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Notes :

J'ai eu une envie dévorante d'écrire en utilisant divers tableaux et sculptures comme prompt, rien de forcément long à chaque fois, mais une petite exploration d'une oeuvre en particulier à chaque chapitre. Parfois sous forme de vignette, ou d'histoire complète, parfois inspiré par le contenu et parfois par la vie de l'artiste. Bref, ça devrait être assez varié !

Notes d'auteur :

Et pour la première oeuvre, voici "Las Meninas" de Velázquez !


 


Las Meninas

Ce tableau n'était pas un tableau, non plus qu'une porte ouvrant sur une époque révolue, ou une fenêtre nous laissant entrapercevoir l'espace d'un battement de cil la vie d'une infante à la cour de Madrid.

C'était un labyrinthe.

Une énigme.

 

S'il était imposant, il ne m'imposait rien ; plutôt il me happait et j'y tombais le cœur en avant, perdue entre les reflets, les regards, les ombres, les lumières, et Nieto, là-bas au fond qui soulevait une lourde tenture sur une clarté éblouissante, m'invitant à le suivre.

La blonde infante, si droite, si rigide du haut de ces cinq petites années, jouait si bien le rôle du personnage principal qu'elle parvenait à nous faire croire qu'elle l'était, mais elle mentait.

C'était moi, le personnage principal.

Moi, la Reine.

Ou moi, le Roi.

 

Moi qui regardait la petite fille, ma petite fille, entourée d'une cour minuscule, taillée pour son envergure. 

Moi qui observait Velázquez faire un pas en arrière pour mieux apprécier la ressemblance, ou l'impression de ressemblance matinée de flatterie de tout bon portraitiste, entre son œuvre et mon visage.

Moi dont les figures, celle de la Reine et celle du Roi, se reflétaient dans le miroir derrière l'infante.

Moi que Nieto attendait, là bas, à l'entrée du couloir.

 

Je n'avais jamais été peinte avant. Je n'avais été le sujet d'un tableau, ou la Reine d'un royaume. Drôle de sensation. Ma nuque se tend sous le poids de la couronne. Ici, pour quelques brèves heures, j'oublie le soleil qui mêle le blanc de craie du ciel au blanc de craie des murs de Madrid, j'oublie les complots et les milliers d'âmes qui reposent sur mes épaules. Je laisse l'odeur de la céruse, du vermillon et des huiles envahir mon crâne et le pinceau courir le long de ma nuque.

Peut-être que Velázquez s'était moqué de moi, et que le vrai centre du tableau était lui-même. Le cœur palpitant juste là, à gauche de l'infante, l'artiste qui connaissait les secrets des regards, du bleu, des contrastes et des ombres, celui qui avait composé ce point de vue absurde, où le sujet de l’œuvre devenait aussi son spectateur. Peut-être jouait-il de ma vanité avec la sienne.

Et que dire de Nieto, qui ne cessait de happer mon regard ? Pourquoi, s'il n'avait aucune importance, lui accorder autant de lumière qu'à l'infante ?

Où menaient les lignes de fuite, qui devais-je regarder, qui importait ?

 

La lumière m'éblouit.

 

Mes pieds étaient bien posés sur le carrelage froid du musée du Prado,

D'ici, je voyais bien la joue de l'infante, repeinte longtemps après la mort de Velazquez lorsque Las Meninas avait survécu à une incendie, et la croix rouge sur le torse du peintre, rajoutée plusieurs années après que le tableau ait été fini.

 

La toile n'était plus qu'une surface plate de laquelle j'étais ressortie sans en saisir le sens.

Elle m'avait avalée, examinée et recrachée, sans trahir son secret.

 

 

 

Note de fin de chapitre:

Voilà, j'espère que ce premier OS vous a plu !

Si le tableau vous intéresse je vous conseille fortement de lire sur le sujet, je n'ai fait que survoler les raisons qui font qu'il est si connu dans l'histoire de l'art qvec son jeu sur le POV, qui est une première pour son époque. Le point de vue adopté et toutes les interprétations qu'il a provoquées sont super intéressantes ! Je l'avais même étudié en philo haha !

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