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Notes :

Bonjour,

Voici donc ma participation au thème "Hors jeu"de la troisième épreuve d'immunité du concours Koh-Lanta HPF.

Au-delà du fait qu'elle a été plutôt facile à écrire (il s'agit d'un univers qui date de mon adolescence), j'ai dû m'y reprendre à deux fois avant de déclarer mon texte terminé. En effet, après avoir écrit 1500 mots dimanche après-midi, mon pc s'est éteint sans que je n'ai eu le temps d'enregistrer quoi que ce soit... J'ai donc dû réécrire une bonne partie dimanche soir pour m'assurer de rendre ma participation dans les temps !

Bon, maintenant que c'est fait, je me dis que les deux versions se valent plus ou moins. Peut-être même que celle-ci met plus en valeur certains personnages, donc ce fut un mal pour un bien. Ou l'enfer pour le paradis. Ahah, blague nulle, déso. Enfin bref, les contraintes ont été respectées. Les voici :

- Le thème est "hors jeu" et le texte ne doit pas se dérouler sur terre. Il peut se passer sous l'eau, dans le ciel, dans une autre galaxie, etc.

- Un sport de 6 lettres doit être présent en acrostiche : TENNIS (en gras dans le texte).

- Sprint : le texte doit être rendu avant lundi 24 mai.

- Langage : Un personnage doit s'exprimer en langage soutenu à chaque prise de parole et avoir au moins deux prises de parole différentes = en gras dans le texte. 

- Le mot métier à placer est "conception".  Les mots qui ne doivent pas apparaître sont : dessin, détail, beauté, esthétique, design, créativité, futuriste, réflexion.

Bonne lecture !

Au moins deux heures que Coline patientait et la file ne daignait pas avancer d’un millimètre. Au moins deux heures qu’elle était ici. Peut-être trois. Ou quatre. Sans doute six. Elle n’avait pas la moindre idée des jours, des heures, des minutes passées depuis son arrivée. Elle n’avait plus la notion du temps. Elle tentait d’y réfléchir, mais il lui semblait abstrait, confus, comme tout le reste autour d’elle. Rien ne paraissait avoir de prise sur cette immense étendue lumineuse.

Aucun mur ne définissait les contours de cette pièce brumeuse, aucun plafond ne délimitait sa hauteur, aucun sol ne permettait à ses visiteurs de sentir la gravité sous leurs pieds. Rien. Il n’y avait rien d’autre que cette incroyable clarté, ce temps inconsistant et cette file d’attente qui n’en finissait pas.

Coline essaya de discerner l’horizon, mais elle ne vit qu’une foule d’inconnus qui attendaient tous quelqu’un qui se faisait royalement désirer. Devant elle, une dame visiblement âgée et vêtue d’une robe de chambre rose tricotait avec minutie de petits chaussons ridiculement minuscules.

La jeune femme songea qu’elle ne l’avait pas remarquée jusqu’à maintenant. Elle n’avait pas non plus prêté attention à l’homme d’une quarantaine d’années, le crâne dégarni et de petites lunettes rondes sur le nez, à deux mètres derrière elle. Et pourtant, elle avait l’impression qu’ils étaient là depuis longtemps eux aussi, exactement comme elle.

Le plus étrange, à son sens, était que personne n’avait l’air de s’impatienter. Pas même elle. Coline n’était pourtant pas réputée pour sa patience proverbiale. D’ailleurs… qu’attendait-elle au juste ? Qu’attendaient-ils tous ? Les réponses à ses questions ricochaient dans son esprit, lui filaient entre les doigts comme l’aurait fait l’eau d’un ruisseau.

C’était comme si toute conception logique et réelle du monde l’avait soudainement désertée pour ne lui laisser que cet état de béatitude. Une sensation dont elle peinait à se défaire pour reprendre véritablement conscience.

— Excusez-moi ? Est-ce que vous savez pourquoi nous sommes ici ? s’enquit-elle auprès de la vieille dame.
Je ne pourrais pas vous l’affirmer, jeune fille, mais il se trouve que j’ai ma théorie, répondit celle-ci en relevant les yeux de son crochet. Si c’est réellement ce que je pense et que mes spéculations sont vraies…

L’octogénaire se stoppa pour considérer longuement la jeune femme. La compassion parut se lire sur les rides creusées par les années, et elle attrapa brusquement les mains de Coline pour les serrer dans les siennes. Au-delà du fait que la jeune femme n’était absolument pas une personne tactile, les mains de la vieille dame étaient si froides qu’elle refréna un mouvement de recul. Cette dernière finit par la lâcher après un soupir à fendre l’âme.

… alors je suis sincèrement désolée que vous nous rejoignez si tôt, ma chère.
— Qu’est-ce que vous voulez dire ? s’étonna Coline sans comprendre où celle-ci voulait en venir.
N’avez-vous aucun souvenir de ce qui a pu se produire avant que vous n’arriviez en ce lieu ?
— Je crois que… Il fallait… balbutia la jeune femme, essayant de rassembler les morceaux de sa mémoire éparpillée.
— Laissez-la donc assimiler les événements, intervient l’homme derrière elles, s’adressant à la vieille dame d’un ton docte. Ce n’est jamais facile de l’accepter, encore moins pour quelqu’un d’aussi jeune qu’elle. Passer l’étape du déni peut prendre un bon moment, alors mieux vaut ne pas lui forcer la main après un tel choc.
Soit. Vous avez entièrement raison, acquiesça la vieille dame, tournant le dos à Coline pour reprendre son tricot là où elle l’avait laissé précédemment.

D’un moment à l’autre, et comme si elle n’existait plus, les deux autres ne prêtèrent plus la moindre attention à la jeune femme. Celle-ci eut brusquement l’impression de se retrouver seule, coincée dans une bulle où personne ne pouvait la voir et l’entendre. Une angoisse lui souleva l’estomac alors qu’elle tentait d’attirer leurs regards en vain.

— Vous ne pouvez pas… Ce doit être simplement…

Un rêve. C’était forcément un rêve. Un rêve absurde comme l’était celui d’Alice lorsqu’elle entrait au Pays des Merveilles. Rassurée par l’éventualité que tout cela soit le produit de son imagination, Coline calma la panique qui s’emparait peu à peu d’elle. Elle ferma les yeux quelques instants, compta jusqu’à trois, s’intima de se réveiller et… rien ne se passa.

Tout était silencieux. Et paisible. Ni la dame à la robe de chambre rose ni l’homme aux lunettes rondes ne semblaient avoir conscience que leur situation actuelle n’avait aucun sens. Ni l’un ni l’autre n’avaient l’air de ressentir quoi que ce soit. Ils étaient vides. Sans émotions, les souvenirs s’effaçaient progressivement de leurs visages et mouraient dans leurs esprits.

Horrifiée par cette pensée, Coline voulut poser sa main sur l’épaule de la vieille dame mais, en un claquement de doigts, elle s’évapora. Tout à coup, et sous les yeux de la jeune femme, la foule laissa place à une étendue vide de toute âme humaine. Il ne restait personne. Personne, à part elle et un homme entièrement vêtu de blanc.

Nimbé d’un halo de lumière paraissant provenir des cieux, les traits de l’inconnu étaient quasiment indescriptibles. Il ne releva pas immédiatement les yeux vers elle, visiblement concentré sur un rouleau de parchemin incroyablement long qu’il annotait de sa plume, et une dizaine de nuages traversa le ciel avant qu’il ne prenne la parole :

— Coline Anderson ?
— C’est moi, répondit-elle d’une voix qu’elle espérait assurée.
— Je suis l’ange Jairiel, celui qui ouvre la voie. Veuillez me suivre, je vous prie.

La jeune femme hésita entre rire – si c’était vraiment un rêve, elle se promettait de l’écrire une fois réveillée – et pleurer – si c’était un rêve, pourquoi ne parvenait-elle pas à se réveiller justement ? – ce qui produisit une sorte de hoquet peu élégant que l’ange prit soin de ne pas relever.

D’un geste de la main, il fit apparaître une immense porte. Elle était blanche comme tout le reste, au point que Coline décida qu’elle ne porterait plus que du noir pendant un bout de temps.

— Pardonnez mon manque de formalités, mais je n’ai pas le temps de prêter une grande importance au protocole. Je suppose que vous avez des questions. Notamment, la plus grande de toutes : où êtes-vous ?
— Eh bien, je…
— Vous êtes dans l’Après-Vie, plus couramment appelée la Mort, continua Jairiel sans écouter sa réponse. Malheureusement, n’ayant pas cumulé assez d’années et de bonnes actions sur Terre, vous devrez prouver votre mérite. Autrement dit, vous devez travailler pour gagner votre place dans l’Au-Delà.

Décidément, ce rêve lui plaisait de moins en moins. Cet ange ne lui était pas sympathique, d’autant plus qu’il lui annonçait sa mort comme s’il parlait de sa prochaine promotion. C’était probablement le songe le plus déroutant de sa vie.

L’ange lui fit parcourir une vingtaine de couloirs d’un blanc éclatant avant de s’arrêter devant une énième porte. Cette dernière, bizarrement, n’était pas aussi blanche que les autres – elle était peinte en un beige légèrement jauni – ce qui surprit Coline.

Jairiel y frappa trois coups secs, puis deux coups plus longs, ce qui dévoila un bureau vétuste où s’entassait des tas de dossiers et où un homme, assis sur une chaise, feuilletait l’un d’eux en maugréant. Lorsqu’ils entrèrent, ce dernier cessa subitement sa lecture pour leur adresser un long regard de mépris qui transperça Coline.

— Je t’ai dit n’avoir besoin de personne.
— Les ordres viennent des Fondateurs, Raphaël, répliqua froidement Jairiel. Croyais-tu avoir le choix? Tu as failli fausser les comptes et envoyer une âme perdue dans le Gouffre lors de ta dernière incartade. Heureusement, Malachiel a su déceler ton erreur avant que nous ne courrions à notre perte.
— Malachiel, l’ange de la clairvoyance, cela tombe sous le sens, rétorqua l’autre, sarcastique.
— Tu aurais mérité bien pire que ce simple avertissement que je t’ai obtenu.
— Où est donc passée ta miséricorde, Jairiel ?

Contrairement à Jairiel, Coline remarqua que Raphaël n’était pas nimbé d’un halo lumineux. Ses cheveux, même s’ils étaient blonds, paraissaient fades en comparaison, et ses yeux brillaient d’une lueur vaguement bleue. L’’uniforme de ce nouvel ange était aussi moins éclatant que celui de Jairiel Il semblait d’ailleurs rayonner – si l’on pouvait le dire ainsi – d’une aura plus sombre qui allait parfaitement avec le bureau peu accueillant où il se trouvait.

— Tu l’emmèneras dans tes prochaines missions sur Terre. Apprends-lui le métier d’ange annonciateur, et tout reviendra à la normale. Ne le fais pas, et je parlerai aux Fondateurs pour qu’ils reconsidèrent la proposition de te répudier à jamais. N’oublie pas que tu me dois toujours une faveur.
— Comment pourrais-je l’oublier, tu sais si bien me le rappeler…
— Nous en reparlerons en temps voulu.

Sur cette menace à peine voilée, Jairiel disparut dans un claquement de doigts. Sans un adieu pour la jeune femme, il laissa Coline aux mains de cet ange qui ne semblait pas très amène vis à vis d’elle. Avec un regard méfiant à son égard, Raphaël lui proposa de s’asseoir sur la deuxième chaise en bois restée vide.

— Je m’appelle… commença-t-elle.
— Je ne veux pas connaître ton prénom terrien, l’arrêta-t-il. Sous peu, les Fondateurs m’enverront un courrier avec ton nom d’ange. Celui que tu avais sur Terre n’a aucune valeur ici. L’existence que tu avais en bas n’a plus lieu d’être. As-tu seulement remarqué que tu n’avais plus aucun souvenir de ta vie en arrivant ici ? Les Fondateurs ne peuvent pas permettre à un nouvel ange de les conserver, ce serait néfaste pour l’organisation des cieux.
— Eh bien… c’est un rêve donc…
— D’accord, fit-il avec un sourire caustique. Si c’est un rêve, tu as donc conscience de la personne que tu es dans la vie réelle. Es-tu capable de me dire dans quel pays tu habites ?

Toujours ce flou latent. Hormis son prénom, Coline ne gardait rien en mémoire. Aucun souvenir de son enfance, de son adolescence, du début de sa vie d’adulte. Que du blanc dans son esprit. Du blanc, du blanc, et encore du blanc. Son visage dut exprimer une peur indicible puisque le sourire de Raphaël s’atténua.

— Je suis sincèrement désolé. J’imagine que ce n’est pas du tout ce que tu espérais.
— Je n’espérais pas mourir, non, c’est certain, ironisa-t-elle sèchement.

Il ne répliqua pas, un ange passa.

— Désormais, tu seras un ange annonciateur, précisa-t-il en lui tendant un dossier. Tout ce que tu dois savoir est là-dedans, mais si tu veux un résumé de la tâche qui nous est assignée, nous sommes affiliés sur Terre pour emmener les âmes jusqu’aux cieux. Nous suivons les ordres qu’on nous donne à la lettre, point. Dans le folklore humain, on nous appelle les faucheuses. Nous ne sommes pas bien vus en règle générale, aussi bien par le monde d’en bas que par le monde d’en haut. Comme tu peux le voir, nous sommes plus ou moins des renégats, conclut-il, désignant son bureau minuscule et mal agencé.

L’ange Raphaël eut un nouveau rictus plus prononcé qui dénonçait toute son amertume.

— Bienvenue au Paradis, ma belle.

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