, je n’étais vraiment pas sûre de faire intervenir Gaston car je me basais davantage sur le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont que sur le Disney (et Gaston n’existe pas dans le premier). Mais, finalement, j’ai mixé les deux et quand j’ai lu sur un site de prénoms que Gaston était connu pour sa grande gentillesse, toujours de bonne humeur et répandant la joie autour de lui, ça m’a décidée à l’inclure parce que ça collait bien avec la contrainte de l’atelier quand même, vu le Gaston de Disney !

Quelqu'un veut lire le dernier chapitre ? ^^
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.