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Notes :

Merci DE TOUT COEUR à Guette pour sa relecture et sa correction attentive!!!

Notes d'auteur :

Ce chapitre s'inscrit dans la Boîte à flemme n°1 « Le moment d'avant »

Consigne: Décrivez les 5 min avant (au choix) :


- Sa propre mort

Contraintes obligatoires
- Vous pouvez aller jusqu'à l'après (LE moment) mais les 5 min en question doivent représenter les 3/4 de votre texte
- Les 5 min doivent faire 500 mots minimum

Je vous souhaite bonne lecture!!!

Lucretia Casanova entendit pour la première fois du bruit alors qu'elle déployait la carte géologique du Causse pour examiner la disposition des roches sédimentaires, à  la lumière de la lampe de bureau qui éclairait le plan de travail de l'espace cartographique. 

Elle consultait des cartes géologiques dans la bibliothèque depuis un peu plus d'une demie-heure lorsqu'elle sursauta et leva aussitôt la tête, soudainement effrayée. 

Il était tard en effet, tous les occupants de la bibliothèque avaient quitté les lieux ou auraient dû l'avoir fait à cette heure, aussi  le bruit, qui n'était pourtant qu'un simple claquement de porte, la mit aussitôt en alerte.

 

À présent, des pas résonnaient dans le couloir, elle avisa un instant de se cacher, avant de se raviser et de se morigéner intérieurement pour sa couardise. 

L'angoisse de ces derniers temps lui avait sérieusement mis les méninges en vrac ! songea-t-elle non sans une certaine honte. Il s'agissait probablement de l'agent d'entretien, tout simplement. S'il lui posait des questions sur sa présence, elle l'expliquerait, même si cela ne lui plaisait pas.

De toute manière, elle était parfaitement autorisée à venir travailler ici, à condition de partir avant vingt-et-une heure. D'ailleurs, il n'était pas rare qu'elle le fasse, même si en temps normal elle évitait d'allumer cette forte lumière, surtout afin d'éviter qu'on ne remarque sa présence. Après tout, une femme seule, de nuit dans un endroit désert avait de quoi être anxieuse.

 

Elle s'efforça de ne pas bouger et de maîtriser son angoisse soudaine, même lorsqu'elle perçut à travers les portes de la bibliothèque des bruits de pas qui ne pouvaient appartenir à une seule personne. Elle ne voulait pas fuir, pas une fois de plus.

Pourtant, quand les deux dont elle avait entendu les pas se rapprocher entrèrent dans l'espace de documentation où elle se trouvait, et se dirigèrent droit sur elle, Lucretia regretta amèrement son courage. Les deux silhouettes se figèrent en même temps à quelques mètres d'elle. Un lourd silence s'intalla.

Durant quelques secondes, personne ne bougea ni ne parla. Lucretia, elle, restait totalement figée tandis que la terreur s'emparait de son corps comme de son esprit. 

Elle les reconnaissait parfaitement tous les deux. Et malgré le fait qu'ils soient cagoulés, entièrement vêtus de noir et réduits à l'apparence de silhouettes à l'aspect lugubre et menaçant, Lucretia sut qu'elles étaient venues précisément pour elle. Alors le souvenir lugubre du combat qui avait opposé des personnes semblables aux étudiants de la fac de droit quelques années plus tôt acheva de lui nouer la gorge. 

 

Lucretia prit sa décision en moins d'une seconde, mais il était déjà trop tard lorsqu'elle bondit sur le côté.

Alors qu'elle essayait de s'enfuir en courant par la porte de secours située à sa droite, le plus imposant de ses agresseurs le comprit et se jeta en plein milieu de sa route. 

Il le fit avec une telle rapidité que Lucretia tomba littéralement dans ses bras, l'homme la bloqua alors et l'empêcha d'atteindre l'issue, emprisonnant son buste dans une étreinte d'acier. 

Elle tenta de se débattre mais son agresseur était bien trop fort pour elle et pour lui laisser la moindre chance de parvenir à se dégager. Il la maîtrisa sans problème en quelques secondes, l'empêchant alors totalement de bouger.

 

L'autre silhouette, plus petite et presque fluette, était quant à elle restée dans immobile, ce qui n'était pourtant pas dans sa nature et Lucretia la connaissait de longue date. Elle eut cependant à peine le temps de s'en étonner qu'un déclic retentit, suivi d'un flash. Elle se rendit alors compte avec horreur que son corsage avait glissé de ses épaules, dénudant sa poitrine, et que la petite silhouette, toujours immobile face à elle, venait pourtant de la prendre en photo.

 

- Non... supplia-t-elle horrifiée, craignant de comprendre ce que ces deux-là étaient venus chercher.

 

Elle se débattit de plus belle, et  l'homme qui la maintenait s'en rendit bien sûr compte, alors il resserra davantage sa prise en lui murmurant par la même occasion une phrase à l'oreille, ce qui fit monter le rouge aux joues de Lucretia. 

Il l'immobilisait complètement à présent et du coin de l'œil elle le vit adresser un regard entendu à l'autre silhouette dans la main de laquelle luisait d'une lueur sinistre un appareil photographique. 

Il y eut un second flash qui l'aveugla totalement durant plusieurs secondes, puis un autre et encore un autre. 

 

Deux larmes roulèrent sur les joues de Lucretia. Elle était consciente que si ces clichés paraissaient, l'humiliation serait telle qu'elle n'était pas sûre d'y survivre.

Abattue et alors résignée à passer un mauvais moment, elle renonça à essayer de se dégager et baissa la tête, honteuse et essayant désespérément de se dissimuler derrière ses cheveux.

 

Mais en face d'elle, la silhouette n'avait toujours pas bougé et cette immobilité si incongrue l'effrayait peut-être encore plus que la solide poigne de l'homme qui, toujours debout derrière elle, la maintenait encore  presque totalement immobile, ou plutôt flottant les jambes pendant dans le vide, et le souffle court :

 

- Qu'est-ce que vous me voulez ? demanda Lucretia en essayant sans grand succès de donner à sa voix le même ton sec que celui qu'elle employait lorsqu'elle devait rabrouer un étudiant, chose qui lui arrivait rarement, heureusement.

 

À présent, elle avait si peur qu'elle sentait que tout son corps était parcouru de tremblements incontrôlables.

Elle se força à détourner son regard de la silhouette toujours immobile en face d'elle et, derrière elle, l'homme desserra légèrement le bras qu'il avait enroulé contre sa poitrine et sa main vint alors enserrer sa gorge. Lucretia gémit de terreur mais le son fut atténué par le semi-étranglement qu'il lui infligeait.

 

- Que voulons-nous ? murmura l'homme avec une froideur polaire qui détonnait par rapport à la vigueur de son étreinte. Je suis sûr que vous pouvez aisément deviner pourquoi nous sommes ici, ajouta-t-il.

 

Lucretia secoua la tête, elle ne voulait pas... Elle ne pouvait pas lui dire ce qu'elle en pensait d'autant qu'elle sentait le regard appuyé qu'il dardait sur son buste dénudé. À présent la peur qu'elle ressentait était trop grande et sa gorge nouée n'avait même plus rien à voir avec la main de l'homme qui l'agrippait.

Elle serra même les lèvres pour s'empêcher de répondre, tout en se faisant violence pour ne pas jeter un œil à la silhouette qui, en face d'elle, se tenait toujours si étrangement immobile. 

Malgré tout, elle finit par croiser son regard et la honte l'envahit de plus belle. Elle frissonna d'angoisse et détourna aussitôt les yeux.

 

Difficile de croire que, quelques années plus tôt, elle avait partagé une belle complicité avec la personne qui tenait à présent l'appareil photographique braqué dans sa direction. Mais d'un autre côté, tout ce qu'elle avait vécu depuis n'aurait guère pu être prévu non plus.

 

L'homme qui la tenait toujours inclina la tête dans sa direction :

 

- Mieux vaut pour vous ne pas essayer d'alerter qui que ce soit, Madame Casanova. Que ce soit maintenant ou plus tard... Est-ce que vous m'avez compris ? la menaça-t-il.

 

Elle hocha la tête, tremblante. Il la lâcha aussitôt, la repoussant brutalement devant lui et elle trébucha jusqu'à presque aller heurter la silhouette à l'appareil photo dont elle croisa une nouvelle fois le regard rempli d'une haine mortelle.

Derrière elle, l'homme lui demanda de nouveau :

 

- Vous n'avez vraiment aucune idée de ce que nous sommes venus chercher ?

 

Elle se recroquevilla tout en remettant précipitamment son corsage en place, secoua désespérément la tête et se mit à sangloter de plus belle lorsqu'elle sentit qu'il se rapprochait d'elle :

 

- Vous n'en savez vraiment rien ? répéta t-il.

- Non..., gémit-elle tandis qu'il lui attrapait les épaules.

 

En face d'elle, la silhouette se décida enfin à bouger, dégainant un peu plus l'appareil photographique et adressant à son complice un geste impatient. Elle s'adressa à Lucretia pour la première fois depuis qu'ils étaient entré :

 

- Disons, dit-elle d'une voix basse qui trahissait la peine qu'elle avait à contenir la haine qu'elle ressentait. Que nous devons nous assurer de votre silence.

 

La voix résonnait d'une haine aussi glaciale que mortelle et Lucretia trembla de plus belle. Pouvait-elle vraiment avoir mérité cela ? Avait-elle donc agi d'une si mauvaise manière qu'un tel ressentiment se justifie, voire même puisse simplement s'expliquer ?

À cet instant, elle comprit qu'elle ne sortirait pas de là vivante, quand-bien-même l'homme derrière elle lui glissait à l'oreille :

 

- Vous allez prendre la pose, ici et maintenant... Cette simple photo nous suffira comme gage de votre coopération, Madame Casanova. Je suis sûr qu'avec cela nous pourrons ensuite nous entendre...

 

Lucretia secoua la tête, protégeant sa poitrine nue de ses bras et se tourna vers l'autre silhouette, plus petite mais aussi tellement plus tonique en temps normal et la supplia du regard, sans grand espoir. 

Mais ses yeux ne se dépareraient pas de cette haine qu'ils lui renvoyaient toujours, elle le savait. Même l'amitié et l'estime qui les liaient auparavant n'y pouvait plus rien, maintenant que le venin de la calomnie avait fait son œuvre.

 

Cela faisait des années qu'elle l'avait compris à présent, alors que pourtant tout était allé si vite au départ. 

Des années qui s'étaient passées comme un cauchemar et durant lesquelles ses dernières illusions s'étaient totalement brisées, à l'épreuve du caractère impitoyable de la personne cagoulée qui lui faisait face..

 

Et cette même personne s'avançait lentement vers elle. C'était comme si dans la pénombre, elle voulait cadrer à la perfection le cliché convoité. 

Mais soudain, Lucretia qui avait de nouveau détourné le regard sentit le froid d'une lame de métal lui transpercer le bas de la poitrine, juste au-dessous des côtes.

 

La douleur ne mit qu'une ou deux secondes à apparaître, mais aussitôt présente, Lucretia s'effondra en gémissant tandis que ses deux agresseurs l'entouraient en l'observant sans un mot.

Tout devint alors flou autour d'elle et sa respiration se fit de plus en plus pénible.

 

Elle eut le temps de comprendre que cela n'était pas prévu au départ en entendant au-dessus d'elle que ses agresseurs se disputaient à voix basse. La silhouette la plus imposante paniquait, et elle s'énerva contre la plus petite dans une exclamation horrifiée que Lucretia ne comprit pas.

 

- Ne t'inquiète pas, répondit tranquillement le plus petit des protagonistes, la voix à présent totalement apaisée. J'ai mis des gants et il n'y aura aucune trace.

 

L'homme se calma et les deux complices regardèrent Lucretia mourir. Ils ne semblaient ni l'un ni l'autre avoir le courage de l'achever et n'osaient même plus la toucher à présent, comme si l'acte en lui-même les rebutait tous les deux, songea douloureusement Lucretia, avant que ses pensées ne perdent leur dernière cohérence.

 

Désespérée, elle tenta d'appeler au secours tout en se traînant sur le sol pour échapper à ses deux agresseurs. 

Elle entendit alors distinctement la petite silhouette dire à la grande, comme pour la rassurer:

 

- J'ai tout prévu. Il n'y a personne ici.

 

Non, il n'y avait personne. Et Lucretia se sentait partir, tandis que ses yeux se posaient sur l'issue de secours qu'elle n'avait pas réussi à atteindre quelques minutes plus tôt.

Pour Lucretia, tout devient progressivement noir et elle sombra lentement dans l'inconscience.

 

Les deux silhouettes cagoulées et habillées de noir attendirent d'être sûres que leur victime avait arrêté de respirer pour quitter les lieux, la petite en première puis la grande juste derrière elle, après avoir jeté au cadavre un dernier regard dans lequel il était presque possible de lire du regret.

 

 

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