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Notes :

 

 

Notes d'auteur :

Bonjour,

Voici les contraintes demandées cette semaine pour cette histoire.

 

Nous nous retrouvons cette semaine pour une épreuve… sportive ! Les règles sont plutôt simples, votre histoire ne doit pas se dérouler sur terre. Qu’elle soit sous l’eau, dans le ciel, sur une autre planète ou sur une autre galaxie, vous avez quartier libre, faites nous voyager.

Et ce n’est pas tout, sinon ça ne serait pas une épreuve de KLHPF :mg: Vous devrez également insérer un sport de 6 lettres ou plus (si si, on vous jure il y en a !) sous la forme suivante : les lettres du sport choisi devront constituer la première lettre de chaque phrase d'un même paragraphe : JOUTE NAUTIQUE (sport du XVIIème siècle selon wikipédia).

Sentimentalisme et langage :

Un personnage doit s’exprimer dans un langage de charretier (langage 1) : langage de Louis, le galérien.

Insérer (au moins) quatre sentiments différents (sentimentalisme 3) : ennui, aimé, lasses, inquiétude, encouragent, déterminée, motivation.

 

Pour un baiser, il s'est retrouvé là.

Sous un soleil de plomb, Ambroise est enchaîné au banc de nage de tribord avec un esclave turc* à sa gauche, qui ne parle pas un mot de français, Louis à sa droite, un des derniers galériens de métier, un bonevoglie* à moitié aveugle, mais avec des avant-bras gros comme ses cuisses, et à la droite de Louis, quatre autres esclaves turcs qui ne décrochent pas un mot. Tout ce qu'il a compris de celui qui est à sa gauche est qu'il s'appelle Farouk. Et Farouk est incapable de prononcer le nom d'Ambroise et l'appelle Ambraz. C'est le chef du banc, solide, qui encourage tous ceux qui sont à sa droite de mots qu'Ambroise ne comprend pas.

Louis n'arrête pas de parler, ne s'arrêtant que quand il rame. Mais dès qu'il a retrouvé son souffle, il parle tout le temps, mais cela n'ennuie pas Ambroise, au contraire. Il a besoin de penser à autre chose que ce qu'il fait à longueur de journée. Les épaules de Louis sont tellement musclées qu'elles en effleurent presque ses oreilles. Louis est un bœuf.

« Je te le dis, Ambroise, cause pas trop avec les turcs. On dit que certains ont bouffé des gens, t'imagines ? Un instant où tu rêves, et t'as un couteau planté dans le bide. Tu t'imagines, avec un couteau dans le bide, Ambroise ? Et de la bouffe pour poiscaille que tu deviens... »

Non, Ambroise ne s'imagine pas avec un couteau dans le bide, parce que depuis le temps qu'il est sur la Patronne, il en a vu des galériens crevés balancés par-dessus bord. Ambroise, il n'a jamais aimé la mer, en plus, ni même une baignade dans un lac. Une dizaine d'années de galère, ça, il l'a jamais voulu. Tout ça pour un baiser qu'une jolie fille lui a donné en remerciement. Il ne connaît même pas son prénom. Que lui reste-t-il à part le souvenir de sa bouche couleur cerise et de ses yeux verts ? Une dizaine d'années de galère, voilà ce qu'il lui reste. Et que ses yeux pour pleurer, et ses mains pour prier le bon Dieu s'il est encore vivant à la fin de la journée.*

Le bruit du tambour* marquant le rythme des rames se ralentit, signe qu'il est bientôt l'heure d'une pause pour boire. Farouk lui met un coup de coude dans les côtes, et les mains d'Ambroise quittent la rame. Il s'étire comme il le peut. Sur le banc où sont assis les sept galériens, ils ont à peine de quoi s'étirer. C'est sa maison, maintenant, ce banc. Il y mange, y dort, y chie, et quand la mer n'est pas trop mauvaise, il n'a pas les pieds dans l'eau. Ses chaussures sont blanches de sel, le cuir est raide comme un coup de trique, et ses mollets ne sont qu'une immense plaie, du bout des orteils jusqu'au-dessus du genou. Ambroise étire ses épaules lasses, détend sa nuque raidie par l'effort et regarde devant, puis derrière lui. Avec les autres galériens de sa brancade*, ils sont tiercerols, au beau milieu de la galère. La place la moins pénible. Il y a les deux vogue-avant, puis les espaliers, les coniliers et enfin les apostis. Ambroise fait partie des tiercerols, et derrière il y a les plus chétifs, quarterols et quinterols. Et tous, même les bonevoglie de métier, ont le pied gauche enfermé dans un anneau de fer relié à la chaîne qui court le long de la brancade. Quel métier est-ce donc, que celui d'être enchaîné, et de se tuer à la tâche aux côtés d'esclaves turcs, de déserteurs, de protestants, de voleurs de poule et d'assassins ?

La petite pinte de fer blanc, contenant l'eau puisée au tonneau passe de main en main, chacun y buvant directement, avant de retourner au tonneau. Les vivres s'amenuisent, et l'eau aussi. L'escale sera sans doute demain, peut-être à Toulon. Ambroise n'a pas d'argent, mais il est copain avec Louis, qui partagera sûrement le vin qu'il achètera.

« Ambroise ! »

Le jeune homme se tourne vers le galérien qui est derrière lui, mais ne montre rien à son inquiétude quant à sa tête de déterré.

« J'en peux plus, Ambroise... »

C'est Louis qui se tourne vers le gamin derrière, là, pour avoir volé un pain à Marseille, ce qui lui a épargné de parcourir toute la France à pied pour rejoindre le port, contrairement à Ambroise qui est de Paris.

« Mais non, tu peux tenir encore, regarde donc comme t'es fort, gamin. »

Louis, il préfèrerait que les voleurs de pain restent en vie, et pas les assassins comme celui qui est devant lui. Louis préfère l'avoir devant que derrière, il dort mieux, de l'avoir à l'oeil. C'est un déserteur. Ses oreilles et son nez ont été tranchés, et pour couronner le tout, ses deux joues ont été marquées au fer rouge d'une fleur de lys. Cet homme ne quittera jamais son banc de galère, sauf pour rejoindre la mer quand il sera mort. C'est une peine à vie, de déserter, surtout quand il a tué deux des soldats venus l'arrêter. C'est pire qu'une peine de mort.

Ambroise serre les dents alors que les battements de tambours reprennent, et que l'argousin s'égosille.

« C'est reparti, la chiourme ! Ramez, ramez, ramez ! »

Le gamin repart à pleurnicher derrière, et les turcs l'encouragent dans cette langue qu'il ne comprend pas. Et les compagnons de galère, chacun dans leur langue, se mettent à le réconforter, dans une cacophonie de voix et de mots. Ambroise tourne brièvement la tête en arrière alors qu'il pousse la rame devant lui, le gamin, François, il croit, a une expression déterminée sur son visage pâle malgré les coups de soleil, et ses yeux sont pleins de larmes. Il marmonne quelque chose en occitan que personne autour de lui ne comprend, mais un mot en ressort que les rameurs croient comprendre. Maman. Le gamin veut revoir sa mère, bien sûr. Il a quoi, dix-sept ans ?

« Rame, putain de rame, François, et tu la reverras, ta mère ! Et tu peux prier le bon dieu pour la revoir le plus tôt possible. Regarde comme ta mère t'a bien fait, grand et fort comme tu es, leur donne pas raison, à ces salauds, continue à ramer, François, et ta mère sera putain de fier de toi ! »

Louis braille de sa voix éraillée, et ses encouragements, mêlés à ceux des turcs, donnent un nouvel élan de motivation aux rameurs, qui se propage de brancade en brancade, jusqu'à la proue et la poupe de la Patronne. Et la galère va si vite qu'elle semble voler au-dessus de l'eau.

Dans la tête de François, sûrement le plus jeune de tous les galériens, des images pleines du sourire de sa mère, de leur petite maison, de ses frères et de ses sœurs. Et dans celle d'Ambroise, le souvenir d'une jeune femme blonde aux yeux verts et bien faite de corps, qu'il a surpris à détrousser un couple de bourgeois rentrant chez eux de nuit. Le bruit des pas de la police, ses grands yeux verts effrayés, et Ambroise a brisé la lanterne. Le couple de bourgeois est rentré chez lui, la jeune femme a souri et embrassé les lèvres d'Ambroise avant de prendre la fuite, le laissant là, sonné, alors que deux policiers arrêtaient le falot qui venait de briser une lanterne.

Dix ans de galère pour un baiser et une lanterne brisée.

Note de fin de chapitre:

*Sur les galères du Roi Soleil, quelle que soit leur provenance, tous les esclaves étaient appelés esclaves turcs (ils pouvaient venir d'Afrique, du Moyen-Orient, et il y en a même eu de la nation Iroquoise).

*bonevoglie : galérien de métier (oui, oui...)

*Joute nautique : sport nautique déjà pratiqué au XVIIème siècle.

*Même sur les galères du XVIIème siècle, il y avait encore le bruit des tambours (qui bat la chamade). Les galériens, quel que soit leur statut (esclaves, galériens de métier, ou "criminels"), sont tous enchaînés à leur banc de rame. A un moment, Louis XIV voulant montrer qu'il avait la plus belle flotte de galères, a manqué de bras pour ramer et il y a donc eu un fort encouragement à ce que les prisonniers y soient envoyés, voire même que les tribunaux soient sévères. Parmi ces criminels, il pouvait autant y avoir un assassin qu'un voleur de pain ou un protestant, un vagabond... Et au temps de Louis XIV, le français n'était pas parlé dans toute la France : occitan dans le Sud, breton en... Bretagne, etc... Un galérien sur deux mourait avant la fin de sa peine.

*brancade : banc de rame (le nom des brancades en fonction de leur emplacement, est noté dans le corps du texte en espérant que ce n'est pas trop lourd). Les galériens y étaient donc enchaînés 5-6 jours d'affilée, entre deux escales pour se ravitailler. Lorsqu'ils restaient plus longtemps sur le port, les marins à bord, ainsi que les bonevoglies, pouvaient aller faire quelques emplettes, alors que les criminels et les esclaves continuaient à travailler sur le port (on les nourrissait un peu, quand même. Un peu...). Sur une même brancade, ils boivent dans la même pinte et mange dans la même gamelle...

Les galères étaient majoritairement en mer Méditerranée, et les criminels venaient des quatre coins de la France. Ils devaient se farcir avant le voyage à pied, enchaînés, bien entendu.

Concernant la lanterne brisée qui a causé dix ans de galère à Ambroise. Il bossait à Paris comme falot, c'est à dire allumeur de réverbère. Sous l'influence du préfet de police de l'époque, les rues de Paris étant tellement dangereuses la nuit, il a été décidé qu'il y aurait plein de lanternes, afin que les gens qui rentraient chez eux soient en plus grande sécurité. Briser une lanterne était donc un crime.

Pour la petite histoire, le personnage d'Ambroise qui est sur sa galère, fait partie de mon projet de roman historique à l'époque du roi Soleil. La jeune fille qui a détroussé les bourgeois est Hermance, que vous avez pu voir il y a deux semaines laver du linge au lavoir et trouver la cachette d'un voleur. C'est mon pairing :) Et il va leur arriver plein d'aventures. Je vais peut-être profiter de Koh-Lanta pour continuer à écrire des petits bouts d'histoire, cela va me motiver à écrire plus long (j'ai 51 pages de recherche et un titre :D )

J'espère que la lecture vous a été agréable (et pas trop dense avec toutes ces infos historiques que j'ai voulu y ajouter). A bientôt :)

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