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Notes d'auteur :

Le groupe de @Carminny, @lilychx et @Layi s'est précipité avec un peu trop d'enthousiasme dans la chambre de la pendue. L'atmosphère glauque et morose vous donne la chair de poule et vous fait froid dans le dos : vous avez hâte de pouvoir sortir d'ici au plus vite…

Votre thème : Mortelle issue.
Vos contraintes :
- votre chapitre doit se dérouler la nuit.
- votre chapitre doit se dérouler par un temps brumeux.
- vous devez insérer une citation de votre choix sur un thème donné (la mort).
- les émotions suivantes sont interdites : peur, terreur, appréhension, stress.
- Vous avez deux éléments, un type de personnage et un objet. L’un doit avoir une place centrale dans le texte, l’autre doit avoir une certaine importance mais ne peut être mentionné que trois fois maximum : à vous de choisir lequel. OBJET : Une corde. PERSONNAGE : Un.e jeune marié.e.

Note du texte : Merci pour toute vos reviews ! Je suis désolée pour tout.e.s ceux.celles qui espéraient en savoir un peu plus sur mon univers magique, mais pour ce dernier texte je suis partie sur autre chose. Pas de magie aujourd’hui.

Mon texte fait 1 312 mots selon http://compteur-de-mots.net/

Merci a @Xuulu pour la correction !

Vivre pour mourir


J’avais tout pour vivre heureux. Mais l’appel de la montagne a été plus fort que le bonheur.

Je me suis marié il y à peine quarante-huit heures à la femme la plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de rencontrer. Et pourtant, au lieu d’être au creux de ses bras chauds, je suis là, dans la nuit et le brouillard. J’ai bêtement cru, et mon entourage avec moi, que notre lien, cette corde tendue entre elle et moi, serait suffisant pour me retenir au fond de la vallée.

Mais qu’est-ce qu’un simple amour, face à l’imposant sentiment d'immortalité que m'insuffle l’ivresse des sommets ? Et pourtant, combien de fois m’est-il arrivé de pleurer de rage et de douleur ? Combien de fois ai-je perdu la mémoire, la voix et tout jugement parce que je n’en pouvais plus ? La montagne a ses propres règles qu’elle ne dévoile pas, et nous, simples mortels, cherchons en vain à en comprendre les méandres. Pour atteindre une certaine gloire, ton nom inscrit pour l’éternité dans les mémoires*. Arriver au bout, arriver au sommet même quand tu as perdu tout espoir. Combien de fois j’ai pensé : encore quelques heures ! Une autre montée ! La douleur n’existe pas, c’est dans la tête. Contrôle-la, domine-la, élimine-la et continue.

Je suis égoïste. La montagne est égoïste, il faut être égoïste pour savoir lutter et souffrir, pour aimer la solitude et l’enfer.

Je m’arrête, je tousse, j’ai froid, je ne sens plus mes jambes, j’ai des nausées, je vomis, j’ai mal à la tête, des bleus plein le corps, du sang qui coule de la plaie ouverte à l’arrière de mon crâne… Est-ce que vous avez mieux à me proposer ?

La douceur de mon foyer ? Les caresses de ma femme ? Ma femme ? Je l’ai laissée à peine notre union consommée. Je suis partie à la lueur de l’aube naissante, sans rien dire à personne. Je suis parti sans corde, sans crampon, sans piolet. Habillé légèrement j’ai grimpé, grimpé, comme poussé par une force immuable. Puis la nuit est tombée, le soleil s'est couché derrière les pics effilés et les parois enneigées. J’ai vu les derniers instants de lumière, quand le ciel se teinte de rouge, virgule en harmonie avec les arbres roux de l’automne. Peu à peu, au rythme de mes pas, la lumière a complètement disparu à l’Ouest, tandis que l’obscurité s'est emparée du ciel. J’ai trébuché plusieurs fois avant de chuter lourdement. Ma tête a frappé un rocher. Je me suis relevé et j’ai continué à marcher. Toujours vers le sommet. Incapable de me dire qu’il était temps de revenir auprès des miens. Avec la lumière, la chaleur a disparu aussi, la température baisse et je sens que mes joues et mon nez deviennent froids au contact de l’air. La nuit est maintenant bien là. Et le brouillard a fait rapidement son apparition.

J’ai toujours aimé être en montagne la nuit. Mais aujourd’hui, pour la première fois, je sens mes yeux lourds, mon esprit plane dans un monde obscur et pesant.

Le brouillard se déchire pendant quelques secondes, me laissant apercevoir un spectacle fantasmagorique. Les aiguilles rocheuses plâtrées de neige fraîche s'effilent vers le haut dans une perspective irréelle, se perdant dans un ciel étoilé. Comme taillées dans un bloc de marbre pur reflétant la lueur de la lune. Quelques secondes fugaces qui font battre mon cœur. Mais le brouillard reprend aussitôt ses droits, m'enfermant dans une chape d'obscure humidité.

La mort, le danger, quand on les affronte journellement, on les chasse de ses pensées, ou bien on ironise**.

J’ai toujours su que ce serait en montagne que la mort viendrait. Et c’est d'ailleurs la mort que je veux. Mourir vieux dans un hospice, très peu pour moi. La montagne, j’ai choisi d’en faire mon métier. Chaque jour je grimpe, chaque jour je mets ma vie en danger. J’avais promis de changer de métier une fois que j’aurais rencontré l’amour de ma vie. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis devenu un simple charpentier. Mais voilà qu’aujourd’hui la montagne m'a rattrapé. C’est un peu comme dans la chanson de Renaud, “c’est pas l’homme qui prend la mer, mais la mer qui prend l’homme”. Sauf que dans mon cas, c’est la montagne et non la mer.

Sous mes pieds, le terrain a changé. Je sens que ça glisse, que c’est froid. Dans l’obscurité et le brouillard, j’ai du mal à savoir où je suis. Je pose la main au sol et je sens la glace. Je suis arrivé au glacier. Et c’est vrai que, maintenant que j’y prête plus attention, j'entends la glace craquer. En temps normal, je me serais arrêté et j’aurais cherché un abri pour passer la nuit et redescendre aux premières lueurs de l’aube ; mais mon corps avance mécaniquement, mon esprit s'envole loin de moi.

Je fini par glisser et tomber dans le fond d’une crevasse. Le choc est rude et chasse tout l’air de mes poumons. Ma tête résonne comme un millier de tambours. Je sais qu’aucune corde ne tombera du ciel pour me sortir de là. Et cette crevasse sera mon tombeau de glace.

Comme disait Platon : Mourir n'est pas mourir, mes amis, c'est changer. La vie est le combat, ma mort est la victoire. Et cet heureux trépas, des faibles redouté. N'est qu'un enfantement à l'immortalité.

Je sens mon corps m’abandonner, je ne sens plus le froid, je ne ressens plus aucune douleur, je suis prêt à embrasser cette nouvelle aventure qui s’offre à moi.

 

Rubrique des faits divers du 10 octobre 1995

 

La fuite du jeune marié
Ce weekend, dans la commune de Chamonix, une bien étrange situation s'est produite. 48h seulement après son mariage, Christophe Ravanel a déserté son domicile sans dire un mot à personne.

 

 

Rubrique des faits divers du 20 octobre 1995

 

Le marié disparu
10 jours après l’étrange disparition de Christophe Ravanel, des recherches ont été menées. Il semblerait que des témoins l'aient vu partir en montagne, mais qu’il n’en soit jamais revenu. Des battues regroupant plus d’une centaine de citoyens et d’une trentaine de guides de haute montagne parcourent actuellement le massif.

 

 

Rubrique des faits divers du 30 novembre 1995

 

Arrêt des recherches
Les premières neiges stoppent les dernières unités de recherche dédiées à la disparition de Christophe Ravanel. Ce dernier est déclaré mort.

 


Rubrique des faits divers du 16 août 2020

 

Macabre découverte
La semaine dernière, lors d’une course sur le Glacier des Bossons, le guide de haute montagne Thomas Ducroz a découvert un corps dans une crevasse basse du glacier. Il n’est pas rare que ce dernier dévoile des corps bien des années après les avoir engloutis. T. Ducroz a immédiatement prévenu les secours qui sont venus récupérer le corps.

 


Rubrique des faits divers du 24 août 2020

 

Mortelle Issue
Après des analyses et la réouverture des dossiers de disparitions, il s’avère que le corps découvert dans le glacier des Bossons la semaine dernière par T. Ducroz soit celui de Christophe Ravanel. 25 ans après la disparition du jeune marié, nous savons enfin ce qui lui est arrivé. Au vu des vêtements qu’il portait, il semblerait que ce dernier soit parti sur un coup de tête en montagne et se soit perdu sur le glacier lors d’une nuit brumeuse de l’automne 1995. Sa famille a pu récupérer le corps et lui donner une sépulture.

 

Note de fin de chapitre:

*Dans les vallées de haute montagne les morts ou disparus en montagne deviennent les ‘immortel”. Des gens dont tous connaisse le nom même des décennies après leur mort. Leur histoire est transmise de génération en génération pour que le nom ne tombe pas dans l’oubli et que les jeunes générations apprennent à se méfier de la montagne.

 

** Citation sorti du livre “La peau de bison” écrit par Roger Frison-Roche

 

Merci d’avoir lu mon recueil jusqu’au bout ! J’espère que ce petit moment passé dans mes différents univers vous a plu et vous a donné envie de peut-être en lire plus… Si c’est le cas, ne vous inquiétez pas je ne compte pas m’arrêter d'écrire !

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