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Notes d'auteur :
C'est assez descriptif. l'action va bientôt arriver.
18 siècles plus tard...

- … Et un jour les esprits de la nature décidèrent de sauver les hommes. Ils offrirent à certains humains la possibilité de communiquer avec eux en créant ainsi une nouvelle race : « les hybrides ». Ces derniers...
- Mais de quoi l'humanité avait-elle besoin d'être sauvée grand-père ? C'est ce que je n'ai jamais compris dans cette histoire !
-Elle avait besoin d'être sauvée d'elle même Sarah ! soupira le vieil homme. Ces derniers, reprit-il avec insistance pour la faire taire, ont chacun une fonction bien définie dans la société. Les esprits avaient tout d'abord envisagé de donner ce pouvoir à un seul individu qu'ils appelèrent Le Lien. Mais très vite, ils se rendirent compte que cette responsabilité était bien trop lourde pour un seul homme. Entendre toutes les voix des esprits de la nature à la fois, traiter avec eux et les hommes pour que les deux formes de vie coexistent, semblait le plus court chemin conduisant à la folie. Ils gardèrent cependant le Lien et lui donnèrent comme seul et unique interprète le Père des Pères, l'esprit fondateur du monde végétal. Les Liens sont rares. En général ce don ce transmet dans une même famille et lorsque l'un arrête d'exercer, il transmet ses fonctions à son fils ou sa fille. Mais il arrive que le don change de lignée, comme c'est notre cas puisque j'étais le Lien, ton père l'est actuellement et que visiblement, tu es une affranchie.
-Oui, j'en ai de la chance de ne pas avoir de don ! C'est bien trop triste si, dès ta naissance, ton avenir est tracé. J'adore ma place chez Ursula, c'est parfait comme ça !
- Bon, tu la veux ton histoire oui ou non ?
- Pardon Grand-père, continue. Et la jeune femme fit mine de coudre sa bouche avec ses doigts avant de jeter loin derrière elle le matériel qui servirait à la délivrer de son mutisme.
Son aïeul leva les yeux au ciel avant de bougonner comme à son habitude :
- Sarah écoute, tu as 20 ans, ce n'est plus un âge où on écoute les histoires de son grand père ! Et en plus j'ai dû te la raconter au moins... 150 fois... cette année ! Alors si tu préfères aller retrouver Seven, file. Je ne te retiens pas tu sais...
Mais la jeune blondinette le regarda sans mot dire avec l'ombre de l'innocence même planant au dessus d'elle, incitant le vieil homme à poursuivre son récit.
-Donc, en dehors du Lien, d'autres communications furent établies entre chaque espèce et un être en particulier. L'esprit des arbres dialogue avec notre ébéniste, celui des herbes avec le paysagiste, les
- Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Un cri aigu provenant de la pièce d'à côté, suivi d'un bruit sourd interrompit une nouvelle fois le vieil homme dans son récit, qui reprit dans un soupir :
-Les insectes avec Mélissa ! D'ailleurs, c'est bien la seule à dialoguer avec l'espèce animale. Nous n'avons pas vu un tel phénomène depuis tellement longtemps que nous ne comprenons toujours pas vraiment comment elle fait. Au lieu d'avoir un esprit comme interlocuteur, elle crée un lien avec l'ensemble des insectes et autres petites....
-Au secooooooooooooours.
-Sarah tu veux pas aller voir ce qu'elle a encore écrasé ? s'impatienta le vieil homme.
La jeune femme lui montra sa bouche cousue, signe qu'elle voulait coûte que coûte avoir la fin du récit, mais le regard exaspéré de son grand-père lui fit oublier très vite la carte de l'espièglerie. Elle chercha alors à l'implorer du regard, sachant parfaitement qu'il n'y avait aucune urgence dans la pièce d'à côté, mais un nouveau cri l'obligea à capituler
-Saraaaah !
-C'est bon, c'est bon, j'y vais, mais ne te crois pas tiré d'affaire vieux croûton ! expira-t-elle en se levant du vieux fauteuil en bois installé à côté du lit de son grand père.
-C'est ça morveuse, on se remet ça la prochaine fois. lui lança-t-il alors qu'elle se dirigeait vers le salon. Je te raconterais une histoire sur l'importance du respect envers ses aînés.
-Veille sur toi Grand-père, n'en fais pas trop promis ?
-Promis, aller file et tu me diras à quoi ce vieux ripoux de Chêne s'est engagé, que je lui vole dans les plumes s'il se défile encore une fois. J'ai encore quelque autorité dans ce village.
Les deux complices se sourirent avant qu'un nouvel appel désespéré ne les oblige à se dire au revoir pour de bon. Elle laissa le vieil homme dans son lit, cloué sur place à cause d'une petite grippe, mais surtout à en raison de la vieillesse. Tous deux savaient que son temps lui était compté, mais l'ancien Lien était en accord avec l'échéance prochaine. Aussitôt sa petite fille sortie, son vieil ami fit irruption dans sa chambre. Les esprits prenaient généralement forme humaine pour dialoguer avec leur hybride. Ils n'avaient pas de véritable consistance et restaient translucides. . Seule leur enveloppe corporelle se dessinait timidement, visible uniquement par leur hybride. Le Père des Pères ne dérogeait pas à la règle mais avait tout de même cette particularité de contenir des milliers de graines de toutes sortes, tournoyant à l'intérieur de son corps faussement humain. Le vieil hybride ne s'émerveillait plus depuis longtemps devant ces apparitions. A présent, il ne voyait plus qu'un vieil ami venant lui rendre visite pour l'accompagner dans sa fin de vie. Jamais il n'était seul ou presque, son ancien esprit l'abandonnait de temps à autres pour ses obligations, rendant visite au père de Sarah, le Lien actuel, partout où son travail l'amenait.

Dans la pièce d'à côté, les hurlements dignes de ceux d'une truie apeurée redoublaient d'intensité. Sarah avait demandé à son amie, Mélissa, de la rejoindre lorsqu'elle aurait fini ses préparatifs et de se servir un café dans le salon de l'ancien Lien en l'attendant. Elles avaient un certain nombre de points à régler avant la soirée et elles n'auraient que peu de temps avant le prochain rendez-vous de la jeune femme. Mais elle détestait être interrompue de la sorte, sachant pertinemment que son ami avait une tendance chronique à la dramatisation.

- Quoi encore ? s'énerva Sarah en refermant la porte de la chambre de son grand père derrière elle. Mais sa colère s'évanouit devant la scène se déroulant sous ses yeux. Mélissa, debout sur le fauteuil en bois du salon, relevait ses jupes jusqu'à mi-mollet, laissant apparaître des chaussettes dépareillées. Elle fixait avec horreur un minuscule petit point noir se rapprochant lentement de son perchoir. La pauvre petite bête évitait avec soin le café renversé par Mélissa dans un élan désespéré pour éviter tout contact avec ce monstre sanguinaire. La jeune femme ne détourna pas une seule seconde son regard larmoyant de peur de la bête féroce, ne mesurant pas plus d'un centimètre de hauteur, et arriva tout juste à prononcer d'une voix tremblante :
-Elle... elle allait monter sur ma jambe !!!

Sarah secoua la tête en signe de négation et soupira.
-Mélissa, quand est-ce que tu comprendras que les insectes et autres petites bêtes comme les araignées ne te veulent aucun mal, bien au contraire. Ils ne peuvent communiquer qu'avec toi et se sentent en sécurité en ta présence. Ils cherchent leur maman... la taquina-t-elle.
-On s'en moque écrase là viiiiite, elle va monter sur le fauteuil !
-Hors de question, c'est une vie qui a autant de valeur que la tienne je te signale, alors tu vas te reprendre et descendre de là immédiatement, tu sais très bien que Sev et moi nous avons un rendez-vous très important ! C'est aujourd'hui si on sait si...
-Saraaaaah !!!! Elle monte sur le pied, saraaaah !!!

Exaspérée, l'héroïne de la situation poussa son amie d'enfance d'une main nonchalante. Effort suffisant pour lui faire perdre l'équilibre et la dénicher de son refuge. A peine eut-elle touché le sol, d'une manière assez disgracieuse, qu'elle se redressa et se précipita vers la porte pour sortir en courant, des fois que la minuscule araignée ne la prenne en chasse...
Sarah leva les yeux aux ciels et ramassa la tasse pour effacer les traces du carnage. Au moins cette fois l'araignée était-elle restée en vie. En général, Melissa se révélait d'une adresse surprenante dans le « lancé de grole ou autre objet lourd sur la pauvre petite bête venu chercher du réconfort auprès d'elle ». Depuis qu'elle était bébé, ses parents avaient détecté son don, celui de communiquer avec les insectes. Mais très vite, ils s'étaient rendu compte qu'il allait bien au delà puisqu'elle arrivait également à attirer d'autres formes de vie comme les arachnides. Le don de communiquer avec le monde animal était une grande première, le cas Mélissa restait une énigme pour la communauté. D'autres nourrissons avaient montré ce type de talent, mais aucun n'avait survécu au delà de trois mois à part la jeune femme.
Enfant, elle avait un rapport privilégié avec ses petits protégés. Ils venaient se loger dans ses cheveux, sur elle, comme si son contact leur apportait du réconfort et cela semblait réciproque. Même si les autres enfants la fuyaient par dégoût, Mélissa s'en moquait pas mal, elle aimait sentir ses amis lui chatouiller la tête et se glisser dans ses vêtements pour être au chaud. Voilà pourquoi elle s'était rapprochée de Sarah, Réséda et de Laurise. Les quatre jeunes filles un peu étranges du village avaient fait les quatre cent coup ensemble. Elles n'avaient pas besoin des autres. Mais la perception que l'on a de la vie évolue en fonction des épreuves que nous traversons. C'est à l'âge de 8 ans que le regard de Mélissa sur le monde miniature se transforma radicalement. Une nuit, un cafard blessé s'était logé dans son oreille pour y mourir en paix. N'ayant pas vu ni senti son approche, elle passa près d'une semaine avec des vertiges, avant que son oreille ne s'infecte. Le mal mit des semaines à se résorber et la petite fille développa une véritable phobie pour tout ce qui était petit et pouvait s'insérer un peu n'importe où. Ces créatures jadis associées à des amis, était maintenant liées à la souffrance que le pauvre malheureux lui avait infligé dans ce qu'elle pensait être un acte égoïste. D'inoffensifs, ils devenaient une source de douleur et de mal. Elle développa alors une véritable phobie grandissante au fil des années.

Lorsque Sarah eu fini de nettoyer le sol, elle rejoignit rapidement son amie qui l'attendait, un peu honteuse, à l'extérieur de la maison dans l'ouest du village.
-Tu devrais te contrôler. Tu as de la chance que la vaisselle en bois soit solide ! Sinon tu nous ruinerais à force.
-Mais Sarah... c'est petit, c'est noir, ça a plus de pattes et d'yeux qu'il n'en faudrait et... et...
-Arrête un peu voyons, au lieu de couper toute communication avec eux tu devrais essayer au moins de les écouter, voir ce qu'ils ont à te dire. Peut être que cette araignée avait une requête. Maintenant ils savent que tu les écrase sans remord et pour qu'elle s'aventure si près de toi, c'est certainement qu'elle avait une bonne raison. Ton don est une bénédiction.
-C'est impossible de communiquer avec eux. Tout ce que j'entends c'est « cruchms cruchms cruchms » ! mima-t-elle en mettant les mains devant sa bouche et bougeant ses doigts comme de petites tentacules.
- Tu imagines ce que Laurise donnerait pour l'avoir cette faculté et ne pas être une affranchie ?
-Et bien je la lui donne, bougonna son amie.
-Cela ne fonctionne pas comme ça et tu le sais. Un jour où l'autre, il faudra que tu acceptes de faire le lien entre nous et ce microcosme.
-Un autre me remplacera dans cette fonction... je ne peux pas contrôler ma phobie. C'est au dessus de mes forces.
-On ne nous enverra personne, tu le sais parfaitement, jamais qui que ce soit n'a déjà présenté une quelconque aptitude à dialoguer avec les animaux, ce ne sont pas des esprits Mélissa. Le regard de Sarah se durcissait dès qu'elle évoquait les responsabilités induites par un don.
-Cela ne veut pas dire que la situation ne changera jamais. Peut être que je suis la première à avoir survécu, mais...
- Mais lorsque tu nais avec un don, tu dois l'assumer un point c'est tout. Et puis pourquoi on reparle de cela encore une fois ! J'ai l'impression qu'il ne se passe pas un jour sans que le sujet ne revienne sur le tapis et j'ai d'autres préoccupations en tête.
-Comment va ton grand père ? s'empressa Mélissa pour changer de conversation.
-Et bien mentalement il va à peu près bien. Mais c'est son physique qui le lâche. Il a 120 ans maintenant et la fin est proche. Même les infusions de cerestins n'y font plus rien.
-Le perdre sera dramatique pour la communauté. C'est la mémoire du village qui va disparaître.
-C'est bien pour cela que je lui demande de me raconter encore et encore notre histoire. La transmission orale a du bon, mais encore faut-il prendre le temps de la collecter. À part Réséda et moi, personne ne se donne la peine de l’interroger. Une seule historienne par village ne suffit pas, ma sœur ne peut pas se couper en deux. Entre les cours qu'elle donne aux jeunes et toutes les mémoires à collecter... elle est totalement débordée. Sans compter que s'il lui arrivait quelque chose ...
-Ce que tu es pessimiste ! Tu vas porter la guigne à ta soeur à force.
Sarah s'arrêta net, lançant un regard furieux à Mélissa. Il était des sujets qui l'énervaient et le laxisme de la communauté concernant leur histoire était un des principaux !
-Elle se porte la poisse toute seule. Mais reconnaît qu'on est jamais à l'abri de rien.
-Il y a d'autres historiens dans les autres villages Sarah.
-Je sais, mais ils ne viennent jamais interroger le Lien. Enfin l'ancien Lien. En plus... elle marqua une courte pause, comme agacée...
-Quoi ?
-En plus il se contredit parfois. Son récit me semble flou par certains moments. J'ai peur que beaucoup ne soit déjà perdu. Je vais devoir faire appel devant le conseil, nous devons évoluer. L'histoire doit être mise par écrit ! C'est impératif. Je sais bien qu'il faut économiser le papier et que seul ce qui ne peut être transmis à l'oral doit être couché sur manuscrit, mais je suis convaincue qu'à chaque génération, nous perdons un peu de notre histoire. C'est dramatique. Comment apprendre de nos erreurs si nous les oublions au fil du temps ?
-Tu veux que nous fassions un détour pour prendre une fiche de requête ?
-Non merci Mélissa ! C'est déjà fait. Je passe demain matin devant le conseil pour leur demander une mise à l'écrit de notre histoire. Réséda aurait dû le faire à ma place, mais elle donne un cours et mieux vaut que l'argumentation vienne de moi. Ma soeur a énormément de qualités, mais être une grande oratrice n'en fait pas partie.

Les deux jeunes femmes continuèrent à marcher en bavardant jusqu'au centre du village, attirant les regards des passants sans même s'en rendre compte, elles y étaient habituées maintenant. Peut être l'avaient-elles bien cherché d'ailleurs. Après avoir enfermé Piastre dans les toilettes de la grande place pendant toute une nuit, avoir été voler la mascotte du village voisin, obligeant le Lien à faire des excuses publiques, mis en déroute le troupeau de ruminants du voisin de Laurise parce qu'elle en avait marre de les entendre beugler toutes les nuits... sans compter le feu déclaré par mégarde dans la grange des parents de Rose Burtand alors que celle-ci voulait fonder une société secrète sans les convier... C'était ce genre de petits « incidents » qui leur avait valu des regards méfiants sur leurs passages, surtout l'épisode du feu, dont les esprits du vent et de l'eau avaient mis plusieurs longues heures à venir à bout, laissant leurs hybrides respectifs lessivés et à bout de forces.

Mais le temps aidant, les choses se tassaient et chacune commençait à trouver sa place dans la société. Le liage prochain de Seven et Sarah y était pour beaucoup. La jeune femme était le moteur du groupe des quatre petites pestes. Elle n'aimait pas la routine et dès qu'elle commençait à tourner en rond, il lui fallait trouver un exutoire.
Généralement, deux cas de figures se présentaient. Le premier était sur l'initiative de Sarah justement, elle soumettait son idée aux autres, Mélissa la regardait toujours d'une manière effrayée en lui disant « non mais ça va pas bien !», puis Laurise rigolait en demandant quand elles mettraient leur plan à exécution, et enfin Réséda suivait, sans dire un mot comme à son habitude. Le second cas de figure était de loin le plus dangereux. Si Sarah avait des idées tordues, comme celle d'organiser une expédition pour franchir la Grande Barrière, elles étaient un tant soit peu réfléchies. En revanche le second cas de figure était déclenché par un facteur incontrôlé. Si l'une d'entre elle était blessée ou dénigrée par quelqu'un au point de lui faire de la peine, là, la sanction était immédiate et même Mélissa appuyait sur le détonateur de leur créativité vengeresse.
Elles se lançaient alors dans des plans périlleux où l'adaptation était de mise, comme lorsqu'elles s'étaient glissées dans le chariot de ce bougre de Tomine, qui avait fait pleurer Réséda en lui disant que jamais elle n'aurait de lié. Durant le trajet le conduisant au village de La Passe pour livrer ses pommes de terres, Laurise avait ligoté les autres avant de les bâillonner. A peine s'était-il arrêté sur la place du village qu'elle avait surgit de la roulotte en criant à l'aide, des bouts de cordes tranchées dans ses mains et un bâillon mal ajusté pendant autour de son cou sous les yeux hagards du dindon de la farce. Elles avaient prétendu avoir été kidnappées par ce monstre avec ses amies. Cela avait valu deux jours et une nuit à la prison de La Vallée, à plusieurs heures de marche au vieux Tomine, dont la mauvaise tête le rendait forcément coupable d'un délit quelconque. Le temps que les autorités ne vérifient les dires des jeunes filles, le pauvre vieux avait pris une tourista à cause de l'hygiène douteuse de la prison. Évidemment, ce plan avait une faille énorme, les faits vérifiés, elles avaient été renvoyées chez elles à Moussalin et avaient écopé d'une lourde punition dont leurs postérieurs se souviendraient longtemps. Mais leur but était atteint. Maintenant, dès que toutes les quatre croisaient le regard du très vieux Tomine, il se tenait machinalement le ventre en souvenir de la douleur, et plus jamais il n'osa faire une réflexion sur l'état de Réséda, comme n'importe qui dans le village d'ailleurs.

Mais ce type de frasques était loin derrière elles maintenant. Sarah passait le plus clair de son temps avec Seven, l'empêchant de s'ennuyer et d'inventer de nouvelles entourloupes. Il fallait également dire que le jeune homme n'aimait pas particulièrement leurs coups de folie comme il les appelait. Seven incarnait la responsabilité même. Il appartenait aux affranchis et avait choisi d'aider l'ébéniste. Tantôt bûcheron lorsque Chêne avait le feu vert de la forêt pour abattre un certain nombre d'arbres trop vieux ou malades, tantôt sculpteur d'art lorsqu'il manquait de vaisselle ou de meubles pour les maisons. On pouvait compter sur lui en toute circonstance, et en particulier Sarah.
Ces deux là s'étaient rencontrés à la maternité si l'on pouvait dire. Ils avaient grandit ensemble jusqu'à l'age de 6 ans où les parents de Seven avaient été mutés quelques temps à La Vallée. Mais ils mirent tout en œuvre pour ne jamais se perdre de vue, s'invitant dès que les études de l'un ou de l'autre le permettaient et s'envoyant des petits colis de gâteaux ou d'objets sculptés en bois. De nouveau muté sur Moussalin, le père de Seven ramena sa famille dans leur village d'origine le jour des 15 ans du jeune garçon. Sarah et lui se découvrirent non plus comme des amis d'enfance, mais comme un jeune homme et une jeune femme peuvent se découvrir à cet âge. Dès lors, toute séparation s'avérait impossible. Leur amour était là depuis toujours, deux âmes sœurs faites l'une pour l'autre, aucun doute, aucune remise en question, jamais. L'un était le pendant de l'autre, toujours d'accord au point que leur entourage trouvait cela suspect, ils terminaient les phrases de l'autre et partageaient les mêmes repas, leurs goûts toujours parfaitement en harmonie. Aujourd'hui ils avaient 23 et 20 ans et allaient se lier.
Comme tous les autres couples, ils avaient déposé une demande d'emménagement auprès de Chêne à l'instant même où ils furent en âge légal de le faire. Ce dernier, en raison de son don, négociait avec l'esprit de la forêt. Il lui faisait part des besoins des humains, et l'esprit du bois lui accordait un nombre limité de troncs à couper. Les négociations pouvaient durer des jours parfois lorsque la demande des hommes était trop importante. La situation était la plus difficile pour les jeunes couples voulant se mettre en ménage. Ils étaient sur une liste d'attente et ne savaient pas quand leur demande allait aboutir. Ils devaient soit attendre qu'un décès ait lieu et qu'une maison se libère, soit que la forêt donne son accord pour couper suffisamment de troncs nécessaires à la construction d'une maison. Seven et Sarah attendaient depuis 4 ans maintenant. Malgré leur jeune âge, ils avaient fait part à leurs parents de leur décision qui n'était en rien modifiable ou négociable. Devant une telle détermination, il leur fût difficile de refuser sous peine de provoquer une fugue.
Pour les parents de Sarah, la situation était plus facile à accepter, Seven représentait le genre idéal, stable, responsable, amoureux fou de sa future liée. En revanche, Sarah était loin de symboliser la belle-fille de rêve. Avant tout, elle était une sorte de déception en elle même pour le village entier. Son grand père était le Lien, son père est le Lien actuel et normalement, elle aurait dû être le prochain, mais elle n'avait jamais montré aucune aptitude pour communiquer avec la nature en dépit des nombreux essais du Père des Pères pour entamer un dialogue avec elle. Avoir le Lien dans son village était une fierté pour la communauté. Maintenant on attendait qu'un homme ou une femme se réveille un beau matin avec ce pouvoir là, mais il pouvait se révéler n'importe où sur le continent, ce qui induisait une perte du prestige de Moussalin. Une lourde charge pour ses si frêles épaules. Dans un premier temps, les parents de Sev avaient tenté de le raisonner. Il n'avait que 19 ans et déjà la beauté du jeune homme lui valait la convoitise de toutes les adolescentes du bourg. Un choix immense s'offrait à lui et la douce Rose semblait représenter la femme parfaite, bien plus qu'une impétueuse Sarah. Mais rien n'y changeait, plus ses parents le poussaient vers d'autres fleurs, plus il s'accrochait aux pétales de sa marguerite. Au fil du temps, les Anderson avaient dû se faire à l'idée d'accueillir Sarah parmi les leurs. Il fallait également reconnaître qu'elle s'était considérablement assagi, devenant presque... presque agréable et douce. Personne ne s'était donc opposé à leur demande de liage au final.

-Tu crois que vous allez avoir un toit neuf alors ? reprit Mélissa lorsqu'elles furent arrivées entre les cuisines et le bureau de Réséda derrière la place principale.
-J'en sais rien ! repris Sarah avec excitation, mais personne n'est mort et rien ne laisse présager un décès sur Moussalin. C'est fou, quatre ans d'attente, mais nous allons y arriver ! Et en plus avec une maison neuve, c'est... la jeune femme s'interrompit d'elle même avant de reprendre : Ne nous emportons pas, je t'en dirai mieux tout à l'heure, je vois que Sev arrive. Tout est prêt pour la fête de ce soir ?
- Tout est prêt ne t'en fais pas. Je vais chercher Réséda à l'instant pour les derniers préparatifs. Aller file et je croise les doigts pour toi ! Et n'oublie pas de convaincre Sev de nous donner un coup de main pour tout à l'heure !
- J'en fais mon affaire. Aller à tout à l'heure. Et Sarah s'empressa d'aller rejoindre son cher et tendre, le coeur battant et l'estomac noué. Le liage était une étape très importante dans une vie, la plus importante même. Mais une fois pendue au coup de Sev, dans ses grands bras musclés, l'angoisse disparut. Il avait l'art et la manière de la rassurer, l'apaiser par sa simple présence. Il ne restait plus qu'à attendre l'arrivée de Chêne.

-Bonjour ma douce. lui murmura Sev au creux de l'oreille alors qu'elle se blottissait contre son cou. Tu as passé une bonne journée ?
-Assez, j'ai été voir mon grand père et...
-Un peu de tenue les amoureux, leur lança le vieux Chêne. Vous n'y êtes pas encore hein !

Ce rappel à l'ordre mit instantanément 30 bons centimètres d'écart entre eux et Sarah lissa sa jupette en peau de chèvre d'un réflexe, se demandant pourquoi elle lui semblait plus courte que tout à l'heure. Seven se lança dans un salut respectueux et plus cérémonieux que la situation ne l'exigeait.
-Allons allons, tu n'as plus à me saluer de la sorte mon garçon, tu n'es plus mon apprenti.
-Oui maître Chêne...
-Bon, je n'ai que très peu de temps alors allons à l'essentiel. Je vous ai demandé de venir ici pour vous parler de votre liage. Il est temps.

Les deux jeunes amants se regardèrent en souriant d'impatience. Les bottes de foin avaient un certain charme au début, mais elles étaient très vite devenues inconfortables et les irritations provoquées par la paille n'amusaient plus du tout Sarah, impatiente d'avoir un toit à elle.

-L'esprit de la forêt m'a fait part d'un problème auquel nous devons remédier. Les hectares situés entre Terrone et la rivière du Fromentoux sont sur boisés. Nous n'avons rien ponctionné dans ce secteur depuis des années et l'opacité de la forêt empêche les rayons du soleil de pénétrer, ce qui a pour conséquence d'étouffer la vie des plantes basses. Nous devons donc ponctionner un certain nombre de bois, deux couples vont pouvoir se lier et un autre va venir de la ville de Flomail.
Chêne adorait ce moment là, ce moment précis où il annonçait aux jeunes couples que leur attente allait prendre fin. Il appréciait voir pétiller leurs yeux devant les perspectives d'un avenir familial paisible, et les nouvelles constructions se raréfiaient de plus en plus. Le mode de vie relativement sain des hybrides leur permettait d'avoir une espérance de vie sans cesse croissante et s'il n'y avait pas de nombreux accidents et quelques épidémies ravageuses, jamais aucun couple ne pourrait se lier. La démographie semblait se réguler d'elle-même, connaissant une courbe plate depuis des dizaines d'années. Mais les liages augmentaient plus vite que les décès, fort heureusement d'ailleurs et les moments comme celui-ci, que Chêne chérissait tant, se raréfiaient. D'autant plus que Seven et Sarah... Comment les décrire ? Ils semblaient vraiment à part. L'hybride avait de l'expérience, bon nombre de couple s'était liés grâce à lui, mais jamais il n'avait vu un amour aussi évident et inébranlable. L'annonce fut d'autant plus plaisante que leur surprise ne s'arrêtait pas là.

-Et le conseil vous a également attribué un terrain. Il est... il est... Le vieux grigou prenait un malin plaisir à les faire trépigner d'impatience, voyant les poings de Sarah se crisper dans l'attente du verdict.
-S'il vous plait... couina-t-elle entre ses dents.
-Il est sur la Butte de la Passe.
-Noooooon ! C'est impossible ! Les yeux de Sarah et Seven s'écarquillèrent en même temps. La Butte de la Passe était inconstructible en raison de la beauté du site disait-on. Le conseil avait toujours refusé qu'un jeune couple ne s'y installe. Leur maison serait à l'écart du bourg mais pas trop, avec une vue imprenable sur le village et d'une luminosité exceptionnelle. Les jours de beau temps, ils pourraient même apercevoir un bout de l'océan au loin.
-Pourquoi le conseil a-t-il changé d'avis ? s'étonna Seven.
-Disons qu'ils me devaient un service et que je voulais te remercier de m'avoir si bien aidé durant tes années d'apprentissage mon garçon. De plus les terrains sont tous occupés et il faudrait défricher pour agrandir le village, ce que le Lien nous a formellement interdit, et c'est pourtant le père de Sarah ! En revanche, votre maison sera composée d'un rez-de-chaussée et d'un étage avec uniquement deux chambres. Si vous avez deux enfants, ils devront partager la même. Nous voulons préserver la beauté du site et deux autres couples vont pouvoir s'y installer. De grandes constructions sont inappropriées.
-C'est parfait ! affirma Seven en donnant une tape sur l'épaule de son ancien maître, l'obligeant à vaciller légèrement, avant de se retourner vers Sarah et de la prendre dans ses bras pour la faire tourner en riant : Un toit à nous, rien que pour nous ! Tu imagines ça ma belle !!!
Cette dernière lui sourit avec les larmes aux yeux, tout était parfait.
-Aller viens, on va le voir ! et il l'entraîna sans qu'elle n'eut le temps de prononcer un seul mot.
-Attendez, la construction va commencer d'ici deux mois, le temps de défricher Terrone... leur cria le vieux Chêne en rigolant à moitié. Décidément, le petit groupe d'amis allait avoir à en fêter des événements ce soir. La fin de l'apprentissage de Laurise et le liage de ces deux là... Il les regarda s'éloigner en courant main dans la main, un sourire attendri sur les lèvres.

Les deux amants coururent le plus vite qu'ils purent en rigolant à gorge déployée, ils s'attendaient à la bonne nouvelle depuis la convocation de l'ancien maître d'apprentissage de Sev, mais de là à ce que le terrain de la Butte de la Passe leur soit attribué... et que tout aille si vite, c'était incroyable. Le petit sentier menant à leur nid serpentait à travers des vergers de pommes. Il montait légèrement sur les premières centaines de mètres pour se durcir dans la dernière ligne droite. Voilà le prix à payer pour admirer le village en hauteur. Ils mirent tout juste dix minutes pour parcourir le trajet alors qu'il en fallait presque vingt d'ordinaire, mais l'adrénaline provoquée par un bonheur tant espéré rendait le trajet plus court qu'il ne l'avait jamais été. C'est à peine si Seven s'était rendu compte d'avoir heurté le pauvre Simo, un petit hybride de huit ans à peine, et de l'avoir envoyé valdinguer sur les fesses deux mètres plus loin. Sarah avait vaguement crié une excuse, mais elle n'avait pas assez de force pour ralentir la course folle de son lié ni même l'envie d'ailleurs. Le pauvre Simo était donc resté planté là, les fesses sur la terre battue de la place centrale de Moussalin, toujours un doigt dans le nez en quête d'un trésor comme à son habitude.

Lorsqu'ils arrivèrent en haut à bout de souffle, Seven lâcha la main de son aimée et cria de joie les poings en l'air, face au soleil alors que Sarah reprenait son souffle, les mains sur ses genoux. Elle voulu contempler un instant son bel homme fort, en position conquérante sur leur terre. Mais il ne lui laissa pas beaucoup de temps avant de la reprendre à bout de bras et la faire tournoyer à lui donner des vertiges.
-Arrêeeete, rigola-t-elle
-Une maison à nous Sarah ! À nous !
-Oui... à nous ! lui sourit-elle alors que ses pieds retouchaient terre, physiquement en tout cas parce que le baiser qu'il lui donna ensuite ne l'aida absolument pas à retrouver la clarté de ses esprits.

La suite des évènements leur appartint, un instant magique de complicité sur le lieu de leur futur bonheur. Ils restèrent enlacés l'un contre l'autre en attendant que le soleil ne se couche. Seule une petite brise venait les rafraîchir de temps en temps. Sarah en oubliait le cours de la vie. Tout s'était arrêté ici, plus de travail, plus de soucis, plus de conseil à préparer pour le lendemain, plus rien qui ne puisse entacher son bonheur. Installés confortablement sur la pente de l'adret. Ce versant offrait une vue imprenable sur Moussalin, petite bourgade emmitouflée d'arbres fruitiers au sud et de conifères au nord. C'était à peine si les maisons se distinguaient parmi tous les arbres de la vallée. Même la place centrale était recouverte de chênes centenaires. Les maisons en bois coiffées d'une texture mousseuse se confondaient avec les feuillages des arbres environnants. Cette mousse unique sur le continent était produite ici et exportée dans d'autres villages. Si elle ne poussait que dans la région, elle semblait capable de s'exporter un peu partout. Mais faute de terrains sur lesquels la faire pousser ailleurs, Moussalin en avait conservé le monopole. D'ailleurs, rien ne se monnayait chez les hybrides. Un village produisait une matière première et la distribuait équitablement à ses voisins, en échange de quoi il recevait d'autres denrées toutes aussi indispensables. On ne pouvait même pas qualifier ces échanges de troc car les transactions pouvaient être totalement inégales en fonction des années. Les notions de profits et de bénéfices n'existaient pas.

Les deux amants contemplaient leur village. Ils aimaient Moussalin. Passé un temps, Seven avait envisagé de s'installer au bord de la mer, à Flomail, qu'ils apercevaient depuis l'autre versant de la Butte de la Passe, au loin par temps dégagé. Le liage tardait et le jeune homme en avait assez de donner des rendez-vous crapuleux à sa douce dans des granges et des champs à l'écart de la ville. Mais Sarah n'était pas emballée par l'idée. Elle avait sa soeur qu'elle ne voulait pas laisser seule, ses parents étant très régulièrement en déplacement, et puis ses deux meilleures amies travaillaient à Moussalin, elle avait bien du mal à envisager une vie loin de ses trois acolytes. Seven avait alors accepté sa décision, patientant au delà de ce que lui permettait son enthousiasme de futur lié. Aujourd'hui il contemplait avec fierté ce qu'il avait mis tant de temps à bâtir. D'ici deux mois le chantier commencerait et ils pourraient emménager le mois suivant.
L'ensemble des hommes valides du village participait à la construction d'une maison en général et un mois semblait un délai tout à fait correct par rapport à la surface qu'on leur avait octroyée. Il ignorait qui seraient leurs voisins. On disait qu'un jeune couple venant de Flomail avait déposé une demande récemment. La jeune femme était une hybride des herbes. Elle serait d'une grande utilité à Moussalin. Depuis que Edmon, l'ancien hybride de cet esprit avait été attaqué par un puma, personne ne négociait plus avec l'esprit des herbes et les pelouses de tout le village ne ressemblaient plus qu'à des prés engorgés de ronces. Les herbes acceptaient d'être coupées sous certaines conditions, et seul l'hybride dialoguant avec leur esprit pouvait appréhender leurs besoins (qu'ils soient en eux, en terre etc). Tous ceux ayant essayé de les couper sans son accord avaient vu pousser mauvaises herbes et ronces disgracieuses sur leurs belles pelouses. La situation tournait au vinaigre et la jeune femme était attendue comme le messie. L'avoir comme voisine pourrait se révéler utile.
Perdu dans ses pensées, il sentait sa belle lui caresser le torse du bout des doigts, enroulée dans sa large chemise. Le début de la saison chaude approchait et ils accueillaient le petit air vaguement frais de la fin de journée comme une bénédiction. Le soleil venait de se coucher, laissant une clarté opale distiller la couleur des cieux. Sarah avait perdu la notion du réel, les yeux fixés sur le torse de son homme, ferme et parfaitement dessiné grâce à son travail de bûcheron. Elle l'avait aimé adolescent, frêle et chétif, sans se douter qu'il se métamorphoserait en un homme si éblouissant à l'âge adulte. C'est à cet instant qu'un coup de corne retenti dans l'air, les tirant tous les deux de leurs rêveries ensoleillées. Sarah se leva d'un bond.
-Ils sont rentrés ! s'enthousiasma-t-elle. Laurise rentre de la chasse ! Décidément, aujourd'hui était un grand jour pour tous.
-Tu es obligée d'y aller ?
-Oui, et tu viens avec moi. lui imposa-t-elle avec un sourire charmeur.
-Sarah ! souffla-t-il, vous serrez mieux entre filles pour fêter la fin de l'apprentissage de Laurise.
-Oui, mais nous avons un plan et toi seul peux nous aider à la réaliser. minauda-t-elle.
-D'accord, d'accord... capitula-t-il alors qu'elle commençait déjà à se diriger vers le village. Mais d'abord tu ne penses pas que tu oublies quelque chose ? Se moqua-t-il.

La jeune femme d'abord interloquée rougit comme un coquelicot en s'apercevant qu'elle n'était vêtue que de la chemise de Seven.
-Si moi je peux rentrer en pantalon et torse nu sans trop éveiller de soupçon, toi tu ne passeras pas inaperçue ainsi... et puis je refuse que d'autres posent le regard sur toi ma petite fleur.
En effet, il était difficile d'ignorer la beauté de la jeune femme. Grande, mince, blonde, les yeux aussi clairs que l'eau de la plus pure des sources. Elle avait la fraîcheur de l'insouciance et le visage des anges. Il adorait par dessus tout ses longues boucles descendant anarchiquement sur ses reins, soulignant la minceur de sa taille. Une beauté parfaite, mais charmeuse. Seven était absolument incapable de lui résister, ses mimiques inspirant la malice et l'audace l'enivraient à lui faire perdre le sens de la réalité. Alors uniquement vêtue d'une grande chemise trop large pour elle, mais laissant deviner la délicatesse de ses courbes... inutile d'espérer qu'elle passerait inaperçue à son retour à Moussalin.
Il la contempla alors qu'elle se changeait, essayant d'écarter de son esprit les petites voix lui disant que tous les regards des chasseurs se tourneraient certainement vers elle ce soir. Il préférait vraiment lorsque ces jeunes chiens fous étaient loin du village, loin de sa petite fleur, loin de sa liée.
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