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Notes d'auteur :

Et on se retrouve avec Violette sur le thème Expert, j'ai totalement changé de style et je me suis aventurée dans d'autres contrées, j'espère que ça vous plaira !


Bonne lecture à vous !

 

Parce qu’il y a certainement un problème quelque part pour que les années passent et que ses histoires soient toujours aussi pathétiques.

Alors un jour, elle va voir un "expert de l’amour". Ils se sont beaucoup développés récemment, dit-on, les résultats sont excellents, dit-on encore, et peut-être est-elle à ce point désespérée pour essayer. En tout cas, elle n’a plus rien à perdre.


« Mademoiselle...

— Non, madame.

— Vous avez un gros cœur, avec des petits trous dedans, et quelques cicatrices. Il faudrait l’opérer.

— N’y-a-t-il pas d’autres options que l’opération ? De quelle maladie suis-je atteinte ?

— De l'une des pires qui existe. Vous êtes incapable de trouver le bonheur en amour, même s'il était sous vos yeux. Vous refusez de vous respecter. Vous êtes détériorée à l'intérieur. En outre, vous avez tendance à tout ingurgiter en dedans, ce qui fait continuellement souffrir votre cœur. Bientôt, il pourrait cesser de battre.

— Alors opérez-moi. Mais ça ne changera rien au fait que je suis foutue. Et tout recommencera. Encore et encore. Vous ne réglez que les conséquences. Je pensais que vous m’apporteriez une solution.

— Je n'en ai pas.

— Aucune ? Même pas de recommandations ? »


Violette sent la panique l’envahir. Si même l’expert ne peut pas l’aider... Violette va défaillir.

Pendant ce temps, l’expert, très pragmatique, réfléchit. Il sort un tableau sur lequel il dessine des tonnes de schémas, engendre des calculs, efface et recommence.


«  Peut-être, mais c'est très risqué… Peut-être pourriez-vous apprendre à vous distancier des personnes que vous aimez, à ne pas laisser reposer votre santé sur les épaules d’un seul être, c’est beaucoup trop lourd à supporter. Peut-être pourriez-vous apprendre à doser vos sentiments. Apprendre à doser, tout simplement. Et faire la différence entre les rêves et la réalité.

— D’accord. Comment fait-on ?

— Je peux vous indiquer des médicaments. Très efficaces, avec un taux de réussite à 79%. Sinon, c’est un mode de vie. C’est se faire violence pour ne pas craquer, c’est sortir de sa tête quand l'esprit s’emballe, c’est… compliqué, ça peut également nécessiter une opération, si vous souffrez trop.

— Si je comprends bien, reprend Violette, je dois me faire opérer dans tous les cas. Ou souffrir. Il n’y a aucune autre option.

— Nos cliniques proposent des opérations de plus en plus sécurisées.

— Et, après ça, je pourrais aimer correctement ? Et je serai aimée en retour ?

— Oui, à 87%. Votre dossier est bon.

— Mais l’amour ?

— Comment ça, l’amour ?

— On peut le réparer et le rendre meilleur avec ces opérations, pour qu’il puisse ensuite fonctionner comme avant ? Alors il ne dépend que d'interventions extérieures ? Que d'une performance cardiaque optimale ?

— En grande majorité, oui. Mais, je vous le disais tout à l'heure, il y a aussi la possibilité de travailler sur vous : c'est plus compliqué et la plupart de nos patients choisissent l'opération.

— Monsieur, vous qui en êtes un expert, que comprenez-vous de l’amour ?

— L’amour est une énigme pour beaucoup d’entre nous. Nous commençons seulement à le quantifier et l’analyser. Il réside encore beaucoup d’inconnues. Je peux vous dire qu’il est propre à chaque personne. Et je peux vous assurer qu’avec un cœur amélioré, vous n’aurez plus à autant souffrir. Il sera donc plus simple, pour vous, de vous engager.

— Promis juré ?

— Je le jure sur le serment d’Hippocrate qui m’a baptisé. »


Violette hésite. Elle veut réparer son cœur plus que tout au monde, en même temps elle l'aime abîmé, en même temps elle n'a jamais cru aux réparations physiques qui pouvaient améliorer un comportement. Sera-t-elle capable d'aimer les bonnes personnes après cela ? De s'ouvrir, de ne plus se braquer, se bloquer, de ne plus avoir peur ? De ne plus être stupide, en manque perpétuel d'affection, égocentrique et naïve ?

Elle venait dans ce lieu pour être guidée mais, comme disait son ancien psy, ne pas attendre d'un expert qu'il soit metteur en scène.


«  Alors, signez-vous les papiers ?

— J'ai besoin d'un temps de réflexion.

— Bien entendu. Pour indication, l'opération coûte environ 1000 euros. La séance d'aujourd'hui sera de 160 euros.

— Tout de suite. »

Elle paie ce qu'elle lui doit et s'en va. Elle ne reviendra pas.

Elle part en courant, traumatisée par son refus, par l'idée d'être opérée, par le fait d'être condamnée, par cette expérience.

Elle préfère souffrir encore que de régler médicalement un problème sémantique. (Mais peut-être est-elle folle)

Elle court dans un café pour tenter d'oublier cette entrevue et que son cœur déconne et qu'elle est foutue.

 

 

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