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Notes :
Voici ma participation au concours hommage à Barbara : Ma plus belle histoire (superbement) organisé par Juliette54 et Amnésie !
Notes d'auteur :
La chanson choisie pour ce premier chapitre (vous l'avez deviné) : Nantes

Bonne lecture
J’ai regardé la gare s’éloigner. Le tramway me tirait par devant le long de ses rails luisants. Les allées, les passants, perdus sous la pluie. Pressés d’en finir. Mon téléphone serré dans la poche de ma veste. Ce téléphone par lequel le message était arrivé :

Madame, soyez au rdv
25 rue de la Grange-au-loup
Faites vite. Il y a peu d’espoir.
Il a demandé à vous voir…

Il était tôt encore. Le ciel était gris. Les gens, blafards. Nantes les tenait comme dans un lit et je pensais au corps d’un homme à l’agonie.
Je ne savais plus rien de lui. Je ne savais plus pourquoi venir ici.
La solitude de ma destinée, de la sienne aussi, m’envahissait. J’aurais voulu pouvoir ; quoi, tenir une main, tenir quelqu’un.
Mais encore et soudain, c’est sa main à lui qui me revint…
Je cramponnais la barre de métal. Faire semblant de tenir, et peut-être aurais-je fini par y croire moi-même. Si je la serrais assez fort, peut-être…
Toutes ces années à le savoir et à l’ignorer. Même cette ville qui s’étendait à présent, je l’avais souvent contournée. Tout ce temps. Voilà ce que j’avais espéré : un appel, une adresse, un adieu, un rendez-vous.
Il a demandé à vous voir.
25 rue de la grange-au-loup.
A l’heure de sa dernière heure.

La bruine de Nantes, comme des diamants. La bruine bruissait sur moi, larmes et perles à la fois.
J’ai marché comme une nantaise, citadine étrangère et urbaine inconnue. Jusqu’au quartier indiqué, jusqu’à la rue elle-même, l'adresse et son numéro fiévreusement guetté. Une porte s’est ouverte. Un long couloir sans fond, une lueur fébrile, en demi-ton.

Quand j’avance en silence dans le noir, depuis ce jour-là, c’est comme revenir en arrière. L’obscurité et le silence deviennent épais. Une chaleur soudaine, et soudain le froid. Plus aucune voix.
Il était allongé là, semblable à autrefois. Mais les habits, non. Pas ces habits-là…

J’ai compris. J’ai compris, petit à petit. Ne savais-je pas déjà ?
Il y avait là trois messieurs debout. Dans le couloir. Au bout. Ils se sont postés plus près, mais sans s’avancer vraiment, avec cette réserve de circonstance ; la distance. La pudeur imposée ; le silence. Comme trois cierges noirs.
Enfin quelqu’un a parlé.
La voix était le seul signe d’humanité. La seule humanité qu’il restait. De l’extérieur, elle a appelé :
« Papa ?! »

L’un des hommes s’est retourné en même temps que moi.
Il pleuvait sur mon cœur comme il pleuvait sur cette fille. Là, derrière la fenêtre, elle frappait doucement aux carreaux.
L’homme est allé lui ouvrir une porte. Ils se sont regardés. L’un comme une ombre moustachue, sec et tendu. L’une comme une lueur de douceur, ses longs cheveux pleins de blondeur. Luisante et mouillée, elle se tenait, souple et légère comme une fée.
Dans leur face à face, je nous voyais autrefois, lui et moi. Je nous voyais en eux, comme nous aurions pu être, peut-être.
Comme nous n’avions pas été. Comme nous ne serions jamais.
Elle. Moi. Son père, mon père.

Elle m’a regardée. Dans sa main, son téléphone était serré. J’ai pu deviné alors qu’elle était la voix du message. Ces mots, c’est elle qui me les avait envoyés.

Que s’est-il passé, de quoi ai-je parlé ? Je n’étais plus à moi que lorsque je m’affairais. Pour ne pas penser, pour ne pas sentir ce qui s’était passé.
Elle et moi nous avons tout préparé. Tandis que les trois cierges noirs erraient autour de la maison, pris au piège de l’attachement et de l’impuissance.
Elle et moi jusqu’à la nuit qui se fiançait pudiquement avec la pluie.
Et quand tout a paru fini, je n’avais pas versé une larme. Elle a touché mon épaule :

« Pour l’enterrement, a-t-elle soufflé. Je viendrai »

Sa main, juste là, encore, s’est posée.
Mon cœur.

Mon chagrin a grandi de la regarder. De la regarder s’éloigner…
Je reviendrai, disait son geste.

Et elle vint. Ce jour d’angoisse en forme de fin. Quand sous la pierre, j’ai mis ce père. Elle était là, cette main nouvelle. Cette main posée sur mon chagrin. Cette main tendue, comme un début.
Note de fin de chapitre:
J'espère que le style de ce premier chapitre ne sera pas trop "étrange" à lire. Pour une fois, je me suis un peu laissée portée par la musique et j'ai peu traficoté le résultat ensuite alors...vous me direz !
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