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Soudain, la jeune femme s'interrompit et fit signe à sa sœur de garder le silence. Des gardes sortaient de la maison où avait été confiné Seven, tirant le jeune homme par chaque bras tout en le menaçant de leurs armes. Le cœur de Sarah bondit de sa poitrine lui empêchant de prononcer le moindre mot. Son seul pouvoir se limitait à le suivre des yeux jusqu'à ce qu'il rentre dans la maison réquisitionnée par Antrace et sa fille.
-Mère nature ! s'inquiéta Réséda. Ils l'emmènent voir ce fameux Antrace, regarde ! Que peuvent-ils bien vouloir à Seven particulièrement ? Il n'est même pas un Hybride.
-Les hybrides, ils s'en moquent, marmonna Sarah entre ses dents, sans desserrer la mâchoire.

Elles gardèrent toutes les deux les yeux rivés sur la porte qui avait englouti Seven, cherchant à maîtriser du mieux qu'elles pouvaient une angoisse grandissante au fil des minutes.

- Est-ce que quelqu'un a un contact avec les maisons où sont entassés les chasseurs ? demanda à haute voix Laurise en redescendant, les bras chargés de couvertures.
- Non ! répondit Amanda, hybride des plantes vénéneuses. Pour l'instant, tous les esprits sont avec le Lien à Graëndak pour construire une nouvelle barrière. Ils y font pousser des plantes vénéneuses mais également des ronces si épaisses que la lumière du jour elle-même ne pourrait passer au travers, des marécages avec l'esprit de la terre et de l'eau, et bien d'autres surprises encore si ces monstres veulent la franchir, affirma-t-elle, remplie de fierté.
-Graëndak ! s'étonna Laurise. Mais que font-ils D'Almon ? C'est le prochain village après nous et si ces monstres continuent leur route…
-Mon esprit m'a dit qu'Almon venait d'être évacué en urgence. Pour l'instant nos envahisseurs se sont limités à Flomail et Moussalin. Almon est seulement à deux jours de marche d'ici et s'ils continuent leur route dès demain, le Lien et les autres hybrides n'auraient pas pu monter une barrière naturelle à temps. Ils ont fait évacuer Almon et les villageois seront en sécurité dès demain soir. Ils ont entrepris une marche ce matin même et ne s'arrêteront même pas cette nuit. La barrière se refermera derrière eux.
-Une bonne chose ! assura Laurise, mais il nous faudrait nous concerter entre maisons pour prévoir un plan. Lorsque l'un des esprits reviendra, il faudra lui en parler. J'ai besoin de communiquer avec Valone.

Personne ne donna suite à sa requête et pire encore, les hybrides baissaient la tête, comme honteux de ce qu'ils cachaient, provoquant l'anxiété chez les affranchis, peu au fait de la situation.
-Quoi ? s'impatienta Laurise, toujours frustrée de ne pas avoir ce type de faculté pour prendre les choses en main.
-Allons coucher les enfants ! imposa Amanda, faisant comprendre à l'ensemble des adultes que ces choses-là n'étaient pas à entendre de toutes les oreilles.

Mélissa prit alors la direction des opérations. Douce et affectueuse avec les enfants, elle avait leur confiance acquise. Après tout, c'était elle qui se chargeait en partie de l'éducation et de la transmission orale dans le village. Deux autres femmes l'accompagnèrent et tout le petit monde se retrouva hors d'écoute rapidement.

-Les esprits nous ont abandonnés ! se précipita alors Amanda. Ils estiment que notre cause est perdue et répandent la nouvelle sur l'ensemble du continent qu'une barrière se forme. Les villages situés entre l'ancienne et la nouvelle barrière seront protégés à toutes épreuves.
Les clameurs d'incompréhension lui coupèrent la parole et c'est Nandéra, une affranchie du double du poids d'une Sarah qui ramena le calme avec sa grosse voix, permettant à Amanda de reprendre.
-Je sais, j'ai été aussi paniquée que vous, mais pensez aux nôtres dans les autres villages. Si cette barrière végétale n'est pas montée avant que ces monstres ne reprennent leur marche, ils feront à tous nos semblables ce que nous subissons actuellement. Nous ne pouvons pas nous permettre ceci. Ils reviendront lorsque le reste du continent sera en sûreté. En attendant, nous n'avons pas le droit de leur demander d'agir simplement pour nous faire passer des informations entre nous. Si nous obéissons à ces fous, ils penseront avoir affaire à un peuple docile et ne se méfieront pas. Ce sera autant de temps gagné pour les autres villages.

Les discussions s'enflammèrent comme un jardin d'herbes sèches devant une colère d'Embrase, l'hybride du feu. Ses crises de colères étaient légendaires et lorsqu'elle s'emportait, son esprit n'arrivait plus à cerner ses demandes et déclenchait des feux tout autour d'elle. Leur collaboration s'était toujours avérée difficile. Mais Sarah semblait au-delà de ces préoccupations, tout ce qui lui importait à l'instant présent était le retour de son bien-aimé sain et sauf. Ses yeux ne quittaient pas la maison en face de la place dans l'espoir de le voir raccompagné et mis en sûreté. C'est justement à cet instant qu'elle aperçut deux des gardes sortir de la maison juste à côté de celle des Bouteux et se diriger droit vers la leur d'un pas décidé.

-Attention, des gardes arrivent.

Averties, les femmes de la pièce prirent un air abattu et Amanda arriva même à pleurer en un temps record.

Sans aucune précaution, ils pénétrèrent brutalement dans la petite maison, braquant leurs armes sur les femmes amassées dans l'espace réduit.
-Reculez ! Où se trouve la dénommée Réséda ?
Le sang de Sarah ne fit qu'un tour alors que sa sœur levait déjà la main.
- Non tais-toi ! grinça-t-elle entre les dents juste avant que les gardes « n'invitent » sa sœur à les suivre.
Cette dernière se tourna alors vers Sarah tandis que les autres s'écartaient pour lui permettre de passer sans encombre.
-Si je n'avais rien dit, ils risquaient de tirer sur quelqu'un. Ne t'en fais pas, ça ira, la rassura-t-elle par-delà ses propres angoisses.

Quelques minutes plus tôt, lorsque Seven avait vu les gardes venir le chercher, il s'attendait à être passé à tabac. On l'avait fait demander comme « l'imbécile qui s'est levé pour défendre sa femme », vu qu'aucun de ces barbares ne connaissaient son nom et il imaginait parfaitement les représailles dont étaient capables ces brutes. Toutefois, il ne se débattit ni n'essaya de s'échapper pour éviter des représailles envers Sarah. Le lien entre eux étant fait, il n'était pas difficile de trouver son point faible et comment l'atteindre vraiment. Les coups, il s'en moquait bien et il endurerait ce qu'il devait pour son erreur, mais imaginer que l'on puisse toucher à un seul cheveu de sa belle lui retournait l'estomac au point de lui faire vomir tripes et boyaux. Il était loin de s'attendre à ce qui allait suivre. On l'avait emmené directement dans la maison des Bouteux où avaient élu résidence Antrace et sa chère fille.

-Le voilà ! s'exclama le chef toujours dans ses excès démonstratifs exaspérant au plus haut point. Comment vous nommez vous ?
-Seven Deforge.
-Seven Deforge ! Seven Deforge. Très bien. Vous avez une chance inouïe, Seven Deforge. Que pensez-vous de la jeune beauté que voilà ?
Montrant sa fille, Antrace eut un pincement affectueux au cœur en la voyant rougir de la sorte alors que Seven se demandait dans quelle dimension infernale avait-il pu être plongé. Il se tourna vers la jeune femme, un peu hésitant et se trouva confronté à un dilemme étrange. Elle pourrait être jolie oui, en lui changeant la couleur de ses cheveux, en lui remontant l’œil gauche pour qu'il soit au même niveau que le droit ou encore en lui rabotant le nez et en enlevant la petite bosse qui le déformait sur le dessus. Elle pourrait... pourrait. Mais là... La qualifier de laide aurait été un peu trop dur sans pour autant être trop éloigné de la vérité. Quoique lorsqu'elle fermait la bouche, masquant l'asymétrie entre ses deux dents de devant et que l'on observait son visage de trois quarts, ça pouvait aller.
-Allons, allons, jeune homme, ne soyez pas si timide !
-Papa ! souffla la demoiselle en question au comble de la gêne.
-Déra, assume ton choix, et puis imagine que tu vas faire de cet homme le plus heureux de tous les hommes de ce globe. Bon nombre de mes capitaines vont être anéantis par la nouvelle. Mais que ne ferais-je pas pour ma chère ange. Alors ?
-Elle est... jolie, arriva à nuancer Seven. Après tout, l'idée d'une jolie chose pouvait être relative. Il se souvenait de son frère en extase devant une chaise à moitié tordue, lui trouvant un côté original et innovant alors que lui la pensait simplement moche. Et puis dire qu'une fille est jolie n'engageait à rien, il se refusait d'avouer à quel point il la trouvait moyenne, même si elle appartenait à ce peuple de fous. Et puis il n'allait pas utiliser le terme de belle, même pour mentir, il réservait ce terme exclusivement à sa future liée.
-J'en étais certain ! Je savais qu'elle vous plairait. Le mariage sera donc célébré demain, annonça-t-il devant une Déra toujours aussi timidement en retrait mais dont un sourire disgracieux fendait le visage, laissant apparaître sa dent plus grande que les autres et accentuant la difformité de ses traits.
-Le quoi ?
-Le mariage. Vous allez épouser ma fille demain. Je sais, tout ceci est un peu précipité, mais lorsqu'un tel coup de foudre se produit, pourquoi faire attendre les jeunes gens ? N'est-ce pas ? » ajouta-t-il d'un regard complice à sa fille.
-Le mariage ? répéta Seven avec une pointe d'angoisse dans la voix, commençant à comprendre de quoi il retournait. C'est ainsi que vous nommez un liage ?
-Mariage, liage, les termes sont proches.
-Non ! Mais non enfin, je ne veux pas l'épouser. J'ai dit qu'elle était jolie, je ne vois pas en quoi j'ai prononcé une demande de liage, là, s'emporta brusquement Seven avant de reprendre à l'adresse de la jeune fille en question. Ne vous méprenez pas, ce n'est pas contre vous encore que votre peuple vient de réduire le mien en esclavage, ironisa-t-il malgré les circonstances, mais j'ai le sentiment que toutes ces horreurs ne sont pas de votre fait. Mais je ne peux vous épouser.
Il ignorait totalement pourquoi il ressentait de la pitié envers cette fille dont il ne connaissait rien, surtout après les morts provoquées par son père dans le village, mais son regard avait une tristesse distante et lui donnant un aspect touchant.

Au même moment, Réséda passa devant la maison des Bouteux avec une escorte raisonnablement à distance d'elle. Son rythme cardiaque s'accéléra en entendant les hurlements d'hystérie provenant de là où était retenu Seven, mais les gardes la pressèrent jusqu'à la maison mitoyenne sans lui laisser l'occasion d'en comprendre le pourquoi.
A son arrivée, le premier choc fut visuel. Six gardes auxquels s'ajoutèrent les deux qui l'escortaient se tenaient en rond autour de la pièce centrale, pointant leurs armes sur elle, alors qu'un autre, plus petit, et dont elle ne pouvait pas voir le visage l'attendait debout à côté d'un fauteuil en bois. Les autres meubles, à l'exception d'une table garnie d'ustensiles qu'elle ne connaissait pas, avaient été écartés le long des murs de la pièce et des sangles pendaient pour la ligoter au siège une fois qu'elle serait assise.
-Prenez place. Et retirez votre capuche ainsi que le tissu vous couvrant le visage, l'invita élégamment l'homme au centre, complètement emberlificoté dans des habits de leur cru.
Scrutant ce qui l'entourait, elle s'approcha prudemment et obéit, faute de savoir ce qui l'attendait si elle obéissait et forte de connaître ce qu'il lui arriverait si elle n'obtempérait pas.
-Posez vos jambes le longs des pieds du fauteuil et les bras sur les accoudoirs. Nous allons vous attacher. Si vous bougez ou tentez quoi que ce soit, vous serez abattue sur-le-champ.
Un des gardes s'exécuta aussitôt sans lui laisser le temps de répondre. Lorsque l'homme du centre parlait, il ne posait pas de question, il énonçait ce qui allait se passer sans discussion possible. Elle chercha en vain à croiser le regard de celui qui l'attachait si consciencieusement, nouant les brides par dessus ses habits à lui en faire mal aux poignets, aux coudes, à la taille, aux mollets et aux chevilles. Alors qu'elle avait l'impression que son sang ne circulait plus librement dans l'ensemble de son corps, elle tenta de retenir un gémissement lorsque le dernier nœud fut mis en place. Inutile de crier, personne ne viendrait l'aider.
Elle entendit cependant au dehors de nouveaux des hurlements ainsi qu'une agitation anormale, mais le temps n'était pas à se préoccuper de ce qu'il se déroulait ailleurs. Devant elle, l'homme emmailloté s'était muni d'un minuscule couteau et se retourna vers elle lui extirpant ses premiers mots de peur.
-Qu'allez-vous faire ? Qu'attendez-vous de moi ? parvint-elle à prononcer alors que sa respiration s'affolait sous le coup de la panique.
-Bâillon, ordonna-t-il simplement au garde qui lui fourra un bout de tissu dans la bouche alors qu'elle tentait de crier en vain. À peine quelques secondes plus tard, il s'écroula sur le sol, mort sous le regard impressionné de ses condisciples. Seul l'homme au couteau ne lui prêta pas d'attention, si ce n'est pour prononcer un :
- Il était prévenu ! Au moins nous aura-t-il apporté la preuve de l'efficacité du poison, elle en a même sur les cheveux ! Virez-moi ça ! » ordonna-t-il aux autres gardes postés autour d'eux avant de reprendre. « Fascinant, tout ceci est fascinant, j'étais totalement septique sur la véracité de ces rumeurs Comment un poison pouvait-il tuer instantanément rien qu'avec un contact cutané ? On nage en pleine science fiction ! »
Tout s'éclairait pour Réséda, ils en voulaient à son poison. Mais le but lui échappait encore d'autant plus que son attention se focalisait anxieusement sur le couteau se rapprochant dangereusement d'elle et plus précisément de son bras. Elle chercha à retarder le contact en se calant le plus possible dans le fauteuil, mais cette manœuvre fut totalement vaine et la seconde suivante, sa manche était déchirée, laissant sa peau à l'air libre. D'un premier réflexe, elle chercha à prévenir son bourreau que le poison transperçait le tissu et que ses gants ne le protégeaient pas d'elle, mais après tout, s'il mourrait, son calvaire serait terminé. Jamais elle n'avait voulu de mal à quelqu'un et ce sentiment lui fit monter une vague de nausée vertigineuse. Elle détestait profondément ressentir une telle chose mais on ne lui laissait pas le choix et elle les détesta d'autant plus pour avoir révélé ce côté si méprisable d'elle.
Il l'examina avec attention, passant le doigt à la surface de son bras, appuyant très légèrement et parut intéressé. Le stress aidant, la peau de Réséda sécrétait de manière pratiquement visible les petites perles de poison devant le regard inquisiteur de l'autre. Avec tout ceci, il faudrait même jeter le fauteuil sur lequel elle était assise, mais étrangement, son poison ne transperça pas ses gants. Ils semblaient faits dans une matière qu'elle ne connaissait pas et même en cherchant, elle n'arrivait pas à voir les marques de tissage.
Un instant, l'agitation du dehors pris une autre tournure, plus violente, avec des hurlements ou des pleurs, Réséda n'arrivait pas spécialement à reconnaître les intonations au travers des cris de leurs bêtes. L'homme en face d'elle se tourna vers un des gardes et lui ordonna d'aller voir pourquoi les « chiens aboyaient et quel était ce bordel ». Elle n'avait pratiquement compris aucun des mots de cette phrase, mais le sens global ne lui échappait pas. Cependant, son attention revint tout entière à lui lorsqu'il racla son avant-bras au point de la faire saigner à l'impact du couteau et de la chair, pour récolter son poison dans une fiole. Elle chercha à hurler mais une sorte de bruit étouffé au travers de son bâillon remplaça le cri strident qu'elle aurait souhaité, sans pour autant que ça n'ait une quelconque influence sur les agissements de l'homme en face d'elle.
Il se détourna pour fermer soigneusement la fiole contenant à présent l'objet de son désir sans se soucier du sentiment de vide qu'il laissait derrière lui. Réséda fixait le petit liquide lui appartenant s'éloigner d'elle. Même si elle avait toujours profondément haï ce poison ayant causé la perte de ses parents ainsi que son isolement social, il n'en restait pas moins une partie d'elle qu'on venait de lui arracher sans son accord. Victime sans défense, elle fut sauvée de la suite des évènements par l'intrusion si brutale d'un homme de haute stature que son bourreau faillit renverser le précieux flacon.

-Antrace a besoin de la fille pour servir d'appât. Détachez-la et amenez-la.
Les témoins de la scène se regardèrent un instant, hésitant, mais l'autre leur fit signe d'obéir. D'abord contrarié, le scientifique émit un « Au pire je la disséquerai ! » d'un ton si détaché qu'il exprimait tout le mépris ressenti pour les Moussalards. Cependant, aucun des gardes ne daigna bouger.
-Allons allons ! Auriez-vous peur de la si petite chose toute paniquée qu'elle est ?
Puis il regarda son bras écorché sécrétant de nouveau du poison, comprenant alors l'hésitation de ses congénères et la détacha à l'aide de ses gants. Une fois libre, elle retira d'elle-même son bâillon mais n'osa pas prononcer la moindre protestation même si on lui en avait laissé le temps. Elle ignorait où on la conduirait, mais n'importe où serait un meilleur endroit que cette pièce si négativement chargée. C'était sans compter sur les ressources créatives d'Antrace et son peuple.

A l'extérieur, elle resta dans l'incompréhension totale. Seven se tenait debout, libre comme l'air à côté d'Antrace au centre de la place. L'ensemble des membres du villages sortaient des maisons et se regroupaient devant chaque pallier, encadrés par des gardes et des chiens. Évidemment, tout le village n'était pas présent puisque les seules maisons bordant la place n'avaient pas suffi à contenir tout le monde même en les entassant comme des moutons, mais la majorité semblait présente pour assister au spectacle qui se préparait. Voilà d'où venait l'agitation qu'elle avait entendu depuis son fauteuil ! A cette pensée, un frisson lui parcourut l'épine dorsale et elle rajusta son vêtement déchiré sur son bras.

-Le jeune homme que voilà vient de décliner une de mes offres ! hurla haut et fort Antrace pour que chacun l'écoute, et personne, j'ai bien dit personne n'a le pouvoir de refuser une de mes offres. Il épousera donc ma fille demain.
La nuit commençait à tomber et Réséda avait du mal à discerner l'expression de Seven. Il se tenait là, tout droit comme un « i », fixant un point qu'elle ne voyait pas derrière une rangée d'arbres, mais les gardes la conduisirent au centre du conflit, lui extirpant un « mère nature » d'horreur.

Sarah se tenait à genoux, les mains ligotées dans le dos, un garde derrière elle lui pointant une arme sur sa tête baissée, alors que Laurise et Mélissa étaient légèrement plus loin, dans la même position. Voilà pourquoi Seven ne se défendait pas, même les mains libres, c'était ses amies qui se trouvaient en danger. En apercevant Réséda escortée pour rejoindre ses deux amies, Antrace reprit de plus belle d'une voix rauque n'ayant plus rien à voir avec l'entrain affiché de l'après midi.

-Alors voilà comment je compte m'y prendre avec vous. Une seule tentative d'évasion et c'est la mort. Un refus d'obéir à un ordre et c'est un de vos proches qui sera touché. C'est au coup de fouet qu'on fait avancer correctement une mule ! Je vais vous montrer qui est le maître. Ma fille va épouser, ou plutôt se « lier » comme vous dites avec Seven Deforges ici présent, dès demain. Mais ce dernier refuse car il a une promise. Nous allons donc supprimer son dilemme.

Réséda vit que Sarah pleurait, la tête baissée et n'osait pas regarder son homme alors que Seven cherchait visiblement à s'extraire de ce cauchemar, mais rien ne pourrait les aider. Depuis qu'elle avait été prisonnière sur le fauteuil, Réséda tentait d'invoquer son esprit. Voilà à quoi ses cris, même étouffés avaient été destinés, mais elle était encore trop novice dans leur liaison pour lui imposer de venir à elle. Les esprits avaient quitté le village et dans tous les cas, à quoi servirait une petite brise ou encore de faire pousser les herbes plus vite ? Elle entendit Laurise murmurer un « ils vont me le payer si jamais ils touchent à un seul cheveux de Sarah », phrase jugée superflue par un des gardes qui lui assena un énorme coup derrière la nuque, la faisant basculer en avant, face contre terre, évanouie. Ses deux amies voulurent l'aider d'un réflexe mais un raclement de gorge derrière elles leur fit comprendre qu'il valait mieux s'abstenir.

-Alors voilà les règles du jeu. Nous avons vu que celle à cause de qui tout arrive avait deux amies lorsque nous sommes venus la chercher, et une soeur, précisa-t-il dans un sourire odieux. Il tendit alors une de leurs armes à Seven qui refusa de la prendre.
- Allez-y, prenez ceci, mais pas de mauvais coup, si jamais il y a un tir malencontreux part, elles seront toutes tuées sur-le-champ.
Il refusa pour la seconde fois, provoquant la fureur d'Antrace qui se mit à hurler :
- Prenez ça, j'ai dit ou vous les condamnez elles, ainsi que tous les vieux de votre village.
Le jeune homme s'exécuta, les yeux brûlants de rage et d'une haine qu'il ne soupçonnait même pas pouvoir ressentir, écartant le plus possible de lui cet instrument de mort. Le contact froid du métal combiné au passé de l'arme qu'il avait vu exécuter un de ses amis dans l'après-midi l’écœurait.
-Vous allez maintenant le prendre de la sorte, comme je le fais avec le mien. Et appuyer sur la gâchette, cette petite languette là, tout en pointant le tout sur elle et il montra Sarah du doigt.
Le cœur de Seven rata plusieurs pulsations, manquant de le faire tomber.
-Non... arriva-t-il à peine à prononcer sans plus aucune maîtrise de lui.
-Ho que si !
-Non vous m'entendez ! hurla-t-il alors à son tour. Jamais, jamais je ne ferai de mal à Sarah !
-Papa... s'il te plait... s'interposa alors Déra, le regard plein de larmes et s'agrippant au bras de son père qui la repoussa si violemment qu'elle tomba à reculons sur les fesses.
-Déra, la ferme ! Tu vas l'épouser, il pourra nous être utile et j'approuve ce choix, il était celui d'une grande stratège. Mettre à sa botte quelqu'un du camp adverse était une idée de génie. Lorsque tu seras reine, il sera ton serviteur et, devant l'or que nous lui offrirons, il nous dévoilera tout sur les secrets et les richesses de ces terres. Mais il faut que tu lui fasses apprendre le respect ! Il n'en restera pas moins un être inférieur à notre race et tu dois lui ôter dès à présent toute idée de rébellion.

Alors qu'Antrace donnait quelque leçon de pouvoir à sa très chère fille, la rage de Seven avait augmenté de telle manière qu'il pointa sans réfléchir le pistolet sur le chef, et arma le barillet comme ce dernier le lui avait montré quelques secondes plus tôt.

-Holà mon garçon ! sourit presque ce dernier avant de poursuivre presque amusé. Tuez-moi et non seulement votre bien-aimée y passe, mais également ses amies et je peux vous jurer que ce sera un carnage dans le village. Les chiens ont besoin d'être nourris.
Comme pour justifier de la valeur de ses paroles, les bêtes postées vers chaque groupe de villageois redoublèrent d'agressivité, aboyant et grognant dans l'attente d'un ordre de sauter à la gorge du premier venu.
-Seveeeeeeen, hurla une maman tenant sa fille de huit ans contre elle, menacées par un chien bavant d'impatience.

Seven regardait toujours droit devant lui, les yeux brûlants et l'arme à bout de bras pointée sur la poitrine d'Antrace. Il détourna le regard vers la mère et la fille en inspirant très fort, impuissant. Il était totalement impuissant, mais son bras se baissa peu à peu pour reprendre sa place initiale, sans toutefois lâcher des yeux l'immondice devant lui.
-Voila un bon garçon ! provoqua le chef des opérations. Maintenant, tire sur elle ou alors les trois autres meurent sur-le-champ d'une balle dans la tête. Tire sur l'un d'entre nous ou ne tire pas….
Sa voix prit une note de sadisme suintant :
- et elles meurent toutes les quatre ».
-Vous êtes un monstre.
- J'imagine le dilemme qui vous tiraille. Tuer votre bien-aimée semble difficile, mais si vous ne le faites pas, ses deux amies ainsi que sa sœur y passent et je suis certain qu'elle vous ne le pardonnera pas. Nous n'allions pas choisir n'importe qui pour rivaliser contre votre amour tout de même. Mais imaginez le problème sous un angle différent, si vous tirez sur elle, vous sauvez trois vies. Il faut toujours voir le positif d'une situation.

A ces mots, Sarah releva la tête, le regard plein de larmes peu à peu effacées par les quelques gouttes de pluie venant assombrir le crépuscule naissant. Elle entendait toute la scène comme dans un cauchemar, une sorte de brouillard voilait les sons, tout paraissait flou. Peu à peu chaque murmure de la nature se faisait plus précis, elle entendait au loin les bruissements des feuilles sous le vent sans cesse plus fort, alors que les voix des humains, pourtant si proches d'elle, se déformaient au point d'en être quasiment incompréhensibles. Elle se concentra un instant et regarda sur sa gauche. Laurise gisait à terre, les mains liées derrière son dos alors que Mélissa et Réséda pleuraient à présent à chaudes larmes. La nuit lui masquait les autres Moussalards dont les gémissements étouffés semblaient couverts par les grognements d'animaux et pourtant... pourtant toujours au loin, venant de la forêt, chaque petit craquement lui parvenait de manière si distincte qu'il lui était facile de s'imaginer libre dans les bois.

-Alors ? cria un peu plus fort Antrace. Je ne vais pas attendre toute la soirée !

Sarah planta son regard embué de larme dans celui de Seven, livide et terrifié. Ses sanglots redoublèrent mais elle trouva le courage de crier, de hurler plus du plus fort qu'elle le pouvait

-Tire ! Ne les condamne pas, je ne te le pardonnerai pas. Tire !

Les « je t'aime » et les regrets n'avaient plus de place à cet instant. Si elle lui disait la moindre parole lui rappelant leur amour, il n'aurait pas la force de sauver les autres. Il n'existait aucune d'échappatoire, même dans l'urgence de la situation, elle n'avait pas réussi à trouver une porte de sortie, une quelconque esquive, rien pour les sauver. La seule et unique manière de limiter le carnage était de mettre fin à ses jours. Elle l'acceptait. Son père avait été le gardien de ce village, de ce peuple tout entier comme l'avait été avant lui son grand-père et les autres membres de sa famille. Elle le serait à son tour. Son seul et unique pouvoir se tenait là. Avoir la possibilité de se sacrifier pour la survie des siens semblait un don précieux de la nature. Les éléments semblaient ne faire qu'un avec ses pensées, plus sa détermination à affronter la situation augmentait, plus la pluie redoublait d'intensité. Lors des meetings en extérieur des hybrides, ils demandaient aux esprits d'écarter la pluie pour plus de confort, mais sans leur influence, la nature brute reprenait ses droit, se moquant totalement du froid, de l'inconfort et du mal-être qu'elle rajoutait à une situation déjà particulièrement pénible. Ce soir, les esprits ne veillaient pas sur eux et le climat se déchaînait librement, sans guide ni contrainte. L'orage se déchaînait rendant la situation encore plus pénible qu'elle ne l'était.

-Je n'ai plus de patience ! Je vais faire un petit compte à rebours et à zéro, mes hommes tireront sur les quatre demoiselles ici présentes. Dix... commença-t-il.

La main de Seven tremblait. Neuf. Son cœur battait à tout rompre. Huit. Jamais il ne pourrait faire de mal à Sarah.
-Tiiiiiiire ! hurla-t-elle de rage et de détermination, provoquant un sourire chez Antrace se délectant de la situation.
Sept. Non ! Il s'était juré de toujours faire passer son bonheur à elle avant le sien. Six. D'un coup, tout lui sembla aussi limpide que de l'eau de source. Cinq. Une option manquait dans la proposition d'Antrace. Quatre. Un sourire immense se dessina sur ses lèvres. Trois. Il se tourna vers Antrace. Deux. Releva le pistolet sur sa propre tempe.
-Votre autorité, je l'emmerde dit il aussi sûr et fier qu'il le pouvait avant de rajouter un « ta survie avant tout mon amour » et d'appuyer sur la gâchette. Le coup partit aussi soudainement que l'idée lui était venue.

-Seveeeeen ! hurla Sarah en cherchant maladroitement à se lever pour courir à lui tandis que son corps inanimé touchait violemment le sol, mais le garde derrière elle ne l'entendit pas de la même oreille. Entravée par le lien lui retenant les mains derrière le dos, elle ne put lutter lorsqu'il l'empoigna pour la maintenir vers lui. De rage ou de désespoir, elle chercha à le mordre, à se débattre, mais il la gifla avec tant de violence qu'elle retomba par terre, sonnée et désorientée. Au même moment, d'autres avaient crié un « non ! » désespéré tels que Mélissa, Réséda, certains chasseurs et même Déra, en larmes.
-Regarde ce que tu as fait avec tes méthodes ! ragea-t-elle de rancune envers son père. Tu l'a tué !

Mais pris au dépourvu et voyant sa position de chef remise en question, Antrace n'eut aucune pitié, même envers sa fille qu'il gifla de nouveau, exposant à tous sa contrariété et l'obligeant à reculer de plusieurs pas.
-Ne critique jamais mon autorité ! lui renvoya-t-il, plein de sa puissance.
Il lui fallait agir pour ne pas voir sa poigne s'affaiblir.
-Vous allez voir ce qu'il en coûte de contredire Antrace Maredan ! » proféra-t-il à l'attention de tous. Demain à la première heure du jour, ces quatre jeunes raclures seront exécutées selon les rites de Dilentra. Elles seront frappées à mort par mes gardes et jetées en pâture aux chiens. Et ne vous méprenez pas. La seule raison pour laquelle je ne les exécute pas en ce moment même, c'est que tout le village n'est pas présent et que vous ne pourrez pas voir les ecchymoses et autres blessures apparaître sur leurs petites faces de parasites tant qu'il fera nuit. En attendant, nous allons les laisser là dans les cages des poules que vous avez. Elles, ou plutôt vous ne méritez pas mieux. Vous n'êtes que des animaux ayant moins de valeur que les bêtes que vous voyez là à nos yeux. Rentrez et demain vous verrez ce qu'il en coûte de défier le grand Antrace Maredan.
Il avait parlé de plus en plus fort avec une colère hystérique imprégnant chacun de ces mots pour finir par hurler son nom si fort à la fin de sa tirade que même à travers l'obscurité naissante, il était possible de voir la rougeur violine de sa rage.

Il fit volte-face et se réfugia de nouveau dans la maison des Bouteux, sa fille sur ses basques, le suivant piteusement, sans aucune fierté. La brutalité de la scène n'avait échappé à personne et la mort de Seven ainsi que le désarroi de Sarah fendait le cœur des Moussalards. Malgré les brutalités commises par les gardes, le silence dans les rangs fut particulièrement difficile à obtenir. Bien vite, la place fut nettoyée et seules restèrent les quatre filles, mises en cage telles des gallinacés, les mains liées dans leur dos et reliées à leurs chevilles, toujours sous une pluie devenue battante. Les gardes les avaient mises dans des cages séparées et trop petites pour qu'elles puissent se tenir debout, tout juste pouvait-elles se poser à genoux et toutes recroquevillées.
Sarah ne pleurait pas, ne parlait pas, elle avait la tête baissée, comme prostrée dans un monde où nul ne pourrait l'atteindre. Son amour, celui avec qui elle avait grandi et tout partagé depuis sa plus tendre enfance, celui sans qui elle n'avait jamais pu envisager un quelconque avenir, venait de se tuer sous ses yeux pour la sauver. Elle devait rêver, tant de cruauté et de violence ne pouvaient exister en ce monde.
Depuis le coup assené par un des gardes, toute force vitale s'était enfuie d'elle. Perdue dans un coin de son esprit où elle s'était retranchée, elle aurait été incapable d'expliquer comment elle s'était retrouvée dans cette cage à poule en bambous. Sa perception du temps, de l'espace se faussait, s'évaporait au profit de toutes nouvelles sensations. Tout ce qui l'entourait lui semblait différent, loin, bien loin de la réalité qu'elle connaissait. Elle entendait un lapin sauvage gratter la terre au loin dans la forêt. Elle entendait la rivière ! C'était totalement impossible, elle se trouvait à au moins trois kilomètres du village, comment pouvait-elle entendre son ruissellement ? Et pourtant, malgré cette perception irréelle de la nature, tout semblait si vrai. Des yeux de Seven se perdant dans les siens comme une excuse au moment où il avait appuyé sur ce maudit morceau de métal, jusqu'à sa voix paniquée lui demandant de survivre, tout était vrai. Elle ne l'avait pas rêvé. Plus ses pensées ressassaient le drame, plus les bruits de son environnement s'éclaircissaient sans qu'elle ne comprenne pourquoi. Elle sentait une rage et une haine sans borne l'envahir, elle les tuerait, tous, elle les massacrerait...

Dès que les gardes s’étaient éloignés, Réséda avait essayé de lui parler mais sans succès. Le corps... mère nature, le corps de Seven avait été tiré sans ménagement par les pieds jusqu'à on ne savait où. Il n'aurait aucune fusion, aucune réunion des esprits autour de leur enfant défunt tout comme les autres morts de la journée. Une rumeur disait que certains les avaient vu creuser un immense trou à l'extérieur du village dans lequel ils les avaient tous jetés tels de vulgaires détritus. Comment pouvait-on faire ça à un mort ? Le laisser moisir dans un trou ? Réséda essaya de repousser cette pensée et de se concentrer sur l'âme de tous ceux qui les avaient quittés en cette journée de massacre. Elle imagina une cérémonie dans son esprit pour chacun de leurs amis disparus, les vit brûler sur leur dernier lit comme il aurait dû en être alors que Mélissa expliquait la situation entre deux sanglots à Laurise, enfin réveillée.
Cette dernière essaya de se débattre, de s'extirper de la cage mais rien à faire. Les sangles qui lui bloquaient les mains dans le dos lui empêchaient toute tentative d'évasion. De toute façon, même débarrassée de ces cordes, il resterait le problème de la cage.

-Laurise ça va ? s'inquiéta soudain Mélissa devant un détail qui lui avait jusqu'alors échappé. Tu saignes vers la poitrine.
-Non ça va pas, on est dans des cages à poules et nous allons être exécutées demain. Mais ce sang, c'est justement notre unique chance de sortie. J'ai ma dague entre les seins et lorsque l'autre brute m'a assommée, je suis tombée dessus, ça m'a légèrement entaillé le torse, mais c'est superficiel. Simplement, je... n'arrive... pas … à me libérer des ces maudites sangles pour pouvoir l'at...tra...per.
Ses contorsions désespérées pour accéder à son arme altéraient sa diction, mais s'avérèrent totalement infructueuses.
-Ta dague ? Mais comment as-tu pu la conserver alors que tous les chasseurs ont été dévalisés ?
-Parce que ces abrutis n'ont pas jugé utile de me fouiller parce que je suis une femme, je présume. Lorsqu'ils sont venus me chercher, je venais de m'endormir, mais j'étais si contente d'avoir enfin ma propre dague que j'ai dormi avec. Ils ont pensé que l'arc devait être à mon père... un infirme ! s'amusa-t-elle. Ils sont peut-être forts, mais stupides. Et lorsque nous étions dans la maison, juste avant qu'ils ne viennent nous chercher, je l'ai mise au seul endroit qu'ils ne trouveraient pas même en me fouillant. Bon, le seul hic, c'est que je n'avais pas prévu que j'aurais les mains dans le dos et que je ne pourrais pas m'en servir. Et Sarah ? Comment elle va ?

Mélissa se tourna vers Réséda qui tentait toujours désespérément d'attirer l'attention d'une Sarah absente. L'eau ruisselait le long de son visage sans même lui faire fermer les yeux. Elle ne bougeait pas d'un millimètre malgré la position fortement inconfortable dans laquelle elle était.

-Sarah, Sarah, s'il te plait réponds-moi, implorait sa sœur sans plus de résultat jusqu'à ce que Laurise ne s'y mette.
-Allez, Bouton d'or, réagis ! On va leur faire payer ! Tu pleureras Seven lorsque nous les aurons tous virés de chez nous. Et nous lui...
-Ne prononce pas son nom... siffla enfin la belle.
-Voilà, réagis, crie, énerve-toi un bon coup, pleure si tu en as besoin, mais je t'accorde dix minutes, la nuit s'avance et avec elle nos chances de survies diminuent. J'ai, enfin nous avons besoin de toi.

La remarque de Laurise fit tilt. Sarah avait tenté d'occulter tous ces bruits lui parvenant étrangement aux oreilles pour se concentrer sur la perte de son amour. Il était mort pour qu'elle survive. Il le lui avait demandé avant de tirer cette maudite balle alors elle ne pouvait pas le décevoir. Si elle mourrait dans cette cage, il aurait perdu la vie pour rien. Elle n'avait aucun droit de jouer avec sa mémoire, c'était son devoir de réagir et de s'en sortir, non seulement pour lui, mais également pour sa sœur, ses amies. Si elle ne trouvait pas un moyen de s'extirper d'ici, elles finiraient de la plus atroce des manières et assez de terrain avait été cédé face à ces monstres. Les Moussalards n'étaient pas un peuple de grenouilles tremblantes, ça non. A ce moment, les mots de son grand père lui revinrent en tête. Il existait un moyen de les combattre, un seul tout petit et minuscule espoir à des lieux de marche d'ici, mais il avait l'immense mérite d'exister.

-Ils vont me le payer... Je vais les faire souffrir, je vais les anéantir !
-Oui, voilà ! reprit la chasseuse. Mais avant, il nous faut sortir de cette cage à poule. Il nous faut une idée. Qu'est-ce qui pourrait trancher nos liens et les cordes nouant les bambous des cages ?
-L'esprit du feu aurait pu, mais il n'est pas là et Embrase n'a pas les moyens de l'appeler à l'heure actuelle, elle n'a même pas assisté à la scène puisque je l'ai vu emmenée dans une des maisons derrière, marmonna Réséda, cherchant une solution.
Un blanc particulièrement long s'installa, uniquement ponctué par les cliquetis de la pluie que Sarah percevait toujours plus nettement. Les gardes tournaient autour des maisons et sillonnaient le centre du village sans relâche. La moindre tentative d'un Moussalard de mettre le nez dehors ne pourrait passer inaperçue. S'il n'y avait que ces hommes, leur vigilance s'avérerait relativement facile à berner par les chasseurs, mais ces bêtes... rien ne semblait perturber leurs sens, pas même la pluie sans cesse plus drue à chaque minute.
Réséda, elle, appréciait ce déluge s'abattant sur elles. Avec cette fraîcheur, elle ne transpirait pas et l'eau lavait ses vêtements imbibés de poison après une telle journée. Mais quelle importance de toute manière ?

-Bouton d'or, je sais que tu n'as pas dormi depuis quarante-huit heures, tout comme nous d'ailleurs, mais c'est pas le moment de dormir là, il faut que tu...
Elle se tut alors que deux gardes se dirigeaient vers elles. L'un d'eux donna un violent coup de pied sur la cage de Sarah la faisant reculer de plusieurs centimètres sans qu'elle ne montre une quelconque réaction.
-La ferme ! aboya-t-il plus fort encore que ces affreux chiens comme ils les appelaient.
- Ne me forcez pas à commencer la séance de demain dès cette nuit. Je préfère avoir un public.
Puis son regard se posa plus en détail sur chacune d'elle avant de reprendre à l'adresse de son compagnon :
-Lapider de si jolis minois, c'est vraiment dommage, j'en aurais bien profité un petit bout, moi. Les femmes ne seront pas ici avant trois bons mois, le temps de faire l'aller-retour en bateau pour les prévenir que la voie est libre... ça me donne des idées. Pas toi ?
-Ho que si, en particulier celle-là, sourit-il en désignant Mélissa. J'adore son petit air timide, je me ferais un plaisir d'en faire une esclave personnelle très docile.
Laurise fulminait mais arriva de justesse à retenir sa langue. Elle détestait que quiconque ne s'en prenne à la si fragile et délicate Mélissa, cela l'avait toujours rendu hors d'elle. Elle faillit cependant perdre le contrôle lorsqu'il passa sa main pour caresser l'intéressée, mais il la retira brutalement comme ébouillanté.
- Saloperie, je me suis fais piquer par une satanée araignée ! Regarde, ça enfle déjà.

A ces mots, Mélissa poussa un cri et s'appuya contre la paroi de la cage la plus éloignée de là où était la petite bête, les yeux révulsés de terreur au point de faire marrer les gardes qui s'en allèrent pour montrer la fameuse piqûre à qui pourrait les aider. Elles purent toutefois entendre un « j'espère qu'elle se fera piquer par cette satanée bestiole aussi » alors qu'ils s'éloignaient.

Ils n'avaient pas pu apercevoir Sarah relever la tête et regarder ses compagnes de manière insistante, signe qu'une idée lui était venue. Lorsqu'ils furent hors d'atteinte, elle se tourna vers Mélissa et l'interpella.
-Mélissa, tu peux nous sortir de là. Et nous allons avoir besoin de toi aussi, Réséda.
Les trois jeunes femmes arrêtèrent de gesticuler dans tous les sens pour se tourner vers elle. Lorsque Sarah avait un plan, c'était très bon signe, surtout dans une telle position. De toute façon, aucune d'elles n'avait la moindre idée de comment se sortir de ce foutu guêpier et si elles ne tentaient rien, un mort horrible les attendrait dans quelques heures à peine.
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