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Notes :

Faute de temps, les deux premiers chapitres ont été écrits quasiment d’une traite chacun dans le cadre de l'Atelier, ils mériteraient relecture et recherches pour approfondir certains points. Merci d’excuser les incohérences/invraisemblances qui pourront être rencontrées XD

Les chapitres suivants ont été écrits beaucoup plus lentement par la suite avec de grands intervalles entre chaque. Le tout manque donc peut-être d'harmonie mais, au moins, il y a une fin !

Le Geek et la Belle



Fichier 1.0

- Sois pas bête ! Tu vas y passer tes journées entières. J’irai, ça sera beaucoup plus rapide comme ça.

- Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? Cette fille, on dirait une harpie. Je ne peux quand même pas te laisser te sacrifier comme ça, c’est moi qui suis en tort dans l’histoire.

- Puisque je te le dis ! Ça ne me dérange absolument pas. Tu as ton job, il ne va pas se faire tout seul et je devais justement poser quelques jours de congés alors je peux bien te dépanner. Entre frères, il faut se serrer les coudes, non ?

En guise de remerciement, il eut droit à un ébouriffage de cheveux en règle. Oui, son frère avait toujours manqué de mots lorsqu’il s’agissait de montrer ses sentiments. Alors il compensait par ces petits gestes ridicules. Ça aurait pu l’énerver à la longue mais c’était justement l’habitude qui lui avait permis de comprendre ce qu’ils signifiaient et combien ils représentaient venant de lui. Pour la forme, il leva les yeux au ciel avec un sourire en coin mais il accepta sa reconnaissance en se mettant tout de suite à pianoter sur son ordinateur.

À l’écran, le serveur frontal sur lequel il était en train de travailler laissa alors sa place aux photos que son frère avait prises de l’accident. Il avait beau être au courant et connaître les détails, voir les dégâts lui arracha une grimace. Évidemment, cette fille n’y connaissait rien mais, quand on avait de l’argent comme elle, on se payait toujours le meilleur matos. Lui qui avait toujours dit à son frère que ce 4x4 était une ânerie sans nom, voilà qui le confortait dans son opinion ! C’était un tel gâchis… il doutait qu’une simple voiture aurait pu en faire autant. Bon, d’accord, son frère était indemne au moins et c’était plutôt une très bonne chose qu’il n’ait subi aucun dommage physique. Mais on ne pouvait pas en dire autant de la décapotable de cette princesse et de ce que contenait son coffre. Portable de dernière génération et disques durs à plusieurs téraoctets d’après ce qu’il pouvait déduire. Et tout semblait bon à mettre à la poubelle pour un novice.

Heureusement, il serait très probablement en mesure de récupérer les données les plus importantes et de faire le nécessaire pour que la propriétaire ne fasse pas marche arrière. Il ignorait ce que contenaient ces disques durs et ce qu’elle voulait vraiment en faire mais, une chose était certaine d’après les propos de son frangin, c’était qu’elle y tenait tellement qu’elle était absolument hors d’elle après l’accident (à tel point que s’il l’avait laissé faire, elle aurait essayé de lui arracher les yeux avec ses ongles - acérés, paraît-il - mais bon, son frère avait souvent tendance à exagérer alors il préférait mettre cette partie de l’histoire entre parenthèses). Bref, d’après ce qu’il en savait, elle en avait impérativement besoin avant la fin de la semaine. Et elle n’imaginait pas réussir à trouver quelqu’un capable de l’aider en si peu de temps, sans compter qu’elle refusait tout net de perdre du temps avec les assurances. Alors elle avait sauté sur l’occasion quand son frère lui avait dit qu’il pouvait très certainement arranger les choses. Ni une ni deux, elle s’était engouffrée dans la brèche et lui avait fait miroiter cet échange : pas de constat d’accident s’il pouvait effectivement régler le problème et faire tout ce dont elle avait besoin avec son attirail dans les jours à venir.

Personnellement, il trouvait que son frère s’en tirait plutôt très bien mais ce dernier ne semblait pas de cet avis. Même s’il était soulagé pour ses finances, il avait une telle aversion pour cette femme qu’il trouvait cher payé de faire subir sa présence et ses caprices au seul membre de sa famille restant. Rien d’étonnant, cela dit, il s’était toujours efforcé de le protéger et de freiner les appétits de ses amis concernant ses talents en informatique. Lui, il s’en fichait, ça ne l’aurait pas dérangé plus que ça de donner un coup de main de temps en temps. Mais son frère ne supportait pas qu’on abuse de sa gentillesse alors que, d’un autre côté, on ne l’intégrait pas assez à son goût aux soirées ou autres sorties auxquelles il aurait bien aimé le voir. Pourtant, il lui avait répété à de nombreuses reprises que ça ne le dérangeait absolument pas.

Il était plutôt solitaire et son mode de vie lui convenait parfaitement. S’évader sur le net et dans ces univers sortis tout droit de l’imaginaire des génies qui avaient foulé cette planète, c’était cool ! Alors que côtoyer les amis de son frère qui n’avaient même pas le quotient intellectuel - voire émotionnel - d’une petite cuillère, il ne voyait pas vraiment en quoi ça pouvait être palpitant. Quant à leurs remarques très subtiles sur le fait qu’il ressemblait à une bête, cloîtrée dans sa tanière de geek à longueur de journée, il y avait longtemps qu’il avait appris à les ignorer. L’important, c’était qu’il se sentait à l’aise dans ses baskets et pour ce qui était d’être heureux… eh bien… il ne pensait pas être sur la mauvaise voie… juste… son tour viendrait quand ce serait le moment, voilà tout… En attendant, il n’était pas malheureux et il était persuadé que les abrutis qui servaient d’amis à son frangin - et qui traitaient leurs petites copines comme des serviettes jetables ou qui les trompaient régulièrement pour s’offrir du bon temps - n’étaient franchement pas l’exemple à suivre niveau félicité.

***


Lorsqu’elle lui arracha le disque dur des mains pour le balancer contre le mur, il ne put retenir plus longtemps la colère qui le gagnait :

- Non mais t’es malade ! Ça fait quatre jours que je bosse non stop pour te réparer ce fichu machin - qui, au passage, est un petit bijou de technologie qui mérite un peu plus de considération ! - et tu fous tout en l’air sur un coup de tête ? Faut te faire soigner ma parole ! J’en ai plus qu’assez, je me barre ! T’es complètement cinglée !

- Je t’interdis de franchir le seuil de cette maison !

- Ah ouais ? Bah j’aimerais bien te voir m’en empêcher.

- Ton frère m’a fait une promesse !

- Qui stipulait que je devais t’aider, j’te signale ! Pas que tu bousilles mon job !

- Je fais encore ce que je veux de mes affaires. C’était le mauvais disque dur, c’est tout ! Répare l’autre et ça devrait être bon.

- Ça devrait ? Ça devrait ? Parce que ce n’est même pas sûr en plus ? T’en as encore beaucoup des disques durs volés à des entreprises du CAC 40, princesse ? Tu me prends pour quoi au juste ? Tu crois que je ne m’en suis pas rendu compte ? J’ai fermé les yeux sur ceux-là pour que mon frère n’ait pas d’ennuis mais ne compte pas sur moi pour te servir de hacker plus longtemps.

Ses narines frémirent le temps qu’elle accuse le coup mais elle parvint de façon étonnante à retrouver son calme en quelques secondes. Et à cet instant, tout excédé qu’il était par son comportement, il ne put néanmoins que constater à quel point elle était belle.

Oh ! Bien sûr, il s’en était rendu compte dès qu’il l’avait rencontrée, quatre jours plus tôt. Typiquement le genre de fille qui fait la une des magazines, comme le lui avait assuré son frère, qui n’avait pas menti pour le coup. Mais avec un petit quelque chose en plus. De moins artificiel. Sur le moment, il avait mis ça sur le compte de l’absence de retouches informatiques - vu qu’il n’avait pas vraiment l’habitude de côtoyer des mannequins et des actrices, qui était-il pour comparer la réalité au papier glacé, hein ?

Et puis, au fil des heures, des jours, à la voir évoluer furtivement autour de lui, à entendre des bribes de ses conversations chuchotées au téléphone, à être surpris par la découverte de certains de ses fichiers qui semblaient s’ouvrir tout seuls, comme pour mieux lui montrer qu’il y avait justement plus que cette simple façade tape-à-l’oeil, qu’il lui suffisait de creuser un peu… il s’était mis à douter de cette théorie du photoshopage. Il y avait clairement quelque chose de mystérieux, de plus profond, derrière le masque de reine de beauté. Et ça s’était confirmé quand il avait découvert hier le pot-aux-roses concernant le véritable propriétaire du disque dur. Pourquoi une fille comme elle détenait-elle de telles données ?

- Occupe-toi du deuxième, on verra ensuite, affirma-t-elle placidement tout en plissant les yeux comme pour le dissuader de toute tentative de la contredire.

- T’es pas croyable ! Tu crois quoi ? Que la situation a changé depuis l’autre jour ? Si on a choisi le premier, c’est parce que l’autre est vraiment trop endommagé pour que j’arrive à en tirer quelque chose de satisfaisant. Et devine quoi, je ne sais toujours pas faire de miracle !

- Il va bien falloir pourtant. Et ce qui ne sera pas satisfaisant pour toi le sera peut-être pour moi. Récupère tout ce que tu peux, c’est tout.

Il leva les yeux au ciel et se retint d’en faire de même avec ses mains. Ce qu’elle pouvait être butée ! Pour ça, il pouvait bien avouer que son frère n’avait pas beaucoup forcé le trait niveau caractère finalement. Au début, il l’avait pourtant cru…

Elle s’était montrée plus que correcte avec lui. Polie, accueillante - elle lui avait proposé une chambre pour qu’il puisse bosser au maximum sur place et qu’il ne perde pas de temps dans les transports en commun - et même aimable, à sa manière. Celle des gens riches. Qui vous regardent comme si vous débarquiez de Tatooine quand vous leur dites que vous vous déplacez en métro et en bus. Un poil d’arrogance en moins que ce qu’il avait pu craindre en arrivant devant sa baraque la première fois, cependant. Dans le genre haute société, le bâtiment se posait. En imposait, même.

Oui, il s’était même fait la réflexion que pour une reine de bal de promo à l’américaine, elle semblait un peu moins peste que ce que la tenue cliché exigeait. Mais ça, c’était avant qu’elle se mette à rôder autour de lui pour voir s’il avançait comme elle l’espérait, lui mettant la pression alors qu’il avait besoin d’un environnement calme et serein pour arriver à quelque chose. Et certainement pas de regards noirs et de menaces dès qu’il osait lui demander de sortir de la pièce. Le deuxième soir, n’en pouvant plus, il lui en avait parlé. Lui avait dit que ce n’était plus possible, qu’elle devait juste être patiente et qu’il n’ouvrirait pas les dossiers qu’il arriverait à récupérer sans son accord, si c’était la raison pour laquelle elle l’espionnait en permanence. Alors, elle s’était excusée, lui avait proposé une bière et ils s’étaient installés sur les marches du perron, dans son jardin, pour la déguster sous les étoiles.

Bizarrement, la sérénité dont il avait besoin pour débloquer la situation s’était enfin incrustée, naturellement, comme s’il suffisait qu’ils discutent tranquillement pour établir un certain lien, planter les bases de sa confiance en lui. Le jour suivant, elle l’avait même aidé un peu. Elle était loin d’être l’écervelée empotée en informatique qu’il avait craint quand son frère lui en avait brossé le portrait. Et c’était une accro aux gadgets électroniques qui lui permettaient de réduire les tâches ménagères. Bon, elle manquait clairement de patience lorsqu’un de ces gadgets n’obéissait pas comme il le devait et elle avait tendance à rapidement s’énerver et à le secouer en lui murmurant tantôt mots doux tantôt jurons bien placés plutôt qu’à se prendre la tête avec le mode d’emploi. Mais il avait trouvé ça limite attendrissant. Elle avait beau être pleine aux as, ça donnait l’impression qu’elle préférait s’entourer d’objets déglingués qu’elle affectionnait plutôt que d’êtres humains davantage fonctionnels. Du coup, il s’était un peu retrouvé en elle…

Et puis il avait découvert d’où venait le disque dur. Et avant même qu’il se décide ou non à lui poser des questions à ce sujet, elle s’était mise tellement en pétard au téléphone qu’il avait fait profil bas. Une vraie furie ! Tant et si bien qu’il en était venu à se demander s’il n’avait pas rêvé la parenthèse du calme et de la sérénité - après tout, il avait tellement peu fermé l’oeil de la nuit ces deux derniers jours, occupé à pianoter, qu’il s’était peut-être empaffé sans le savoir. Et ce n’était pas avec la façon peu amène dont elle l’avait regardé que ses doutes avaient pu s’envoler. Il n’avait absolument rien fait ! Alors pourquoi l’avait-elle fusillé du regard comme s’il l’avait trahie ?
Même au réveil ce jour-là, le climat était encore tellement lourd et orageux qu’il était pressé d’en finir, lui qui s’était surpris à apprécier sa compagnie la veille, avant son coup d’éclat. Par chance, le disque dur était enfin en mesure de révéler ses secrets et il avait cru que tout rentrerait dans l’ordre en lui apprenant la bonne nouvelle et en voyant sa surprise laisser place à un sourire.

Mais voilà qu’elle avait à nouveau pété un câble après avoir consulté les fichiers sans y trouver ce qu’elle attendait. Et lui, il en avait par-dessus la tête de ses sautes d’humeur. Il avait besoin de comprendre. Alors, tandis qu’elle commençait à s’éloigner pour quitter la pièce, il lança :

- Tu pourrais au moins me dire ce qu’on cherche au juste, tu ne crois pas ?! Ça permettrait peut-être d’aller plus vite.

Elle se figea à cette question, pivota lentement vers lui et l’observa longuement en plissant les yeux, comme pour l’évaluer, le sonder. Et puis elle lâcha :

- Mon passé. On cherche mon passé.
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