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Notes d'auteur :
Musique : The Weepies – The world spins madly on

Le moment présent est la piste désigné à tout nouveau départ. Louis-Marie Parent
Un an plus tard

C'était, réalisa Peter en franchissant les grilles du portail, la première fois qu'il mettait les pieds dans l'enceinte du lycée Notre Dame.

Il se fraya un chemin à travers la foule d'élèves et de parents massés dans la cour. La plupart tenait une bougie à la main ou un briquet. Certains pleuraient, essuyaient leurs larmes. D'autres priaient. Il aurait aimé être capable de le faire mais il n'avait jamais été croyant.

Il salua d'un mouvement de tête Sally Ann Van der Bildt. Le sourire qu'elle lui adressa en retour fut triste et bref.

Il savait que Sally Ann avait retardé sa rentrée universitaire pour passer une année sabbatique en Europe. En Italie, s'il se souvenait bien. Peter pensait que c'était une bonne idée. Mais il doutait qu'une année suffise à apaiser son immense chagrin. Elle avait connu tellement de déchirures, de drames dernièrement, de la mort de sa meilleure amie au divorce de ses parents, en passant par des sentiments conflictuels pour le petit copain de sa défunte amie. Et maintenant, les terribles soupçons qui pesaient sur son père. Pauvre petite.

Un rapide coup d'œil lui confirma que contrairement à son ex-épouse, Robin Van der Bildt n'avait pas fait le déplacement. Etant donné qu'un nombre croissant de ses amis était convaincu qu'il connaissait les projets meurtriers de son assistante et l'avait couverte voire aidée, c'était plus sage. Ce n'était pas la peine de créer une esclandre. Pas ce soir.

Lui aussi s'interrogeait sur le lien qui avait uni Leila MacEwan à son mentor et patron. Elle avait plus tard révélé qu'un agent de la SEC, la comission de régulation des opérations en bourse, l'avait approchée dans l'espoir qu'elle l'aide à faire tomber Van der Bildt. Elle avait accepté et joué les agents doubles pendant plusieurs mois. Elle prétendait n'avoir jamais rien trouvé de compromettant, ce qui rendait toute poursuite contre Robin — pour l'instant — impossible.

Peter en avait parlé avec Carlos Delgado et les deux hommes étaient tombés d'accord. Leila avait probablement prévenu Robin, lequel avait aussitôt détruit tous les papiers compromettants, effacé tous les messages suspects. Qu'elle refuse de l'avouer maintenant alors que le procureur lui avait sans doute proposé une remise de peine en échange de sa coopération prouvait la profondeur de leur relation. Même si le jeune détective doutait que Robin lui rende la pareille.

Olivia Clark se tenait aux côtés de Sally Ann, ses longs cheveux bruns flottant sur ses épaules. Elle tenait une bougie au creux de ses mains, la tête baissée, comme recueillie. Il n'avait parlé à personne de sa liaison estivale avec le docteur Singh, lequel avait présenté sa démission quelques mois auparavant. Elle ne devait même pas savoir qu'il était au courant. Ce n'était sans doute qu'une erreur de jeunesse, un flirt idiot et irresponsable qui n'aurait jamais dû avoir de telles conséquences. Inutule de l'embarasser. Compte tenu du rôlé joué par le médecin légiste dans la dissimulation des réelles circonstances de la mort de son amie, elle devait déjà se sentir suffisamment coupable.

Il repéra, à quelques mètres seulement des deux filles, l'ancien petit ami de Megan, Jake. Il avait lu dans la presse que le procès de sa mère pour fraude fiscale et délits d'initiés allait bientôt commencer. Il se demanda si Sally Ann et Jake allaient un jour se pardonner ce qui s'était passé l'été précédent et envisager un avenir ensemble. Ils semblaient vraiment amoureux mais ils n'auraient peut-être pas la force de surmonter un tel passif. Personne ne voulait d'une histoire d'amour aussi compliqué, à dix-huit ans.

Il ne put s'empêcher de regretter l'absence de Jeremy MacEwan. Certes, sa sœur avait tué la jeune fille mais il n'était pas responsable de ses actes. Il ne méritait pas de finir sa vie seul, mis à l'écart, en raison de la folie meurtrière de Leila. Il pleurait au moins autant Megan que tous les gens réunis en cette douce soirée de septembre. Et peut-être même plus que certains.

Peter tenta de se rapprocher de la petite estrade. Nicole Sheridan s'y trouvait déjà. Ses épaules étaient recouvertes d'un lourd châle gris mais sa robe ajustée dévoilait ses jambes. Ses cheveux noir corbeau étaient coiffés en un chignon strict. Il la trouva pâle et amincie.

Leur dernière rencontre remontait aux funérailles de son époux, en octobre dernier, quelques jours seulement après les aveux et l'arrestation de Leila MacEwan.

L'office avait lieu à Saint Patrick. Nicole était assise sur le premier banc, réservé à la famille, presque seule. À ses côtés, une femme âgée sanglotait dans un mouchoir, la main plaquée sur le bas de son visage.

Malgré les circonstances controversées de sa mort et les révélations post-mortem du défunt, les bancs étaient presque pleins. Cela avait surpris Peter, qui pensait que personne n'oserait se montrer aux funérailles d'un escroc reconnu, d'un banquier déchu qui avait jeté l'opprobre sur toute une profession déjà secouée par plusieurs scandales financiers.

Du fond de l'église, il voyait difficilement Nicole mais pendant le service religieux, qui fut sobre et adapté aux circonstances, elle se retourna et lui adressa un petit signe de tête. Son voile noir relevé pendant la cérémonie se confondait avec ses cheveux sombres et ses yeux étaient gonflés de larmes. Sans doute pleurait-elle autant son époux que sa fille.

Il était parti sans pouvoir lui parler, avant la mise en terre à laquelle assistaient uniquement la famille et les amis proches. De toute façon, c'était mieux ainsi. Il n'aurait sans doute pas su quoi lui dire.

Le flash d'un appareil photo le fit sursauter. Il revint au moment présent. Un jeune homme prenait des photos de l'estrade et de la foule recueillie. Ce devait être un des membres du journal du lycée.

La chorale du lycée, debout sur le côté gauche de l'estrade, chantait l'Ave Maria, que Peter avait toujours trouvé profondément déprimant.

Lorsque le chant prit fin, Nicole Sheridan prit la parole. Le silence était assourdissant. Son discours fut bref et émouvant et les applaudissements nourris quand elle s'écarta du micro, les yeux rougis. Il remarqua qu'elle retenait à grande peine ses larmes. Lui aussi.

Seigneur, elle semblait si seule sur scène, songea Peter, les yeux rivés sur le portrait en noir et blanc de Megan. La photographie était magnifique. Elle avait l'air si … sereine. Comme apaisée.

La dernière partie de la cérémonie allait commencer. Nicole traversa l'estrade et fut rejointe par Sally Ann et un jeune homme qu'il ne reconnut pas au premier abord. Tous trois se tenaient devant un lourd rideau bleu.

— Sally Ann et Jeremy ici présents étaient deux des personnes qui comptaient le plus pour Megan et c'est la raison de leur présence ce soir, expliqua Mme Sheridan qui leur adressa un bref signe de tête.

Ensemble, Sally Ann Van der Bildt, l'amie d'enfance et Jeremy MacEwan, le garçon aimé, tirèrent sur le rideau, dévoilant une fontaine de granit rose. L'assistance applaudit à tout rompre et pour la première fois de la soirée, un sourire étira les lèvres du détective.

FIN
Note de fin de chapitre:
Cette fois, c'est vraiment fini. Vous pouvez me donner votre avis sur ce chapitre et l'histoire en général. Merci à tous ceux qui m'ont lu et/ou laissé des commentaires.
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