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Notes d'auteur :
Thème 22h : créatures
La petite fille observait leur invitée s’éloigner en courant. Elle était presque arrivée à la grille et aurait aimé l’apostropher mais elle n’avait pas été assez rapide. La jeune femme avait osé s’approcher plus que quiconque mais elle n’était restée qu’une demi-minute. La fillette avait deviné sa curiosité et son intérêt. Mais elle avait surtout senti son énergie qui l’entourait. Avait-elle rêvé ? Sa famille allait sûrement la rouspéter lorsqu’elle leur raconterait, mais elle était certaine de ce qu’elle avait senti.

La petite fille sentit son cœur se serrer. Les journées étaient bien longues au Manoir. Personne ne leur rendait jamais visite. Du moins, pas depuis que le garçon avait osé franchir le seuil de leur entrée et qu’il n’en était jamais ressorti. La petite fille avait été tellement heureuse de voir une âme humaine qu’elle n’avait pas pu se retenir de laisser exploser sa joie. Elle qui aimait jouer avec les ombres avait suivi le jeune homme alors qu’il pénétrait dans le salon sur la pointe des pieds. Puis, elle était apparue et le cri qu’il avait poussé avait accompagné son dernier souffle. Était-elle si terrifiante que cela ?

- Où étais-tu encore passée ?

La petite fille leva la tête vers la façade du manoir et aperçut la silhouette qui était à la fenêtre la plus à gauche, au premier étage. Elle ne pouvait la voir nettement mais devinait sans peine le visage à l’expression colérique de sa grande sœur. Son aura fantomatique illuminait les lieux comme une lanterne attirant les navires. Si la petite fille était l’image des ténèbres, sa sœur captait toutes les sources de lueur pour briller comme un soleil. Dans cette demeure un peu morose, elle dénotait largement et n’aimait pas sortir de sa chambre.

- Je sais ce que tu penses, intervint la voix acerbe de l’aînée dans l’esprit de la cadette. Tu te souviens très bien comment ça s’est terminé la dernière fois.
- Ce n’était pas ma faute, geigne la fillette en croisant les bras sur sa poitrine. Ces humains sont des chochottes !

Elle entendit le rire de sa sœur résonner dans la nuit plus que dans sa tête.

- De toute façon c’est complètement différent cette fois-ci. Cette fille est comme nous !
- Ne dis pas n’importe quoi. Ce village grouille d’humains insignifiants.

La lueur diminua derrière la fenêtre, signe que la silhouette qui s’y tenait se retirait. La petite fille se détourna et jeta un dernier regard au chemin sinueux qui plongeait dans le petit bois. Les lèvres scellées, elle retint son souffle pendant une longue minute et souhaita ardemment que cette humaine revienne les voir. Une prière silencieuse qu’elle offrait à la nuit. Grandir dans cette maison sans aucune visite était à mourir d’ennui. Elle avait besoin d’un peu de compagnie.

Le pas lent d’une ombre s’approcha sur sa droite. Les feuilles bruissèrent, trahissant l’arrivée d’un de ses vieux compagnons. Un sourire immense mangea le visage de la petite fille qui ressentit aussitôt une pointe de culpabilité lui serrer le cœur. Elle avait tendance à se plaindre un peu trop facilement et ses véritables amis n’aimaient pas cela. Avant même d’apercevoir les yeux totalement blancs d’où elle devinait les reproches, elle s’exclama :

- Je ne voulais pas parler de vous bien sûr ! Vous êtes les meilleurs amis qu’on puisse imaginer ! C’est juste dommage qu’on ne puisse se voir que la nuit.

Les chevaux apparurent totalement, sortant des ombres et se dévoilant dans un petit rayon de lune. Leur corps squelettique aurait pu être qualifié de terrifiant mais la petite fille les trouvait magnifiques. Les créatures s’arrêtèrent à quelques pas d’elle et secouèrent doucement leurs longues crinières, quémandant une caresse que la petite fille ne tarda pas à leur donner. La joie avait repris ses droits dans son petit cœur alors qu’elle s’éloignait de la grille. La venue de l’humaine avait été relayée au second plan. C’était que la petite fille avait du mal à se concentrer sur plusieurs choses à la fois.

Les journées étaient parfois bien longues, mais les nuits d’ivresse qui suivaient rattrapaient souvent l’ennui. Elle allait donc en profiter une nouvelle fois et aurait tout le temps de repenser à la fille le lendemain. Elle s’accrocha au crin de la créature la plus proche et se hissa doucement sur son encolure. Elle ressentait le squelette mais aussi les muscles puissants. Le jardin était immense et leur permettrait de vagabonder à leurs aises.
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