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Notes d'auteur :
j'espère que l'histoire vous plait. Bonne lecture
Le cœur battant la chamade, elle décida de se poster d'un coup d'un seul devant l'ouverture de la grotte avec une petite phrase non préméditée :
-Espèces de chiens galeux, relâchez mes parents ou je vous fait bouffer vos ridicules...
-SURPRIIIIIIIIIIISE ! s'écria toute la petite bande en lui lançant un tas de feuilles mortes comme il était de coutume à Moussalin pour les fêtes en tout genre.

Quelques secondes s'écoulèrent ensuite sans que personne ne bouge d'un pouce. Laurise ne refoula même pas son dépit imbibé de désespoir ! Tout ce stress, toute cette excitation pour rien. Ses parents étaient là, tranquillement installés autour d'un plateau en bois garni de tartes maison et de quelques bouteilles. Mélissa tenait déjà la pelle à tarte, prête à distribuer d'énormes parts à chacun, souriant timidement comme à son habitude et Réséda les mains en l'air, figée dans une position ridicule se tenait à côté d'une Sarah morte de rire devant la mine déconfite du dindon de la farce.
-Si tu voyais ta tête ! arriva-t-elle tout juste à prononcer, les mains sur le ventre et les larmes aux yeux. Le sanglier te va bien. Et elle mima dans une sorte de grognement très peu ressemblant un animal furieux en train de foncer tête baissée.
-...
-Hey Laurise déride toi ! pouffa-t-elle toujours en proie à sa crise de rire, alors que les autres retenaient leur souffle en attendant que le verdict ne tombe. Ils avaient pourtant tous pensé que l'idée de Sarah était bonne sur le coup : « ah oui, elle sera déçue de ne pas voir ses parents à la fête et la surprise n'en sera que plus belle ensuite » avait commenté Réséda. Mais là tout de suite, ils commençaient à se dire que la méthode employée n'était peut être pas la bonne finalement. Évidemment, ses parents n'avaient pas été mis dans la confidence ! Ils pensaient juste qu'un petit mot lui disait de rejoindre ses amies ici pour une surprise et non pas que Sarah avait organisé leur « pseudo » enlèvement.
-C'est toi qui a organisé ça ? marmonna-t-elle entre ses dents à l'attention de la traîtresse tout en posant délicatement sa dague à terre.
-Ouais ! Pas mal hein ? Je sais que tu adores la traque alors ça me semblait une bonne idée.

A ce moment là, la petite blonde savait qu'elle était cuite. Le regard furieux de Laurise en disait long et la sentence fut immédiate. Réséda eut tout juste le temps de faire un pas en arrière pour éviter le bond de la panthère que la pauvre petite biche chercha en vain à esquiver, mais son hurlement de jeune fille faussement en détresse ne suffit pas à dissuader son assaillante. Elle l'attrapa par le cou, la forçant à se pencher en avant et lui frotta énergiquement le sommet du crâne avec ses phalanges.
L'hilarité de Sarah redoubla d'intensité malgré la douleur gagnant peu à peu son cuir chevelu. Les autres regardaient la scène sans réagir, ça n'était pas la première fois qu'une prise de bec entre ces deux-là tournait au pugilat.
-Alors ? Rien à me dire, bouton d'or ?
-Moi ? Noooooon ! arriva-t-elle à prononcer avec beaucoup de difficulté. Réponse évidemment stupide puisque la friction de Laurise redoubla d'intensité.
-Certaine ?
-Aiiiiiiiie, finit-elle par hurler.
-Un seul mot, bouton d'or, un seul.
-Désolée ! Je suis désolée.
-Désolée qui ?
-Désolée Ô grande prêtresse de la chasse que jamais personne n'égalera.

C'est précisément ce moment que Seven choisit pour arriver, essoufflé comme un vieillard de cent dix ans.
-Elle... elle arrive ! expira-t-il en posant ses mains sur ses genoux, la tête baissée pour tenter de se reprendre un peu.
Tous les acteurs de la scène se figèrent un instant avant d'éclater de rire à gorge déployée. Laurise relâcha sa prise, laissant Sarah s'écrouler au sol sans ménagement. Le début de la seconde partie de soirée était lancé. Mélissa avait cuisiné tout l'après midi pour préparer les tartes et autres gâteaux préférés de la reine de la soirée et Réséda s'était occupée d'apporter le matériel nécessaire dans cette grotte. Enfin, Seven avait aidé le père de Laurise à monter sur son cheval et pour se rendre ici durant le repas, d'où son absence constatée par Laurise. Il avait dû d'ailleurs laisser le canasson à quelques pas de là devant un sentier trop abrupt et porter le père de la chasseuse sur son dos pour cette courte distance, avant de revenir à la fête, juste à temps pour le dessert.
Ils n'avaient pas mangé grand chose lors du banquet, trop excités par leur complot. Du coup, aucune chance de survivre ne fut accordée aux tartes et l'adresse de Mélissa en cuisine ne fut pas démentie ce soir-là. Les parents de Laurise débouchèrent deux très bonnes bouteilles d'alcool de rose qu'ils gardaient précieusement pour cette occasion. Elles accompagnèrent à merveille les conversations animées autour des exploits de la jeune égérie de la soirée, mais également les projets militants de Sarah comme son rendez-vous du lendemain devant le conseil du village. Évidemment, un moment de silence fut accordé pour les disparus en mer. En effet, trois jours avant le départ de Laurise, un bateau de pêcheur n'était pas rentré au port comme il aurait dû. De mémoire de Moussalards, c'était bien la première fois qu'un tel drame arrivait. Les bateaux construits à Flomail étaient de petites embarcations tout justes bonnes pour pêcher le long de la côte. Jamais aucun accident de ce type n'avait eu lieu. Aucun débris, aucun corps n'avait refait surface. Il était donc normal que le petit groupe ait une pensée pour ces marins et leurs familles dans un moment tel que celui-ci. Il était coutume chez les hybrides et les affranchis d'avoir une pensée pour les absents au cours des fêtes et célébrations du village pour montrer que profiter de l'instant présent ne signifiait pas l'oubli de leurs compagnons.
Le bonheur d'être ensemble illumina ensuite la petite grotte jusqu'à quatre heures du matin où l'alcool, même pris en faible quantité, exacerba les effets de la fatigue. A cette heure-là, Seven donnait la becquée à son poussin confortablement installé sur ses genoux pendant que Laurise attisait le feu à l'extérieur de la grotte.
-Sev, désolé de te déranger mon garçon, mais sans ma chaise... pourrais-tu me conduire à Laurise s'il te plaît ?

Le jeune homme s'exécuta sur-le-champ, déposant un baiser sur le front de sa belle alors que la mère de Laurise, toute fière qu'elle était, suivait le mouvement un peu comme dans un brouillard. Les journées de la liée d'un infirme n'étaient pas de tout repos...

-Tu va bien ma fille ? lui demanda fièrement son père tout en remerciant Seven du regard alors qu'il s'éclipsait.
Elle lui répondit d'un sourire et regarda tendrement sa mère s'asseoir auprès du feu.
-Pourquoi cette grotte, papa ?
-Tu ne t'en souviens donc pas ?
-Si... Évidemment. La première fois que nous sommes partis à la chasse, toi et moi, tu m'as emmenée ici pour que nous y passions la nuit. Nous n'étions qu'à trente minutes de la maison, mais pour moi, à six ans, c'était une véritable expédition.
-J'étais si fier.
La vie nocturne ponctuait chacune de leurs phrases. Le père et la fille, complices depuis toujours, se contentaient d'un minimum de mots. Les sentiments se transmettaient aussi bien à l'aide de sourires et de regards appuyés.
-Je le suis toujours d'ailleurs, insista-t-il lourdement.
-J'ai cru que tu désapprouverais à cause de...
-De mon accident ?
-...
-Un accident est un accident, Laurise. J'aurais pu passer sous une meule d'un moulin si j'avais été meunier ou mourir d'un accident domestique stupide si j'étais resté à la maison. La chasse n'a rien à voir avec tout cela. Je vois bien que tu es plus heureuse depuis que tu suis ta formation. Il marqua une courte pause avant de reprendre : tu as toujours été épanouie dans les bois aussi loin que je m'en souvienne. Et pourtant... je te sens soucieuse ce soir ? Quelque chose ne va pas ?
-Non papa, tout va très bien. Je suis juste épuisée après cette semaine de chasse. J'ai tout donné ; tu sais.
Il lui sourit tendrement, sachant pertinemment qu'elle lui mentait, mais il respecta sa réserve. Chacun avait droit à son jardin secret.
-Laurise, il faut que ta mère et moi te parlions très sérieusement demain.
-Ah ? De quoi ?
-Demain, tu veux bien. Ta mère s'est déjà endormie et elle voulait être là lorsqu'on en parlerait. Et puis, je ne sais pas trop comment te l'annoncer alors je vais attendre d'avoir un peu moins d'alcool de rose dans les veines pour utiliser les bons termes.
-Tout ce foin pour me dire que j'ai été adoptée ! Tu n'en fais pas trop, là ?
Il tourna la tête vers elle les yeux exorbités.
-Tu... tu savais ?
-Papa, je fais vingt centimètres de plus que maman et la même taille que toi. Rien dans mon visage ou même mes cheveux ne donne un quelconque indice d'appartenir à cette famille. Jamais maman n'a parlé des nuits blanches que je lui aurais fait passer lorsque j'étais bébé et... et surtout je vous ai entendus en discuter un soir, voilà trois ans maintenant, lorsque j'ai commencé mon apprentissage.
-Nous... nous voulions attendre que tu sois en âge de comprendre et...
-Ca va papa, du calme. J'ai digéré depuis le temps.

Il se passa dix bonnes minutes avant que l'un d'entre ne reprenne la parole. Les yeux du père et de la fille se perdaient dans le vague encore trop obscur pour distinguer quoi que ce soit. Un crépitement plus fort que les autre les fit sortir de leurs songes.

-On en reparle demain, tu veux bien ?
-Y'a rien à dire.
-Laurise, nous ne savons pas d'où tu viens véritablement. Tu n'es pas de Moussalin, ni même des environs.
-Et alors ? Même si je venais de Tendrons (le village le plus proche de la grande barrière) cela ne changerait rien. Vous êtes mes parents et ça me suffit.
En réalité, c'était loin de lui suffire, elle savait qu'elle n'avait jamais été à sa place ici sans jamais comprendre pourquoi. Mais la discussion qu'elle avait surprise quelques années plus tôt lui avait ôté tout espoir d'apprendre quoi que ce soit de neuf. Ses parents n'en savaient pas plus qu'elle et l'idée d'avoir une conversation sérieuse avec eux sur ce sujet ne l'inspirait pas le moins du monde. Cela n'aurait pour effet que de souligner un peu plus qu'elle n'était pas à sa place ici.
-Nous en parlerons demain, conclut-il avant de faire un signe à Sev qui attendait dans les bras de sa dulcinée alors que Réséda et Mélissa débattaient avec enthousiasme sur les capacités des hybrides nouvellement réveillés au village. Le jeune bûcheron se leva avec sa promise dans les bras avant de lui déposer un baiser sur le front et d'aller réveiller la mère de Laurise, profondément endormie depuis une bonne demie-heure.

Seven fit basculer l'ex-chasseur sur son dos avant de redescendre doucement, suivi de la mère de Laurise hors d'elle-même. C'était à peine si elle avait déposé un baiser sur la joue de sa fille et fait un signe de main à ses amis avant d'emboîter le pas de Seven.
De nouveau seules, les filles s'installèrent confortablement autour du feu pour contrer la fraîcheur de l'aube. Les commentaires sur la soirée tinrent une bonne partie de la nuit. Il allait sans dire que les frustres tentatives de Tracand pour séduire Sarah et inviter Rose à danser les firent sourire après coup. Tracand avait le don de toujours viser la fille qui serait la plus inaccessible pour lui. Rose ne regarderait pas un pisteur, elle voulait le chef de la meute, pas celui qui arrive à interpréter mieux que personne les traces laissées dans le sol. Il n'avait aucune chance face à Valone, seul à surpasser Laurise lorsqu'il ne prenait pas sous son aile deux ou trois apprentis. Mais comble de l'ironie, Valone lui, ne semblait s'intéresser à personne en particulier. Toutes les fleurs du village lui paraissaient bonnes à butiner et à jeter ensuite. Même la douce et délicate Rose s'était fait avoir et désespérait encore d'attirer son attention de manière plus durable. Autant dire que ses chances étaient encore plus faibles que celles de voir le soleil faire la grasse matinée !
Les relations amoureuses de Moussalin ne différaient pas des autres villages, elles étaient compliquées, impossibles et enrageantes la plupart du temps, mais elles restaient le sujet de prédilection du petit groupe.

Les couleurs de l'horizon commençaient à s'éclaircir lorsque Réséda sursauta en prononçant un « hein ? » à voix haute comme apeurée. Trois têtes se tournèrent vers elle, le regard surpris et attendant qu'elle ne s'explique, provoquant un rougissement tête basse de la jeune vénéneuse, signe de fin d'une discussion n'ayant même pas commencé. Il était rare de voir Réséda rougir. Elle portait constamment un voile sur les cheveux et sur le visage, ne laissant paraître que son regard. Mais lorsqu'elles étaient toutes les quatre, elle s'autorisait à laisser pendre son cache sourire, comme l'appelait sa sœur, sur le côté de son visage. Sarah comprit ce dont il retournait et changea de sujet de conversation pour détourner l'attention.
-Maintenant que nous sommes entre nous, qu'est-ce qui ne va pas Laurise ?
La chasseuse sourit de manière entendue. Elle pouvait donner le change à bien des personnes, ses parents y compris, mais pas à ses amies. Une telle lucidité sur ses états d'âme appelait une réponse franche. Mais le temps qu'elle ne cherche ses mots pour expliquer son ressenti, Mélissa prit la parole.
-C'est une histoire de cœur ? Tu as eu des soucis avec un chasseur ?
-Non ! Mais non enfin ! s'insurgea-t-elle avant de reprendre d'un air un peu agacé : j'en sais rien. J'ai un mauvais pressentiment. Comme si... je n'étais pas à ma place.
Cette remarque poussa Sarah hors de ses gonds.
-Tu exagères, Laurise. Il faudrait peut-être que tu apprennes à te contenter de ce que tu as. Combien d'années nous avons supporté tes jérémiades comme quoi ta place n'était pas à Moussalin, que jamais tu ne trouverais ta voix parce que tu n'es pas une hybride... et maintenant que tu es une chasseuse ça recommence ? Tu fais partie de la confrérie et avoue que la traque, tu adores ça. Y'a qu'à voir l'entrain que tu as mis à semer mon Sev ! Le pauvre... se moqua-t-elle avec affection.
- Non Sarah, c'est... différent, je ne sais pas comment te l'expliquer. Comme si j'étais attirée par quelque chose d'autre, comme un appel qui s'intensifie. Et plus je l'ignore, plus je le ressens.
- Moi aussi.

Ces deux petits mots tout justes murmurés par Réséda mirent instantanément fin à la discussion. Il était tellement rare qu'elle ne prenne part ainsi à une conversation que le moindre de ses mots était écouté avec attention. Le lever du soleil, au loin derrière la Butte de la Passe, accompagnait timidement le silence. Il apparaissait doucement après son annonce par les premières lueurs du jour, sur des pas de velours pour ne pas freiner Réséda dans son élan, il en fallait peu pour perturber la jeune femme et les astres le savaient.
-J'entends des voix depuis quelques temps...
-Et bah c'est pas trop tôt ! s'exclama Sarah qui n'en pouvait plus de garder ce secret.
-J'entends une voix plus précisément. Elle me murmure des choses. Au début je ne comprenais rien, mais tout semble se préciser, s'éclaircir. D'un simple murmure, la voix s'est muée en rire ou même en phrase pour me contredire sur certains de mes choix.
-Tu aurais un autre don d'hybride Réséda ? s'étonna Mélissa alors que Laurise prenait une expression amère.
-Ou alors elle est barge ! A force de ne pas avoir de contact humain, elle s'est inventé un petit ami imaginaire.
-Quel tact Laurise ! la réprimanda Mélissa.
-Non mais c'est vrai ! Arrête ! Elle est déjà une hybride et il faudrait qu'en plus elle puisse communiquer avec un esprit. Et puis quoi encore ? C'est dégueulasse, pourquoi je ne peux pas moi ?
-Je te donne mon don sans hésiter ! s'exclamèrent Mélissa et Réséda en chœur.

Cette réponse collégiale fit sourire la tumultueuse jeune femme et la radoucit un peu. Jamais personne ne semblait totalement satisfait de sa vie. A l'exception de Sarah peut-être, ravie de ne pas avoir hérité du don familial, en dépit des railleries constantes des jeunes de son âge. Laurise, elle, enrageait de faire partie des affranchis, de ne pas avoir de but dans l'existence, une voie toute tracée définie dès la naissance qui dirait précisément aux yeux de tous qui elle est. Mais devant le déni de ses camarades, elle se rendait compte de son égoïsme. Se sentir seule et mal dans sa peau ne justifiait pas le fait d'occulter les problèmes des autres, surtout de Réséda. Quoi que ce serait pratique pour la chasse, il lui suffirait de toucher un animal pour qu'il meure... non, après réflexion, ce serait inutile puisque personne ne pourrait le manger et tuer un animal pour le plaisir la révulsait, elle et ses confrères.
-Et de quel esprit provient-elle ? finit-elle donc par accepter.
-Je ne sais pas. Je l'entends depuis quelques temps, six mois peut-être.
- Six mois ! répétèrent en chœur Laurise et Mélissa.
-On était pas bien sûres, justifia Sarah.

Les deux sœurs partageaient tout évidemment et Sarah avait été au courant du phénomène dès les premiers murmures entendus par Réséda. Elles avaient cependant convenu de passer la nouvelle sous silence avant d'en savoir plus. Même si la communauté accueillait la jeune femme en dépit du danger qu'elle représentait, un nouveau don serait certainement assimilé à quelque chose de mauvais venant de la « petite vénéneuse » comme on la surnommait dans le village. Mieux valait avoir toutes les cartes en main pour affronter la tempête. De mémoire d'homme, aucun hybride n'avait eu deux dons jusqu'à présent. Sarah s'était évidemment posé la même question que Laurise, peut-être que sa sœur avait bel et bien besoin d'un compagnon, même imaginaire. Mais très vite, ses soupçons s'étaient évaporés en voyant les doutes engendrés par le phénomène chez sa sœur. Cette voix ne lui disait pas que des choses positives, bien au contraire puisqu'elle se moquait d'elle à chaque faux pas et ne se manifestait que pour la contredire, même si ces railleries n'étaient jamais méchantes à proprement parler. La voix se manifestait plutôt dans les moments de doutes, sans pour autant aller systématiquement dans son sens. Mais lorsque l'on s'imagine un ami comme la petite Lys, leur voisine de quatre ans, il est là pour nous tenir compagnie et nous soutenir dans les moments difficiles, pas pour nous mettre des doutes et des angoisses.

-Et l'esprit ne s'est pas identifié jusqu'à présent ? Mélissa cherchait toujours à connaître les tenants et les aboutissants d'un phénomène.
-Non, toujours pas. J'espère que je n'invente rien déjà, marmonna Réséda.
-Mais non ma belle !
Sarah lui passa une main dans le dos pour lui frotter les reins en signe de réconfort, mais la jeune femme s'écarta violemment en criant :
-Sarah tu es inconsciente ou quoi ?
-Arrête, ça ne craint rien, tu as trois épaisseurs au moins et il ne fait pas assez chaud pour que ta transpiration les traverse alors calme-toi !
-Tu sais parfaitement qu'un simple trou suffirait à te tuer. Tu veux que j'aie ta mort sur la conscience ?
-Du calme, Réséda assied-toi et calme-toi.
-Non, c'est bon, je suis fatiguée, j'ai envie de rentrer à la maison.
-Allez ! Tu ne peux pas me faire ça le jour de mon intronisation dans la confrérie des chasseurs ! Reste avec nous, nous irons prendre le petit déjeuner aux Cuisines.
-Désolée Laurise, je suis vannée, il est près de 6h du matin tu sais... et j'ai les élèves à 10h. De plus, je dois aller voir notre voisin cet après midi, il faut qu'il me parle de la période des hivers et je sens que si je manque de sommeil, je vais lutter pour rester éveiller.
-Accordé, capitula la reine de la fête, repose-toi bien. On se voit ce soir ?
-Oui, rentrez bien toutes les trois, à plus tard.

Comme d'habitude, les embrassades furent remplacées par leur signe de main et Réséda débuta la descente des chiras le plus prudemment du monde. Les filles la regardèrent s'éloigner dans les premières lueurs du jour et ne reprirent leurs échanges qu'après avoir vu la petite silhouette se confondre totalement dans l'immense masse verte au pied des pierres. Elles discutèrent de tout et de rien, de frivolités surtout ; se chamaillant comme à leur habitude pour avoir les dernières gorgées de l'alcool de Rose. On accordait ce privilège de manière aléatoire, soit à la plus convaincante, soit à la plus adroite (celle qui lancerait une pierre dans un cercle dessiné au sol à cinq mètres, chose difficile à réaliser en fin de soirée et lorsqu'il ne reste plus qu'un fond dans la bouteille), ou enfin à la plus chanceuse, le hasard du jeu de la plume (on fait tomber un plume et gagne celle qui est le plus près lorsqu'elle retombe). En général, Réséda gagnait toujours au jeu de hasard, Sarah se montrait régulièrement la plus convaincante et Laurise la plus adroite, ce qui empêchait systématiquement Mélissa d'avoir le privilège de finir une bouteille.

Réséda avait choisi le chemin le plus long pour rentrer chez elle. De toute manière, leurs parents étaient en déplacement, voilà ce que c'était d'avoir été recueillie par le Lien. Il s'absentait constamment pour le travail et son épouse le suivait depuis que les filles étaient capables de rester seules. Les autres villages faisaient régulièrement appel à ses services pour des problèmes de négociation houleuses entre un esprit et son hybride, ou pour les bilans annuels de récolte, histoire de voir quelles pourraient être les prévisions de l'année prochaine en fonction des besoins de la nature et des humains. Elle n'aurait donc aucune épaule sur laquelle décharger ses doutes. Ses amies et sa sœur étaient toujours là pour elle, mais certains chagrins n'étaient pas faits pour être partagés avec tout le monde, y compris sa sœur.
Au cours de sa longue promenade, les chants nocturnes des hiboux avaient cédé la place à ceux des grillons et aux piaillements des rossignols. La rosée du matin chargeait l'air d'une odeur fraîche et elle frissonna malgré ses trois épaisseurs, certes légères, de vêtements. Son esprit n'arrêtait pas de repasser la dernière phrase qu'elle avait entendue de l'esprit qui la tourmentait. « Isole-toi » lui avait-il ordonné. Contrairement aux autres fois, la voix n'avait rien de serein. Un accent d'urgence accompagnait ses deux simples mots, les rendant impératifs et incontournables. Elle avait donc décidé de s'y plier à la première occasion, sans trop savoir pourquoi. C'est justement à cet instant que la voix se manifesta de nouveau.
-Désolé, la chaleur n'est pas assez importante pour que je te réchauffe en soufflant.
-Qui êtes-vous ? demanda-t-elle tout en stoppant son vagabondage.
-Es-tu prête à le savoir ?
-Cette question, il fallait vous la poser avant de venir me parler ! Il est trop tard maintenant pour vous demander si je suis prête ou non.
-Certes, entendit-elle juste au creux de son oreille avant qu'un silence ne s'installe de nouveau.
-Alors ? s'impatienta-t-elle.
-Je suis l'esprit de l'air.
-Menteur !
-Je m'attendais à diverses réactions, mais pas celle-là.
-L'esprit de l'air communique avec la petite Aurore, nous l'avons détecté il y a un an, lors de son second anniversaire. Et tout le monde sait parfaitement qu'un esprit des éléments ne peut pas avoir deux interlocuteurs dans un même village. A moins que le premier ne soit... Mère nature ! Est-il arrivé quelque chose à Aurore ?
-Non, rassure-toi, il ne lui est rien arrivé, elle va très bien et ne va pas tarder à se réveiller d'ailleurs, elle n'a jamais aimé traîner au lit au grand drame de sa mère.
-Mais alors que se passe-t-il ? Pourquoi me parlez-vous ? Ou plutôt, pourquoi ne parlez-vous pas à tout le monde s'il vous est possible d'avoir plusieurs interlocuteurs dans un village ?
-Je t'arrête tout de suite. J'aime ma tranquillité. Entendre tous ces gens babiller parce qu'il leur faut plus de pluie sur leurs tomates ou un peu moins de vent parce qu'ils ont prévu un pique-nique tel jour ne serait pas franchement envisageable.
-Et donc, pourquoi moi en plus d'Aurore ?
-Il se passe des choses, Réséda, et j'ai besoin d'une interlocutrice capable d'avoir une conversation, et de l'expliquer à votre conseil.
-Le Lien ou un hybride dans un autre village ne pourrait pas faire l'affaire pour cela ? s'étonna-t-elle. Le système a toujours parfaitement fonctionné alors pourquoi maintenant ? Quel événement peut justifier un tel revirement de situation ?
Un blanc s'installa et l'air reprit d'un ton ennuyé.
-Je ne peux pas tout te révéler pour le moment. Mais l'hybride de Flomail qui dialogue avec moi n'a pas voulu entendre raison. Notre collaboration s'est mal passée depuis le début. Votre village est le second qui sera visé. Il faut agir vite.
Réséda ne répondit pas et reprit sa marche comme si de rien était. Il était gonflé, tout de même. D'abord il se permettait de lui imposer une mission venue d'on ne sait où, et ensuite il lui masquait volontairement la vérité. Pour qui la prenait-il ? De quel droit venait-il s'immiscer dans sa vie comme ça, d'un jour à l'autre ? Plus elle pensait à tout ce qui lui arrivait, plus son pas s'accélérait. Jusqu'à présent, elle ne s'était pas autorisée à penser ce qu'impliquerait d'être une hybride pour la seconde fois. Mais là, les idées s'engouffraient dans son esprit comme le vent dans le gouffre de Palombière.
-Tu es fâchée ? entendit-elle du néant.
-Trois fois rien.
-Pourquoi ?
-A ton avis ! Ces mots lui étaient sortis hauts et clairs sans qu'elle ne contrôle quoi que ce soit. Elle se reprit aussi tôt en s'excusant. Je... Enfin je ne dois peut-être pas m'adresser à vous en vous tutoyant ?
Devant ces hésitations la voix se mit à rire si fort que des corbeaux à l'assaut d'un pauvre cerisier s'envolèrent dans la plus pure anarchie. Si les autres humains n'arrivaient pas à entendre les esprits, les animaux ne semblaient pas doté de la même surdité.
-Je vous fais rire maintenant ! Elle est bonne celle-là ! Le reste de sa phrase fut inaudible et pourtant lourd de sens.
-L'instant d'avant tu m'en voulais et maintenant tu t'excuses sans même avoir eu de réponse à ta question. Tu peux me tutoyer, il n'y a pas de norme dans une relation entre un hybride et son esprit.
-ah.
-D'autres choses que tu voudrais savoir avant que nous entamions un sujet plus sérieux ? Mais je te préviens, le temps presse et je t'accorde cinq minutes.
Elle réfléchit un instant, le plus sérieusement du monde comme à son habitude.
-Pourquoi moi et pas une affranchie comme Laurise ? Elle n'attend que ça.
-Je t'ai déjà dis que ça, je ne pouvais te le révéler. Un peu de patience. Mais pour l'instant, nous avons un problème plus grave à régler. Et vite. Alors écoute-moi bien.


A 7h30 du matin, les trois amies attendaient devant les Cuisines pour prendre leur petit déjeuner. A Moussalin, comme dans les autres villages d'ailleurs, tout était basé sur le système communautaire. Les Cuisines se situaient généralement au centre du village pour faciliter l'accès à tout un chacun. Les agriculteurs venaient y apporter les produits nécessaires à la fournée du matin vers 4h et passaient le relais aux cuisiniers pour faire cuire le pain et les gourmandises avant que les villageois n'arrivent. Ensuite, chacun se servait, chauffait ce dont il avait besoin et nettoyait sa vaisselle avant de repartir. La salle était immense, mais comme tous les autres bâtiments, sa structure en bois lui permettait d'être raisonnablement sonore.
Aujourd'hui, l'ouverture s'était légèrement décalée en raison des festivités de la veille. Certains villageois n'étaient même pas rentrés dormir, dansant comme des fous toute la nuit et attendaient avec impatience de pouvoir grignoter un petit déjeuner. Laurise chercha ses compagnons du regard, mais aucune trace des chasseurs ne vint entacher le début de journée. Les plus jeunes d'entre eux s'étaient probablement enivrés dès le début de la soirée et décuvaient quelque part à l'abri des odeurs de nourritures qui leur chatouilleraient le fond de l'estomac déjà bien vaseux, alors que les plus vieux avaient dû rejoindre leurs compagnes pour fêter leur retour d'une toute autre manière.

L'attente devant les grandes portes en bois sculpté n'en fut pas moins de la torture. Les énormes fours à l'extérieur de la salle avaient la fâcheuse habitude de diffuser les odeurs de bon pain chaud des centaines de mètres à la ronde. Les trois jeunes femmes trépignaient d'impatience, cherchant à dissimuler leurs gargouillis du mieux qu'elles le pouvaient devant les quelques lève-tôt ou couche-tard de cette heure matinale. En temps normal, la queue s'étirait jusqu'aux étals du vieux Tomine, mais un lendemain de fête, seule une poignée de Moussalards se délectait des effluves de la Cuisine.
Ce ne fut donc pas étonnant de voir Laurise se jeter sur les pains aux fèves et graines de sésame, de telle manière qu'on ne l'entendit pas durant tout le repas alors que Mélissa aidait Sarah à préparer son entretien devant le conseil du village qui aurait lieu d'ici une heure. La jeune femme commençait à regretter sa nuit blanche, les arguments ne lui venaient pas aussi naturellement qu'elle l'aurait voulu et les enjeux étaient grands. Réséda aurait dû assurer le plaidoyer, après tout, c'était surtout elle qui avait besoin de faire passer son travail par écrit. Mais il fallait avouer que le talent naturel de la jeune femme pour parler en public avait fait de sa sœur son porte-parole officiel. Réséda avaient d'autres qualités comme celles de l'écoute. Son travail d'historienne du village avait fait d'elle la gardienne de la mémoire de Moussalin. Les personnes âgées la conviaient chaque jour à boire le thé ou prendre un petit café. Il allait sans dire qu'elle amenait son thé, son café et sa tasse. Mais elle était vraiment appréciée pour son oreille attentive et souvent le recueil de la mémoire se transformait en l'épanchement des problèmes et des regrets des personnes. Elle avait aussi un autre don faisant d'elle une véritable clé de la vie du village. Bien souvent, elle avait accompagné ces personnes lors de leur passage dans l'au-delà, leur caressant tendrement la main à leur demande pour abréger leur souffrance. Elle avait le don pour que les mourants poussent leur dernier soupir un sourire aux lèvres. Mais si Réséda détenait le secret du dialogue en petit comité, elle n'avait aucun talent lorsque son auditoire s'élargissait au-delà de trois personnes.
Voilà pourquoi Sarah s'était portée volontaire pour défendre ce sujet qui lui tenait tant à cœur également. Heureusement Gentiane, la papetière, serait là pour la seconder, mais ses implications au niveau commercial n'en faisaient pas une oratrice crédible. Les enjeux étaient les suivants : d'après une légende remontant à des siècles en arrière, le Père des Pères avait demandé au Lien de diminuer la production de papier. La forêt reculait face à la demande sans cesse croissante des hommes et ils conclurent un accord. Un seul moulin de taille réduite devait être en activité dans chaque village. Il serait exclusivement tenu par un ou une hybride pouvant dialoguer avec l'esprit des sapins, seul conifère utilisé pour le papier en raison de son nombre et de sa qualité médiocre pour les constructions des maisons. La production dut être fortement diminuée. Si bien que l'écrit ne fut utilisé que dans des cas très précis, comme certaines correspondances entre les conseils des villages, quelques lois et d'autres cas particuliers. L'histoire ne se transmit plus qu'à l'oral, et rien ne fut plus consigné à l'écrit.

Le petit-déjeuner fini, Laurise rentra chez elle, épuisée par le trop plein d'émotions de la soirée ainsi que la nuit blanche alors que Mélissa et Sarah se galvanisaient mutuellement pour attaquer leurs journées de travail respectives. Il n'y avait pas idée de travailler un lendemain de fête, mais leurs deux professions ne laissaient aucune place aux jours où tout le monde chômait. En effet, Mélissa attaquait son service aux Cuisines pour préparer les repas de midi et Sarah devrait retourner à l'officine après son passage devant le conseil. Pour son plus grand bonheur, son travail au milieu des plantes médicinales lui permettait d'accéder aux plants de Cérestin, parfait pour booster le corps l'espace de quelques heures.
Lorsqu'elle arriva devant les portes du conseil, Sarah ne put s'empêcher de sourire en voyant Gentiane sautiller d'un pied sur l'autre en répétant son discours.
-Salut ! l'interpella-t-elle. Alors, stressée ?
-M'en parle pas. Je suis certaine qu'ils vont refuser comme la dernière fois et c'est notre ultime chance de les convaincre...
-Mais t'en fais pas, lui assura la blondinette. J'suis prête, je vais casser la baraque.
-Vu tes cernes, je doute dont ton efficacité, ma grande.
-J'assume. Tu vas voir.

Pourtant, la belle assurance de la jeune femme fléchit légèrement lorsqu'elle se trouva devant les quatre hybrides et les quatre affranchis du conseil. En temps normal, le père de Sarah présidait l'assemblée, mais ses rapports familiaux avec la plaignante n'avaient pas fait de son absence de Moussalin un obstacle. A peine en place face aux seize yeux qui la scrutaient, elle comprit qu'au moins les deux-tiers d'entre eux lui en voulaient d'avoir convoqué un conseil le lendemain du retour des chasseurs. Le point positif était qu'elle les avait tous vus à la soirée d'hier et qu'ils ne devaient pas être plus frais qu'elle. En particulier Chène et Eglantia. Respectivement hybrides de la forêt et des Plantes, ils étaient liés depuis plus de trente ans maintenant et leur sens de la fête était légendaire dans Moussalin.

-Alors petite, nous t'écoutons, mais fais vite, commença Encelme, un affranchi affecté au tissage de Moussalin.
Ça commençait bien !

Sarah se racla nerveusement la gorge, mais elle eut la présence d'esprit de saisir Gentiane par le bras pour qu'elle arrête de se balancer d'un pied à l'autre comme une gamine ayant bu trop de jus d'orange.
-Je voulais....
Les portes s'ouvrirent dans un fracas immense faisant sursauter non seulement les membres du conseils, mais provoquant un brouhaha d'indignation dans l'assemblée assistant au débat. Interrompre de la sorte un plaidoyer était purement et simplement inadmissible. Mais les murmures redoublèrent de plus belle en voyant la jeune Réséda à bout de souffle et son voile pendant sur le côté de son visage, fait suffisant pour impressionner beaucoup de villageois dont la plupart n'avait jamais pu contempler les traits de la jeune femme.
-Réséda ! s'exclama une Sarah effrayée par l'intrusion de sa sœur.

Elle avait immédiatement compris qu'un événement grave venait d'arriver. Rien d'autre n'aurait pu motiver un tel comportement chez sa sœur.
-Jeune fille, s'indigna Eglantia en se levant pour contourner la table du conseil. Veuillez vous excuser d'avoir interrompu ainsi le conseil et vous retirer dignement. Si vous avez une requête à faire, suivez le...
-Pas le temps, Madame, l'interrompit-elle en reprenant son souffle. Pas le temps pour tout ça, un drame arrive, il faut agir et vite.
Tout le monde sur Moussalin connaissait Réséda, peut-être pas aussi bien que sa sœur, Sarah, mais l'urgence transpirant de sa voix les cloua sur place. Peut-être avait-elle raison. Peut-être qu'un drame arrivait réellement. Elle décida donc de prendre sur elle, d'oublier tous ces regards braqués sur sa personne et de saisir le silence pour aller droit au but.
-Il faut s'organiser. Des étrangers arrivent. Ils arrivent avec plusieurs bateaux, ils ne viennent pas en amis mais pour piller nos ressources.
-Attendez une seconde et calmez-vous, reprit Chène. Qui donc arrive ?
-Des étrangers.
-Et qui sont-ils ?
Devant la simplicité de cette question, elle s'interrompit une seconde. Évidemment, l'esprit de l'air lui avait tout expliqué à elle, il avait pris le temps d'aller dans les détails, mais alors même qu'ils parlaient, il avait vu l'évolution de la situation et maintenant le mot d'ordre était : l'urgence.
-Les personnes vivant sur les autres continents de notre terre !
-Hum. Divagations. Cette petite est empreinte d'une forte fièvre à en juger par son visage. Ils n'existe pas d'autre continent, railla Ancelme, tout le monde le sait bien.
-Non ! Non, nous nous trompions depuis des siècles ! Nous avons oublié d'où nous venons, je n'ai pas... enfin nous n'avons pas le temps de nous appesantir sur notre passé. Les faits sont là. Des bateaux ont débarqué à Flomail et nous ne pouvons pas nous défendre.
-Une minute, jeune femme. Si nous écartons une seule seconde l'hypothèse lancée par Ancelme, et j'avoue penser qu'il a raison. D'où tenez-vous cette nouvelle lubie ?
-Mais enfin ! Écoutez-moi au lieu de me juger bêtement s'emporta-t-elle. Ils arrivent. Vraiment. Il faut partir du village, aller aider Flomail et nous préparer. Il faut évacuer les femmes et les enfants dans les montagnes du Nord, il faut...
-Il suffit !

La voix de Chène surpassa toutes les autres, instaurant un silence de mort dans la salle. Sarah assistait à l'échange, incrédule. Elle était épuisée et ne comprenait pas un traître mot de l'histoire.

- On vous a posé une question, Réséda.
Sans hésiter, la jeune hybride répondit allant droit au but.
-L'esprit de l'air. Il a vu les bateaux.
-Une minute ! Réséda, comment pouvez-vous parler à l'esprit de l'air ? Aurore en est l'hybride dans notre village et vous être l'hybride de... enfin vous savez ! Ce que vous dites est impossible. Vous allez respirer un bon coup et nous allons vous conduire aux soins. Ne vous en faites pas. Tout va bien se passer.
-Non ! hurla-t-elle un peu plus fort. Je ne divague pas. Je lui parle. Ne perdez pas de temps, je peux l'entendre, il a vu. Il est là et...

La jeune femme s'arrêta brutalement, le visage plus blême qu'à son habitude... à son oreille, l'esprit nouvellement révélé à ses sens avait murmuré un « trop tard ».
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