Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Et voila enfin la suite lol pour les deux personnes qui suivent :p ! je continue cette histoire au moins pour moi ^^. Bonne lecture si certains passent par là, j'espère que ça vous plaira.
A ces mots, Mélissa poussa un cri et s'appuya contre la paroi de la cage à l'opposé de la petite bête, les yeux révulsés de terreur au point de faire marrer les gardes qui s'en allèrent pour montrer la fameuse piqûre à qui pourrait les aider. Elles purent toutefois entendre un « j'espère qu'elle se fera bouffer par cette satanée bestiole aussi » alors qu'ils s'éloignaient.

Ils étaient alors loin de se douter que cette simple remarque apparaissait comme la clé de leur évasion à une Sarah fixant ses compagnes de manière insistante, signe d'un espoir nouveau. Lorsqu'ils furent hors d'atteinte, elle se tourna vers Mélissa et l'interpella.
-Mélissa, tu peux nous sortir de là. Et nous allons avoir besoin de toi aussi, Réséda.
Les trois jeunes femmes arrêtèrent de gesticuler dans tous les sens pour se tourner vers elle. Lorsque Sarah avait un plan, c'était très bon signe, surtout dans une telle position. De toute façon, aucune d'elles n'avait la moindre idée de comment se sortir de ce foutu guêpier et si elles ne tentaient rien, une mort horrible les attendait d'ici quelques heures seulement.

-Alors, Bouton d'or ? T'as trouvé quoi comme idée de génie ? Ronger les bambous ?
-Il nous faut deux choses, poursuivit-elle ignorant la remarque sceptique de Laurise. Sectionner les cordes et une diversion pour tromper ces atroces bêtes. C'est là que vous entrez en scène. Réséda, tu dois absolument appeler l'esprit de l'air et lui demander de créer un brouillard si épais que rien ne soit visible à moins d'un mètre. Avec cette humidité ambiante, je pense qu'il n'aura pas besoin de la complicité de l'esprit de l'eau, il n'aura qu'à condenser l'humidité de la région dans Moussalard. Pendant ce temps, Mélissa va sectionner nos cordes.
-Quoi ? Mais comment ? s'affolèrent ses deux concernées devant l'ineptie proférée par leur amie.
-Chuuuuut ! Moins fort, bande de mules !
-Je ne peux appeler l'esprit de l'air, cela fait des heures que j'essaie mais rien à faire. Je ne sais même pas s'il entend mes appels et les ignore simplement pour aider à la construction de la barrière végétale ou si je crie dans le vide depuis tout à l'heure.
-Réséda, écoute-moi bien. Grand-père m'a déjà raconté un peu comment fonctionne le don des hybrides. Tu sais qu'un esprit parle avec plusieurs hybrides, grosso modo un dans chaque village. Lorsque deux l'appellent en même temps, il détermine la priorité et l'urgence de la situation en fonction du besoin ressenti.
-Oui, merci, je sais ! Je te signale que c'est mon job de collecter la mémoire des anciens et j'ai entendu ces histoires bien plus souvent que toi.
-Alors, sers-t-en, andouille ! Je sais qu'ils ont décidé de nous « abandonner » provisoirement, mais décidons que le provisoire a suffisamment duré et essaye de toutes tes forces de te concentrer pour lui faire ressentir l'aspect critique de notre situation à nous.
-Sarah ... je ne sais pas, j'essaie vraiment depuis tout à l'heure, tu sais, et il n'entend pas. J'ai même crié de toutes mes forces lorsque j'étais dans la salle avec ce scientifique et si nous parlons simplement au lieu de chuchoter les gardes vont nous entendre.
-Arrête de te dévaloriser et de te montrer plus stupide que tu ne l'es, Réséda, ça suffit maintenant ! Est-ce que tu as déjà entendu un hybride crier dans le village pour qu'un esprit ne vienne ?

Devant la pertinence de cette simple petite remarque, Réséda regretta d'avoir les mains liées dans le dos et de ne pas pouvoir réajuster son voile pour masquer sa honte.

-Et si je n'y arrive pas ? murmura-t-elle.
-Tu sais parfaitement ce qu'il va se passer si tu n'y arrives pas ! s'emporta Laurise alors que le coeur de Sarah se resserrait l'empêchant de répondre. Si sa sœur échouait, non seulement leur mort serait horrible, mais plus grave encore à ses yeux, le sacrifice de Seven pour leur sauver la vie aura été vain et cette seule pensée suffisait à lui ôter toute force vitale. Il fallait qu'elle se reprenne, pour lui, pour sa mémoire, elle devait les sortir de là. Malheureusement, la douleur était encore trop à vif pour qu'elle ne se laisse pas embourber dans de telles réflexions laissant s'échapper le peu de forces qu'elle avait réussi à réunir jusque-là. Mélissa le vit et chercha à lui faire reprendre l'exposé de son plan tandis que Réséda baissait déjà la tête pour faire ressentir à son esprit le besoin qu'elle avait de l'avoir auprès d'elle.
-Et moi alors ?
Sarah secoua la tête et saisit bien volontiers la corde tendue, lui permettant de se désembourber de ses réflexions morbides.
-Et toi, tu vas te détacher. Comme ça tu pourras attraper le poignard de Laurise à travers les barreaux et tout ira plus vite.
-Heu... Sarah, je trouve ton plan vraiment bien, mais comment veux-tu que je me libère ? Mes liens sont aussi serrés que les vôtres.
-Mélissa, écoute-moi bien. J'ai eu l'idée en voyant la petite araignée.
A cette remarque, l'intéressée se souvint brusquement qu'une bête féroce se tenait à quelques centimètres d'elle et se plaqua de nouveau du mieux qu'elle le put à l'opposé de la minuscule cage, soit à peine dix centimètres plus loin qu'elle ne l'était à la base, extirpant un soupir exaspéré à Laurise, mais sans déconcentrer toutefois Sarah dans l'exposé de son plan.
-Mélissa je connais ta phobie, mais il va falloir que tu nous aides. C'est important, là. Si cette araignée est ici, c'est uniquement pour te défendre ! Pourquoi a-t-elle piqué le garde et non toi à ton avis ?
-...
-Bon, il va falloir que tu fasses comme Réséda et que tu gardes ton sang-froid. Il faut que tu essayes de faire venir des insectes pouvant ronger les cordes, comme des termites par exemple. Et vite !

Son interlocutrice ouvrit la bouche sans pouvoir toutefois sortir aucun son, bouleversée par l'idée que plusieurs de ces monstres courent sur sa peau tandis que Laurise murmurait un « brillaaaaaant » pour elle même.
-Je... je n'y arriverai pas.
-On s'en moque ! reprit Sarah. On s'en moque de tes états d'âme, ma grande. Concentre-toi et tout de suite. Si Seven a pu...

Elle n'arriva pas au bout de sa phrase et lutta de toutes ses forces pour réfréner ses larmes. - Toi tu dois bien pouvoir supporter le contact avec quelques bestioles.
-Mais comment puis-je appeler des termites Sarah ? C'est impossible ! J'ignore comment faire. Je ne sais pas comment leur parler !
-Alors débrouille-toi, peu importe la manière dont tu vas procéder, mais il faut que tu te magnes. Pigé ? Tu perds déjà du temps. Concentre-toi, tu n'as qu'à utiliser des images, visualise-les sur tes poignets en train de ronger la corde, j'en sais rien moi !

Quelques minutes plus tard et après diverses menaces de Laurise, Mélissa était concentrée, dans la même posture que Réséda, tremblant de tous ses membres à l'idée que son appel ne fonctionne.

-C'est très bien tout ça ! s'inquiéta Laurise, mais même si ça fonctionne, on fait quoi après ? On va où ?
-Chaque chose en son temps !
-Non, il faut que nous y pensions, vu le temps que ça prend, il nous restera seulement quelques heures à peine avant que le jour ne se lève, et en connaissant la région, nous avons un immense avantage sur eux de nuit que nous n'aurons pas de jour. Il faut que nous sachions où aller.
-Aux trois sapins dans un premier temps ? proposa Sarah peu sûre d'elle.
-Non, impossible ! Il nous faut un endroit où rester plusieurs heures à l'abri. Nous n'avons pas dormi ou très peu depuis plus de quarante-huit heures et tu peux être certaine qu'ils ne nous laisseront pas nous enfuir si facilement. Nous avons besoin de repos. Et ces bêtes-là... elles vont suivre nos traces sans aucun problème. Il faudrait...
-Mère nature, mère nature mère nature... les coupa Mélissa sans même s'en rendre compte. Laurise... aide-moi...
Immédiatement, la chasseuse s'interrompit pour se concentrer sur son amie avant de constater qu'elle avait simplement réussi. Des dizaines de petits insectes ailés à tête noire s'agglutinaient sur ses poignets retenus dans son dos de telle manière qu'on ne discernait plus que le bout de ses doigts.
-Tout va bien, Mélissa. Calme toi, tout va bien.

Mais la jeune femme tremblait autant qu'elle pleurait et cherchait à puiser dans le regard de son amie la force de ne pas hurler et se débattre. Même sa mâchoire claquait dans une lutte sur le fil du rasoir pour ne pas lâcher le cri grandissant en elle.

-C'est bien, Mélissa, c'est parfait. Tu t'en sors à merveille. Concentre-toi. Concentre-toi très fort. Elles font ce que tu leur as demandé, rien de plus.
-Nooon... Elle monte sur mes bras... expira en sanglots pratiquement silencieux la pauvre hybride prête à céder à ses pulsions.
-Mélissa, regarde-moi. Regarde moi ! répéta plus fort une Laurise déterminée et sans faille alors que Mélissa relevait de nouveau la tête pour se river sur ce regard si courageux. Elles font simplement leur travail. Elles sont là pour t'aider. La corde ne va pas résister trop longtemps tout sera bientôt fini. Melissa ! aboya-t-elle pratiquement alors qu'elle sentait la respiration et les tremblements de son amie s'accélérer jusqu'à la démesure. Regarde moi, regarde mes yeux. Tout va bien, je suis là, je suis avec toi. Et tu te souviens de ce que je t'ai promis lorsque j'avais mis une trempe à Rodonce parce qu'il t'avait bousculé lors de notre premier bal de printemps ? Tu te souviens ?
-...
-Allez, qu'est-ce que je t'avais dis ? répète le moi.
-Que... que...
-Répète-le, je te dis.
-Que tant que tu serais là, il ne pourra rien m'arriver, finit-elle par lâcher de sa petite voix de poupée brisée.
-Bien, c'est bien p'tite pomme, lui sourit-elle affectueusement.
-Ne m'appelle pas comme ça, tu sais que je n'aime pas ! s'indigna son interlocutrice les yeux toujours rivés dans les siens alors que Sarah s'immisça enfin dans la conversation.
-En ce qui me concerne elle pourra t'appeler « p'tite pomme » aussi souvent qu'elle le voudra vu ce qu'elle est arrivée à te faire faire.

Les trois filles regardèrent Mélissa avec admiration alors que les cordes glissaient de ses poignets et qu'une nuée de petits termites s'évadaient de la cage à poule sans pour autant attirer l'attention des gardes, occupés à boire un quelconque alcool à l'autre bout de la place, bien à l'abri de la pluie sur l'estrade. Réséda sourit dans un premier temps autant devant la prouesse de son amie que devant sa mine ahurie de cette dernière, surprise par elle même, avant de se rembrunir, constatant son propre échec. Depuis maintenant une bonne heure, elle cherchait à joindre l'esprit de l'air sans aucun succès. Mais sans avoir la moindre idée de la manière dont elles devait s'y prendre, ni même un nom par lequel l'appeler, cela relevait de la fable !

« Allez, s'il te plaît ! Esprit de l'air... hurla-t-elle en son fort intérieur. S'il te plaît, je sais que tu es occupé mais viens à moi, j'ai besoin de toi. Esprit ! Mère nature, viens !
L'inefficacité de ses hurlements internes lui fit secouer négativement la tête dans un soupir.
Elle décida de changer de ton et de céder à l'énervement.
- Esprit de l'air où que tu sois, je t'ordonne de venir ici et sur-le-champ ! Ma vie en dépend tout comme celle de trois autres personnes. Ton devoir est d'être à nos côtés en ce moment même, reprit-elle donc plus calmement, mais avec le plus d'autorité qu'elle put.

Pendant ce temps Mélissa se trémoussait dans tous les sens pour se frotter les mains et être certaine qu'il ne restait plus un seul termite sur elle, malgré les remontrances de Laurise et Sarah lui demandant de ne pas attirer l'attention. Maintenant il leur faudrait attendre pour mettre en place la suite de leur plan. Les gardes se tenaient peut-être à l'autre bout de la place, mais il serait facile de voir le bras de Mélissa passer au travers de la cage pour aller récupérer le poignard de Laurise même à cette heure avancée. On les avait installées juste au-dessous d'une lanterne de lucioles et même si la nuit était particulièrement noire, ces petites bêtes les trahiraient sans le vouloir. Mélissa essaya donc de les convaincre de s'éteindre, mais cette fois son appel n'eut aucun effet. Elle n'avaient pas d'autre choix que d'attendre un miracle de la part de Réséda, mais même Sarah avait de plus en plus de mal à masquer son inquiétude, le temps passait et toujours rien.

A vu de nez, il devait être quatre heures du matin à présent et le soleil se lèverait dans à peine trois heures. Plus le temps filait, plus leur fuite serait difficile. De nuit dans la forêt, sur leur terrain, elles auraient peut-être une chance, surtout si elles arrivaient à prendre de l'avance avant que l'on ne découvre leur absence.
Après l'épisode de l'araignée, les gardes n'étaient plus venus tourner autour d'elles comme des chacals en quête d'une carcasse à dépecer. Ils devaient penser les quatre jeunes filles ligotées et enfermées dans des cages complètement inoffensives et la nuit aidant, ils semblaient tous plus ou moins avachis sur les marches de l'estrade centrale. Quelques éclats de voix un peu enivrées leur prouvaient toute fois qu'aucun n'avait cédé à l'appel de la fatigue et, même détachée, Mélissa ne pouvait encore tenter de délivrer ses amies.

-Bon, concrètement, où irons-nous lorsque le brouillard sera enfin de la partie ? reprit Laurise, voyant que peu à peu le moment d'euphorie causé par la réussite de Mélissa cédait du terrain face à la naissance du jour imminente.
-Je ne sais pas... où que nous allions, ils pourront nous suivre à cause de ces bêtes. Elles ressemblent beaucoup trop à des loups chassant leur gibier en reniflant partout comme ça, reprit Sarah qui saisissait à la volée toutes les perches tendues par ses amies, l'empêchant de penser à ce qu'il venait de se passer.
-Il faudrait passer une rivière. Lorsqu'un gibier essaye de nous échapper, il franchit une rivière et ses traces sont plus difficiles à suivre.
-La grotte du saut d'Aldon ! s'écria pratiquement Sarah avant de baisser de nouveau la voix. Nous irons jusqu'à la rivière de l'Aldon, c'est à peine à une heure d'ici. Et au milieu de la rivière, au lieu de la traverser, nous remonterons contre le courant jusqu'à la cascade qui cache l'entrée de la grotte.
-Cela me paraît difficile... nous serons visibles sur une bonne distance lorsque nous serons au milieu de la rivière. Nous aurons de l'eau jusqu'à la taille et à certains endroits nous n'aurons même pas pieds, si la force du courant n'est pas trop importante vu la pente, il va nous falloir un sacré bout de temps pour atteindre la grotte à contre courant. Je dirais deux bonnes heures.
-Deux heures ! Tu rigoles, la distance n'est pas si grande !
-Je sais Sarah, mais essaye de remonter une rivière avec de l'eau jusqu'à la taille et la fatigue que nous avons dans les pattes ! Je pense que nous mettrons deux bonnes heures, et encore si nous y arrivons.
-Tu as une meilleure idée ?

L'interrogation de la blondinette laissa une Laurise impassible et perplexe, elle n'avait effectivement pas de meilleure proposition à faire et la cavité derrière la cascade serait parfaite pour les cacher. La chute d'eau masquerait leurs odeurs ainsi que d'éventuels bruits. Même en passant devant, sans savoir que la cascade cachait une cavité, il serait totalement impossible de les détecter. La seule faille de ce plan tenait en sa difficulté d'accès. Tous leurs espoirs se portèrent sur Réséda, encore dans la même posture méditative. Il s'écoula encore trente minutes jusqu'à ce que la jeune femme ne sursaute, signe qu'elle venait d'établir un lien avec l'interlocuteur tant recherché.

Sans le voir, elle entendit la voix bienveillante mais extrêmement inquiète de son esprit tout près d'elle, provoquant un sourire de soulagement et de bien-être qu'elle ne contrôla pas.
-Réséda ! Que se passe-t-il ?
-Tu en as mis du temps, voilà des heures que je t'appelle.
-Je t'ai seulement entendue lorsque tu as parlé de ta vie en danger. Je suis venu aussi vite que j'ai pu. Ton bras ! Qu'est-ce que ces monstres t'ont fait ? s'emporta-t-il alors qu'un vent né du néant balança une pluie sur le côté avec encore plus de forces et que des éclairs retentirent juste au dessus du village.
-C'est toi qui fait ça ? s'inquiéta la jeune hybride, surprise de la réaction de l'esprit, avant de pouvoir discuter avec l'un d'eux, elle n'aurait jamais pensé qu'ils pouvaient éprouver un sentiment si humain comme celui de la colère. Tu t'inquiètes pour moi ?
-Évidemment.
Cette courte réponse lui alla droit au coeur sans qu'elle n'en puisse expliquer la raison. Pourtant, des bourrasques s'intensifiaient et elle n'eut pas le loisir de lui demander la raison de cette attention soudaine.
- Calme-toi ! Cette écorchure n'est rien. Le problème est ailleurs, demain ils vont nous exécuter toutes les quatre !
A l'audition de ces quelques mots, le vent siffla avec encore plus d'intensité dans les rues du village, rafraîchissant brusquement le fond de l'air et la pluie sans cesse ruisselante sur les quatre jeunes femmes.
-Réséda, je n'ai pas le pouvoir de vous faire sortir de ces cages. Je ne peux rien faire. Mais je peux provoquer une tornade si puissante que...
-Qu'elle nous emportera tous, eux comme tous les Moussalards ! Inutile. Par contre, pourrais-tu noyer le village dans un brouillard très très épais ?

-Qu'est-ce qu'il se passe ? s'inquiéta Mélissa alors que Sarah écarquillait grand les yeux, de nouveau perdue dans ses pensées à ce qu'il semblait. Réséda ne s'en était pas rendu compte, habituée à appeler mentalement son esprit depuis des heures, toute la conversation avec lui se déroulait sans le moindre son. Tout était mental et lui paraissait extrêmement naturel. Elle ne fit cependant même pas cas de l'interruption de son amie, trop occupée à garder le contact dont elle avait tant besoin.

-Du brouillard... ce doit être possible. Il fait suffisamment froid et la pluie a saturé l'air d'humidité. Cela risque de prendre un petit moment et je vais devoir faire plus de vent. Il faut d'abord que j'arrive à éloigner cette pluie battante et rafraîchir encore un peu l'air. Ensuite vous aurez rapidement votre brouillard.
-Fais ce qu'il faut.
-Réséda, il va falloir que tu m'aides. En m'éloignant des autres hybrides, j'ai provoqué leur colère, ils ont encore besoin de moi pour éparpiller les graines des plantes vénéneuses de la barrière en construction et ils ont plus d'expérience que toi pour me faire venir auprès d'eux. De plus, ce sera la première opération que nous réaliserons ensemble. Je n'ai pas eu le temps de t'expliquer comment je fonctionne.
-Que dois-je faire ?
-Tu dois me faire ressentir tout le temps que tu es en danger de mort. Cela suffira pour que je reste concentré sur ma tâche.

Lorsque le vent commença à se déchaîner sur Moussalin, les autres filles comprirent que leur plan était en marche. Elles n’osèrent pas interpeller de nouveau Réséda de peur de la déconcentrer, mais l'attente fut particulièrement éprouvante. Réséda semblait à bout de forces et des cernes noirâtres s'accentuaient de minute en minute sur son visage si peu souvent à découvert. Le manque de sommeil, la peur et la douleur des pertes subies avaient conduit leur fatigue au-delà du supportable. Laurise avait raison, il leur faudrait se reposer un bon moment si elles voulaient avoir les idées claires. S'échapper du village pour fuir leur lapidation était une chose, mais elles n'en oubliaient pas pour autant leurs proches, tous les Moussalards coincés ici et qui allaient vivre un véritable enfer. Si elles partaient, c'était pour mieux leur venir en aide par la suite. Il était hors de question de les abandonner à leur sort comme l'avaient fait les autres hybrides. Et si elles étaient dans cet état de délabrement, il leur serait impossible de tenter quoi que ce soit.
Mélissa était avachie sur un côté de la cage, les mains faussement maintenues dans son dos pour ne pas attirer l'attention des gardes et cherchant à tromper le sommeil alors que Laurise fermait les yeux pour se ressourcer. Elle avait tenté de les convaincre de dormir le temps que Réséda opère son tour de passe-passe pour reprendre un peu de force, mais la pluie battante et la peine empêchaient Mélissa de suivre son conseil. Et puis il n'y avait qu'une chasseuse pour pouvoir dormir dans une position si inconfortable et sous la pluie même si cette dernière s'était changée en une petite bruine grâce au vent. Sarah, quant à elle, semblait totalement sclérosée dans ses pensées, pourtant son visage exprimait non pas de la peine, mais une sorte de mélange entre de la fatigue extrême et une sorte de surprise contenue.

Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'elles virent le brouillard envahir la place centrale à une vitesse surprenante.
-La classe ! murmura alors Laurise, réveillée par les murmures de ses camarades, béates d'admiration.
-Voilà ! Le tour est joué. Mais l'esprit de l'air vient de me dire qu'il n'arrivera pas à maintenir ce brouillard trop longtemps. Il va faire bientôt trop chaud et il va se dissiper rapidement. Mélissa, il faut que tu te dépêches !

Le tour de Réséda avait tellement réussi que les jeunes femmes avaient même du mal à se voir entre elles. Les chiens jappèrent, comme inquiets de ce brouillard presque irréel venant perturber leurs sens, sentant bien qu'il n'y avait rien de naturel dans ce phénomène. Comme pour confirmer leurs inquiétudes, Mélissa arriva enfin à faire éteindre les petites lucioles contenues dans les lanternes tout autour de la place, même si maintenant cette tentative ne servait plus à grand-chose, si ce n'est à les plonger un peu plus dans le noir.

-Mieux vaut tard que jamais ! se défendit-elle alors que les trois autres râlaient de ne plus rien y voir du tout à présent. Mais depuis le temps que Mélissa implorait les petites lucioles de s'éteindre, elle n'osait plus leur demander l'inverse à présent.
-Bon, Mélissa, à toi de jouer. Mon poignard est retenu par mon soutien-gorge. La pointe est vers le bas, il faut que tu mettes la main dans mon décolleté et que tu le prennes par le manche, fais attention, la lame est aiguisée comme un rasoir. Remonte-le doucement s'il te plaît.
-...
-Bon, t'attends quoi ?
-Deux secondes ! Rapproche-toi des barreaux, j'y vois rien là.
-Arrête de jouer les saintes nitouche et vas-y au pif bon sang, on n’a pas le temps !

Mélissa remercia intérieurement l'esprit de l'air pour ce brouillard lui permettant de rougir en paix. Pourquoi rougissait-elle d'ailleurs ? Laurise était son amie et elle n'avait pas à se montrer si prude devant elle. Sous les encouragements, ou plutôt les reproches ciblés sur sa lenteur, elle tendit une main au travers de la cage et toucha du bout des doigts la peau si ferme de la chasseuse.
-Dépêêêêêche ! grinça l'intéressée de plus en plus impatiente de se libérer de ses liens, oubliant de lui indiquer où elle en était par rapport à la dague.
Exaspérée par tous ces encouragements plutôt oppressants pour accélérer la démarche, elle posa carrément la main sur la peau de Laurise et chercha plus énergiquement la dague avant de se rendre compte qu'elle était pile à l'endroit où il ne fallait pas. En même temps, il était difficile de faire autrement. Elle déplaça alors sa main légèrement à gauche comme le mouvement du corps si parfait de son amie le lui indiquait, mais dut aller un tout petit peu trop loin ce qui lui valut une remarque presque amusée, au vu des circonstances, de la part de Laurise :
-Dis moi p'tit pomme, est-ce que ça, ça a la forme d'une dague ? Arrête de t'amuser et bouge toi !
-Je m'amuse pas ! se défendit-elle en sentant son cœur s'accélérer plus qu'il ne l'aurait dû et son visage s'enflammer au-delà du raisonnable. Elle réussit tout de même à trouver enfin l'objet de son désir, ou du moins de son désir officiel et attendit que Laurise se contorsionne pour se tourner et lui sectionner les liens qui l'entravaient. Cette opération dura encore quelques minutes à cause du brouillard, mais la suite s'enchaîna à une vitesse folle. Une fois libre, Laurise utilisa sa dague pour ouvrir sa cage ainsi que celle de Mélissa et s'empressa d'aller libérer les autres.
Pour garder l'esprit de l'air auprès d'elle, Réséda lui demandait sans cesse de lui rendre service comme si sa vie en dépendait. Pour masquer les bruits provoqués par le cisaillement des cordes et l'ouverture des cages, elle invoqua des éclairs à tout rompre. De l'autre côté de la place, les chiens couinaient, montrant pour la première fois qu'ils pouvaient avoir peur de quelque chose.

Il fallut encore quelques minutes aux filles pour se redresser une fois libres. La position totalement inconfortable imposée par la cage leur avait atrophié les muscles et elles chancelèrent sur quelques mètres avant d'accélérer l'allure.
Connaissant le village sur le bout des doigts, elles se hâtèrent d'emprunter le chemin de la maison des jeunes dans laquelle vivaient les célibataires trop âgés pour rester encore chez leurs parents. Laurise prit la direction des opérations, elle avait saisi Mélissa par la main qui elle même tenait Sarah et toutes avançaient à tâtons sans pour autant se tromper de direction. Réséda suivait le cortège grâce à un bout de corde que Sarah tenait de l'autre côté pour ne pas risquer de contact au travers d'un gant mal ajusté. La jeune hybride restait en contact avec l'esprit du vent qui leur indiquait si un des gardes se trouvait sur leur chemin. Elle seule pouvait l'entendre, ou du moins c'est ce qu'elle imaginait, ce qui ne l'empêcha pas de sursauter lorsqu'il lui hurla un "attention, stop !". C'est Sarah qui réagit rapidement en tirant Mélissa d'un coup sec, arrêtant Laurise par la même occasion. Aucune d'elle n'osa plus bouger malgré les mille questions d'étonnement qui assaillaient l'esprit de Réséda à cet instant même. Mais des voix trop près, beaucoup trop près leur interdisaient de céder à la curiosité en un tel moment.
Les gardes qu'elles entendaient, accompagnés d'une de ces immondes bêtes devaient se trouver tout juste de l'autre côté de la rue et elles en plein milieu.
- Putaaaaain ! hurla l'un d'entre eux en cognant dans un sot semblait-il. Quelle merde ce truc !
- Foutu brouillard où peu importe comment ils nomment ça ! compatit l'autre. Tiens-toi au mur et avance doucement comme moi, on finira bien par trouver la place centrale.
- Viens là, toi !

Cet ordre fut suivi d'un couinement étouffé de la bête les accompagnant. Mélissa grimaça malgré le dégoût que lui impulsaient ces créatures. Après tout, la violence engendre la violence, comment des animaux peuvent-ils être dociles alors qu'on les rudoyait à longueur de temps ?

- Le brouillard rend les chiens complètement barges, regarde-le...

A présent, ce qu'ils appelaient un "chien" grognait nerveusement dans la direction des filles, elles ne le voyaient pas, mais il était évident que l'odorat de ce monstre noir et trapu les avait repérées. Toutes retinrent leur souffle, tiraillées entre la nécessité de rester immobile sans faire le moindre bruit, au risque que le chien leur saute dessus et l'envie de déguerpir à toute jambe. Mais la seconde option les conduirait à être arrêtées avant même le prochain angle de rue par le chien qui ne manquerait pas de sauter à la gorge de la plus lente du groupe. Laurise ne respirait plus, Sarah se concentrait dans un espoir désespéré pour faire appel à des dons qu'elle n'avait certainement pas, Mélissa retenait des sanglots de peur du mieux qu'elle pouvait. Alors Réséda prit les choses en mains. Elle invoqua le vent. Une rafale ininterrompue vint leur fouetter le visage et emporta leurs odeurs à l'opposé du chien. Ce dernier se mit à aboyer rageusement, ayant perdu la piste de ses proies et même sans le voir, les fuyardes devinèrent aisément que le garde mettait tout en œuvre pour le maintenir calme au bout de la chaîne qui le retenait.
-Tire sur la laisse bon sang ! lui ordonna l'autre.
-Tu crois que je fais une partie de cartes, là ?
-Allez avance, il nous suivra bien, j'suis certain qu'il a dû sentir une souris ou un écureuil ou dieu sait quoi d'autre encore. Foutus clébards, ils sont censés être dressés pour pister les humains, mais dès qu'ils sentent leurs proies naturelles, plus moyen de les retenir.
-Avance au lieu de débiter des conneries, lui intima l'autre et, peu à peu, ils s'éloignèrent tout en continuant leur chamailleries.
Elles attendirent toutefois d'être complètement certaines de ne plus être à portée d'ouïe pour soupirer de soulagement aussi légèrement qu'elles le purent. Laurise sentit Mélissa trembler et comprit que ses jambes risquaient de flancher, elle lui serra alors la main aussi fort qu'elle le put pour la rassurer, la tirant un peu plus vers elle et lui faire sentir que, fidèle à sa promesse, tant qu'elle serait présente, rien ne pourrait lui arriver.
Ce léger mouvement suffit pour insuffler la force à la jeune hybride de continuer et le cortège se remit en place, suivant à tâtons les façades des maisons, elles arrivaient parfaitement à savoir où elles étaient. Elle poursuivirent donc à la hâte leur avancée en accélérant sans cesse le pas. Arrivées aux baraquements des charpentiers, le brouillard paraissait se dissiper sans que cela ne soit véritablement gênant. Elles n'avaient plus risqué de croiser de garde depuis au moins trois pâtés de maisons et aucun Moussalard n'était confiné dans ce secteur. L'esprit du vent certifia à Réséda que le brouillard restait aussi opaque qu'au début sur la place centrale, c'était tout ce qui comptait pour le moment. Plus tard leur fuite serait découverte, plus de terrain serait mis entre elles et ces vauriens.

- C'est bon, murmura Laurise, la voie est libre, on peut se lâcher la main. En avant !

Les jeunes femmes s'exécutèrent toutes à l'exception de Mélissa, se cramponnant toujours à son amie plus que de raison, provoquant un regard exaspéré de la chasseuse.
-Du nerf p'tit pomme ! l'encouragea-t-elle cependant au lieu de la culpabiliser un peu plus. A vrai dire, elle appréciait représenter cette sorte de cran de sûreté pour elle, même si elle ne s'en sentait pas franchement digne, et conserva la main dans la sienne sur quelques mètres supplémentaires.

Arrivée à l'orée du bois, elles s'enfoncèrent parmi les broussailles aussi rapidement que possible. La nuit était claire et la protection des sous bois les rassurait. Il fallait aller vite à présent. Toutes se mirent à courir de mieux qu'elle purent pour suivre la chasseuse particulièrement à l'aise dans cet élément. Réséda avait plus de mal, sans cesse ralentie par ses vêtements trop amples et s'accrochant à chaque broussaille. Hybrides et affranchis vivaient en harmonie avec la nature sans chercher à la domestiquer ; à vrai dire, si une espèce était domestiquée par l'autre, c'était plus certainement celle des êtres humains. Quoi qu'il en soit, à part quelques sentiers délibérément entretenus, la majorité des bois restaient véritablement broussailleux et il devenait rapidement difficile de s'y aventurer. Ronces, branches et broussailles s'enchevêtraient de telle manière que leurs pieds ne touchaient presque jamais véritablement le sol. Laurise vivait constamment dans ce milieu, mais les trois autres jeunes femmes effectuaient une véritable lutte pour avancer à son allure.
Dans la précipitation et l'ambiance nocturne, aucune ne put voir que ces mêmes ronces, branches et broussailles se contorsionnaient du mieux qu'elles pouvaient pour faciliter leur avancée même si elles entendaient leur appel au secours souvent trop tard. L'une d'elle envoyait des ondes de détresse sans même s'en rendre compte et la nature entendait son appel, aussi faible qu'il soit.
Elles avaient couru environ trente minutes lorsqu'elles entendirent le bruit toujours plus glauque de ces cors de malheurs provenant du village. Elles se figèrent toutes à l'exception de Laurise qui les obligea à poursuivre au plus vite. Savoir que leur fuite venait d'être découverte était une chose, s'arrêter pour attendre qu'on les rattrape en était une autre. Elles avaient su dès le départ que leur avance n'était que dérisoire et il leur fallait rejoindre la rivière. Même en courant, il leur faudrait encore autant de temps pour plonger dans l'eau et à partir de là, leur progression n'en serait que plus lente.
Laurise n'osa pas formuler ses inquiétudes tout haut, elle ne s'autorisa même pas à y penser d'ailleurs, mais elle avait espéré que leur départ ne serait découvert qu'à l'aube, lorsqu'elles auraient atteint la rivière. Elle chercha à accélérer l'allure, mais ses amies n'arrivèrent pas à suivre le rythme et elle dut se contenter de leur trottinement affaibli. Comment le leur reprocher alors que sa propre allure ne tenait pas la comparaison avec celle qu'elle entretenait lors de ses parties de chasse ? La fatigue tant corporelle que mentale les conduiraient droit à leur perte. Lorsqu'elle était en chasse et que son corps lui suppliait de ralentir, elle puisait ses dernières ressources dans son esprit, là où étaient stockées des images de ses amies, des yeux pétillants de Mélissa lorsqu'elle rentrait avec la plus grosse prise. Aujourd'hui, même son mental la lâchait. Elle arriva cependant à retrouver quelques forces et à les insuffler aux autres en leur parlant pour les encourager.

-Allez les filles, plus vite ! Pensez à votre famille, pensez à tous les Moussalards, nous sommes leur dernier espoir. Plus vite, allez ! répétait-elle encore et encore. Nous n'avons pas le droit d'être reprises, nous devons survivre, nous le leur devons à tous !

Au village, le brouillard avait désorienté un instant les gardes et les chiens. Cependant, aucun d'entre eux n'avait osé aller réveiller Antrace pour un tel phénomène. On le leur avait pourtant décrit, on les avait prévenus que les nuages descendaient parfois au ras du sol. Mais le savoir et le constater de leurs propres yeux étaient deux choses bien différentes. Même les chiens couinaient la queue entre les jambes sans savoir ce qu'il leur tombait sur la tête. Jamais ils n'avaient été confrontés à un tel phénomène sur leur continent. Même la pluie comme ce soir leur était totalement inconnue et bon nombre d'entre eux auraient aimé se précipiter en courant sous ce déluge comme des enfants pour sentir l'eau ruisseler sur leur corps.
Leur continent n'avait décidément rien de commun avec cette terre. Les nuages hauts ne laissaient jamais le soleil les caresser et pourtant aucune pluie, aucun orage ne venait jamais mettre un terme à leur souffrances liées à la sècheresse. Tout était desséché et ratatiné, presque pourri avant même d'avoir poussé. La végétation qui les entourait ici ressemblait au paradis, peut-être que toutes les légendes qu'on leur racontait depuis leur enfance trouvaient leurs origines en ces terres d'ailleurs. Peut-être que Dieu n'était pas dans les cieux mais ici-même.
Rafon doutait fortement de cette hypothèse ; au paradis, aucune araignée de la taille d'une souris ne pouvait exister et mordre les gens comme il venait d'être mordu. Satanée gamine qui l'avait poussé à tendre la main pour la toucher. Il avait toujours eu un faible pour les jolies et jeunes filles, mais jamais cela ne lui avait valu une telle morsure. Même le doc n'avait rien pu faire si ce n'était aspirer une partie du poison. Résultat, il avait une main du double de la grosseur habituelle et la douleur l'élançait jusqu'à l'épaule.
Au bout d'un moment, excédé par cette douleur entêtante, il avait décidé de retourner voir la donzelle et d'obtenir au moins une consolation pour le mal qu'elle lui avait créé malgré elle. Il lui restait encore une demi-heure de garde, et avec ce brouillard, personne ne le verrait maltraiter la gamine, il suffirait de l'assommer ou de la bâillonner pour qu'elle n'alerte pas les autres et en trente minutes, il estimait qu'il aurait largement le temps de tout faire pour apaiser sa douleur.
Il s'énerva d'abord de mettre dix bonnes minutes pour retrouver les cages pourtant à vue tout à l'heure. Décidément, ces lanternes archaïques avec des petites bestioles qu'il avait dénigré quelques minutes avant lui manquaient à présent qu'elles étaient éteintes. Il allait renoncer lorsqu'il buta sur une des portes de cage renversée. C'est alors qu'il constata avec effroi qu'elle n'avait rien à faire en plein milieu comme ça et chercha à tâtons les autres avant de donner l'alarme du plus fort qu'il put :
-Gardes ! À moi ! Les prisonnières se sont échappées ! Gardes !

Le camp s'agita en une minute. Antrace fut immédiatement réveillé et une équipe de recherche fut aussitôt dépêchée pour retrouver les fuyardes. Dans la maison des chasseurs, les sourires fusèrent. Confinés dans la maison la plus proche des cages, l'agitation les alerta en premier. Depuis les évènements de la veille au soir, ils s'efforçaient de trouver une astuce pour libérer les quatre jeunes filles sans attirer le courroux d'Antrace sur les autres membres du village mais en vain. Alors l'alerte donnée leur revigora les sens et les fit sourire ! Ils n'en attendaient pas moins de Laurise à vrai dire, surtout lorsqu'elle était en présence de Sarah. Les deux jeunes femmes pleines de ressources ne s'acceptaient jamais vaincues et l'espoir était désormais permis.
A l'extérieur, les chiens jappaient, attisés dans leur haine baveuse par leurs maîtres qui leur criaient de flairer les traces des fuyardes. Les chances de s'en sortir vivantes étaient minces faces à ces bêtes, surtout que les filles n'avaient pas une grande avance, ils les avaient encore vues enfermées dans les cages avant que le brouillard ne se lève et elles devaient bénéficier d'une heure de terrain parcouru, voire peut-être moins. Cependant, si quelqu'un pouvait berner ces créatures, il ne faisait aucun doute que c'était Laurise.
Valone ordonna alors la fin de leur veillée pour trouver une solution, les filles ne les avaient pas attendus et heureusement d'ailleurs. Leur amour-propre en prenait un sacré coup, ils n'avaient pas été à la hauteur aujourd'hui et n'avaient pas réussi à protéger leur communauté, mais les choses allaient changer. Valone prit en main son rôle de chef et ordonna à tous les autres de dormir, il leur fallait du repos s'ils voulaient sortir les Moussalards de ce pétrin. De toute manière, ils ne pouvaient plus rien pour les quatre filles en fuite et leur faisait entièrement confiance ! Si un petit groupe pouvait s'en tirer, c'était certainement celui des quatre petites pestes.

Antrace enrageait littéralement. Si un chien contaminé par cette maladie haineuse l'avait mordu, le résultat n'en serait pas moindre. Comment ces quatre pauvres petites choses avaient-elles pu lui tenir tête ainsi en se volatilisant ? Sur leur continent, lorsque son frère et lui, les rois de droit, édictaient une sentence, les condamnés l'acceptaient et ne s'enfuyaient pas, ils n'auraient eu nulle part où aller, d'ailleurs. Et puis, rien ni personne ne devait défier la double royauté de la famille Marédan. Il enrageait d'être ici et de ne pas maîtriser la totalité de son environnement. Trop d'inconnues et de légendes parcouraient ces terres et tant qu'il n'en saurait pas plus sur les ressources de ce peuple, il n'arriverait pas à les dominer. Il fallait que les choses changent et avant cela, il lui fallait mater toute tentative de rébellion en commençant par massacrer ces petits parasites.
C'était pourquoi il avait dépêché ses meilleurs hommes afin de retrouver ces raclures. Cependant, il n'avait pu en affecter autant qu'il aurait voulu aux recherches. Tant qu'ils n'auraient pas prévenu les leurs que cette terre était l'espace de paix dont ils avaient tant rêvé, il devrait se contenter des effectifs réduits apportés par trois de leurs bateaux. A vrai dire, ils étaient cinq à avoir quitté leur ancien continent, mais seulement trois avaient survécu à la tempête meurtrière qu'ils avaient essuyée peu avant leur arrivée à la barrière d'îlots au large de ce continent. Dès demain, un des trois bateaux tenterait de parcourir le chemin inverse pour aller chercher des secours, mais cela prendrait du temps. Ils avaient mis près de trois mois à venir ici. Il leur faudrait peut-être deux mois pour parcourir la même distance en sens inverse puisqu'ils avaient eu du mal à trouver leur chemin malgré les indications données par les captifs qui avaient débarqué quelque vingt ans auparavant sur leur continent.
En attendant, il devait contenir deux villages en esclavage, prévenir d'éventuels renforts pour venir les délivrer, commencer à exploiter les mines et tout préparer pour l'arrivée de son peuple à lui, femmes et enfants compris. Seule une vingtaine de ses hommes avait donc été affectée aux recherches dont deux combattants, l'élite de leurs troupes, des soldats formés depuis leur plus tendre enfance à tuer et survivre n'importe où. Deux avait paru être un nombre convenable. Maintenant, il ne lui manquait plus qu'à trouver une idée pour qu'aucune autre évasion ne soit tentée par ces maudits crapauds moyenâgeux et prévoir un châtiment digne de ce nom pour les fugitives.

Dans les bois, il n'avait pas fallu plus de dix minutes après les premiers sons de cor pour entendre les aboiements des chiens à leurs trousses. Comme prévu, ils flairèrent leur piste et suivirent le bon chemin dès les premiers pas. Aucune chance de les perdre, le vent avait beau souffler dans leur dos pour emporter leurs odeurs au loin, les branches coupées sur leur passages, les traces de pas laissées dans le sol et les bouts de tissu déchiré sur les ronces apparaissaient comme un chemin particulièrement bien balisé les conduisant directement aux fugitives.
Aucune des quatre filles ne parlait, pourtant leurs quatre coeurs battaient à l'unisson, dans la même course folle de désespoir. Les chiens se rapprochaient, leurs grognements sans cesse plus perceptibles. Les hommes leur donnant la chasse devaient avoir un entraînement physique bien supérieur au leur, exception faite de Laurise, évidemment. La jeune femme venait de passer de l'autre côté de la barrière et elle détestait être le gibier. Elle était une chasseuse ! Une chasseuse et non une proie tremblant à chaque craquement qui lui semblait à présent venir juste derrière son épaule. Elle fronça les sourcils un peu plus pour accélérer l'allure si cela était encore possible. Ils allaient les rattraper, sans aucun doute ils allaient leur sauter dessus avant qu'elles n'aient atteint la rivière, ils couraient vite, très vite. Alors que les jappements s'intensifiaient, elle s'étonna d'ailleurs qu’ils ne leur aient pas déjà mis la main dessus.
Elle ignorait alors que Sarah, en son fort intérieur, espérait de toute ses forces qu'ils seraient autant ralentis qu'elles par l'opacité forestière. La jeune femme n'imaginait alors pas que la forêt entière répondait à son appel au-delà de ce qu'elle pouvait espérer.
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.