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TW pour violences conjugales

ACTE DERNIER

SCÈNE 12

Chambre de SAMEEHA

 

Les serviteurs viennent de partir à l’arrivée du maître, la chambre est en désordre, SAMEEHA, en tenue d’intérieur, est ébouriffée et essoufflée.

 

SAMEEHA. — Alors, Fadil ? J’imagine que je ne peux plus rien faire !

FADIL. — Tu as bien de la chance que je ne te répudie pas après toutes tes manigances !

SAMEEHA. — Me répudier ? Après toutes ces années !

FADIL, hurlant. — Tais-toi ! Je sais très bien que tu es allée voir des marabouts ! Tu as osé jeter des sorts contre moi ! CONTRE MOI ! Ton mari devant Allah ! Tu as mis les serviteurs, MES serviteurs dans ta poche pour les liguer contre moi ! SOUS MON PROPRE TOIT tu as apporté l’opprobre, les malheurs, la malice, la magie !

 

Silence. Il cherche à se calmer.

 

FADIL. — As-tu une seule idée de la conséquence de tes actes ? Pour quoi tu me fais passer ? Alors que tu me dois tout, TOUT Sameeha ! Tu me dois ta sécurité, ta nourriture, le toit au-dessus de ta tête, tous tes bijoux… Car je t’ai épousé Sameeha, et à partir de ce moment-là tu savais que j’allais bien m’occuper de toi, que j’étais riche, Sameeha. Et c’est comme ça que tu me remercies ? Tu déchires tes vêtements de rage, tu fais tomber ton armoire pour un caprice ? 

SAMEEHA, elle pleure. — Mais j’ai été une bonne épouse ! J’ai tout fait pour toi, je t’ai donné de bons enfants, ils sont beaux, bien élevés, je n’en ai perdu aucun. Allah ister ! Pourquoi me fais-tu ça ?

FADIL. — Je ne te fais rien du tout ! Je t’ai déjà dit que notre vie resterait inchangée. La concession est grande, tes appartements, ta chambre, sont immenses, entourées de tes servantes et de tes enfants, tu n’auras presque pas à la voir !

SAMEEHA, s’approchant. — Mais enfin, dis-moi ce que je dois faire…

FADIL, s’emportant à nouveau. — RIEN ! Accepter ce que je te dis, et me remercier ! Surtout me remercier ! Sans moi tu n’es rien, pendant presque vingt ans tu as été mon unique femme : c’est déjà beaucoup trop consacrer à une seule femme ! Allah m’en autorise quatre. Si jamais, tu m’entends, SI JAMAIS j’apprends que tu manigance encore. Que les serviteurs sont retournés voir des marabouts, que tu ajoutes je ne sais quelles plantes dans mon eau et dans ma nourriture, non seulement tu seras punie, mais tu retourneras chez ton père ! Je te répudierai ! La jalousie n’est pas affaire de femme.

 

SAMEEHA sanglote, et d’une voix douce :

 

SAMEEHA. — Je préfère la mort que le partage.

FADIL. — Que dis-tu ?

SAMEEHA, elle pleure, elle hésite. — Rien.

FADIL, s’approche de quelques pas, menaçant. — Qu’as-tu dit ?

SAMEEHA, les yeux baissés. — Que j’éprouve beaucoup de sentiment pour toi, je t’aime, comme je chérie notre famille et…

FADIL. — Pas un mot de plus ! Tu es très proche de prendre la porte, alors si tu ne veux pas être comme ces pauvres femmes, même plus femmes, ombres répudiées, tu vas m’écouter. Et je t’assure que si je te fais passer cette porte, de grès où de force, tu ne verras plus jamais ces enfants que tu dis tant aimé. Et si tu m’aimais tant, tu t’assurerais de faire le bonheur de ton mari ! L’aimer, c’est l’écouter !

 

Comme elle ne le regarde toujours pas, il l’attrape et la secoue.

 

FADIL. — Regarde-moi ! Tais-toi et regarde-moi ! Je suis fou de rage, littéralement fou de rage ! Et j’ai le droit de te battre, Sameeha. Si je le veux, je le peux, personne ne viendra te plaindre. Je sais que tu as vendu tes bijoux pour aller acheter des sorts, des onguents, des potions. Compte sur moi pour ne jamais les remplacer. C’est une pauvre punition comparée à ta malice ! (Il la lâche.) Alors, écoute-moi bien. Tu vas faire ce que je te dis : je souhaite que, dès demain tu seras la daada-saare, alors sois avenante, c’est à toi que revient de faire régner l’harmonie dans cette maison ! Alors tu l’accueilleras bien, tu lui présenteras la concession, et tu t’assureras qu’elle soit bien installée !

 

SAMEEHA sanglote toujours, ne le regarde plus.

 

FADIL. — C’est bon ? Autre chose ?

SAMEEHA. — Je vous souhaite un beau mariage. Qu’Allah vous protège.

FADIL. — Bien. Je préfère ça.

 

Il part. SAMEEHA sanglote toujours, yeux baissés. Noir.

 

FIN

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