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Je n’ai jamais voulu le tuer. Je sais que c’est difficile à croire, mais ça n’a jamais été mon intention. A aucun moment.

Ce qu’il s’est passé… les choses m’ont échappé. Ce n’est pas ainsi que cela devait se passer…

Je sais, vous voulez des réponses. Mais je ne peux pas vous le dire, vous comprenez ? Si je vous expliquais, je risquerais de tout changer. Encore. Je sais, oui, bien sûr, c’est déjà le cas, probablement, mais je ne peux pas compliquer les choses encore plus.

Vous ne me croyez pas, évidemment. Je ne peux pas vous demander de me croire. Pourtant je n’ai pas d’autre explication à vous offrir. Vous voulez que je parle, oui… mais vous ne comprenez pas. Chaque mot est difficile pour moi, j’ai peur de faire une erreur, de dire une phrase de trop, de tout compromettre… je ne maîtrise pas totalement votre langue.

2012, c’est un peu un pays étranger. Tout est incroyablement… vibrant. Ce n’est pas le bon terme, n’est-ce pas ? Vous voyez, je continue à faire des erreurs. Non, je ne viens pas de si loin, relativement parlant… bien sûr, tout bien considéré, vous pourriez estimer que… mais non, je ne peux pas approfondir. Vous devez comprendre.

Pourquoi ? Oui, c’est important bien sûr. Mais vous ne parlez pas du meurtre, n’est-ce pas ? Vous parlez de moi. De mon but. J’ai bien compris. J’aimerais… par où commencer ? Ce n’était pas une simple expérience. Cela au moins, je peux vous le dire. Je n’ai pas fait tout ce chemin par simple curiosité. J’avais mes raisons, de bonnes raisons. Une fois de plus, c’est une question de point de vue, mais je pense que vous approuveriez.

Je sais. Excusez-moi. Tout cela est terriblement frustrant pour moi aussi, et je n’attends pas d’indulgence de votre part, après… eh bien, après ce qu’il s’est passé. Ce que j’ai fait. Bon sang, ce que j’ai fait…

Un nom, vous voulez absolument un nom ? Vous savez que je ne peux pas. Non, bien sûr que cela n’aurait pas d’incidence sur le futur, mais un nom est une chose puissante. Un nom contient trop de choses. Trop d’informations. Vous saisissez à présent ? Mais si vous avez besoin de m’en attribuer un, alors appelez-moi Traveller. C’est un nom plein d’histoire, après tout.

Oh non, il n’y a aucune énigme là-dessous, c’est votre histoire également… votre passé. Rien de mystérieux. Je ne cherche pas volontairement à vous perdre, je vous le promets. Un peu cliché ? Oui, je vous l’accorde. Ma foi, je vous laisse libre de m’appeler comme vous le souhaiterez… Traveller suffira ? C’est entendu.

Oh, je vous vois bien sourire. Vous pensez que je suis fou ? Ou grotesque, ou attendrissant ? Non, pas le dernier. J’ai tué quelqu’un, après tout. Et je vous fais peur, je crois. Ce n’est pas non plus mon intention. Pas plus que de tuer… cet homme. Non, je ne peux pas dire son nom. Ce serait dangereux. Vous le connaissiez ? Non ? Tant mieux.

Moi ? Oui, oui, je l’avais déjà rencontré avant. Ce n’était pas un inconnu. Je n’aurais pas… je ne suis pas un assassin de sang-froid, n’allez pas imaginer… mais vous ne pouvez pas savoir.

Non, ce n’est pas un voyageur. Pas comme moi, tout du moins. Il est bien de votre époque, pas de la mienne. Du… futur ? C’est comme cela que vous dites ? Bien sûr, bien sûr, pardonnez-moi ; la langue…

Vous n’avez pas à vous inquiéter. Vous trouverez ses papiers, ses traces, sa vie. Sa famille. Hélas, oui, sa famille… je suis navré. Les miens ? Non, vous ne trouverez rien, mais que cela ne vous empêche pas de chercher. Je sais que c’est nécessaire et vous aurez besoin de preuves. Ou d’absence de preuve, à défaut de mieux.

Oh, je pourrais vous en donner. Non, je ne peux pas, mais je pourrais… pardon, je m’exprime mal. Ce serait physiquement possible, mais moralement mal avisé. Je sais que vous êtes en 2012, vous devez avoir quelques notions de voyage temporel, n’est-ce pas ?

Impossible ? Ah, oui, évidemment. D’un point de vue scientifique, c’est exact. Je vous parle d’un point de vue éthique. Non, non, je ne cherche pas à vous perdre, voyons… je ne vous demande pas de chercher à comprendre les mécanismes, simplement les raisons qui m’empêchent de parler.

Non, c’est de ma faute. Le décalage. Les voyages temporels ne sont pas impossibles puisque je suis là, d’accord ? La physique… abandonnez la physique. Laissez-moi être franc avec vous : vous n’y connaissez rien. Sincèrement. Oubliez. Pour saisir ces notions, deux éléments indispensables doivent entrer en action, et un seul est déjà en place. Vous avez encore du temps devant vous.

Les autres ? Il n’y en a pas d’autre. Je suis le seul. Oh non, ce n’est pas de la vanité de ma part, non ! Je suis le seul à avoir eu la possibilité et la motivation. Et surtout, la solution. Vous n’avez pas à vous inquiéter.

Ma motivation n’était pas de tuer… de le tuer. Je le jure. J’ai simplement compris trop tard.

Un rapport ? Avec mon déplacement ? Oui. Oui, il y en a un. Il faut qu’il y en ait un, n’est-ce pas ? Sinon, il n’y aurait pas de cohérence.

Non, ce n’était pas Hitler. Un nouveau Hitler. Ni un scientifique. Ni un… non, arrêtez. Il n’était rien, vous entendez ? Il n’était rien de significatif dans la course de l’univers. Bien entendu, tout est important, tout est significatif, le battement d’aile du papillon, vous savez cela, n’est-ce pas ? Oubliez les papillons. Il n’était rien, mais il l’est devenu. Maintenant, il a changé le cours des choses.

Ou je l’ai changé. Mais en réalité, ce n’est ni lui ni moi. Pardon, je vous embrouille inutilement. Vous savez ce que j’ai dit, au sujet de mon nom ? Traveller ? Oubliez ça, s’il vous plait. Changez-le. C’est Trigger. Je suis Trigger.

Et j’ai appuyé sur la gâchette. Je l’ai tué. Pas sans raison pour autant, non. Ce n’était pas l’antéchrist, mais il avait compris. Il m’a cru. Je n’avais jamais envisagé cela. Comprenez bien qu’à aucun moment, je ne m’attends à ce que vous me croyiez. La raison en est bien simple : vous n’avez aucune raison de me croire, vous ne POUVEZ pas me croire. Si vous me croyez, vous êtes illuminé ou désespéré, ou désespérément crédule.

Mais lui m’a cru. Quand je lui ai expliqué, que je lui ai demandé son avis, il m’a répondu. Nous avons parlé. 2012… je suppose qu’il était excusable.

La date, oui, la date était importante. Ne croyez pas que j’ai atterri au hasard. La fin du monde ? Non, voyons, non, ne soyez pas stupide, vous n’imaginez tout de même pas que je vienne de décembre ? Encore que je ne voie pas d’objection majeure… mais non, non. Non. Les choses sont bien plus complexes qu’elles ne le paraissent.

Vous ne pouvez pas le voir, mais n’en soyez pas troublé, vous n’êtes pas les seuls. Les miens non plus ne le pouvaient pas. Pas comme je le vois, moi. Ils savent, ils comprennent, mais ils ne voient pas. Il y a tellement de façons d’imaginer, tellement de façons de changer les choses, de voyager… de voir. Comprenez-vous ?

De voir.

J’ai vu. J’ai choisi. Ce n’était pas une décision simple, à aucun moment. Pas même au moment d’appuyer sur la gâchette. Je sais ce que vous pensez, que celui qui est mort ne doit pas vraiment être en accord avec mes décisions. Je ne peux pas répondre à sa place, mais pensez à ceci : je n’ai aucun moyen de changer ce qui a été fait. Je ne peux pas recommencer. Je ne peux pas revenir en arrière. Je ne peux plus être Traveller, c’est fini. Tout ce qu’il me reste, nous reste, est la raison de ma venue. Ma motivation.

Je suis là, oui, et vous pouvez me juger. J’ai tué un homme. J’ai changé le cours des choses. Deux crimes essentiels. Mais quoique vous décidiez, quand vous aurez toutes les cartes en main, et celle-ci, je le crains, ne seront pas nombreuses… quoique vous décidiez, votre jugement ne changera rien pour moi. Car voyez-vous, je suis déjà perdu.

Je sens votre impatience. M’accorderez-vous encore un peu de votre attention ? Celle-ci est cruciale, j’en ai peur.

Je suis perdu, vous disais-je. Je suis un voyageur égaré. Mais je ne suis plus un voyageur, je suis un détonateur et j’ai tué un homme. Vous m’entendez ?

J’AI TUE UN HOMME.

Notez bien ce fait, je vous en prie, je vous en conjure, notez-le bien. Je l’ai tué. Cet homme réel, cet homme qui était un des vôtres, de votre temps, votre société. Et il est mort de ma main et de mon arme.

Maintenant, entendez-moi bien. Je ne serai pas jugé. Je ne serai pas acquitté. Ne souriez pas, ne tremblez pas. Je suis venu pour vous.

Hochez la tête si vous comprenez. Une fois. Faites-le. Allons, faites-le, qu’est-ce qui vous en empêche ?

Merci. J’ai votre attention, n’est-ce pas ?

Et maintenant, écoutez-moi. Ce sont mes derniers mots. J’ai tué cet homme pour vous. Pour qu’il y ait une victime, un crime, un cri, une preuve. Vous le connaissez. D’une façon ou d’une autre, vous devez savoir de qui je parle.

Votre temps est important. Mon temps… époque… ère… oh, peu importe, vous m’avez compris ! Mon temps dépend intimement du vôtre. Tant de choses dépendent… regardez autour de vous. Regardez la vitesse du monde, l’incroyable vitesse, le bruit et la fureur, essayez un instant de vous projeter en avant ou en arrière, au-dessus s’il le faut, et observez.

Observez. Est-ce que vous comprenez ? C’est maintenant. C’est MAINTENANT. Il y aura d’autres occasions, oui, mais aujourd’hui… votre temps… réalisez-vous seulement ?

Je ne peux pas vous offrir plus de mots, vous devrez m’en excuser. Chacune de mes syllabes est un défi à la hauteur de ce qui m’a amené ici.

S’il vous plait. Vous devez le voir. Vous POUVEZ le voir. Rien ne vous en empêche si vous le souhaitez… et il est d’une importance capitale, capitale vous m’entendez, que vous le voyiez. A la fois le détail et l’ensemble, et surtout, surtout, ce que vous ne voyez pas.

Pardonnez ma précipitation. Le temps qui m’est imparti touche à sa fin. Je regrette, vous n’aurez pas de clé aujourd’hui… mais vous avez mes aveux. Je l’ai tué. Oh oui, je l’ai tué. Je l’ai regardé mourir. Ca n’a pas pris longtemps, quelques secondes à peine, une simple détonation et très peu de respirations.

Des remords ? Je m’excuse. Je ne peux pas répondre à cela. Pas encore. Ce que je peux vous dire, cependant, c’est ce que j’ai vu sur son visage. Un mélange de trahison, de déception, de colère. Un peu de surprise, aussi. Mais je crois, je suis persuadé, qu’il avait compris. Je n’irai certainement pas jusqu’à dire qu’il m’a approuvé, ce serait… cynique, tout au moins.

C’est fini. C’est bientôt fini. Non, pas pour vous… pour vous, cela ne fait que commencer. Vous avez un travail ; non, une mission. C’est bien cela ? Le mot, le bon terme ?

Vous m’avez compris, je pense. Mais un crime ne peut pas suffire, il faut des mots historiques. Des paroles qui vous marquent, plus que du sang.

C’est entendu. Je vais essayer.

Sauvez le monde. Trouvez les questions. Cherchez d’autres réponses. Sauvez le monde. Appuyez sur le bouton. Non, je ne parle pas d’un bouton réel… servez-vous de… c’est inutile. Les mots sont inutiles. Vous savez.

Je sais que vous savez.

Allez-y. Maintenant.

MAINTENANT !
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