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Notes d'auteur :
Musique : Band of Horses – No one's gonna love you

Je ne cherche pas la sympathie et je n'en ai pas besoin. Les épines que j'ai cueillies viennent de l'arbre que j'ai planté. George-Noël Gordon
— Oui, merci de m'avoir appelé. Oui, oui, je comprends bien … Au revoir.

George Sheridan raccrocha et s'allongea sur le canapé de son bureau. Il demeura allongé un long moment, les yeux fermés.

Il compta silencieusement jusqu'à cinq. Cinq secondes, c'était probablement le temps qu'il faudrait pour que la nouvelle ne se répande et les appels des actionnaires paniqués et autres clients inquiets ne commencent à affluer. La situation était trop grave pour qu'ils essaient d'appeler au siège de la banque.

Un, deux, trois, quatre, …

Le téléphone de son bureau et son portable se mirent à sonner presque simultanément. Il ne bougea pas.

Il n'arrivait pas à y croire. Cette fois, c'était terminé : la banque allait faire faillite. Il n'y avait pas d'autre alternative. Il n'y aurait pas de repreneur, pas de miracle de dernière minute. Pourtant, jusqu'au bout, il avait voulu y croire, espérer que l'issue serait différente. Il avait tout fait pour.

Il s'était démené comme un fou, avait plusieurs fois fait le voyage jusqu'à Washington, presque supplié (ce qu'un Sheridan ne faisait jamais par principe) pour obtenir une aide de la Réserve férérale. Lorsqu'il avait compris que cela n'arriverait pas, il s'était rabbatu sur New York. Il avait alors contacté tout ce que la ville comptait de personnages riches et influents, il avait fait tout ce qu'on lui avait demandé dans l'espoir que … Mais rien n'y avait fait.

La société de Robin Van der Bildt n'allait pas racheter la Sheridan Brothers comme il l'avait maintes fois sous-entendu. Ce dernier n'avait même pas pris la peine de l'appeler pour le prévenir, préférant laisser l'une de ses assistantes se coltiner le sale boulot.

Le simple fait de penser à ce type et à ce qu'il avait peut-être fait le rendait fou. Toujours allongé sur le confortable canapé de cuir, Goerge serra les poings.

Mais au fond, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, il le savait bien. Il n'avait pas été prudent. Depuis qu'il avait commencé à travailler pour la banque, à l'époque dirigée par son père, il avait toujours suivi une règle à la lettre: ne jamais mélanger le travail avec la vie de famille. C'était pour cette raison qu'il ne ramenait jamais rien d'important chez lui, quitte à rester très tard au bureau, quitte à manquer les spectacles de sa fille et les soirées de charité auquelles Nicole tenait à le traîner pour montrer à quel point les Sheridan formaient un couple aimant et soudé. Mais elle avait fini par comprendre ce qu'il était vraiment et avait abandinné cette idée.

Quant à Megan … Il n'avait pas eu besoin de l'interroger, ni même de lui parler pour savoir qu'elle était entrée dans son bureau, son antre. Cela se lisait sur son visage. La manière dont elle le regardait, dont elle l'évitait, son renfermement sur elle-même, la distance qu'elle instaurait entre eux comme si le simple fait de lui parler la dégoûtait … Tout indiquait qu'elle savait ce qu'il avait fait.

George rouvrit les yeux et soupira.

Comment en était-il arrivé là ? Il n'avait pourtant jamais eu l'intention de faire du mal ni de violer la loi. Il ne pensait pas que ça irait si loin. Sans doute était-ce ce que tous les escrocs prétendaient, une fois pris, mais dans son cas, c'était la stricte vérité.

La seule chose qu'il pouvait dire pour se défendre, c'était que ce n'était pas son idée mais c'était bien là sa seule circonstance atténuante.

La banque avait perdu beaucoup d'argent à cause de mauvais placements. Sa vice-présidente, Linda Thompson, l'avait convaincu de truquer les comptes pour masquer les pertes de plus en plus importantes. Pire encore, il avait accepté d'utiliser l'argent des clients de la banque le temps de se renflouer. Sans les en avertir au préalable bien évidemment. Il était pris dans l'engrenage et leur situation financière ne s'arrangeait pas alors il avait continué. Il ne se rendait même plus compte de l'énormité de ce qu'il faisait, déplaçant des dizaines de milliers de dollars d'un compte à l'autre en espérant que la situation s'arrangerait.

Sauf que ça n'était jamais arrivé et qu'ensuite, Megan avait découvert ce qu'il faisait.

Connaissant sa fille comme il la connaissait, il se doutait qu'elle ne garderait pas ses informations pour elle et lui réclamerait bientôt des comptes. Mais elle n'en avait rien fait. Elle était restée silencieuse des mois durant et il s'était dit qu'elle n'avait peut-être pas compris la signification de ce qu'elle avait vu en entrant dans son bureau cet été.

Il secoua la tête, encore surpris par l'ampleur de sa propre bêtise. Bien sûr que Megan avait compris. Et elle avait agi. Elle était éprise de justice et d'égalité et n'avait que faire de la réputation de leur famille ou de son père.

Il n'aurait toutefois jamais imaginé qu'elle puisse aller si loin, jusqu'à contacter une tierce personne, un professeur d'économie, pour le dénoncer, s'assurer qu'il paie pour ses malversations financières.

Et pourtant, elle l'avait fait, d'après Linda Thompson. Elle était allée jusque là. Mais Linda disait s'être occupée du « problème » Amar Besbe. Comme Robin Van der Bildt prétendait vouloir s'occuper de sa banque. Et voilà où il en était. Il n'aurait jamais dû faire confiance à ce type, qui, tant sur le plan professionnel que personnel, n'avait fait que le décevoir et le trahir.

Depuis leur arrivée dans ce pays, les Sheridan ne pouvaient compter que sur eux-mêmes, ne cessait de lui répéter son père, et il avait raison. Il aurait mieux fait de l'écouter, prendre les décisions lui-même, seul, sans y mêler Linda Thompson ou Robin Van der Bildt. Mais il était trop tard pour se lamenter. Ça, il l'avait compris après la mort de Megan et avait depuis agi en conséquence. Il savait que personne ne comprendrait jamais ses actes mais tant pis. Il avait tenté de faire au mieux, de s'en sortir avec les cartes qu'il possédait et avait échoué.

Il se leva lentement, avec bien plus de difficultés qu'un homme de son âge aurait dû en avoir, et quitta le bureau. Il ne le referma pas à clé, il n'avait plus rien à cacher maintenant.

Le bruit de ses pas résonnait lugubrement dans l'appartement vide alors qu'il se dirigeait vers le salon.

George avait beau retourner la situation dans tous les sens, il ne voyait pas d'issue à ses problèmes. Il n'y en avait sans doute pas d'ailleurs.

Au moment où il entrait dans le séjour, il se figea et tendit l'oreille, soudain aux aguets. Il lui semblait avoir entendu quelqu'un … Mais non, ce n'était que le bruit d'une clé dans la serrure. Nicole sans aucun doute.

Retenant un rire devant sa couardise et la petite frayeur qu'il venait d'avoir, l'homme se détendit. Effectivement, c'était bien Nicole qui entrait dans leur appartement. Elle était en pleine conversation téléphonique et l'interlocuteur ne lui était pas étranger.

OOoOo

— Nicole ? Nicole, vous êtes toujours là ?

Sonnée par ce qu'elle venait d'apprendre, Nicole agrippa son téléphone portable. Elle le serrait tellement fort qu'il semblait collé à son oreille. Il lui fallut quelques instants pour se reprendre.

— Oui, oui, je suis là … Peter, êtes-vous certain de ce que vous avancez ? Qu'est-ce qui peut bien vous faire croire que mon mari et Robin sont mêlés à la mort de Megan ? lui demanda-t-elle en s'extirpant fort peu élegamment du taxi.

Elle paya le prix de la course et s'engouffra dans l'immeuble, sans un regard pour le portier.

— Megan avait découvert des … choses sur leurs banques et leurs pratiques peu orthodoxes, lui expliqua Peter. Ce serait trop long à vous expliquer maintenant mais je peux vous dire que c'était extrêmement compromettant et que Megan n'avait pas l'intention de garder ses découvertes pour elle. Elle a d'abord contacté un prof d'économie de Columbia. Ensuite, elle a essayé de s'introduire par effraction dans le système informatique du groupe VDB …

Cette fois, Nicole manqua de lâcher son téléphone portable.

— Megan a essayé de pirater le système de la société de Rob ? Mais pourquoi ?

— A mon avis, elle essayait de confirmer ses soupçons et éventuellement de trouver des preuves. Mais elle a été surprise par l'assistante de Van der Bildt et n'en a pas eu le temps.

Avec une inhabituelle frénésie, elle appuya sur le bouton rouge de l'ascenseur.

— Rob ne m'a jamais parlé de ça, réalisa-t-t-elle d'une voix blanche.

— C'est bien ce que je me disais. Maintenant, Nicole, demandez-vous pourquoi votre très cher ami Robin ne vous a pas mise au courant. C'est quand même très grave ce que Megan a fait, elle aurait très bien pu être renvoyée. Moi, j'ai ma petite idée sur ...

— Attendez, l'interrompit-elle, j'ai un double appel. Je le prends et je vous rappelle tout de suite, d'accord ?

— Bien, j'ai des choses à faire mais il faut que je vous parle d'autre chose.

Le cœur de Nicole manque un battement lorsqu'elle vit que l'autre appel provenait de Rob. Elle faillit ne pas décrocher mais se ravisa. Elle devait lui parler. Cela ne servait à rien de se cacher dans un trou de souris, de se mettre des oeillères et de faire comme si rien de mauvais ne pouvait lui arriver. Il fallait qu'elle affronte la situation, c'était pour cela qu'elle avait engagé Peter.

Et puis peut-être Rob avait-il une explication logique à lui fournir., se dit-elle en se jetant presque dans la cabine d'ascenseur.

— Nicole, je voulais juste te mettre au courant en personne, commença-t-il.

— A quel propos ?

— Eh bien, à propos de la banque de ton mari, fit-il, sans cacher sa surprise. Tu sais, le possible rachat par la mienne …

— Ah oui, la réunion était aujourd'hui, n'est-ce-pas ? s'enquit Nicole qui avait complètement oublié cette histoire. Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Je suis désolé mais le conseil d'administration a rejeté la proposition de rachat. Les actionnaires ont voté de manière objective et malgré mon amitié pour George et toute l'affection que je te porte Nikki, je ne peux aller à l'encontre de leur décision. Donc la banque va faire faillite.

Elle sortit de l'ascenseur et son mobile toujours vissé à l'oreille, se dirigea vers son appartement, tout en sortant ses clés.

— Je ne t'ai jamais demandé d'intervenir de quelque manière que ce soit Rob.

— Bien, très bien. Dans ce cas, ...

— J'ai une question à te poser, à propos de l'enquête de ce détective privé sur la mort de Megan. Je sais que tu penses que c'est une mauvaise idée, ajouta-t-elle avant qu'il n'ait pu l'interrompre, mais je suis d'un autre avis. Je voulais juste savoir si tu en avais parlé à quelqu'un d'autre. De l'enquête, j'entends.

Elle inséra ses clés dans la serrure.

— Je n'en ai parlé qu'à Leila MacEwan, pour que ton détective puisse l'interroger. Sinon, je l'ai gardé pour moi.

Nicole entra dans l'appartement en répétant ce nom. Elle sursauta en constatant qu'elle n'était pas seule. George était déjà dans le salon. Elle raccrocha précipitamment, repensant à ce que Peter lui avait appris.

— George ! Comment se fait-il que tu sois là ?

— A qui parlais-tu ? lui demanda-t-il, d'une voix dure, sans prendre la peine de lui répondre.

— Je … Avec Rob. Il m'a mise au courant pour la faillite. Je suis désolée.

— Qu'a-t-il dit d'autre ?

— Qu'il ne pouvait pas influer sur les décisions des autres membres du conseil d'administration et que ça n'avait rien de personnel. Ce n'est pas contre toi.

George éclata d'un rire froid, sans joie.

— Pour un homme qui n'a rien contre moi, il semble décidé à me gâcher la vie. Il se mêle de mes affaires de famille, s'emploie à faire couler ma banque, saute ma femme sous mon nez ...

Nicole sursauta. Comment était-il au courant ?

— Plutôt que de vociférer, tu devrais réfléchir un peu et te demander pourquoi je suis allée voir ailleurs. Rob me traite comme une vraie femme, pas comme une colocataire ou une façade de respectabilité pour cacher sa vraie nature.

Devant l'air ahuri de son mari, elle décida d'enfoncer le clou.

— Je le sais depuis longtemps George, avoua-t-elle. Tu te croyais discret ? Tu es homosexuel et notre mariage n'est qu'un écran de fumé destiné à le cacher à notre petit monde bien comme il faut. Mon Dieu, un Sheridan gay, quel scandale !

Le teint livide, George resta sans voix un long moment.

— Et alors, de quoi te plains-tu ? Notre simulacre de mariage vous arrangeaient bien, toi et ta bâtarde de fille quand …

Il s'interrompit brusquement, réalisant tout d'un coup l'énormité de ce qu'il venait de dire. Comme lui quelques instants plus tôt, elle demeura un instant sans réaction, choquée, bouleversée. Etait-ce vraiment lui, l'homme auquel elle avait été mariée durant plus de quinze ans ? L'homme qu'elle avait choisi, par défaut certes mais tout de même choisi, pour être le père de sa fille ? Elle sentait ses entrailles la brûler à cette simple pensée.

Sans pouvoir se contrôler, Nicole saisit l'horrible vase offert par sa belle-mère pour leur quinzième anniversaire de mariage et le lui lança.

OOoOo

Debout de l'autre côté de la vitre sans tein, Peter regardait le jeune Jeremy. Il était assis seul dans la salle d'interrogatoire. Il semblait effrayé et malgré ses vingt-et-un ans, terriblement jeune.

Le détective se sentait un peu coupable, à vrai dire. Lorsqu'il avait enfin reconnu Jeremy MacEwan sur les photos, il n'avait pas su quoi faire et avait fini par prévenir Delgado. L'idée de mêler la police à cette affaire ne lui plaisait pas mais l'inspecteur lui semblait digne de confiance. Il paraissait déterminé à découvrir la vérité depuis le début et bien qu'un peu têtu, il était foncièrement honnête. Il avait même autorisé Peter à l'accompagner chez les MacEwan.

Carlos entra dans la salle d'interrogatoire, un dossier à la main.

— Alors Jeremy, dit-il en se laissant lourdement choir sur la chaise, tu sais que tu as été dur à trouver ? Tu te cachais, c'est ça ?

— Et pourquoi est-ce que ce vous me cherchiez ? Je n'ai rien fait de mal, se défendit le jeune homme. Qu'est-ce que vous me voulez ? Vous êtes comme les autres, hein ?

— Les autres ? Quels autres ?

Mais Jeremy demeura silencieux et Carlos reprit :

— Je t'ai amené ici pour parler de Megan Sheridan. J'ai appris que tu la voyais avant sa mort.

Jeremy releva la tête, il paraissait encore plus méfiant.

— Ah ouais ? Qui vous a dit ça ?

Sans se démonter, le policier ouvrit son dossier et en sortit plusieurs photographies qu'il étala sur la table. C'était, Peter en était certain, des agrandissements de celles envoyées par Sally Ann plus tôt dans la journée.

À leur vue, le jeune homme blêmit et saisit l'une d'entre elles entre ses longs doigts fins.

— Megan les conservait précieusement chez elle. Visiblement, elle tenait beaucoup à toi et je suis sûr que la réciproque est vraie.

Comme Jeremy gardait le silence, les yeux fixés sur les photos, Delgado poursuivit :

— Megan n'est pas morte accidentellement. Je le sais et tu le sais aussi, j'en suis sûr. Je sais aussi que tu ne veux pas que celui qui l'a tuée s'en sorte impuni. Alors il faut que tu m'aides.

— Comment ? Je ne sais rien de ce qui s'est passé le soir de sa mort. J'étais venu à l'hôtel parler à ma sœur mais je n'ai pas vu Meg ...

— Attends un peu … Tu étais au Plaza ce soir-là ?

Jeremy hocha lentement la tête.

— C'était l'après-midi en fait mais c'était pour parler avec Leila.

Carlos le considéra un long moment, comme s'il le voyait d'un œil nouveau, mais étonnamment, il choisit de ne pas approfondir la question et changea de sujet.

— Je suis sûr que tu possèdes des informations utiles. Commençons par le début, veux-tu ? Comment est-ce que tu as rencontré Megan ? Est-ce que c'est par l'intermédiaire de ta sœur ? Je sais que Megan a fait un stage dans la société où elle travaille, l'été précédent sa mort.

À quelques mètres de lui, Peter vit le jeune homme hocher nerveusement la tête.

— Ouais, mais ce n'est pas comme ça que je l'ai rencontrée. Ça non. Leila ne nous aurait jamais présenté. On s'est croisé au centre de l'hôpital Beth Israël. Le centre pour les schizophrènes et leurs familles, ajouta-t-il d'un ton de défi.

— Tu es schizophrène ?

— Oui. Depuis … depuis tellement d'années que je n'arrive pas à me rappeler ma vie d'avant. D'ordinaire, c'est le genre de truc qui fait fuir les gens à plusieurs kilomètres mais Meg n'était pas comme ça.

— Elle était comment ?

— Différente, répondit simplement Jeremy.

Le regard un peu vague, il semblait perdu dans ses pensées, plongé dans ses souvenirs et il lui fallut quelques instants pour revenir à lui lorsque Delgado l'interrogea de nouveau.

— Jeremy, qu'est-ce que Megan faisait à Beth Israël ? répéta l'inspecteur de police.

— Elle m'a dit qu'elle écrivait un article pour le journal de son lycée. Sur un condamné à mort en Pennsylvanie. Le type est aussi schizophrène et ses défenseurs pensent que ça pourrait lui éviter la chaise. On s'est croisé par hasard et elle a été super sympa. La plupart des gens ont peur de moi mais pas elle … Tout s'est fait naturellement, expliqua-t-il d'une voix presque rêveuse.

Même de son poste d'observation, Peter pouvait voir le scepticisme du policier.

Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, il croyait à l'histoire de Jeremy et pas seulement parce que les photos cachées par Megan en attestaient. Il devinait chez ce jeune homme blond une fragilité et un mal-être profond, peut-être antérieurs à sa maladie, qui ne pouvait que séduire Megan. Peter ne l'avait pas connue mais il avait passé suffisamment de temps à reconstituer les derniers mois de son existence, à essayer de la comprendre et de voir le monde avec ses yeux pour savoir ce qui lui plaisait.

Et un garçon comme Jeremy MacEwan, tellement différent de son précédent petit ami, ce gendre idéal de Jake, appartenait à cette catégorie.

Pour couronner le tout, avec ses cheveux blonds en bataille et ses yeux verts un peu triste, il avait tout du jeune écorché vif que la vie n'avait pas épargné. Megan aurait voulu le sauver comme elle voulait sauver Eddie Petterson, les clients floués de la banque de son père et bien d'autres encore.

— Tout à l'heure, tu as dit que Leila ne vous aurait jamais présenté. Pourquoi ?

Jeremy sembla hésiter l'espace d'un instant avant de se lancer.

— Ma sœur n'appréciait pas tellement Meg, confessa-t-il. Ou plutôt, elle l'aimait bien mais elle ne voulait pas qu'elle ...

— Qu'elle se mettre entre vous deux ? devina Carlos.

— Oui, c'est ça. Depuis des années, il n'y a toujours eu que nous deux. En-dehors de son boulot, Leila n'a que moi et moi, je n'ai qu'elle. Et puis, ajouta-t-il après une courte pause, elle trouvait Meg irresponsable et immature.

Peter haussa un sourcil, étonné. Megan avait probablement ses défauts mais ni l'irresponsabilité ni l'immaturité ne semblait en faire parti.

— Qu'est-ce qui lui faisait dire ça ? voulut savoir l'inspecteur qui paraissait lui aussi surpris.

— C'est à cause de cette fête dans les Hamptons, cet été. Meg et moi, on y est allé ensemble et on a pris quelques trucs. Quand je suis rentré, Leila était hors d'elle et elle s'est mise à hurler qu'elle était morte d'inquiétude et qu'avec mon traitement, c'était beaucoup trop dangereux. Mais, moi je m'en fichais. Le plus important, c'est que Meg me traitait normalement, pas comme une bombe susceptible d'exploser au moindre faux pas. Personne ne m'a jamais aimé de cette façon-là, murmura-t-il. Personne.

Ses yeux verts brillaient de larmes contenues et il inspira profondément, cherchant à se ressaisir.

— Tout de même, ça ne devait pas être rose tous les jours, intervint brusquement Delgado. Elle sortait avec un autre type, si je me souviens bien. Un certain Jake Thompson.

— Elle n'était plus vraiment avec lui.

— Ah bon ? Ce n'est pas ce qu'on m'a dit. Et puis, elle était enceinte de lui au moment de sa mort donc, d'une manière ou d'une autre, ils étaient encore … proches.

Jeremy tapa brusquement du poing sur la table, faisant voler quelques photos. Peter les regarda s'éparpiller sur le sol.

— Non ! Elle était avec moi. C'était moi le père, pas ce Jake ! Lui, c'était que pour la gallerie.

— Qu'en sais-tu ?

— Elle me l'a dit !

— Peut-être bien qu'elle t'a menti. Peut-être qu'elle t'aimait bien mais seulement comme distraction estivale, pas comme son vrai petit copain. Avoue que tu aurais fait tâche au repas de famille.

Jeremy secoua la tête.

— Non, vous vous trompez. Megan m'aimait.

— Si tu le dis … Au fait, elle voulait avorter. Tu étais au courant de ça ?

— Ouais, répondit-il dans une sorte de grognement. Quand elle m'a dit qu'elle était enceinte, j'ai essayé de la convaincre de le garder mais elle n'arrêtait pas de dire que ce serait une catastrophe, qu'on était beaucoup trop jeune pour devenir parent. Et ma sœur était d'accord avec elle, évidemment.

— Leila savait que Megan était enceinte ?

Jeremy hocha la tête en reniflant bruyamment.

— Je le lui ai dit. On partage tout, Leila et moi, donc je lui parlais de Meg … même si notre relation ne lui plaisait pas. Quand elle a su qu'elle comptait avorter, elle était tellement soulagée qu'elle a offert de payer pour tout, avoua-t-il.

Il éclata un rire sans joie.

— Finalement, ça n'a pas été utile, n'est-ce pas ?
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