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Notes :

Ce texte est écrit dans le cadre des Boîtes à Flemme sur le thème : 5 minutes avant. 
J'ai choisi le sujet 5 minutes avant - une rupture. 

 

Notes d'auteur :

Ce texte est un missing moment d'une fiction originale qui est en réécriture. 
Les Boîtes à Flemme vont certainement m'aider à renforcer la psychologie des personnages.
Le premier chapitre est déjà disponible ici 

Bonne lecture :)

Je serre la barre du métro avec force pour compenser les mouvements de la rame qui me chahutent. Il fait chaud, comme toujours à travers ses longs tunnels obscurs bondés par les gens. J’ai mis mes écouteurs pour ne pas entendre ce qu’il se passe autour de moi, je n’en ai pas envie, une musique commence.
Machinalement je hoche la tête et tapote avec mon index sur la barre métallique au rythme de la musique qui résonne dans ma tête. J’aimerai fermer les yeux, mais j’ai peur de rater mon arrêt; de ne pas voir la petite boule lumineuse orange s’arrêter sur le nom de ma station.
Il ne m’en reste plus qu’une.

Soit deux minutes.
Cette station que je connais par cœur pour l’avoir arpentée de long en large durant des mois.
Toute ces fois où je suis allée lui rendre visite, où je suis arrivée souriante et heureuse et suis repartie en larmes, mon maquillage dégoulinant sur mes joues à esquiver les regards des passants qui se demandaient certainement pourquoi cette pauvre fille était en train de pleurer. Puis, il y a aussi eu ces fois où nous étions avec ses amis, totalement ivres, prêts à aller en boîte de laquelle je sortais également en pleurs.

Jamais, nous n’avions été que tous les deux dans cette station. Jamais.
Jamais il ne m’avait tenu par la main, jamais il n’avait replacé une mèche de mes cheveux derrière mon oreille, jamais il ne m’avait laissé une place assise où m'avait permis de me mettre sur ses genoux. Jamais non plus, il ne m’avait embrassé sur le front en me disant que j’étais belle.

La boule lumineuse disparaît sous le nom de la station précédente et se met à clignoter sous celle où je dois m’arrêter.
Là où je dois arrêter.

Les portes s’ouvrent lorsque que quelqu’un enfonce son index sur le gros bouton noir, mais avec ma musique je ne les entends pas grincer, je n’entends pas non plus la sonnerie qui indique qu’il ne reste que dix secondes pour sortir avant que la rame ne redémarre.
J’hésite.
Une fois que je l’aurais fait, que vais-je devenir ? Qui serait-ce sans lui ?

On me pousse du coude pour me signaler que je ne dois pas rester au milieu du passage, je réagis alors en m’avançant machinalement vers la sortie, vers cette bouffée d’oxygène.
D’un pas rapide je monte les escalators, la lumière est au bout. Dehors, il fait beau.
Je gravis les dernières marches et replace un des mes écouteurs qui glisse de mon oreille tout en levant les yeux vers les monuments magnifiques qui m’entourent. Je n’y avais encore jamais fait attention, je n’avais pas regardé autour de moi depuis plusieurs mois.

Une minute.
C’est le temps de marche qu’il me faut pour rejoindre le café dans lequel il a dit qu’il m’attendrait. Mais il est toujours en retard, et moi en avance.
Il aimait ça, se sentir désiré.
Se sentir attendu, se sentir aimé, se sentir être le centre du monde, de mon monde.

Il est là.
Je suis surprise.
De loin, je le vois froncer les sourcils, a-t-il toujours fait ça en me voyant ? Ou bien est-ce parce qu’aujourd’hui, je ne me suis attaché les cheveux, chose qu’il m’interdisait.
“Alice, tu es moche comme ça” avait-il dit, une fois.
Une seule fois, et je n’avais jamais osé recommencer.
Mais aujourd’hui j’avais serré mes cheveux dans une queue de cheval haute qui dégage mon port de tête.
J’approche, je ne souris pas, lui non plus.
On se regarde.
Puis, enfin il m’indique d’un geste de la main que je peux m’asseoir face à lui, qu’il m’en donne l’autorisation.
Mais je ne m'assois pas, je reste debout, droite. Je le fixe, je le détaille, j’observe les traits de son visage que je pensais alors connaître par cœur.
N’avais-je pas vu la noirceur de ses yeux ? Sa façon de me regarder comme si j’étais sa chose.
Maintenant je la vois.

Il ouvre la bouche pour me parler, mais à la contraction de sa mâchoire, je sais que c’est un ordre “Assis-toi”.
Je refuse.
Ma poitrine se gonfle et je m’apprête à ouvrir la bouche lorsqu’un serveur me fait un signe de la main de l’intérieur et détourne mon attention vers l’horloge ancienne qui est accrochée au-dessus du bar.
Je secoue la tête de gauche à droite pour lui signaler que je ne passe pas commande, le serveur acquiesce poliment.

Lui, me regarde avec des yeux noirs, comme si je venais de lui déclarer la guerre en refusant de m'asseoir et de prendre un café, avec lui, pour lui.

De nouveau, j’ouvre la bouche et prends en même temps une longue inspiration.

— C’est fini.

Je ne m’entends pas, c’est comme si ma voix s’était perdue dans la rue et qu’elle n’était pas arrivée jusqu’à lui. Pourtant je l’ai dit.

Il cligne des yeux plusieurs fois, puis ses sourcils se froncent encore plus fort. Il serre les dents et tape du poing sur la table, elle tremble et le café se renverse.
Je n’entends rien.
Autour de nous, tout est calme. Seul le serveur au loin nous regarde du coin de l'œil, pour s’assurer que je n’ai pas changé d’avis pour le café.
Des disputes, il a dû en voir.
Mais des libérations, non.

Je tourne les talons pour ne pas lui laisser le temps de se lever et de m’attraper le bras avec force, en enfonçant ses phalanges dans les bleus qu’il m’avait déjà faits.

Je fais un pas, puis un deuxième, puis un autre, je me mets à courir.
Je me sens légère. Libérée.
Je suis de nouveau dans le métro et replace par réflexe mon écouteur qui glisse encore de mon oreille.
Je souris et me rends compte que je n’avais même pas pris la peine de les retirer et qu’il ne m’aura fallu que le temps d’une musique pour le quitter.
Maggie va rire lorsque je vais lui raconter.

Note de fin de chapitre:

N'hésitez pas à me faire un petit retour, et me dire si l'histoire d'Alice vous intrigue !

Guette.

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