Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes :

Bonjour à tous et à toutes ! Ceci est un texte écrit pour la quatrième épreuve d'immunité (textes originaux) du concours de Koh-Lant'HPF, organisé par Catie et Omicronn sur le forum.

Bonne lecture !

Notes d'auteur :

Épreuve 4 - Immunité - Dixit Style

Consignes générales :
- S'inspirer de cette carte extraite du jeu Dixit (Auteur : Jean-Louis Roubira, Illustratrice : Marie Cardouat). Tous les éléments doivent être obligatoirement présents et avoir une certaine importance (cf. notes de fin*).
- Écrire en boule de neige sur 200 mots ("Doucement (...) sur l'archet.")
- Entre 500 et 2000 mots (1403 selon ce compteur)

Contraintes personnelles :
- Sprint (2) : Écrire et poster en trois jours (avant le lundi 14 juin)
- Langage (3) : Un personnage doit s’exprimer dans une langue étrangère

Par ailleurs, je dispose d'une liste avec :
- 1 mot obligatoire : improvisation
- 8 mots interdits : (commandement, organisation, feu, endurance), soins, travail en équipe, lance, camion

Avec émotion, Alessia dépose l’archet contre les cordes de la contrebasse, amorce un lent mouvement, et laisse la première note lui souffler les suivantes. Son geste est sûr. Elle ne regarde ni le pupitre ni les portées devant elle ; elle n'en a pas besoin. Tout est parfaitement clair dans son esprit, dans sa mémoire, dans ses mouvements. Il n’y a pas de place pour l’improvisation.

Ce morceau, elle le connaît déjà par cœur. Elle l’a tant joué, tant de fois répété… Elle s’en est tué les doigts, les mains, et la tête pour qu’il s’imprime dans le naturel de ses gestes. Elle en a pleuré, travaillé jusqu’au milieu de la nuit pendant plus de la moitié de sa vie. Elle en a sacrifié des amis et sa jeunesse aussi. Elle en sourit, maintenant, parce qu’elle n’a jamais rêvé que de ce moment, à l'aube de ses trente ans. Parce que tout le reste n’importe plus. Elle n’entend que la voix grave de son instrument et son cœur battre la mesure.

Aujourd’hui est son moment. Elle est la soliste de ce concerto. Tous les yeux seront bientôt braqués sur elle. Peut-être le sont-ils déjà ? Ils ont passé trois heures à l’apprêter dans les loges, ont orné son cou d’un collier de perles qui coûte plus cher que l’ensemble des instruments de l’orchestre réunis. Ils ont relevé ses cheveux en un chignon élaboré en minant son cuir chevelu de barrettes raides et pointues. Ils ont laissé une mèche de ses cheveux noirs et intenses tomber en cascade sur sa joue droite. Elle se sent belle, véritablement belle. Elle ne peut s’empêcher de songer que les autres musiciens font probablement pâle figure à ses côtés. Elle est la plus resplendissante de l’orchestre. Le drapé de sa robe se confond presque avec le manteau d’arlequin. Elle ne fait qu’un avec la salle, avec le public, avec le monde. Elle brille. Véritablement. Elle étincelle de bonheur et de talent. Les perles autour de son cou prennent la lumière des projecteurs. Son sourire également. Mais ce n’est rien à côté de la contrebasse entre ses doigts.

Doucement. Tout doucement. Le crin glisse. Il caresse les cordes. Celles-ci tiennent l’accord. Leurs vibrations ont empli la table. Le son amplifié gagne progressivement la salle. Le public retient son souffle, Alessia son excitation. Son mouvement est souple, elle est tendue comme jamais. La musique est partout mais surtout entre ses deux mains. Aujourd'hui pas de droit à l'erreur, pas d'imprécision. Elle ramène lentement l'archet contre elle le temps d'un silence. Alessia retient son souffle et devant elle, dans le public, grandit l'excitation. Le chef d'orchestre abaisse lentement sa baguette, c'est le moment — son moment. Elle se penche en avant et pince de sa main libre la corde de . Le champ de visages rêveurs qui fleurit devant elle est peut-être sa plus belle récompense. Elle tremble d'émotion mais aussi d'amour de la musique, de la scène, de la vie. S'il y a un endroit et une époque où elle devait vivre, ce sont bien ceux-là. Alessia n'a peut-être jamais vécu que pour ça, elle aimerait que ce moment ne s'arrête jamais. Elle raffermit la prise de son pouce dans le creux du talon, appuie d’autant plus fort sur l’archet…

Soudain, c'est fini. Sans qu’elle ne comprenne pourquoi, elle éclate en sanglots. Des sanglots lourds qu’elle ne peut réprimer. Qui se déversent dans la fosse. La salle se soulève comme une seule vague ; c’est l’émotion qui déferle. Elle a l’impression d’être seule sur scène. D’être seule au monde. Seule dans la douche de lumière qui lui va si bien.

La lumière lui va si bien.

Les félicitations pleuvent. Les bouquets de fleurs colorés et odorants avec eux. Elle hume le succès qui se répand sur les planches brillantes de bois de poirier. Ses yeux sont gorgés de larmes et son cœur de bonheur.

Bravissimo!
— Fantastique !
Thank you so much!
Guardaci!

Ses yeux sont attirés sans qu’elle ne s’explique pourquoi par deux enfants blonds, seuls, dressés dans la foule. Il lui semble que ce sont eux qui ont parlé italien. Le garçon plus précisément. Il la regarde, ses yeux bleus plantés dans les siens. Il semble essayer de lui parler, de lui dire quelque chose… mais sa voix est cette fois-ci recouverte par les applaudissements sonores de la salle. Alessia vacille. Pour la première fois, elle se rend compte que l’ovation la met mal à l’aise. Parce que le son de la contrebasse ne couvre plus les bruits environnants, elle se rend compte à quel point ils lui sont insupportables.

Elle ferme les yeux un instant, pour reprendre contenance. Elle les rouvre.

La douche chaleureuse et rassurante n’est plus là.

C’est la douche froide.

Sous ses pieds, les planches brillantes ont laissé place à un plancher grinçant, rongé par le temps et les bêtes. Les fleurs jetées par le public ont perdu de leurs couleurs. Elles ont comme fané contre son mur où un hideux papier peint fleuri, vert et décrépit, se décolle par endroits. Les élégants drapés de velours rouge ont laissé place à un mince rideau, à peine opaque, qui doit offrir à ses voisins le plus triste des vis-à-vis. Les gouttes de pluie battent la mesure contre le carreau crasseux de sa chambre de bonne. Les rats l’acclament derrière les plinthes.

Alessia raffermit la prise sur la contrebasse. C’est la seule chose qui lui semble encore bien réelle. Qui ne lui échappe pas encore.

Elle ne comprend pas. Ou plutôt ne veut pas comprendre. Sur sa table de nuit – qui fait office de table tout court – il y a trois vieilles perles. Elles ont perdu de leur éclat, si elles en ont eu un jour… Elle n’est pas sûre que celles-ci soient des vraies. Elle n’est pas sûre d’en avoir déjà vu, d'ailleurs. À côté des perles, un cadre photo avec deux enfants : un petit garçon et une petite fille. Alessia vacille. Elle se rappelle. Ou plutôt : elle comprend qu’elle devrait se rappeler. Depuis combien de temps est-elle ici ? Depuis combien de temps ne les a-t-elle pas vus ?

Elle a compris. Elle a compris maintenant, comme à chaque fois.

Le spectacle est terminé.
Le silence l’a accueillie.
La réalité lui est insupportable.

Le fantasme a volé en éclats, parce qu’elle est arrivée au bout du morceau.

Alessia relève les yeux vers la vieille partition placardée contre le mur à l’aide d'une grosse épingle à cheveux. Le mur semble tellement humide qu’il ne doit pas y avoir opposé beaucoup de résistance. Sur le feuillet, il y a un morceau qu’elle ne connaît que trop bien. Son morceau. Le concerto pour contrebasse. Elle serre l’instrument contre son cœur et colle son nez contre la partition. À la fin de la toute dernière portée figure une indication familière.

« D.C. »

Da Capo.

La partition l’invite à reprendre le morceau. Elle sait au fond d'elle que cette musique n’est pas destinée à être jouée éternellement. Elle sait qu’une seule répétition de l’ensemble suffit. Elle l'a appris, autrefois. Elle ne sait plus quand. Elle s’en fiche un peu, maintenant.

Da Capo.

À la fin de la dernière portée, le compositeur a décidé de l’inviter à recommencer. Alors elle recommencera. Tant qu'elle aura la force, elle rejouera. Elle reprendra le morceau depuis le début et elle oubliera à nouveau la peine, à nouveau la solitude, à nouveau la douleur dans le bas de son dos. Elle oubliera tout jusqu’à la prochaine ovation de la pluie battante ou des nuisibles dissimulés dans les recoins de son appartement.

Da Capo.

Avec émotion, Alessia dépose l’archet contre les cordes de la contrebasse, amorce un lent mouvement, et laisse la première note lui souffler les suivantes. Les cheveux blonds et grisonnants qui formaient un voile triste devant ses yeux se muent en une cascade de cheveux noirs et intenses sur le côté droit de son visage.

Que le spectacle continue.
Note de fin de chapitre:
"Bravissimo!" : Bravo ! (mais genre un gros bravo)
"Guardaci!" : Regarde-nous !
*Pour rappel, tous les éléments de la carte devaient être présents et avoir une certaine importance. Je peux maintenant vous les énumérer plus tranquillement. La plupart sont importants parce qu'ils permettent (ou trahissent, selon le point de vue) le fantasme d'Alessia :

- une femme (la jeune musicienne brune ≠ Alessia)
- une contrebasse et son archet (élément qui fait le lien entre les deux réalités ; la contrebasse est aussi surnommée la "grand-mère", ce qui fait aussi un clin d'œil au véritable âge d'Alessia)
- des planches et des plinthes (la scène en bois de poirier de la salle de concert ≠ le vieux parquet de la chambre de bonne avec ses planches et ses plinthes branlantes)
- un papier peint fleuri (les visages qui fleurissent + les fleurs jetées par le public à la fin du concert ≠ la tapisserie décrépite de la chambre de bonne)
- deux petits personnages (deux enfants présents dans le public ≠ les enfants dans le cadre photo sur la table de nuit)
- un collier de perles (le collier prêté pour le concert ≠ les perles abîmées sur la table de nuit)
- une robe (celle qu'elle porte pendant le concert ≠ qu'elle ne porte pas dans la réalité)
- une barrette (qui maintient le chignon du concert ≠ qui maintient la partition contre le mur)
- une portée de musique (sur le pupitre pendant le concert ≠ sur la vieille partition contre le mur, c'est la mention "D.C." qui y figure qui ramène Alessia à reprendre le morceau à à chaque fois)
Pour cette dernière épreuve en équipe, je suis prise de nostalgie. Parce que voilà : c'est la réunification. Et qui dit réunification dit plus d'équipe ! J'aimerais remercier du fond du cœur toute l'équipe jaune pour les deux mois et demi qui viennent de s'écouler (que ce soit pour tous ces moments partagés avec vous ou encore pour cette entraide de dingue qui poussait toujours plus vers le haut). Merci Aleyna, merci Juliette, merci Ella, merci Seonne, merci MG, merci Cachou (et merci aussi Bella !)
Merci à vous aussi, lecteurs, d'être arrivés jusqu'ici. En espérant que cette lecture vous aura plu !
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.