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Notes :
Participation à l'atelier #6 - Enfers

Mythologique

De l'antre d'Hadès aux brumes de Helheim en passant par les neuf cercles de Dante, les mythologies et la littérature nous offrent diverses visions de l'enfer.
En vous appuyant sur l'une d'entre elles, décrivez-nous le périple d'un personnage qui décide de visiter le séjour des morts.

Contrainte : Votre texte se présentera comme une réécriture assumée.
Gilbert Potofeu était un homme honnête. Entrepreneur dans le bâtiment, il se chargeait de construire les échafaudages nécessaires aux grandes constructions, tels que les immeubles. Catholique fervent, il allait régulièrement à la messe et avait monté gratuitement l’échafaudage nécessaire à la restauration de l’église de sa commune, ce qui lui valait la reconnaissance de tous, du maire, farouche anticlérical, à la bibliothécaire pincée qui gérait l’association de sauvegarde de l’église. Il avait même reçu une lettre de remerciement de l’évêque.
En un mot, Gilbert Potofeu était apprécié de tous, et personne ne doutait qu’il puisse aller ailleurs qu’au Paradis. Mais le Diable a des raisons que la Raison ne connait pas.
§§§

Tout commença un samedi, alors que Monsieur Potofeu se rendait à l’église pour vérifier l’avancement du chantier et s’assurer de la bonne mise en place des échafaudages, car il devait y avoir le lendemain, lors de la grand-messe, l’intervention d’une équipe du journal de TF1 venue évoquer les efforts des courageux bénévoles, et Potofeu espérait bien pouvoir se glisser au premier rang, pour apparaitre en gros plan dans le journal de Pernault.
Tout semblait en place, et Monsieur Potofeu contempla d’un air satisfait l’intérieur de l’église, avec ses prie-Dieu bien alignés et son pavage rutilant. Mais lors de ce coup d’œil autosatisfait, son regard croisa un détail qui le froissa : une dalle représentant un gisant datant du douzième siècle – c’était écrit sur le panneau explicatif à coté – semblait étrangement décelée. Il s’en approcha et constata qu’elle était légèrement sortie des encoches pleines de mortier qui l‘entouraient. Mécontent de ce détail improbable qui pourrait gâter le reportage, Potofeu décida de régler cela lui-même. Jetant un regard autour de lui pour vérifier que personne n’était entré, il sauta lestement sur la dalle funéraire pour la remettre en place en l’enfonçant à son emplacement primitif.
Mais à peine ses pieds touchèrent la dalle qu’il se sentit happé vers le bas, la dalle se dérobant sous lui. Celle-ci se révéla être une pierre escamotable libérant l’accès à un trou béant sous lequel on distinguait la cuvette pentue d’un toboggan, sur lequel Monsieur Potofeu glissa à plat ventre, tandis que la pierre se rabattait prestement derrière lui, le laissant dans le noir total. Pendant de longues minutes il dévala la pente sans pouvoir contrôler sa descente, se cognant quand l’étrange toboggan de pierre faisait un angle.
Il déboucha finalement sur la sortie après une glissade de plusieurs kilomètres. Atterrissant durement sur ses fesses, il se redressa, ébahi. Il se trouvait dans une grande salle voutée, au mur tapissé de torches. De chaque côté de la pièce, il voyait d’autres de ces tunnel-toboggans semblables à celui où il s’était fait quelques bleus, chacune des sorties étant surmontée d’un panneau indiquant le lieu de départ de la glissade. La plupart des lieux recensés sur les pancartes étaient des lieux saints, et au moment où il se demandait quel pouvait être ce lieu étrange un hurlement continu, et à moitié étranglé, se fit entendre. Monsieur Potofeu se tourna, inquiet, vers le lieu de provenance de la clameur, un des tunnels, dont le panneau indiquait « NOTRE DAME, PARIS, France ». Un bruit de dégringolade interrompit un instant le hurlement, qui était de plus en plus aigu par ailleurs, et surgit tel un boulet de canon, un homme asiatique habillé d’un bermuda et d’un t-shirt trop large, qui serrait dans ses mains crispées un gros appareil photo. Il roula sur lui-même avant de se relever, et là seulement, il avisa Monsieur Potofeu. Ils se dévisagèrent un moment sans comprendre, puis l’homme à l’appareil se mit à parler dans un idiome asiatique que Potofeu était incapable de comprendre. Il tenta d’expliquer son incapacité, mais l’autre se mit à crier d’une manière hystérique, visiblement paniqué.
C’est alors que surgit de nulle part, ou du moins d’une sorte de nuage de fumée, un autre homme. Mais c’était l’homme le plus étrange que Monsieur Potofeu n’ait jamais vu. Sa peau avait une teinte rougeâtre très peu naturelle, et le costume de bureau qu’il portait possédait un trou dans le dos pour laisser passer une queue se terminant en pointe de flèche. Ses yeux noirs étaient perçants, il portait une petite barbiche ramenée en pointe vers l’avant, et arborait à l’oreille une boucle à laquelle pendait un minuscule pentacle. Il tenait contre sa poitrine un épais dossier, et, apercevant celui qui devait être un touriste asiatique, soupira et sortit de sa poche un portable dernier cri sur lequel il pianota un numéro d’un air dégouté.
- Passez-moi Yanluowang (1), il y a encore eu un problème de livraison, dit l’étrange personnage dans son portable. S’il n’est pas libre passez-moi le responsable des enfers périphériques !
Le personnage attendit un instant, puis reprit visiblement énervé :
- Dites-lui de me rappeler aussitôt alors.
Il éteignit le portable avec un autre soupir effaré. Regardant l’homme asiatique, il le dévisagea un long moment, comme pour réfléchir à ce qu’il allait en faire, puis semblant se rappeler de quelque chose, il se tourna vers Monsieur Potofeu :
- Gilbert Potofeu, c’est bien ça ? Bienvenue en enfer Monsieur. Excusez-moi pour l’attente, voici votre badge et votre invitation.
Potofeu, éberlué, attrapa comme dans un rêve le badge plastifié que lui tendit l’homme en costume, accompagné d’un épais papier de bristol ; il le lut à la lueur d’une torche :

LUCIFER
Directeur général des Enfers et chargé des Démons,
Vous convie dans son bureau aujourd’hui à 18h (heure satanique).
Présentez-vous au poste 666 une demi-heure avant.


Monsieur Potofeu resta un instant interdit face à cette carte, se demandant quelle blague on cherchait à lui faire. Il se tourna vers le l’homme en costume pour lui demander quand prendrait fin sa plaisanterie, mais le téléphone de celui-ci se remit à sonner de manière tonitruante, interprétant une version digitale de « Highway to Hell » d’ACDC. Interrompant d’un geste de la main Monsieur Potofeu qui ouvrait la bouche pour parler, il décrocha après jeté un coup d’œil sur l’écran pour y lire le nom de son correspondant :
- Yanluo ! Comment vas-tu ? Non rien de grave, juste une nouvelle erreur de livraison. Sur la plateforme des lieux saints. Oui, oui celle des envois directs depuis la surface. Tu peux envoyer quelqu’un le chercher ? Ok, bye mon Lulu.
Replaçant le portable dans sa poche, il se tourna vers Monsieur Potofeu qui tenait toujours le bristol, et avait, il faut l’avouer, l’air un peu perdu et idiot d’un homme en état d’ébriété. L’homme au costume lui parla d’un ton administratif, à la fois onctueux et quelque peu affecté, qui se voulait plein de sollicitude :
- Puis-je vous aider ? Peut-être voulez-vous que je vous accompagne au poste 666 ?
Mais cela suffit à faire perdre patience à Potofeu, le rouge lui monta aux joues, et il tonna :
- MAIS QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE CIRQUE ?! RAMENEZ-MOI CHEZ MOI TOUT DE SUITE !
- Bien sûr Monsieur, je pense que nous vous reconduirons à votre domicile après l’entretien, si le directeur l’autorise. Mais vous ne semblez pas au courant des affaires qui vous amènent, alors je vais conduire pour éviter que vous vous perdiez. Je dois juste attendre les livreurs de Yanluowang pour qu’ils récupèrent le colis.
En parlant de colis, il désigna l’homme asiatique dont l’appareil photo pendouillait autour de son cou, tandis qu’il tentait par de vaines ruades et tortillements de remonter dans le tunnel par lequel il avait atterri ici. Ils attendirent quelques secondes dans un silence seulement troublé par le crissement des ongles de l’homme s’agrippant à la pierre du toboggan. Puis un nuage de fumée grise apparut soudainement au milieu de la pièce, s’estompant pour laisser passer deux hommes à l’allure encore plus déconcertante que celui qui portait costume et téléphone : ils ressemblaient aux soldats de terre-cuite chinois que Monsieur Potofeu avait eu l’occasion de voir lors d’une exposition, si ce n’est que leurs armures, d’aspect médiéval, étaient rouge sang, et leur peau d’une blancheur cadavérique. Ils tournèrent un instant les yeux vers Potofeu, et il fut glacé d’effroi : leurs yeux pareils à ceux de certains lapins étaient d’un rouge transparent, et le fixaient impitoyablement.
- Non Messieurs, ce n’est pas lui. Le colis est là-bas, caché dans le toboggan d’entrée, leur désigna l’homme au costume.
Ils avancèrent vers le tunnel, glissant sur le sol tel des fantômes et attrapèrent chacun un pied du touriste asiatique qui se débattait piteusement en poussant des hurlements.
- Merci pour votre intervention rapide messieurs, transmettez mon bonjour à votre chef. Bon retour dans les enfers périphériques, susurra l’homme au costume tandis que les deux étranges soldats disparaissaient dans un nouveau nuage de fumée, emportant avec eux l’homme qu’ils trainaient toujours par les pieds.
Il se tourna en affectant une expression outrée vers Monsieur Potofeu, toujours figé d’horreur après l’apparition des étranges soldats.
- Yanluo en fait beaucoup trop. Une touche de pittoresque peut être sympa mais là, c’est atroce. Je ne comprends pas qu’il soit si attaché au traditionalisme, nous avons pour notre part depuis longtemps renoncé aux pieds fourchus et aux cornes. Il n’y a plus que les vieux démons has-been qui les portent.
Il alla ouvrir une porte, apparue miraculeusement dans le mur nu, et s’effaça pour laisser poliment passer Monsieur Potofeu, qui l’écoutait parler en se demandant s’il devait fuir face au fou-furieux qui tenait de tels propos. Mais l’homme au costume continuait ses commentaires :
- C’est sans doute en réaction à tous ces communistes maoïstes qu’on lui a envoyés qu’il continue d’utiliser ces vieux costumes, sans doute ont-ils essayé d’imposer une révolution culturelle…
Il conduisit Monsieur Potofeu à travers un dédale de couloirs, croisant de nombreuses portes fermées. Marchant rapidement à la suite de son accompagnateur, Potofeu n’eut que le temps de jeter de brefs coups d’œil vers ces portes, qui portaient des mentions diverses, écrites en grosses lettres gothiques : « Salle d’archivage des pactes avec le diable, période 1450-1550 », « Centre de documentation pour malédictions et blasphèmes », « Salle de lecture Alighieri (2)»…
Ils traversèrent d’immenses couloirs sans s’arrêter et débouchèrent bientôt dans une partie nettement plus claire et à la structure plus moderne, l’homme au costume précisa alors :
- Nous sommes dans la partie administrative des Enfers, pour rejoindre les Cercles, il faut prendre l’ascenseur qu’on trouve au bout du couloir.
Il désigna une grande porte de métal brossé à l’extrémité de l’allée, qui était surmontée d’un écran digital sur lequel on pouvait lire « Cinquième cercle, en remontée ». Ils tournèrent encore un instant dans les couloirs jusqu’à se trouver devant une porte vitrée à ouverture magnétique ; l’homme au costume se contenta de passer sa main devant la porte pour que celle-ci lui laisse le passage, mais quand Monsieur Potofeu voulut le suivre, la porte, mue par quelque force invisible, se referma avec fracas. L’homme au costume se tourna et se frappa le front. Il cria à travers la vitre :
- UTILISEZ VOTRE PASS.
Monsieur Potofeu, sorti le badge plastifié qu’il avait fourré dans sa poche, et suivant les indications de l’homme au costume à travers la vitre le brandit face à la porte qui s’ouvrit instantanément.
- Excusez-moi, nous recevons assez peu de public non-damné et je n’ai pas l’habitude d’avoir à utiliser ce genre d’artifice. Ces portes sont faites pour empêcher le passage d’entités pures ou d’âmes de mortels qui n’ont pas encore été jugées. Lucifer lui-même a délivré ce pass spécial pour vous.
Monsieur Potofeu avait du mal à suivre l’étrange conversation de son hôte, mais il tenta néanmoins de clarifier la situation pour son cerveau incapable de digérer les informations incroyables qui lui arrivaient.
- Vous n’avez pas besoin de badge… Vous êtes quoi exactement ?
L’homme au costume prit un air navré, et, s’inclinant profondément, se présenta :
- Excusez cet oubli, je suis Asmodée(3), Surintendant des Enfers et grand patron des maisons de jeu.
- Alors vous êtes… Un démon ?
- Bien sûr ! Quoi d’autre ? Vous êtes en enfer mon cher Monsieur, le personnel de l’infrastructure n’est constitué que de démons.
Potofeu resta un instant bouche bée, incapable de parler et de raisonner. La vaste blague qui avait suivi sa chute sous la dalle funéraire, prenait un tour étrange, voire franchement inquiétant. Tout cela était-il réel ?
Interrompant ses réflexions, Asmodée regarda sa montre, une épaisse Rolex ornée d’un tas de minuscules aiguilles tournant toutes à des vitesses différentes, et ajouta d’un ton empressé :
- Nous devons nous dépêcher, le bureau 666 se trouve au bout de ce bâtiment, il nous reste un bout de chemin à parcourir.
Prenant Monsieur Potofeu, sonné et hagard, par le bras pour le conduire, il ajouta d’un ton d’excuse :
- Je ne peux hélas pas nous transférer dans le bureau, il est interdit d’employer ce moyen de locomotion dans le bâtiment principal…
Asmodée avait une poigne de fer et marchait de manière rapide, Monsieur Potofeu peina à le suivre dans le dédale des couloirs, dont le décor devenait de plus en plus chic et recherché au fur et à mesure qu’ils approchaient du bureau du Directeur général. Quand ils arrivèrent dans le dernier couloir où, sur une porte de chêne épais, se détachaient très nettement les chiffres 666 en lettres d’or, ils foulaient une épaisse moquette de laine impeccablement brossée, et aux murs, sous les chandeliers d’argent, étaient accrochés de nombreux tableaux dans d’impressionnants cadres dorés.
- Je vous laisse ici, Monsieur Potofeu, il vous suffit d’entrer et la secrétaire répondra à vos questions. Bonne journée.
Asmodée se retourna et partit, semant dans son sillage une odeur légère de charbon de bois. Potofeu, laissé seul face à la porte, frappa légèrement le battant puis entra, découvrant une vaste antichambre, avec des meubles de style baroque et un plafond surchargé de dorures. Son regard tomba sur sa gauche sur un bureau, où l’observait, au-dessus de l’écran de son ordinateur, une femme à la peau de la même couleur qu’Asmodée et aux cheveux d’un roux flamboyant, qui portait un strict tailleur noir. Sur le bureau, une petite réglette de bois dorée indiquait :

LILITH
PREMIERE DEMONE
Assistante de direction, attachée au service de Lucifer


Il resta un instant à l’observer sans oser parler. Ce fut elle qui l’aborda :
- Bonjour. Monsieur Potofeu je présume ? Je suis Lilith, assistante de Lucifer qui va bientôt vous recevoir. Je dois juste régler quelques détails avec vous avant.
Indiquant un confortable fauteuil face au bureau où il pouvait s’asseoir, elle attrapa un dossier sur le coin du bureau sur lequel était écrit à l’aide d’un gros marqueur rouge « Bureau de Lucifer, Confidentiel ». Consultant la première page de la liasse, elle regarda longuement le papier, surlignant quelques passages. Elle leva ensuite la tête vers Monsieur Potofeu et lut le document :
- Vous êtes donc Monsieur Gilbert Potofeu, résident mortel de la terre et vous n’avez pas pour l’instant été inscrit au registre des Enfers. C’est exact ?
Elle jeta un coup d’oeil à Potofeu qui fut un instant sans voix face au regard flamboyant de la démone. Il finit par bafouiller une réponse inintelligible qui ressemblait à un oui. Elle continua alors son interrogatoire :
- En tant que mortel, vous exercez une profession dans le cadre de la Construction ?
- …Oui.
- Vous fabriquez et montez des structures permettant de construire à des hauteurs importantes, c’est bien cela ?
- Oui… Oui. Je monte des échafaudages dans le cadre de projets de parcs immobiliers en milieu urbain.
Lilith, un stylo rouge à la main, cocha plusieurs cases en hochant la tête d’un air satisfait. Elle referma brusquement le dossier, produisant un claquement sec qui fit sursauter Potofeu. Elle décrocha le téléphone qui se trouvait sur son bureau et annonça à son interlocuteur :
- Monsieur, votre rendez-vous de dix-huit heures est arrivé, et tout est en ordre dans le dossier. Très bien, je le fais patienter.
Elle raccrocha, et adressa à Potofeu le même sourire administratif que lui avait déjà adressé Asmodée :
- Monsieur Lucifer va vous recevoir, il vous demande juste de patienter encore un peu. Puis-je vous proposer un rafraîchissement en attendant ?
Quand la démone lui proposa à boire, Potofeu se rendit compte qu’il avait soif et opina de la tête, oubliant sa méfiance face à cette situation qui le dépassait.
- Je voudrais bien quelque chose de fort s’il vous plait…
- Oh mais nous n’avons que cela… lui dit Lilith d’une voix amusée, allant chercher dans un grand meuble un verre dans lequel elle versa une étrange boisson rouge. Elle tendit le verre à Potofeu, qui, indécis, renifla le verre : étrangement la boisson dégageait une agréable odeur d’épices douces vaguement sucrée. Il porta le verre à ses lèvres et fut surpris par le goût délicat de l’alcool. Il sentait que c’était une boisson forte, mais elle semblait avoir sur lui des vertus calmantes étranges, et il se sentit très vite beaucoup plus détendu, presque stoïque face à cette étrange aventure.
La démone, se désintéressant de Potofeu, était retournée à son bureau et pianotait le clavier de son ordinateur. Parfois, elle s’interrompait pour passer de rapides appels, indiquant d’obscures commandes à ses interlocuteurs.
Installé confortablement dans le fauteuil, au cuir craquant et aux accoudoirs d’épais velours, Monsieur Potofeu, prit le temps d’observer la pièce. Le décor était riche et respirait l’opulence : des lambris de bois sculptés et dorés représentaient une ronde de diablotins, qui ceinturait la salle de leur danse digne du plus frénétique des sabbats. Le plafond voyait s’épanouir sur sa surface un enchevêtrement, doré également, de faces démoniaques grimaçantes, de doigts griffus et crochetés. Au milieu du plafond, les dorures laissaient place à une peinture au style emphatique, où une gigantesque créature ailée à l’allure menaçante s’abattait sur la figuration d’une ville bordée de remparts. La peinture était entourée d’un ruban peint où l’on lisait en grandes lettrines :

« Iamque iugis summae surgebat Lucifer Idae ducebatque diem, Danaique obsessa tenebant limina portarum, nec spes opis ulla dabatur.(4) »

Monsieur Potofeu ne comprenait pas l’inscription, mais la peinture suffisait déjà à provoquer à la fois sa curiosité et son effroi. Risquant ses yeux vers la grande porte, il déchiffra la plaque qui l’ornait :

LUCIFER – HYLL (5)
Grand dragon et antique serpent (6),
Directeur général des Enfers et chargé des Démons,
Archange déchu et chef des anges rebelles.
FRAPPER AVANT D’ENTRER.


L’esprit un peu assombri par l’alcool, il ne s’étonna plus de sa découverte, et il se dit, pâteux : « c’est donc à ça que ressemble le bureau du Diable… »
Ces pensées confuses furent interrompues par l’ouverture de la porte donnant dans le bureau de Lucifer. Un démon en sortit en premier, Monsieur Potofeu l’avait compris en voyant sa peau à la couleur caractéristique, suivit d’un autre personnage d’une allure tout à fait différente. C’était un grand homme parfaitement proportionné, aux cheveux blonds foncés, aux yeux bleus, qui exhibait ses dents blanches en se fendant d’un large sourire. Potofeu en le voyant l’associa aussitôt à l’un de ces jeunes premiers qu’il voyait passer à la télévision dans ces séries américaines se déroulant sur des plages de Californie ou dans les rues de Manhattan. Mais il remarqua bientôt que son élégant costume de satin blanc-crème comportait comme les démons des ouvertures incongrues. Mais ce n’était pas comme pour Lilith, Asmodée ou l’autre visiteur, un trou laissant passer une queue en pointe de flèche, mais deux trous dans le dos au niveau des épaules, d’où émergeaient deux ailes, ou du moins, ce qu’il en restait. Ce n’était que la fragile armature comparable aux ailes des oiseaux que portait Lucifer dans le dos, pas les gigantesques ailes de ptérodactyle que s’était imaginé Monsieur Potofeu. Juste ce qui restait de grandes ailes, brulées ou désintégrées, ne laissant que quelques os et plumes à demi roussies en lieu et place des grandes ailes blanches et moelleuses des anges.
Monsieur Potofeu ressentit un instant une pitié émue pour le beau personnage aux ailes massacrées, mais il croisa bientôt son regard bleu animé d’une lueur maléfique et en fut glacé. Il trouva aussi que les impeccables dents blanches étaient un peu trop pointues pour rendre son sourire aimable. Raccompagnant le démon jusqu’à la porte, Lucifer finit de l’entretenir d’un épineux problème du transfert de damné d’un cercle à l’autre suite à un nouvel aménagement de la Morale qui obligerait à déplacer la prison des esprits(7). Puis se détournant, il donna à contempler à Monsieur Potofeu ces dents inquiétantes à la pâleur artificielle, tandis que l’autre démon sortait en adressant un salut respectueux.
- Oui, au revoir Belzébuth(8). Bonjour Gilbert, vous permettez que je vous appelle Gilbert ? s’enquit Lucifer en indiquant d’un geste d’invite la porte de son bureau.
Monsieur Potofeu esquissa pour toute réponse un vague hochement de tête que l’autre prit pour un signe d’assentiment. Il pénétra dans le bureau, où une épaisse moquette couleur rouge sang étouffait le bruit de ses pas, et il regarda autour de lui. Les meubles étaient taillés dans un bois noir laqué, qui jurait avec le sol rubicon, et partout des dorures surchargeaient murs et cadres, donnant un étrange sentiment d’oppression à celui qui entrait dans le bureau du Diable.
Lucifer qui emboitait le pas de Monsieur Potofeu lui avança un fauteuil Louis XV tendu de velours noir, et dont la partie de bois sculpté représentait une scène grivoise. Il s’y assit, tandis que son hôte contournait le bureau pour s’asseoir dans une chaire au dossier élaboré. Elle avait en effet une forme évasée originale, qui laissait passer les ailes mutilées de Lucifer de chaque côté, pour qu’il puisse s’adosser sans être gêné. Le bureau devant lui était couvert d’épais dossiers de carton déclinant toutes les nuances possibles de couleurs en allant du vermillon à l’orange, et, dans le seul coin épargné par le désordre, étaient posés un téléphone sans fil noir dernier cri, et un autre rutilant téléphone à cadran d’un rouge comparable à celui qui ornait les camions de pompiers.
Surprenant le regard de Potofeu sur ce téléphone, Lucifer dit du ton de celui qui effectue une conférence :
- C’est le téléphone pour la ligne directe vers l’Eden céleste. On ne l’utilise qu’en cas d’urgence, mais ce n’est pas arrivé depuis longtemps… D’ailleurs c’est mauvais signe pour votre race quand ça se produit…
- Vous voulez dire qu’on peut téléphoner au Paradis ? s’étrangla Potofeu.
- Bien sûr mon cher Gilbert, mais c’est rarement Lui qui répond, il est toujours occupé ailleurs. Généralement c’est Pierre qui gère le secrétariat, répondit Lucifer, l’air ennuyé.
Il laissa un temps se passer, où Monsieur Potofeu ne lâcha pas le téléphone des yeux, puis reprit :
- Mais je ne vous ai pas convié dans mon modeste shéol (9) pour vous entretenir de l’Autre, enfin du moins pas de manière directe. Je voudrais surtout faire appel à vos services.
Potofeu resta un instant interdit, mais le Diable ne s’en rendit pas compte, car son invité arborait un air perdu et désorienté depuis le début de l’entretien.
- A mes services ? finit-il par souffler d’une voix interrogative.
- Oui, vous êtes monteur d’échafaudage il me semble ? C’est ce que Lilith a écrit sur votre fiche.
- Oui je monte des échafaudages dans le cadre de projets de parcs immobiliers en milieu ur…
- Oui c’est écrit sur votre fiche, coupa Lucifer. Donc vous êtes en mesure de m’aider Gilbert, et je vais jouer carte sur table avec vous.
Se penchant au-dessus de son bureau, il y posa ses coudes et croisa ses doigts fins juste sous ses yeux, qui dardaient Potofeu de regards implacables.
- Savez-vous comment j’ai été affecté à ce poste Monsieur Potofeu ?
Tassé sur sa chaise, la sculpture de la scène grivoise s’imprimant sur la peau de son dos, Potofeu fit un effort de mémoire, recherchant des détails dans ses lointains cours de catéchisme. Il se souvint vaguement d’une histoire d’anges entrés en rébellion contre dieu, dont le chef, Lucifer, avait été jeté hors du Paradis pour finir en Enfer. Ce devait être l’affectation dont parlait le démon aux ailes brulées.
- Vous avez été jeté hors du Paradis par Dieu… dit Potofeu d’une voix mal assurée.
Lucifer se jeta sur son siège et se mit à rire de manière démente. Se reprenant, il dit d’une voix pleine de rancune :
- C’est une façon de voir les choses… IL m’a dégradé et muté ici après que j’ai pris la tête d’un syndicat, car je trouvais les conditions de travail des anges intolérables. Je vous jure qu’être archange porte-lumière n’est pas de tout repos, on ne se contente pas de L’éclairer avec une chandelle, si je puis me permettre la comparaison. Il n’aime pas qu’on lui tienne tête, alors il m’a relégué comme ange de catégorie B en même temps qu’il me privait de mes ailes, et m’a obligé à accepter ma mutation à la tête du bureau des Enfers.
Laissant un temps, il ajouta d’une voix narquoise :
- Oh j’ai bien sûr fini par y trouver des avantages. Vous ne trouvez pas Lilith charmante mon cher Gilbert ? Ah la luxure… Je suis particulièrement fier de cette invention…
Potofeu avait perdu un bon tiers de son volume à force de se tasser sur le fauteuil, et l’étrange discours du Diable lui paraissait quelque peu incompréhensible. Néanmoins, ne voulant pas énerver Lucifer, il tenta d’être aimable :
- Si vous avez fini par vous plaire ici, tout se finit bien…
- NON TOUT NE SE FINIT PAS BIEN ! J’en ai ma claque de m’occuper de tous ses démons paumés alors que je pourrais prendre tranquillement des bains de soleil là-haut… Et depuis que mon allergie au souffre s’est réveillée, ma vie est un véritable enfer.
D’un mouvement emporté, il se leva de son imposante chaire et se mit à faire les cent pas dans son bureau sous le regard inquiet de Gilbert.
- J’ai essayé de ne pas être trop amer et de faire mon boulot, en espérant un reclassement, mais il ne l’a jamais fait, il m’a laissé pourrir ici. Mais maintenant c’est terminé, je vais remonter là-haut qu’il le veuille ou non, siffla Lucifer d’une voix déterminée.
- Vous… voulez repartir au Paradis donc ? dit Potofeu, choisissant ses mots avec précaution.
- Oui, et c’est là que vous entrez en jeu mon cher Gilbert, dit le Diable d’une voix à nouveau enthousiaste, tandis que sa physionomie, un temps gâtée par la colère, retrouvait ses traits de star de cinéma au sourire ravageur.
Lucifer alla se rasseoir.
- Je veux que vous… je peux vous tutoyer Gilbert ? Alors je veux que tu me construises un échafaudage le long du Grand Mur pour que je puisse retourner là-bas.
- Le Grand Mur ? dit Potofeu d’un air interrogateur.
- Oui je ne peux plus voler maintenant, il faut donc que j’escalade le Mur, dit Lucifer sur un ton d’évidence.
Potofeu reformula sa question :
- Mais qu’est-ce que le Grand Mur ?
Ce fut au tour du Diable de paraitre surpris :
- Tu ne connais pas le Grand Mur ? La séparation entre l’Eden et l’Hadès (10) ?
- Le Paradis n’est pas dans le ciel ? demanda naïvement Monsieur Potofeu.
La question fit sourire Lucifer qui se leva à nouveau de sa chaire, et se dirigea sur la gauche vers un rideau de brocard écarlate hermétiquement fermé.
- Je le cache car sa vue m’irrite, mais je vais te le montrer pour que tu comprennes.
Il tira le rideau qui glissa sans bruit sur le côté, dévoilant un vaste paysage comme au théâtre. Lucifer fit signe à Gilbert de s’approcher. Celui-ci s’approcha timidement et plongea son regard sur le vaste espace qui s’ouvrait derrière la vitre du bureau.
Le bureau du Diable se trouvait au sommet d’une sorte de building, alors que Potofeu avait eu la sensation de descendre quand il avait été avec Asmodée jusqu’au bureau 666. Au-delà du bâtiment s’étendait un terrain plat large comme une dizaine de terrains de foot où s‘avançaient par rangs serrés des êtres humains, qu’on faisait descendre de bateaux qui accostaient un peu plus loin derrière. Un large fleuve déversait ses eaux bouillonnantes à l’aspect iridescent dans l’espace portuaire, et des démons habillés comme des dockers ouvraient des portes d’acier rouillé d’où se déversait le flot continu des damnés. C’était un fourmillement constant que Potofeu trouva terriblement angoissant. Il manqua à plusieurs reprises de se signer à la vue de ce spectacle, mais se dit que le geste ne serait pas forcément apprécié de son hôte. Il regarda alors dans le lointain, au-delà du fleuve et son regard rencontra bientôt l’immense masse d’une falaise totalement verticale qui bouchait tout horizon. C’était un grand rempart de pierre noire qui devait mesurer, à vue de nez, au moins huit ou neuf cents mètres et au pied duquel Potofeu vit, en plissant les yeux, s’agiter de minuscules silhouettes qui tentaient vainement d’y grimper par des bonds ridicules et désespérés.
Au sommet de l’à-pic perçait une lumière blanche virginale bien différente de la lumière rougeoyante qui baignait le reste de la scène. Lucifer suivant le regard de Gilbert donna quelques explications, d’une voix douce et presque mélancolique :
- Ce sont les lumières qui percent du Paradis là-haut. Là, en bas, c’est le Styx, la plupart des damnés nous sont convoyés par bateaux.
Potofeu contempla l’immensité noirâtre du mur qui étendait sa montreuse hauteur, absorbant les lueurs qui auraient pu tomber de plus haut, là où la lumière jaillissait, surmontée d’un ciel bleu, alors que le ciel des enfers était d’un noir terreux, renvoyant à l’origine souterraine du lieu.
- C’est immense… On ne peut pas construire un échafaudage à une telle hauteur, dit Potofeu d’une voix blanche.
Lucifer parut s’attendre à sa réponse et répondit :
- Vous aurez autant d’ouvriers que vous le voudrez, et nous vous forgerons les plus solides pièces. Le métal et le feu, c’est un peu notre spécialité ici-bas, et nous ne manquons pas de damnés à tuer à la tâche.
Il ajouta, reprenant un ton narquois :
- Enfin tuer à la tâche, c’est une manière de parler, ils sont déjà morts.
Il esquiva un sourire qui dévoila un bref instant ses dents pointues. Potofeu ne dit rien, s’imaginant un bref instant à la tête d’une équipe de damnés en train de monter un échafaudage pour le maître des Enfers. L’idée lui parut grotesque et dérangeante, et il chercha à trouver une autre solution.
- Vous n’avez pas de démons volants qui puissent vous conduire en haut ?
- Hélas mes démons ne peuvent pas s’approcher du Mur sous peine d’être foudroyé par l’Autre. Donc aucun ne prendra le risque de tenter d’approcher la limite.
- Peut-être pouvez-vous faire creuser un escalier dans la roche ?
- J’ai déjà fait travailler quelques centaines de damnés là-dessus mais la roche semble inattaquable, aucun des outils de l’Enfer ne semble pouvoir l’émousser.
- Ah, murmura d’un déconfit Potofeu, cherchant prestement une autre solution sans la trouver.
Il tenta alors d’une voix hésitante :
- Et si… Vous Lui demandiez… A réintroduire le Paradis ?
Accompagnant sa proposition, il désigna le téléphone rouge sur le bureau. Mais Lucifer se rembrunit aussitôt, l’idée lui semblait fort désagréable, son visage devint pâle et ses ailes mutilées furent parcouru d’un frisson.
- Oh non ! Je préfèrerai me tuer en avalant une capsule d’eau bénite plutôt que de Lui demander. C’est impossible.
Se ressaisissant, il ajouta l’air apaisé :
- Gilbert, j’ai étudié toutes les manières de repartir là-haut et l’échafaudage semble être ma seule chance.
Il semblait avoir une sorte de retenue dans l’attitude le maitre des Enfers, comme s’il se retenait de supplier, mais le ton y était. Un instant, Gilbert fut touché par l’attitude de détresse de Lucifer, puis il fut de nouveau méfiant :
- Pourquoi je vous aiderais à retourner là-bas ? C’est peut-être mieux que vous restiez ici.
- Ce serait bien que vous m’aidiez car je risque sinon d’être peu disposé à signer votre autorisation de sortie des Enfers, et sans elle, vous êtes coincé ici…. Ad vitam aeternam, ajouta Lucifer retrouvant son sourire où se mêlaient l’ironie et la fourberie.
Potofeu se sentit berné par le Diable, qui l’avait amené ici en sachant qu’il ne pourrait pas en repartir sans mener à bien ce qu’il voulait. Il s’apprêta à répliquer vertement à Lucifer mais celui-ci n’était plus à côté de lui près de la fenêtre, s’étant glissé silencieusement derrière le bureau, il montrait d’un air goguenard à Potofeu un papier sur lequel on pouvait lire écrit en haut en lettres capitales :

DEVIS POUR LA CONSTRUCTION D’UN ECHAFAUDAGE POUR LE PARADIS


Lucifer avança un stylo à encre rouge vers Gilbert qui soupira avec dépit.
- Allez mon cher Gilbert, je suis généreux voilà un devis qui a valeur de contrat où vous vous engagez à fabriquer la structure qui me permettra de rejoindre le Paradis, en échange vous repartirez d’ici libre et ayant obtenu une absolution complète pour avoir une bonne place là-haut… La corruption et les pots de vin font aussi partie de mes inventions, dit-il d’un air entendu.
- On ne vous appelle pas Le Malin pour rien on dirait, dit Potofeu en signant le papier avec lassitude.
- Vous ne savez pas à quel point c’est vrai… susurra Lucifer en repliant le document d’un air satisfait. Vous indiquerez à Lilith ce dont vous avez besoin pour démarrer votre structure. Je vais vous faire établir une autorisation de résidence en Enfer pour que vous ne soyez pas inquiété par les gardes infernaux.
Signant le papier où figuraient déjà le nom et le prénom de son invité, il lui tendit en disant d’une voix amusée :
- Vous serez le premier humain résident permanent non-damné, mon cher Gilbert.
Gilbert esquissa un sourire triste de vaincu, puis se tourna vers le Mur immense qui se dressait face à la fenêtre.
- Je sens que ça va être l’enfer ce chantier.
Note de fin de chapitre:
Notes :
(1) Yanluowang (閻羅王) (le roi Yanluo) est un dieu chinois d'origine bouddhiste, gardien et juge de l'enfer. C'est une divinité secondaire également présente au Japon sous le nom de Enma.
(2) Alighieri est le nom de Dante, auteur de la célèbre Divine Comédie où il raconte son voyage en Enfer.
(3) Asmodée est un démon biblique apparaissant dans le Livre de Tobie (III.8).
(4) Ceci est la fin du deuxième chant de l'…néide de Virgile, où Lucifer apparait au lendemain de la chute de Troie :
« Déjà sur les crêtes du haut Ida se levait Lucifer, amenant le jour avec lui ; les Danaens tenaient assiégées les portes de la ville, et aucun espoir de secours ne restait. »
(5) L’un des équivalents de « Lucifer » en hébreu.
(6) Mots employés par Saint Jean pour désigner Lucifer dans l’Apocalypse.
(7) La prison des esprits est une sorte de purgatoire dans la religion mormone.
(8) Belzébuth ou Baal-zébub, divinité philistine honorée dans la ville d'…qron, est décrit comme un démon dans le Nouveau Testament.
(9) Shefôl est le terme hébreu de l'Ancien Testament désignant le séjour des morts, les enfers. Il n’a pas de traduction en français.
(10) L’Hadès est le terme désignant les Enfers grecs, également employé dans l’Ancien Testament. Il désigne également le dieu des Enfers de la mythologie grecque.
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