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Prises de court, les filles se figèrent face à la petite cabane leur servant de réserve. Laurise se maudit intérieurement d'avoir été si négligente. Il lui avait pourtant semblé avoir pris en compte toutes les données, le bruit, les odeurs, l'environnement, rien ne portait la trace d'une quelconque présence humaine. Absolument rien.
- Retournez vous lentement, précisa l'homme derrière elles avant de siffler si fort que Mélissa sursauta malgré elle.
- Où sont les deux autres ?
Elles se trouvèrent nez à nez avec un des hommes qui les pourchassaient. Fait surprenant, il était vêtu différemment des autres gardes. Son torse était recouvert d'une sorte de tissu blanc cassé, souillé de crasse et de taches laissées par son parcours en forêt. Un fusil plus long et plus imposant que ceux auxquels elles avaient été confrontées jusque là restait pointé droit sur elles, sans laisser transparaître le moindre tremblement. Son visage était dur, inexpressif, un vrai roc dont les cicatrices lardaient la moitié du visage. Aussi déroutant que ce fût, rien n'émanait de son regard encadré par des cheveux mi-longs, bourrus et tressés. Cette impression de vide se voyait décuplée par le crépuscule naissant, accentuant l'effluve inhumain qu'il dégageait. Les deux filles restèrent paralysées quelques secondes sans répondre quoi que ce soit, provoquant sa colère.
- Où sont les deux autres ? cria-t-il un peu plus fort qu'à la première formulation de sa demande.
C'est alors que Laurise laissa échapper un petit rire moqueur en le fixant droit dans les yeux.
- Aucune chance !
Son interlocuteur arma son fusil, provoquant un léger mouvement de recul de Mélissa.
- Dernière fois : où sont les deux autres ?
- Lhon ! Stop ! Si tu tires, on ne les retrouvera pas.

L'intervention inespérée du deuxième homme stupéfia Laurise. En premier lieu, elle ne l'avait pas entendu approcher et tous ses repères s'en voyaient bouleversés. Combien étaient-il encore à roder dans les parages ? Et qui étaient donc ces hommes ?
Autre fait surprenant, il ne ressemblait en aucun cas aux gardes qui avaient envahi le village ni même au premier homme qui les tenait en joue, et la différence ne se mesurait pas uniquement à son accoutrement vestimentaire. Il était vêtu et coiffé de la même manière que son compagnon et pourtant leurs physiques différaient radicalemen, un peu comme on reconnaissait quelqu'un natif de Tendrons d'un Moussalard. Légèrement plus petit, mais de grande taille tout de même, le nouvel arrivant avait la peau mate et les traits plus chaleureux même si la nuance paraissait aussi subtile et vacillante qu'un reflet du soleil sur l'eau. Il arborait une cicatrice unique mais profonde lui sectionnant l'arcade sourcilière et longeant le côté de l'œil droit jusqu'à la mâchoire. Ses cheveux... ses cheveux étaient exactement de la même couleur verdâtre que ceux de Laurise. Jamais elle n'avait constaté ce phénomène chez un autre être humain. Elle qui se pensait être une erreur de la nature venait de trouver son double. Lorsque leurs regards se croisèrent, elle put constater que la surprise n'était pas à sens unique même si le guerrier n'exprima pas plus qu'un léger mouvement de sourcil très vite réprimé.
- Dans la cabane ! ordonna ce dernier en braquant son fusil sur elles. Il ne lâchait toujours pas Laurise des yeux, exprimant un questionnement profond et une surprise déroutante. La jeune femme se trouvait exactement dans le même état sans savoir pourquoi. Elle pensait certes à Mélissa, en danger et prisonnière avec elle, mais la confrontation avec cet homme légèrement plus âgé qu'elle l'obnubilait au point de lui faire oublier la situation catastrophique dans laquelle elle se trouvait.
Plus aucun mot ne fut échangé jusqu'à ce que les deux jeunes femmes soient ligotées dans la réserve. Les deux hommes en face d'elles s'assirent sur une banquette et celui dénommé Lhon les harcela de questions durant une bonne heure alors que l'autre restait totalement muet, ne détachant pas son regard de la captive en face de lui. Mélissa, quant à elle, ne prononça pas un mot, elle tremblait de tous ses membres mais réussit à garder les yeux fixés sur le plancher. Il était hors de question d'indiquer à ces barbares l'emplacement de la grotte. Si elles s'étaient faites prendre, il restait encore un espoir que leurs amies soient saines et sauves. Elle tentait de rester éteinte et laissait Laurise mener la danse mais un petit cafard passant juste sous ses yeux lui mit la puce à l'oreille. Elle releva la tête un instant et vit que plusieurs rampants investissaient la petite bicoque. Entendaient-ils sa peur ? Elle n'avait rien tenté pour les appeler mais ils étaient là, timides et n'osant s'approcher des protagonistes de la scène. En l'espace d'une fraction de seconde, tout lui parvint de manière si claire qu'elle se demanda comment elle avait fait pour ne s'en apercevoir que maintenant. Les quelques représentants du microcosme présents dans la cabane n'étaient que des éclaireurs. Une masse grouillante se mouvait à l'extérieur ; tapis dans le noir, ils attendaient quelque chose, qu'elle réagisse, qu'elle les commande, qu'elle leur parle. Incapable d'expliquer comment elle avait conscience de leur présence si on le lui demandait, elle ignorait de la même manière comment communiquer avec eux. Un peu affolée, elle se mit à respirer difficilement et son front perlait à présent de sueur. Elle détestait les sentir si nombreux et prêts à envahir les lieux. A tort, elle avait l'impression de les sentir grimper sur elle, les imaginant en train de se déplacer lentement le long de sa colonne vertébrale pour aller se nicher dans ses cheveux, sur son crâne. Elle inclina alors la tête comme pour frotter son oreille sur son épaule dans un tic de malaise, implorant la nature d'empêcher qu'un tel supplice ne se produise. Laurise, quant à elle, n'avait même pas remarqué ce qui était en train de se tramer, toujours hargneusement rivée sur l'homme resté muet.

La scène avait quelque chose de déroutant pour qui aurait pu y assister. Lhon questionnait Laurise sans relâche et Mélissa se remit à fixer le plancher. Elle se concentrait de toutes ses forces pour faire partir les petits curieux dont personne ne semblait avoir remarqué la présence à part elle, luttant contre l'envie de se débattre pour se frotter nerveusement la tête et les bras, mais de toute manière, les cordes lui serrant les poignets étaient bien trop serrées pour espérer s'en dégager. Se retrouver prisonnière dans un espace réduit dont les murs, le plancher et le plafond commençaient à se perler de petites taches noires, sans pouvoir utiliser ses mains pour se protéger, l'angoissait outre mesure. Elle quitta donc la conversation pour se concentrer sur le lien qu'elle avait avec eux pour leur demander de repartir, de la laisser en paix, sans réellement savoir si c'était pour se rassurer elle-même ou éviter que l'un d'eux ne soit écrasé.
Parallèlement au désarroi de Mélissa, Laurise et l'autre homme semblaient avoir oublié qu'ils n'étaient pas seuls. Leurs regards lançaient des flammes dans une sorte de bras de fer imaginaire qui soulevait une incompréhension toujours grandissante au fil des minutes. Elle arrivait tout de même à envoyer quelques répliques cinglantes à son inquisiteur sans même détourner la tête.
- Qu'êtes-vous venues chercher par ici ?
- Allez savoir !
- Où allez-vous ?
- Nulle part, on se baladait.
- Pourquoi résistez-vous ? Vous êtes captives, vos amies ne vont pas tarder à l'être et nous contrôlons à présent votre village. Vous n'avez rien à y gagner !
- Non rien, juste sauver nos vies !
- Elles ne valent rien vos vies ! s'emporta alors Lhon.
- Toute vie a de l'importance, même la vôtre, rétorqua Laurise aussi sec sans réfréner son dégoût. Vous allez vous faire sortir de ce continent à grands coups de pieds aux fesses, c'est moi qui vous le dis. Peu importe d'où vous venez, nous allons vous y renvoyer avec force !
- J'aimerais bien voir ça ! se moqua-t-il alors.
- Votre souhait va être exaucé, ne vous en faites pas !
Excédé par ce comportement, Lhon se leva pour aller l'attraper par les cheveux et lui tirer la tête en arrière d'un geste sec.
-Tu vas me dire où sont les deux autres, oui ou non ?
Elle lui sourit alors de toutes ses dents, perdue pour perdue, et lui répondit le plus calmement du monde : « non ! »
Sans la lâcher, il pointa alors son fusil sur Mélissa, effaçant instantanément le sourire de défi de la chasseuse mais le coup de feu partit sans même lui laisser le temps de se raviser.

***

Dans la grotte où elles avaient trouvé refuge, Réséda resta tétanisée contre la paroi durant quelques secondes seulement. La surprise provoquée par l'apparition de l'esprit de l'air fut tout de suite dissipée par la mine désolé qu'il arborait.
- Réséda, je suis désolé d'être apparu ainsi, j'aurais dû te prévenir.
- Esprit de l'air ? bredouilla-t-elle sur un ton mêlant l'appréhension et l'émerveillement.
- Oui, ne sois pas effrayée, je t'en prie !

La jeune femme fit quelques pas en avant et s'arrêta à mi-chemin entre elle et l'esprit. Elle l'observait, le dévisageait, l'étudiait autant qu'elle le pouvait dans la demi-pénombre régnant à présent dans la grotte. Elle avait du mal à en croire ses yeux. Les hybrides parlaient régulièrement de la relation avec leur esprit, expliquant qu'ils arrivaient à les voir, leur parler comme s'ils étaient des humains. Mais un affranchi ne pouvait en aucun cas voir un esprit et elle n'avait jamais imaginé à quel point ils pouvaient avoir l'air réels.
- Tu... tu es si...
Elle le vit alors sourire avant qu'il termine sa phrase à sa place :
- Humain ?
- Ou... oui, enfin transparent mais humain.

Comme pour contredire la jeune femme, une traînée de poussière s'écoula du plafond de la grotte, passant lentement au travers du corps de l'esprit dans une chute atténuée, avant de rejoindre délicatement le sol. Devant les yeux émerveillés de sa protégée, il tendit lentement une main en avant, signe que tout allait bien.
- Je peux être ce que je veux, n'aie pas peur, surtout.
A peine sa phrase achevée, il se mua lentement en une biche majestueuse, puis en un aigle et enfin en un lion sous le regard ébahit de la jeune femme. Elle sursauta tout de même légèrement lorsque le lion en question l'interpella de la voix si familière qu'elle connaissait bien à présent.
- Mais je présume que tu préfères me voir sous une forme plus proche de la tienne.
La fin de sa phrase parut légèrement déformée par le changement de forme de l'esprit. De nouveau, il apparut sous les traits d'un homme, un plutôt bel homme, comme se l'était toujours représenté Réséda. Il avait quelques traits de Seven, mais un visage moins poupon et des expressions plus marquées. C'était essentiellement ce point qui l'interpellait d'ailleurs. D'aussi loin qu'elle se souvenait, elle s'était représenté les esprits comme des entités différentes des humains, plus vaporeuses et avec des préoccupations peut-être plus nobles ou simplement différentes. L'expression de sentiments tels que la gêne ou l'amusement qu'il exprimait à présent en un sourire l'interloquait de telle manière qu'elle ne se rendait pas compte de sa propre attitude. Elle restait là, plantée au milieu de la grotte à observer cet être translucide avec un sourire béat. L'esprit ne bougeait pas, ne parlait pas, il lui laissait le temps de s'acclimater à la situation. C'est Réséda qui rompit le silence au bout d'un certain temps, sortie de ses rêveries par un gémissement de sa sœur, toujours inconsciente et en proie à un tourment qui semblait ne plus en finir.
- Elle va mal, très mal, soupira-t-elle les yeux rivés sur la malade. Tu ne peux rien faire pour elle ?
- ...
- Tu as un nom ? reprit-elle plus assurée.
Étrangement, cette simple question eut un effet inattendu sur l'esprit de l'air. Son corps translucide n'avait d'autre couleur que des nuances bleutées, mais Réséda aurait parié que s'il avait pu, il aurait rougi.
- J'ai fait un impair ? s'enquit-elle alors immédiatement, tout aussi gênée que son interlocuteur.
- Non ! Non, Réséda, c'est juste que... j'en ai un mais personne ne me l'a jamais demandé.
- Hein ? expira-t-elle d'étonnement. Comment ça, personne ne te l'a jamais demandé ? Et tous les hybrides avec lesquels tu traites, alors ?
- Eh bien, je n'entretiens pas vraiment les mêmes relations avec les autres hybrides, il y a des règles. Ils m'appellent « esprit de l'air », c'est ainsi !
- Des règles ? Mais je croyais justement qu'il n'y avait pas de règles ! Toi-même, tu m'as dis qu'aucune norme n'existait dans la relation entre un hybride et son esprit. Quelles sont-elles ? Comment puis-je les respecter alors que je les ignore ?
- Eole
- Quoi, Eole ?
- Mon nom c'est Eole, pas très original pour l'esprit de l'air, je le sais, mais c'est mon nom.
Une sorte de silence méfiant s'installa alors quelques minutes. Réséda fronçait les sourcils devant la retenue de son esprit. Il avait délibérément occulté la question des règles. Peut-être voulait-il qu'elle les transgresse pour le lui reprocher ensuite ? Cette pensée la fit éclater de rire. C'était une idée stupide ! Il semblait vouloir la protéger, c'était certain. Jamais il n'agirait si perfidement avec elle. Son rire fit alors immédiatement place à la même mine renfrognée que quelques secondes plus tôt. Comment pouvait-elle être si sûre d'elle, si confiante envers quelqu'un qu'elle ne connaissait pas depuis plus de deux jours ? Elle secoua alors négativement la tête, ça n'était pas « quelqu'un » ! C'était un esprit.
- Tu vas faire des grimaces encore longtemps ? l'interrompit alors Eole.
Elle le regarda alors droit dans les yeux, ou du moins droit vers l'emplacement normal des yeux d'un être humain (elle n'était pas tout à fait certaine qu'il puisse voir sous la même forme qu'elle) avant de rajouter :
- Je ne comprends pas grand chose à tout ça. J'ai beau essayer de remettre les pièces du puzzle en place, il y a tellement d'incohérences par rapport à ce qu'on m'a appris que je suis perdue.
A cet instant, Eole disparut, laissant l'espace d'une seconde une sorte de buée vaporeuse à l'endroit où était son corps, pour réapparaitre à seulement un mètre d'elle, provoquant un saut de recul de la jeune femme.
- Non attends, ne bouge pas, lui implora-t-il en avançant d'un pas pour se retrouver de nouveau très proche d'elle.
Méfiante, elle attendit qu'il parle.
- En temps normal, j'aurais tout fait pour que tu intègres une chose après l'autre. En temps normal, tu n'aurais jamais eu à dialoguer avec moi, d'ailleurs. Mais l'intrusion de ces hommes nous a surpris, nous les esprits, autant que vous. Nous sommes certes moins en danger que vous à court terme, mais dans le temps, c'est nous tous qu'ils extermineront. Alors il nous faut dépasser les règles et les limites que nous avions nous même instaurées. Nous allons apprendre à nous connaître, Réséda, je te le promets. Mais pour l'instant, j'ai besoin de toi.
- Personne n'a voulu m'écouter lorsque je me suis adressée au conseil. Et maintenant que Moussalin est conquis, tu devrais plutôt rester vers les hybrides de l'autre côté de la nouvelle barrière. C'est avec eux que tu vas mener la résistance.
- Pas uniquement. Tes amies et toi avez une mission à remplir. Ta sœur le sait. Je vais vous aider.
- Ma sœur... reprit-elle pensivement. Ma sœur est à l'agonie. On ignore ce qu'elle a. Elle est en plein délire et croit entendre tout, tous les esprits, toutes les entités de la nature. C'est possible ça tu penses ?
Il prit quelques instants pour réfléchir mais secoua la tête négativement.
- Jamais un être humain ne pourrait entendre l'ensemble des âmes de la nature comme le père des pères... à moins que... s'interrompit-il de lui-même.
- A moins que quoi ? l'interrogea la jeune femme pleine d'espoir.
- Non... reprit-il plus résigner, c'est impossible.
- C'est bien ce qu'il me semblait, se résigna Réséda. Et Laurise et Mélissa ? Tu as des nouvelles ?
- Oui, lorsque je les ai laissées, elles étaient pratiquement arrivées au refuge. Mais j'entends des appels, les hybrides de l'autre côté de l'ancienne barrière ont besoin de moi, je dois y aller. Mais avant... j'aimerais une faveur.
- Oui ?
Sans lui répondre, il sourit et tendit une main vers son visage, provoquant instantanément un nouveau mouvement de recul de la petite venimeuse. Retenant son souffle, elle le dévisageait tel un fou échappé de la résidence des rêveurs (la résidence des rêveurs se trouvait à Flomail et on y plaçait les personnes atteintes de démence).
- Qu'est-ce que... suffoqua-t-elle pratiquement.
- Chuuut, fais moi confiance.
- Mais non enfin ! expira-t-elle la voix crispée et les yeux pratiquement exorbités.
- De quoi as-tu peur ? Eole avait une voix calme, sûr de lui et rassurante.
- De... enfin tu sais... de... poison... mon...
- Et comment veux-tu que ton poison contamine le sang que je n'ai pas ? s'amusa-t-il tendrement.
- Je... non, ce n'est pas...
D'un coup, Eole haussa le menton en pivotant légèrement le visage, il entendait un appel adressé à lui seul. Ses sourcils se froncèrent.
- Je dois vraiment y aller. Ne bouge pas de cette grotte avant mon retour ou celui de Laurise et Mélissa. Et il disparut aussi sec, laissant Réséda le cœur battant la chamade et la respiration haletante. Elle mit quelques minutes à réaliser même son départ et lui en voulut fortement pour ça. Comment osait-il lui provoquer une telle frayeur et la laisser en plan de la sorte ? Il avait failli la toucher. Quelqu'un, ou plutôt quelque chose avait failli la toucher au visage. Cette simple constatation lui donnait le vertige. Il avait voulu porter une main sur elle sans même la prévenir, sans lui demander, sans se rendre compte que personne, jamais, ne l'avait touchée. Évidemment il y avait les quelques personnes âgées qu'elle avait aidées à partir en fin de leur vie par une simple caresse de la main. Mais cela n'avait rien de comparable.

A présent, même les gémissements de Sarah n'arrivaient pas à la sortir de sa torpeur. Son cœur n'avait absolument aucune intention de l'écouter et de recommencer à battre normalement. Il lui semblait que n'importe qui passant à un kilomètre à la ronde pourrait l'entendre au travers des chutes d'eau devant l'entrée de la grotte. Mais elle réussit tout de même à retrouver péniblement ses esprits en se remémorant la scène. Elle revoyait la poussière passer lentement à travers son corps, pas tout à fait comme s'il était composé de chair et d'os en coulant sur son crâne, mais plutôt en le traversant lentement jusqu'à atteindre le sol en douceur.

S'il ne pouvait pas retenir de la poussière, comment aurait-il pu la toucher ? Elle revoyait les hybrides du village traverser la place centrale en parlant seuls sans que cela n'éveille la curiosité de quiconque, après tout, chacun imaginait un esprit à côté pour lui rendre la réplique. Mais jamais on avait vu un hybride jouer au jeux des graines folles avec un esprit durant les longues soirées d'hiver. Les esprits n'interféraient pas avec les humains, ni avec le monde matériel d'ailleurs. Pas directement du moins. Les enfants trop aventureux qui risquaient de se noyer étaient certes sauvés, mais pas directement par l'esprit, plutôt par l'eau elle même qui se solidifiait pratiquement pour monter à la surface le petit malheureux.

En tout cas, Eole ne pouvait pas la toucher, pas réellement, c'était impossible. Mieux valait arrêter de repenser à tout cela. Elle se tourna alors vers sa sœur, toujours allongée sur le sol et ferma les yeux un instant.
- Faites vite les filles ! Mère nature, aide-les !

***

Dans le refuge à quelques heures de la grotte, le coup de feu se répercuta quelques secondes avant de laisser place à un silence d'effroi. Les éclaboussures de sang glissaient le long du visage de Laurise sans pour autant lui faire fermer les paupières, trop choquée pour bouger. Devant elle gisait le corps de celui qui menaçait Mélissa quelques secondes plus tôt alors que le deuxième homme se tenait derrière, le bras toujours tendu et pointant son arme sur du vide à présent. Il était tout aussi surpris que les filles de sa propre réaction. Lorsque Mélissa osa enfin relever légèrement la tête, il réalisa enfin ce qu'il venait de faire et se ressaisit en pointant immédiatement son arme sur Laurise, comme si la menace ne pouvait venir que d'elle.
- Ne bougez pas ! ordonna-t-il d'une voix étonnamment sans faille.
Il ne bougeait ni ne tremblait d'un seul millimètre, mais son esprit semblait en proie à une tempête que l'esprit de l'air lui-même aurait bien du mal à maîtriser. Les filles ne comprenaient plus rien. Ces hommes étaient des brutes, certes, mais de là à tuer un des leurs en les protégeant... Laurise cherchait à organiser ses idées, mais elle n'arrivait pas à prononcer le « pourquoi » auquel son esprit s'accrochait. Cependant, il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour s'apercevoir que leur interlocuteur était exactement dans le même état qu'elles. Toujours impassible en surface, il semblait embourbé dans les tourments de son acte. Elle décida alors de saisir sa chance en dépit de l'arme braqué sur elle et bondit sur lui pour le déstabiliser d'un coup d'épaule. Malheureusement son plan ne fonctionna pas et elle se retrouva de nouveau sur le sol, la mâchoire en flamme et l'esprit embrumé.
- Laurise ! s'inquiéta Mélissa en voyant son amie au sol dans une fâcheuse posture, avec les mains toujours liées dans le dos.
- Je vous avais dit de ne pas bouger, reprit le roc, toujours droit comme un piquet.
- Vous n'êtes qu'un monstre ! l'insulta Mélissa, sentant le courage lui revenir. Elle détestait voir son amie maltraitée, comme chacune des filles de leur groupe d'ailleurs, mais l'attitude de cet homme à l'apparence rigide et aux muscles nerveux devant elle la fit sortir de ses gonds. Elle sentait peu à peu une rage la conquérir sans qu'elle ne puisse lutter d'une quelconque manière.
Sans faire cas de sa pitoyable remarque, l'homme questionna de nouveau Laurise, qui cracha un peu de sang sur le sol, le coup lui ayant sectionné la lèvre inférieure.
- Comment pouvez-vous affirmer si naïvement pouvoir les chasser de votre continent ?
- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? le méprisa Laurise alors qu'un grondement sourd se fit entendre à l'extérieur de la cabane.
- Parce que si c'est le cas, je n'aurais pas tué mon frère d'armes pour rien. Qu'est-ce que ? commença-t-il avant d'être interrompu par un crissement paraissant encercler toute la petite construction en bois qui les abritait.
-Arrêtez de nous prendre pour des faibles ! hurla Mélissa alors qu'elle se relevait doucement, se plaçant entre Laurise à terre et l'homme qu'elle foudroyait du regard sans se soucier de l'arme la visant à présent.
- Mélissa, qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta Laurise n'ayant jamais vu son amie dans un tel état et dont les cheveux paraissait aspirer l'obscurité de la nuit tellement leur noirceur s'accentuait.
Le bruit extérieur s'accentuait à chaque seconde. A présent, les planches de bois servant de murs au pauvre refuge de pacotille tremblaient sous une pression indéterminée sans que cela n'importune le moins du monde la jeune furie. Ce n'est que lorsqu'une des lattes du parquet se rompit au centre de la pièce, laissant apparaître une masse noire informe et grouillante, qu'elle sembla réaliser ce qu'il était en train de se passer.
-Mélissa ! hurla Laurise tandis que le garde braquait à présent son arme sur une colonie de scorpions s'échappant de la plainte. Mélissa, ils sont mortels, fais-les partir, calme-toi !
- Je... je ne leur ai pas demandé de...
Alors que la menace se rapprochait des pieds du garde, mais de Laurise par la même occasion et que les palissades semblaient au point de rupture sous la pression d'une quelconque colonie d'insectes, l'homme vida son chargeur de manière aléatoire contre ces minuscules ennemis bien trop nombreux par rapport au nombre de balles dont il disposait. Laurise chercha à se redresser pour s'éloigner des scorpions devenu plus menaçants suite à la riposte de leur ravisseur.
- Mélissa ! ordonna-t-elle sans plus d'explication.
La jeune femme sembla réaliser la situation pour la première fois, que son amie elle aussi était menacée par ses petits gardes du corps. Ils avaient perçu la colère de leur maîtresse, provoquée par une menace humaine mais sans savoir si la menace venait de Laurise ou de l'homme, et paraissaient vouloir la défendre des deux.
- J'ignore ce qu'il faut faire !
- Calme-toi ! Respire, transmets-leur ton calme et vite !
- C'est vous qui faites ça ? s'interposa l'homme en la saisissant par le bras faisant sursauter Mélissa.
- Arrêtez, si vous voulez vivre, ne lui faites pas peur !
Dans l'incompréhension la plus totale il la lâcha sans s'éloigner. A présent, seule une toute petite partie du sol ne semblait pas infestée par les bêtes.
- Mélissa, respire, reprit-elle en s'approchant du mieux qu'elle pouvait de son amie. Respire profondément, regarde, personne ne nous fera du mal. N'est-ce pas ? se tourna-t-elle vers l'homme toujours sur le qui-vive.
Comme ce dernier ne répondait pas et qu'une brèche dans le plafond laissa s'écouler une pluie d'araignées elle reprit un peu plus menaçante : « n'est-ce pas ? »
- Si j'avais voulu vous tuer, j'aurais laissé Lhon le faire ! se ressaisit-il.
Mélissa ferma alors les yeux et respira profondément comme son amie le lui avait demandé ou plutôt ordonné. L'effet fut immédiat. Les petites bêtes rampantes se figèrent, un scorpion le dard en l'air et prêt à piquer le pied de Laurise commença un mouvement de recul. Le fourmillement sembla s'atténuer quelque peu.
- C'est bien p'tite pomme, maintenant concentre-toi et tout ira bien.

Les mains toujours ligotées dans leurs dos, Laurise accompagna ses paroles d'un petit mouvement du torse afin de prendre la main de Mélissa dans la sienne. Les deux jeunes femmes étaient à présent pratiquement dos à dos, mais elles se tenaient fermement et Mélissa puisa dans cette douceur le calme qui lui manquait. Elle senti la colère retomber, Laurise n'était plus en danger immédiat, elle non plus. Son cœur s'apaisa et la marée noire se retira peu à peu, plus légère et plus fluide qu'à sa montée.
Les trois protagonistes de la scène restèrent figés jusqu'à la disparition totale des envahisseurs avant de se rendre compte de la situation. Laurise tira immédiatement Mélissa par la main pour l'éloigner de celui qui les menaçait encore.
- C'était quoi, ça ? les questionna-t-il sans même se soucier de leur mouvement de recul. Après tout, elles étaient encore ligotées et il avait une arme. Déchargée certes, mais elles n'étaient pas censées le savoir.
- C'était ce qui vous attend si vous ne nous relâchez pas. Mélissa contrôle les insectes et autres petites bêtes. Si vous nous livrez aux autres, vous mourrez d'une piqûre mortelle, bluffa Laurise en serrant très fort la main de Mélissa, sentant qu'elle allait protester et vendre qu'elle n'était pas certaine de pouvoir les refaire venir.
- Je viens de tuer mon frère d'armes ! s'impatienta-t-il, occultant la réponse absurde, concernant le contrôle des insectes, qu'il décida de traiter plus tard. N'est-ce pas une preuve assez grande que je suis de votre côté ?
- Que vous êtes de notre côté ? s'indigna Mélissa avant même que la chasseuse ne puisse riposter. Même après l'avoir tué vous avez frappé Laurise !
- Elle m'a sauté dessus, je l'ai frappée, normal !
La chasseuse leva les yeux aux ciel devant l'absurdité totale de la situation et décida de reprendre le contrôle. Après tout, leurs deux amies les attendaient dans la grotte, le ventre vide depuis des jours et l'état de santé de Sarah n'attendrait pas après des enfantillages.
- Si vous êtes de notre côté, détachez-nous et expliquez nous pourquoi.

Il posa alors son arme sur la petite table centrale, conscient que dans tous les cas, elles ne pourraient pas s'en servir contre lui et sortit un couteau de sa poche pour rompre leurs liens. Aussitôt libres, les jeunes filles se massèrent les poignets et ne prononcèrent plus une parole avant qu'il ne s'explique, mais comme rien ne venait, la chasseuse le relança.
- Alors ?
- C'est une longue histoire et le temps presse. Si Antrace ne nous voit pas revenir, il lancera encore plus de gardes dans cette direction. Il est impossible qu'il nous arrive quelque chose à Lhon et moi. Si c'est le cas, c'est qu'une menace bien réelle existe et il voudra l'éradiquer sans plus attendre.
- Impossible qu'il vous arrive quelque chose ? ironisa Laurise. C'est un peu présomptueux comme réponse.
- C'est la bonne réponse pourtant. Il faut partir d'ici et vite. Vous m'expliquerez ensuite comment vous comptez faire pour chasser les miens de ce continent.
Il n'eut pour toute réponse qu'un rire de Laurise et un regard exaspéré de Mélissa, les bras croisés sur sa poitrine en signe d'attente.
- Écoutez, je sais que ma requête vous semble absurde. Mais il faut me croire pourtant. Toi, dit-il en montrant Laurise du menton, j'ignore pourquoi mais je suis certain que tu as compris que je n'appartenais pas vraiment à leur peuple.
Laurise se sentit déstabilisée et ne sut quoi répondre, ce qui était, il fallait le préciser, une grande première.
- Qu'est-ce qui nous prouve que vous n'avez pas sacrifié l'un des vôtres voyant que vous n'arriverez à rien nous soutirer ? le questionna Mélissa, fière de son aplomb.
- Rien, je vous l'accorde, mais nous ne sommes pas tous des monstres comme vous nous appelez. Notre peuple est en grandes difficultés et nous essayons simplement de survivre. Mais la question n'est pas là. La question est que je ne suis pas des leurs et, j'ignore pourquoi, mais j'ai le sentiment de me rapprocher de chez moi en étant ici. Je n'approuve pas les méthodes d'Antrace et pourtant je n'ai connu que celles-ci toute ma vie. Laissez-moi le temps de vous le prouver. Lorsque vous avez parlé d'un moyen de vaincre nos troupes, même si je pensais que c'était une diversion, j'ai eu le sentiment... la conviction intime que c'était vrai.
- Ça l'était, répondit simplement Laurise provoquant un râle d'indignation chez Mélissa.
- Mélissa, je peux te parler ? Et sans attendre un quelconque consentement elle attira son amie à l'autre bout de la petite cabane avant de se rapprocher de son oreille pour lui murmurer :
- Quel choix avons-nous ? S'il voulait nous tuer, il l'aurait fait.
- Mais c'est peut-être une tactique. Tu as bien constaté à quel point une vie avait peu d'importance pour eux. S'il essayait simplement de trouver Sarah et Réséda ?
- Je ne pense pas. Regarde-le. Regarde-le bien... insista-t-elle. Il est différent des autres. Physiquement je veux dire. Regarde les pigments de sa peau. On dirait qu'il est bronzé alors que les autres semblent avoir grandi dans une grotte à l'abri du soleil. Ensuite sa taille, il doit mesurer, quoi ? Un mètre quatre-vingts ? Soit environ dix centimètres de moins que les autres. Et puis il y a aussi...
- Ses cheveux, l'interrompit Mélissa.
- Tu as remarqué toi aussi ?
- Laurise, tu ne peux pas jouer nos vies sur une couleur de cheveux et quelques caractéristiques physiques, ça ne veut rien dire sur le contenu de son coeur... si tant est qu'il en ait un.
- C'est autre chose, je t'assure. Il m'est difficile de l'expliquer mais j'ai une drôle d'impression. Comme si tous mes sens me criaient de lui faire confiance. Et puis de toute manière, quels choix avons-nous ?
- ...
- Alors ?
- Alors c'est irrationnel, Laurise ! Tu te rends compte de l'enjeu ? Je ne lui fais pas confiance, absolument pas !
- Je sais et je comprends. Et pourtant, je ne peux l'expliquer mais lorsque je regarde dans ses yeux c'est comme si je m'y reflétais. Je me sens proche de lui. Il n'est pas comme eux, quelque chose émane de lui tu ne le ressens pas ?
Loin de rassurer Mélissa, cette remarque lui fendit le coeur. Jamais Laurise n'avait décrété se sentir proche d'une autre personne que de leur petit cercle, alors d'un étranger, d'un meurtrier ? Il lui était impossible de concevoir cette confiance soudaine. Les rôles étaient clairement inversés, en temps normal, c'était elle qui était trop naïve et Laurise toujours sur ses gardes.
- Mais non, je ne le ressens pas ! s'emporta Mélissa avant de baisser de nouveau la voix. Enfin, peut-être qu'il est différent, je te l'accorde, mais il vient de tuer l'un des siens comme un rien, comme si la vie n'avait aucune importance. Il est en train de trahir son peuple, je n'y crois pas une seule seconde, lui aussi doit avoir un père, une mère quelque part. Crois-tu vraiment qu'il peut les abandonner et les trahir sur un simple coup de tête pour tes beaux yeux ?
- Arrête une seconde de divaguer, tu veux ? Je ne te parle pas d'une quelconque attirance, je te parle d'autre chose. Mon cœur, mon âme, mon instinct me crient de lui accorder toute ma confiance. Jamais je n'ai ressenti ça et tu le sais. Tu sais aussi à quel point je ferais tout pour te protéger, pour vous protéger. Alors aujourd'hui, je te demande de t'en remettre à moi et à moi seule. Pas à lui.
- ...
- P'tite pomme, le temps presse, maintenant.
- Si jamais il tente quoi que ce soit, il nous faudra nous montrer aussi meurtrières qu'eux et je n'aime pas cette idée Laurise, pas du tout. J'ignore même si j'en suis capable, maugréa-t-elle en signe d'accord malgré tout.
Sans plus attendre, la chasseuse se retourna.
- Nous ne vous accordons aucune confiance. Mais nous avons décidé de vous laisser le bénéfice du doute. Si jamais vous nous trahissez, un seul faux pas, un seul geste maladroit de votre part et Mélissa rappelle ses petits copains qui viendront vous mordre durant votre sommeil où que vous soyez. Jamais, nulle part, vous ne serez en paix. C'est compris ?
Il ne sembla aucunement troublé par la menace mais acquiesça d'un signe de tête.
- Autre chose, poursuivit-elle. Nous ne savons rien de vous, de votre peuple, du pourquoi de votre revirement de situation. Nous attendons de vous un récit détaillé, et s'il ne nous plaît pas...
Elle s'interrompit quelques instants en repensant à la manière dont il l'avait repoussée dans sa pseudo-tentative pour le déstabiliser...
- Il a intérêt à nous plaire ! affirma-t-elle enfin, ne sachant quelle menace prononcer pour l'effrayer, elle laissa faire son imagination.
- Je ne suis pas très bavard.
- Il va falloir faire un effort.
Leur interlocuteur haussa légèrement un sourcil et fit le premier pas. Il enjamba le cadavre sans même un regard, ce qui mit Mélissa encore plus mal à l'aise qu'elle ne l'était déjà et tendit une main en direction de Laurise qui lui lança un regard interrogateur proche de l'ahurissement.
- Chez nous, lorsqu'un marché est conclu, nous nous serrons la main.
- Curieuse coutume ! lui répondit Laurise en lui rendant la pareille et en le serrant si fort qu'il décrocha une très légère grimace.
- Quand je dis « serrer la main », c'est doucement, et il lui montra en relâchant la pression et en secouant doucement son bras de haut en bas. Quelle poigne !
- Encore plus curieux, finit par lâcher Laurise avant de céder la place à une Mélissa très réticente, mais qui saisit tout de même la main en face d'elle pour ne pas exposer ses craintes.
- Vous avez un nom ? l'interrogea la chasseuse.
- Roard.
- Etrange. Moi c'est Laurise, dit l'intéressée avant de se tourner vers son amie, et voici Mélissa. Mais assez parlé, si ce que vous dites est vrai, nous devons faire vite. Il nous faut récupérer des provisions et du matériel. Après tout, des épaules de plus nous seront utiles.
Sans plus attendre, les filles cherchèrent des sacs qu'elles remplirent de provisions. Laurise se chargeait de sélectionner le matériel nécessaire pour leur futur périple comme des vêtements, de la corde, ainsi que quelques gobelets et gamelles qu'elle répartit entre elle et Roard. Le climat était étrange, ils continuaient à se fixer sans parler comme lorsqu'il les tenait encore en joue quelques minutes plus tôt, mais la méfiance avait cédé la place à l'incompréhension. Mélissa partit de l'autre côté de la pièce pour faire le plein de nourriture et d'herbes médicinales comme du Cerestin et de la Solance. Elle ne manqua pas de remarquer Roard qui reprenait son arme pour lui rajouter quelque chose qu'elle ne put identifier.
- Je le recharge simplement, se justifia-t-il, devant le regard méfiant dont elle le gratifiait. Ce n'est pas contre vous.
- Nous avons un certain nombre d'heures de route qui nous attendent, combien de temps pensez-vous que nous disposons avant que l'autre malade ne lance ses sbires sur nous ? l'interrompit Laurise.
- Nous devions lui faire un rapport demain avant midi. Je dirais donc à cette heure-là. Il ne tardera pas à envoyer des renforts. Quant à l'autre groupe, j'ignore où ils sont, mais ils n'avaient plus pour mission de vous retrouver puisque Lhon et moi étions à votre poursuite. A mon avis, ils doivent être envoyés comme éclaireurs pour découvrir le prochain village et évaluer la situation.
- C'est limite vexant, s'étonna Laurise, nous sommes quatre et il nous envoie simplement deux gardes.
- Vous devriez être honorées. Il vous envoie deux combattants ! L'élite de notre société.
- Si ce que vous dites est vrai, vous allez devoir nous expliquer tout ceci sur le chemin. Autant que le risque que nous prenons en vous emmenant avec nous serve à quelque chose.
Elle saisit alors le sac qu'elle venait de remplir et le mis en bandoulière dans son dos, demandant à Mélissa si elle était prête.
- Allons-y !
- Maintenant ? sétonna Roard, de nuit ?
- Nous avons huit heures de marche devant nous. Elle lança une pomme à Mélissa que cette dernière saisit au vol. Vous avez mangé ?
- Peu importe, la question n'est pas là, se défendit-il. De nuit, nous risquons de nous perdre, cette forêt est particulièrement dense et même nous avons eu du mal à avancer.
Il n'eut en retour qu'un sourire moqueur des deux filles qu'elles auraient pu lancer à un enfant de trois ans face à sa naïveté, avant qu'elles croquent chacune dans leur pomme en sortant de la cabane et qu'elles s'enfoncent dans l'opacité des bois. Il leva les yeux au ciel, se demandant dans quelles mains il venait de remettre son destin avant de leur emboîter le pas, réconforté par l'idée d'au moins en avoir un à présent.
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