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Participation au concours "La légende du Héron".

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Il était une fois un royaume gouverné par une terrible reine. On l’appelait la Reine Noire car personne ne connaissait son véritable nom. On ne savait pas non plus comment elle était arrivée là ni depuis combien de temps elle régnait. La vérité, c’est qu’elle avait assassiné le roi légitime, et comme elle avait des pouvoirs de sorcière, elle avait rendu amnésiques tous les habitants du royaume afin qu’ils ne puissent l’accuser du meurtre de leur souverain véritable et la chasser du palais. Elle s’était d’abord emparé de sa couche, puis de sa couronne, après lui avoir tranché la gorge dans son sommeil.

Ce que la Reine Noire ignorait, car tout était allé très vite, c’est que le roi avait eu une fille d’une première union. Cette idylle avait été de courte durée car la première compagne du roi était une fée, et les fées ne restent jamais bien longtemps dans le monde des humains. Quand la fée était partie, elle avait laissé l’enfant en nourrice chez une femme dans la capitale du royaume. En effet, la fillette, à moitié humaine, ne pouvait vivre dans le monde des fées. Elle s’appelait Léonore, et ignorait tout de son ascendance.

Quand elle eut seize ans, sa mère lui apparut en rêve et caressa son front d’une plume aux couleurs de feu. Ses souvenirs d’enfance lui revinrent instantanément, même si elle n’avait eu que deux ou trois ans quand la fée était partie. Elle comprit pourquoi elle ne craignait pas la Reine Noire, comme tous les autres habitants du royaume, mais éprouvait à son égard une rage brûlante.

Le lendemain matin, elle rassembla quelques maigres effets et partit en quête du royaume des fées. Elle ne savait absolument pas quelle en était la route et décida de simplement marcher droit devant elle. Si sa mère lui avait ainsi rendu visite en rêve, c’était sûrement pour une raison, et Léonore était persuadée qu’elle viendrait à son aide. Elle marcha pendant neuf jours, en se nourrissant d’abord du pain et du fromage qu’elle avait emportés, puis simplement des champignons et des fruits qu’elle trouvait sur sa route. Pas un instant elle ne douta qu’elle arriverait à destination le moment voulu.

Le neuvième jour, alors que le crépuscule tombait et que le monde se remplissait de brume, Léonore aperçut un pont. Elle comprit immédiatement que c’était là qu’il lui fallait aller. Quand elle fut au milieu du pont, elle se retourna. Le paysage derrière elle avait disparu, et elle ne voyait plus qu’elle-même, comme dans un miroir. Elle se retourna encore, et cette fois se retrouva non pas face à elle-même mais face à sa mère. Celle-ci lui ressemblait tellement que l’espace d’un instant, elle crut être confrontée à un autre miroir. Mais la fée avait une longue robe couleur de flammes, qui n’avait rien à voir avec les hardes que portait Léonore. Elle arborait également un étrange diadème qui semblait être uniquement fait de plumes rousses.

La fée tendit la main, Léonore la prit et bascula dans son monde.

Aussitôt, la peine, l’oppression, la faim et la douleur, qui avaient été ses amies intimes pendant toutes les années où elle avait vécu sous la domination de la Reine Noire disparurent pour devenir à peine un souvenir. Elle passa trois jours et trois nuits dans le royaume des fées. Elle y parla longuement avec sa mère, s’entretenant de choses et d’autres pendant des heures et des heures. Ce faisant, sa mère lui transmit certains de ses pouvoirs magiques.

Au bout de trois jours et trois nuits, Léonore sut d’elle-même qu’il était temps pour elle de retourner dans le monde des hommes. Elle prit congé de la fée, et celle-ci lui fit un dernier cadeau : elle enleva son diadème de plumes et le posa sur la tête de sa fille. Elle lui donna aussi un sac magique qui lui fournirait de la nourriture tout au long de son trajet, et même après si nécessaire.

Quand Léonore fut de retour dans le monde des hommes, elle le trouva bien changé. Le sac magique se révéla bien utile, car elle n’aurait pu trouver aucune nourriture dans les bois et le long des chemins qui la ramenèrent chez elle. Les arbres étaient morts ou moribonds, et aucune plante ne poussait plus.

Neuf jours plus tard, elle arriva en vue de la capitale. Les maisons étaient devenues des ruines. Partout dans les rues on croisait des mendiants qui mouraient visiblement de faim. Léonore puisa dans son sac magique, encore et encore, pour les soulager. Le palais de la Reine Noire, par contre, semblait encore plus imposant et menaçant qu’avant son départ. En arrivant à la maison de sa nourrice, elle découvrit que celle-ci avait disparu et que la poussière de trois années s’était déposée partout sur les meubles et le sol.

Alors Léonore comprit deux choses. La première, c’était que seule sa présence avait jusqu’alors empêché les néfastes pouvoirs de la Reine Noire de se manifester avec leur pleine capacité. La seconde, c’était que alors que trois jours seulement s’étaient écoulés dans le royaume des fées, trois années avaient passé dans le monde des hommes. Soudain terriblement inquiète, elle se précipita hors de la maison et courut vers la place du marché. Là, de nombreuses personnes vivaient dans des cahutes misérables, de simples planches recouvertes de sacs de toile qui ne protégeaient vraiment ni du froid ni des intempéries.

Léonore courut de l’une à l’autre, et finit par dénicher sa nourrice dans l’un de ces abris précaires. Celle-ci lui apprit qu’elle avait été chassée de sa maison car elle était incapable de payer les taxes insensées qu’exigeait d’elle la Reine Noire. Beaucoup d’autres habitants de la capitale étaient dans son cas. Révoltée, Léonore remit le sac magique à sa nourrice en la chargeant de distribuer des vivres à tous ceux qui avaient faim.

Et puis elle ferma les yeux et porta les mains à son diadème. A ce contact, ses doigts se couvrirent de plumes et bientôt ses bras s’étaient transformés en deux ailes, avant que son corps à son tour ne se métamorphose. Bientôt, à la place d’une jeune fille se tenait un magnifique héron dont le plumage semblait de flammes vivantes. Elle prit aussitôt son envol et se dirigea droit vers le palais de la Reine Noire.

Elle s’y engouffra par une fenêtre au sommet de la plus haute tour et parcourut à toute vitesse l’ensemble du palais. Ses ailes de feu embrasèrent tout sur leur passage. Les serviteurs s’enfuirent en courant, mais la Reine Noire se précipita dans la salle du trésor, voulant à tout prix récupérer ses richesses. Elle y mourut brûlée vive.

Léonore sortit du palais, toujours sous sa forme d’oiseau de feu. Elle fit trois fois le tour de la ville en volant, le temps que ses plumes s’éteignent. Enfin, elle put atterrir sur la place du marché sans danger pour les habitants qui l’acclamèrent à grands cris. Sitôt au sol, elle reprit sa forme humaine.

Avec la mort de la Reine Noire, les habitants retrouvèrent la mémoire qu’elle leur avait volé, et reconnurent en Léonore leur reine légitime. Ils reconstruisirent un palais, et elle s’y installa, pour gouverner avec justesse et bonté.
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