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Chapitre 8


 


Le silence qui s'est soudain abattu sur le salon ne dure guère longtemps. Rapidement, Noah et sa copine taciturne, répondant au nom d'Alice, se relèvent et rejoignent leurs deux amis installés sur le canapé, se positionnant derrière le dossier. La voix de Bastien, qui se redresse de sa position allongée pour s'asseoir plus dignement sur le sofa, annonce alors :


" Et bien, il semblerait que nous allons vite savoir à qui appartient le matériel laissé dans le hall. "


Aux bruits de pas succèdent des sons de voix, aux intonations principalement masculines, donnant raison à l'adolescent. Puisque Léo, Amir et Annaëlle sont proches de l'entrée du salon, ils sont les premiers à distinguer les trois silhouettes qui apparaissent de plus en plus nettement.


" Ils sont plusieurs et très jeunes. Je n'ai jamais vu une situation comme celle-ci. " fait l'une des voix, avec un timbre particulièrement grave.


Annaëlle ne peut empêcher son regard d'errer sur le visage de Léo. Elle se demande ce que lui et Amir s'apprêtent à faire. Ces gens qui approchent risquent de ne pas apprécier de les trouver là - notamment les plus jeunes, qui prennent un peu trop leurs aises - et elle aimerait savoir, prévoir l'excuse qu'ils vont sortir pour expliquer leur effraction.


Car personne ne pouvait se leurrer, c'était exactement ce qu'ils avaient fait, même s'ils n'avaient forcé aucune serrure. Bien que le manoir ait été abandonné des dizaines d'années plus tôt, il appartenait toujours officiellement à quelqu'un. Et la plupart des personnes appréciaient peu qu'on rentre chez eux sans leur autorisation.


Un peu comme quand Lucille s'était estimée dans son bon droit en venant hanter son studio.


" Est-ce que tu penses qu'on pourra quand même tenir nos engagements ? "


La voix qui vient de poser la question résonne familièrement aux oreilles d'Annaëlle, sans qu'elle n'arrive à mettre un nom ou un visage sur l'individu à qui elle appartient. Elle cesse alors de scruter les visages de Léo et Amir, qui se regardent en tentant silencieusement de décider de la future marche à suivre, et porte son intérêt vers l'arche et les trois hommes qui pénètrent dans la pièce pour entrer dans la lumière, diffusée par une petite lampe halogène posée sur le manteau de la cheminée.


Les yeux d'Annaëlle s'arrondissent de surprise en reconnaissant les boucles blondes et en bataille de Clarence.


Qu'est-ce qu'il fait ici, dans sa ville natale et même plus précisément dans cette baraque ?


S'il n'avait pas été accompagné d'un garçon de leur âge, au tee-shirt à imprimé geek - Annaëlle y reconnaît facilement le bouclier de Link - étiré au niveau de l'estomac par un embonpoint en devenir, au visage fin mangé par une barbe de trois jours et au cuir chevelu quasi inexistant, ainsi que d'un autre homme d'environ trente ans, à la peau sombre trahissant des origines d'outre-mer et à la tignasse noire disciplinée par l'équivalent de la totalité d'un pot de gel, Annaëlle aurait été persuadée qu'il l'avait suivi depuis sa cité universitaire.


Encore que la présence des deux inconnus ne pouvaient totalement exclure cette possibilité ...


" Vous êtes qui vous ? " s'exclame soudain celui au tee-shirt à la référence pop culture en découvrant leur groupe.


Personne n'a véritablement le temps de répondre puisque Clarence croise enfin le regard de la jeune femme qui n'a cessé de le dévisager avec étonnement, son cerveau toujours occupé à traiter l'information et qu'il s'exclame bruyamment :


" Annaëlle ? "


Et d'ajouter dans la foulée, sa surprise passant à une vitesse ahurissante, pour laisser place à un ravissement non feint :


" Ah bah ça, pour une surprise ! Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne m'attendais pas à te voir. Pas ici, en tout cas. Même pas du tout, en fait ! C'est génial ! "


En moins de cinq pas, Clarence se retrouve près du groupe formé par Léo, Amir et elle. Le jeune homme tend une main amicale dans la direction de l'étudiante, comme s'il voulait la saluer, mais Léo s'interpose, barrant la route d'un bras autoritaire.


" Annaëlle, tu le connais ? " demande-t-il aussitôt, la méfiance suintant par tous les pores de son corps.


Avant qu'elle puisse répondre, le geek en face d'eux renchérit :


" Tu les connais Clay ? "


" Juste elle. " répond le jeune homme en désignant Annaëlle d'un geste de la main en se retournant vers son ami. " Je t'en ai parlé, tu te souviens pas ? C'est elle qui a vu Lucille après sa mort. "


La dernière phrase de Clarence jette un froid. Tout le monde fixe soudain Annaëlle, même les deux copains de Clarence.


Alors, elle tente de se faire toute petite, rentre la tête dans les épaules, courbe un peu l'échine et plie même légèrement les genoux. Si elle en avait été capable, elle aurait même tenté de passer à travers le plancher, quitte à aller taper la causette avec les rats, alors qu'elle avait toujours eu une sainte horreur de ces créatures.


" Alors c'est elle ta super médium. " fait le trentenaire à la peau brune, en s'approchant à son tour, faisant peser ses yeux curieux sur l'objet de tous les regards. " Elle n'en a pourtant pas l'air. "


Puis, il ajoute à l'adresse d'Annaëlle :


" Qu'est-ce que tu sens exactement ? Est-ce que t'en vois certains là ? "


Sous le poids du regard de l'homme aux yeux plissés de scepticisme et aux prunelles scrutatrices, Annaëlle fait un pas de côté pour se retrouver à l'abri, protégée par le dos large de Léo. Ce dernier, d'ailleurs, arrête l'homme dans son élan, toujours avec son bras tendu.


Mais ces questions rappellent à Annaëlle ses propres impressions : depuis qu'elle a mis un pied dans la maison, elle n'est plus incommodée par les effets que la présence des fantômes produit sur elle. Pourquoi ? Comment est-ce même possible ?


Alors qu'elle triture inconsciemment les pierres du bracelet de sa grand-mère, du coin de l'œil, Annaëlle voit Noah délaisser ses amis pour se rapprocher de leur groupe.


" Non, mais vous êtes qui à la fin ? " s'exclame bruyamment son petit frère, les yeux brillants de colère. " Et vous vous croyez où pour parler comme ça à ma sœur, hein ? "


La jeune femme est plus que surprise de voir Noah prendre ainsi sa défense. C'est bien la première fois.


" Oh, du calme ! " répond aussitôt Clarence en levant les mains en signe de paix. " On ne cherche pas les problèmes, hein. "


Clarence ne peut aller plus loin pour se défendre, lui, ainsi que son groupe, puisque le trentenaire intervient en lui coupant la parole :


" D'ailleurs, ce serait plutôt à nous de vous demander ce que vous faites ici. Il ne semble pas que Monsieur Duncan ait parlé d'avoir engagé une autre équipe. Et de toute façon, la plupart d'entre vous me paraissent un peu trop jeunes pour avoir l'âge légal de travailler. "


Annaëlle, Léo et Amir échangent une œillade lourde de sens. La jeune femme comprend alors qu'elle n'est pas la seule à s'être interrogée sur les conséquences de leur escapade à la limite de la légalité.


" Nous sommes à la recherche d'une petite fille. " répond Noah en croisant les bras d'un air mauvais. " Une gamine du coin qui a disparue cet après-midi et il est fort possible qu'elle soit dans la maison puisque ça s'est passé tout près d'ici. On est venu vérifier pendant que d'autres mènent des recherches ailleurs. Ça vous va comme explication ou il vous faut une attestation écrite ? "


Annaëlle fait deux pas de côté pour se rapprocher de Noah, dans l'intention de lui intimer discrètement de ne pas chercher des noises à qui que ce soit qui serait dans son bon droit d'appeler les flics et de tous les faire embarquer, quand plusieurs choses se passent en même temps.


Tout d'abord, l'ami de Clarence portant une barbe de trois jours, resté en retrait au niveau de l'arche, baisse subitement les yeux sur l'appareil qu'il tient en main et qui se met à biper à tout va. Puis l'homme à la peau sombre se retourne presque au même moment, sans raison apparente - du moins aux yeux des gens normaux.


Et enfin, Annaëlle s'immobilise lorsqu'une petite fille se matérialise brusquement près du type barbu. Habillée d'une petite robe fleurie, démodée, les cheveux ramenés en deux nattes basses de chaque côté de sa tête et maintenues par des petits chouchous roses, elle les scrute un à un de ses yeux énormes, rendus démesurés par son corps aux os anormalement saillants. Sa maigreur extrême ne pouvant être expliquée que par la famine, Annaëlle comprend immédiatement, sans avoir à y réfléchir un seul instant, que l'enfant est morte de faim.


Littéralement.


Le cœur d'Annaëlle fait un soubresaut. Elle ne s'attendait pas à voir le fantôme apparaître d'un coup, sans crier gare. Sans même un signe avant-coureur qu'elle aurait été la seule à sentir, ne serait-ce qu'un petit frisson. Elle a pourtant toujours eu des réactions en présence de la maison ou de l'un de ses occupants. Alors pourquoi pas aujourd'hui ? Mais qu'est-ce qui cloche chez elle ?


Et comment éviter de faire comprendre aux esprits qu'elle les voit si elle ne peut plus prévenir leur approche ?


" Le capteur de champ magnétique s'est subitement affolé ! " s'écrie soudain le barbu d'un air curieusement ravi, interrompant Annaëlle dans ses pensées.


" Je sens quelque chose. " renchérit aussitôt le trentenaire en faisant deux pas en direction de son ami. " Je pense qu'il est tout près de toi. Je crois apercevoir comme une ombre miroitante sur ta droite. "


Annaëlle porte aussitôt son attention sur l'homme à la peau sombre. Son intervention lui offre une distraction bienvenue, l'obligeant à cesser de fixer le fantôme de l'enfant, sous peine de voir ses résolutions ne pas tenir plus de dix minutes.


C'est la première fois depuis le décès de sa grand-mère que la jeune femme se retrouve en présence de quelqu'un comme elle. Elle ignore comment réagir, comment accueillir la nouvelle alors elle se contente de le suivre du regard, de l'observer.


Le trentenaire continue de s'approcher de son ami, jusqu'à ce que la petite fille disparaisse. Là, il se fige et observe l'appareil de son ami, qui bipe toujours mais avec moins de force. Annaëlle comprend alors que l'engin réagit à la présence des spectres.


" Il n'est plus à côté de toi. " fait le trentenaire en regardant autour de lui, les yeux plissés.


" Je vois ça, ouais, mais il reste tout près. Tu arrives à le voir quelque part ? " répond son ami en scrutant la pièce à son tour.


Et d'un coup, tout le monde les imite.


Même Annaëlle, qui repère très rapidement la fillette qui s'est approchée d'Alice. L'adolescente ne la voit pas mais semble au moins percevoir sa présence glaciale car elle se frotte les bras et aspire l'air entre ses dents, comme prise d'un violent frisson.


Annaëlle détourne aussitôt le regard. Ses yeux croisent ceux de Clarence.


" Tu vois quelque chose ? " demande-t-il d'un ton doux, presque à mi-voix, comme s'il avait enfin compris qu'Annaëlle ne souhaitait pas annoncer au monde entier ce dont elle est capable.


Mais cette simple question suffit à ranimer l'étincelle de colère de Noah, qui se déplace pour se glisser entre les deux jeunes gens, levant le menton et bombant le torse pour donner l'illusion qu'il dépasse Clarence en taille - alors qu'il mesure près de dix centimètres de moins.


" Laisse ma sœur tranquille, toi. Elle n'a rien à voir avec des tarés dans ton genre. "


Honteuse du comportement de son petit frère, Annaëlle envoie un léger coup de pied à l'arrière de la jambe de ce dernier pour lui intimer d'arrêter ses bêtises. Il se retourne, agacé.


" Quoi ? "


" Depuis quand on parle comme ça aux gens ? " le rabroue-t-elle, sourcils froncés. " Tu es extrêmement malpoli, là. "


" Et je n'en ai absolument rien à carrer. " rétorque Noah d'un air mauvais et impatient. " Si papa et maman savaient que tu traînes avec des gens qui t'enfoncent dans tes délires ... Pas étonnant qu'ils m'aient appelé tout à l'heure pour me signaler ton retour et me demander de les prévenir si je te voyais. Ils ont compris que tes hallucinations étaient revenues et maintenant je comprends pourquoi. "


C'est une pierre lestée de plomb qui tombe dans le fond de l'estomac d'Annaëlle comme elle coulerait à pic dans la mer. Pendant quelques belles minutes, elle avait pensé que Noah avait changé, que son éloignement lui avait ouvert les yeux sur son comportement envers elle, sur sa nécessité de changer ... Découvrir qu'il n'en est rien est plus douloureux que tout.


Les larmes aux yeux et le menton tremblant, Annaëlle s'éloigne de Noah et du reste du groupe, se rapprochant de l'arche et du hall, souhaitant montrer par là qu'elle n'a qu'une seule envie : se tirer au plus vite.


" Des hallucinations ? " répètent alors Clarence et Léo d'une même voix, les yeux plissés, avant d'échanger un regard surpris.


Mais c'est Clarence qui poursuit sur sa lancée, après avoir lâché un petit rire témoignant de sa stupéfaction :


" Tu crois qu'Annaëlle fabule ? Sérieusement ? "


Cependant, il ne va pas plus loin, interrompu dans sa lancée par ses deux amis qui reviennent vers eux.


Annaëlle remarque à ce moment-là que le fantôme de la fillette à quitter la pièce, laissant Alice, Bastien et l'adolescente aux couettes dans une discussion connue d'eux seuls. Elle espère que le sujet de leur échange est de quitter au plus vite le domaine. De toute façon, la petite Sarah n'est, de toute évidence, pas dans la maison, sinon, il y a longtemps qu'elle aurait rappliqué avec tout le tapage qu'ils faisaient.


Et il valait mieux se carapater avant qu'autre chose ne soit attiré par le bruit, une chose potentiellement plus dangereuse qu'une simple gamine un peu curieuse.


Annaëlle dévisage ceux avec qui elle est venue, un à un, tentant d'établir un contact visuel avec au moins l'un d'entre eux afin d'avoir la possibilité de tenter d'envoyer un message subliminal au premier qui croisera son regard. Mais les trois ados près du sofa ne lui prêtent aucune attention, et Amir et Léo discutent entre eux alors que son frère est encore en train de régler ses comptes avec Clarence.


La jeune femme soupire et recommence à jouer avec son nouveau bracelet.


Elle a passé suffisamment de temps comme cela dans le manoir. Elle veut partir. Tout de suite, de préférence. Mais elle ne se sent aucune légitimité à annoncer à tous une retraite immédiate. Alors, elle attend. Quelqu'un finira bien par la remarquer, non ?


Pour passer le temps, elle laisse ses oreilles traîner du côté de l'affrontement qui oppose Noah à Clarence. Le premier soutient sans démordre qu'Annaëlle est malade, victime des tours que lui joue son cerveau, diagnostiquée depuis des années par une doctoresse bardée de diplômes, tandis que l'autre la défend becs et ongles, soutenant sans faillir que son don est véritable, ses visions réelles et que ne pas la soutenir est un manque flagrant et cruel de filiation fraternelle au-delà de toute compréhension.


Quelle sensation étrange, et bizarrement réconfortante, de voir une personne rencontrée seulement quelques jours plus tôt la défendre avec autant de vigueur. Ce qui lui fait se poser quelques questions d'ailleurs : comment peut-il être certain qu'elle dit vrai ? Qu'est-ce qui le pousse à la croire sur parole quand tous les autres la prennent pour une folle ?


Un peu malgré elle, Annaëlle laisse son regard errer du côté de l'homme aux mêmes capacités indésirables qu'elle. Est-ce sa seule existence qui convainc Clarence qu'il existe bel et bien des gens capables de voir des choses que les autres ne voient pas ? Ce qui expliquerait d'ailleurs qu'il ait si bien pris les choses lors des évènements en lien avec Lucille.


Interrompant le cours de ses pensées, les yeux d'Annaëlle croisent les iris noirs du trentenaire. Sa conversation se termine avec son ami et il s'avance vers elle, son attention ayant dérivé vers ses mains avec lesquelles elle n'a pas cessé de jouer. Puis, arrivé à son niveau, il tend la main vers ses poignets et les monte à hauteur de ses yeux, plissés pour mieux voir dans la pénombre du hall, à peine éclairé par la lampe du salon.


" Pierre de sel, améthyste, shungite et péridot, n'est-ce pas ? " fait-il avec assurance, inconscient d'avoir presque parlé chinois pour la jeune femme.


" Pardon ? "


" Les pierres qui forment ton bracelet. " précise-t-il en lui rendant ses mains. " Ce sont leurs noms. Tu l'ignorais ? "


Annaëlle baisse son regard sur les couleurs qui se distinguent à peine.


" Il était à ma grand-mère, il vient tout juste d'entrer en ma possession. " explique-t-elle, en se demandant où l'homme veut en venir.


" C'était elle la médium avant toi alors ? Et elle ne t'a pas expliqué à quoi servent les pierres ? "


Annaëlle fronce des sourcils, de plus en plus perdue. Ce que le trentenaire semble remarquer. Alors il glisse une main sous le col de sa chemise immaculée et tire sur un collier. Il utilise son téléphone pour apporter plus de lumière et lui montrer qu'il est constitué des mêmes pierres que son bracelet.


" Ces quatre minéraux ont la facultés d'amoindrir les effets dû à la présence des esprits. Aucun médium digne de ce nom ne se balade sans leur protection, sauf à vouloir vivre un enfer permanent. "


Les mains d'Annaëlle retrouvent leur place sur son bracelet alors que le trentenaire remet son collier à sa place, de nouveau invisible aux yeux de tous. Elle joue avec les pierres, les fait tourner entre ses doigts, son esprit remontant le fil des dernières minutes. A la lueur des toutes nouvelles informations qui viennent d'entrer en sa possession, elle comprend pourquoi elle ne ressentait plus les frissons et les nausées habituelles depuis son entrée dans la maison. Les pierres, héritage de sa bien-aimée mamie Jeanne, l'ont protégées.


" C'est quand même bizarre que tu ne sois visiblement au courant de rien. " poursuit l'homme. " Pourtant, tu t'es forcément liée à ton totem. Alors, je ne comprends pas pourquoi personne ne t'a appris les bases. Qui a mené la cérémonie ? Tu avais quel âge ? "


Aux yeux ronds qu'affiche Annaëlle, impossible de s'y méprendre : le trentenaire aurait pu parler dans une autre langue que le résultat aurait été le même. Elle n'avait aucune idée de quoi il parlait. Un totem ? Une cérémonie ?


Hein ?


Mais leur discussion ne peut se poursuivre. Le groupe qui accompagne Annaëlle apparaît soudain sous l'arche les séparant du salon, signe que quelqu'un à visiblement décrété qu'il était temps de partir. Tant mieux. Cette soirée commençait à prendre une tournure beaucoup trop bizarre.


" Il est grand temps pour nous d'aller dîner. " annonce Noah d'une voix puissante, en tête de fil. " Laissons ces types travailler. "


L'emphase que met son frère sur le dernier mot n'échappe pas à Annaëlle, bien qu'elle ne comprenne pas vraiment de quoi il parle. Mais Noah s'empresse d'éclairer sa lanterne :


" Il disent qu'ils sont des chasseurs de fantômes. Apparemment, leur job, c'est de virer les morts qui s'installent un peu trop définitivement dans certaines baraques. "


Puis, en arrivant à hauteur de sa sœur, il ajoute d'un ton un peu plus bas, sans doute pour qu'il ne soit audible que d'elle :


" Je pensais pourtant que c'était toi la plus dingue. Faut croire que j'avais tort. "


Mais les mots n'atteignent pas Annaëlle. Après la déception de tantôt, elle a remis son armure en place, décidée à ne plus laisser Noah la blesser, comme il arrive si bien à le faire depuis aussi loin qu'elle s'en souvienne, à l'instar du digne représentant de leur famille qu'il est.


Alors que tous les amis de Noah la dépassent pour s'approcher de la porte d'entrée, elle croise les regards d'Amir et de Léo, qui éclairent leur chemin à l'aide de leurs téléphones. Pitié et tristesse teintent leurs prunelles. Ça fait presque plus mal que les paroles de son frère.


La jeune femme emboîte le pas du dernier de la file, au moment où elle entend Noah actionner la poignée.


" Annaëlle ? "


Elle se retourne à l'appel de Clarence, resté à l'entrée du salon.


" J'aimerais qu'on reste en contact. C'est possible ? "


Elle ne répond pas. Pas le temps pour ça. Dans son dos, elle entend Noah qui crie en relâchant la poignée violemment :


" C'est quoi ce délire ! Pourquoi vous avez verrouillé la porte ? "


" Calme toi Noah. " tente alors tout de suite de l'apaiser Bastien en posant une main sur son épaule. " T'es un peu trop tendu là, respire. "


Cela semble fonctionner. Puis, Clarence s'avance vers eux et dit :


" On a rien verrouillé. La porte est ouverte. "


Alors Noah explose.


" Je te dis qu'elle est fermée, putain ! "


Alors que le garçon s'enflamme et que Bastien et Alice cherchent à le calmer, Léo et Amir s'avancent pour tenter d'ouvrir la porte à leur tour. En vain.


Dans son dos, Annaëlle entend de nouveau le drôle d'appareil du barbu se mettre à biper. Elle se retourne pour le voir quitter le salon et les rejoindre, les yeux rivés sur son engin qui sonne de plus en plus fort à mesure qu'il s'avance.


" Inutile de vous exciter sur la porte comme ça. Vous n'arriverez à rien. "


Il quitte son appareil des yeux pour faire peser son regard noisette sur chacun d'entre eux avec beaucoup de curiosité et un soupçon de peur.


" Apparemment, il y a quelqu'un ici qui n'est pas d'accord avec l'idée que vous vous en alliez. "


 


 

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