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Notes d'auteur :

Voici le troisième chapitre, bonne lecture :)

Ombelline se réveilla doucement, les rayons du soleil lui léchaient le visage. Elle mit plusieurs minutes à se rappeler les événements de la veille. Lorsque ses souvenirs émergèrent du brouillard cotonneux du sommeil, elle frotta doucement ses yeux et s’étira, les sens encore embrouillés par la fatigue. Elle sauta du lit, se rinça le visage et descendit jusqu’à la cuisine d’où émanait une douce odeur de thé chaud et de pain grillé. Elle avait revêtu un peignoir vert d’eau par-dessus sa chemise de nuit et une paire de pantoufles molletonnées l’attendaient devant la porte.

 

 

 

Rose s’activait aux fourneaux, brouillant les œufs et faisant revenir les morceaux de jambon. Elle avait mis la table, préparé le thé et les toasts n’attendaient que le réveil de son invitée. La chasseuse de rêves devait rejoindre Nihila au plus vite, avant que l’Algol ne la trouve. Le démon rôdait souvent dans le coin et cherchait à accumuler du pouvoir pour renverser le gouvernement. Elle avait tenté de joindre ses petits-enfants pour leur demander de l’aide mais ses appels étaient restés sans réponse. Orens et Palmyre courraient le pays à la recherche de magicien unique possédant des dons hors du commun afin de les rassembler à Nihila et de les protéger de l’Algol et de son armée de mauvais sorciers.

 

 

 

Les lattes grinçantes de l’escalier la firent sortir de ses pensées. Ombelline descendait les escaliers le pas traînant, encore endormie. La vieille dame se tourna vers la jeune femme, le sourire aux lèvres, au moment où celle-ci entrait dans la cuisine. Elle l’invita à s’asseoir et servit deux assiettes d’œufs brouillés au jambon, elle saupoudra le tout de fromage et s’assied à ses côtés. Belle versa le thé dans les tasses et ajouta du sucre dans la sienne. La première gorgée lui fit l’effet d’un contact chaleureux et réconfortant. Les deux femmes commencèrent à manger en silence, seul le bruit des couverts sur la porcelaine résonnait dans la pièce.

 

 

 

- Pourquoi m’aidez-vous ? demanda enfin la métisse après avoir terminé son assiette.

 

 

 

- Parce que tu es une personne exceptionnelle, Ombelline, commença Rose doucement. Tu possèdes un don extraordinaire et des gens mauvais souhaiteraient s’en emparer, continua-t-elle. La seule manière de te protéger, c’est d’aller à Nihila et je sais que c’est là-bas que tu te rends, termina la vieille dame en tournant sa tête vers elle.

 

 

 

- C’est bien là mon but, soupira la jeune femme. Je ne sais comment m’y rendre, mais je finirais bien par y arriver.

 

- Tu dois y arriver et le plus vite possible, mes visions ne s’annoncent guère engageantes si tu n’y arrives pas très bientôt, répondit vivement la voyante.

 

 

 

Ombelline eut un mouvement de recul, ainsi son avenir était si important, elle avait toujours pensé être insignifiante et ses désirs de liberté ne concernaient qu’elle, or, il semblait qu’au contraire, ses désirs de liberté pouvaient impacter un plus grand nombre. Elle rejeta ses boucles en arrière et avala le reste de son thé d’une traite.

 

 

 

- Je vais me préparer alors, il me reste encore deux jours de marche.

 

 

 

Elle repoussa sa chaise, déposa sa vaisselle dans l’évier et remonta les marches grinçantes. Rose soupira, peut-être avait-elle était un peu brusque, il fallait impérativement qu’elle aide Ombelline à atteindre la ville, sinon la mort s’abattrait sur ses petits-enfants et la cité qui protégeait tant de gens serait anéantie. Elle rangea et nettoya sa cuisine avant de descendre le petit perron qui menait au jardin, au fond, cachée derrière les arbres se trouvait une petite cabane abritant tout son nécessaire à magie. La jeune femme ne partirait pas tout de suite, elle avait le temps pour une dernière tentative.

 

 

 

Sur la table de travail trônait un monticule de pierre, la vieille dame y jeta quelques brindilles, des herbes et une fiole au liquide argenté. Elle craqua une allumette et mit feu à la mixture puis elle attrapa un petit poignard en argent sculpté et se piqua le bout du doigt. L’annulaire de la main gauche, la seule extrémité liée directement au cœur. Elle fit tomber une goutte dans le feu et se concentra de toutes ses forces. Rose focalisa ses pensées sur Palmyre, sa petite-fille possédait le même don qu’elle, celui de voir au-delà du visible. Elle devait, à tout prix, lui transmettre sa vision, afin que celle-ci comprenne qu’elle devait revenir au plus tôt. La voyante commençait à s’épuiser, ses forces la quittaient petit à petit et quelques gouttes de sueur perlaient sur son front ridé. Des volutes de fumées voltigeaient à travers la pièce, prenant différentes formes, tentant de reproduire les visions de la vieille dame. Leur allure fantomatique rendant les scènes encore plus terrifiantes.

 

 

 

Lorsque le feu s’éteignit, la magicienne rouvrit doucement les yeux, le soleil, aveuglant, de cette fin de matinée, traversait la baie et lui fit plisser les paupières. Elle s’affala dans le vieux fauteuil miteux qui traînait au fond de la pièce, reprenant ses esprits peu à peu. Elle espérait sincèrement avoir établi le contact suffisamment longtemps pour que sa petite fille ait capté le message. Si c’était le cas, elle le saurait très vite, Orens avait le don de télékinésie et c’était un bon magicien, nul doute qu’il trouverait un moyen de la prévenir. Elle poussa un profond soupir et se dirigea à pas lent vers la maison, la brise chaude fit voleter sa jupe autour de ses jambes, l’air était encore chargé d’humidité et elle sentait une ombre planait sur la ville.

 

 

 

Ombelline avait pris une douche et enfilé des vêtements propres, un pantalon fin de couleur beige et une blouse sans manche écru. Ses cheveux, coiffés en une lourde natte, retombaient sur son épaule. Elle avait préparé son bagage et était fin prête à partir. En descendant l’escalier, elle aperçut la mine fatiguée de sa bienfaitrice.

 

 

 

- Rose, tout va bien, demanda la jeune femme, un brin inquiète.

 

- Oui, ne t’inquiète pas. Je vois que tu es prête à partir, répondit doucement la vieille dame en levant ses yeux translucides vers elle.

 

 

 

Ombelline se contenta de hocher la tête avant d’esquisser un sourire contrit. Elle était pressée de se remettre en route et de quitter la ville, elle sentait l’orage qui menaçait d’éclater et préférait être loin quand cela arriverait. Elle s’apprêtait à rejoindre l’entrée lorsque la vieille dame la retint par le bras.

 

 

 

- Prends ça, un car part pour Villegia dans une heure, c’est la ville la plus proche de Nihila. Ensuite, il ne te restera que quelques heures de marche. Ton cœur est pur, tu trouveras l’entrée de la cité, les esprits te guideront, souffla Rose en lui mettant dans la main une bourse de cuir.

 

- Je ne peux pas accepter, vous en avez déjà tant fait pour moi, susurra la jeune femme, les larmes aux yeux.

 

- Cela me fait plaisir, alors prends et dépêche-toi de quitter la ville.

 

 

 

Belle acquiesça et la remercia chaleureusement, elle endossa son sac à dos et quitta la maison le cœur gros. Elle marcha jusqu’à la sortie de la ville, prenant les raccourcis indiqués par les magiciens et atteignit l’arrêt de car quelques minutes avant que celui-ci n’arrive. Le chauffeur, un gros bonhomme bedonnant et à la moustache épaisse lui demanda dix pièces de cuivre pour son voyage, elle lui en tendit deux en argents, lui laissant la monnaie et parti s’asseoir au fond du véhicule. Les sièges étaient couverts de poussière et de saleté, elle sortit sa veste et la posa sur le fauteuil, préférant ne pas rentrer en contact directement avec l’assise et finit par se pelotonner près de la vitre, se servant de son sac comme oreiller de fortune. Le car était quasiment vide, tout devant se trouvait une femme et une petite fille, le visage dissimulé sous des foulards aux couleurs fanés. Au milieu, à même le sol, un jeune homme qui ne devait pas avoir la majorité, était assis en tailleur, plongé dans un livre à la couverture vieillie et usée. Elle n’en distinguait pas le titre, mais à voir la couverture de cuir brun, il s’agissait sans aucun doute d’un livre de magie. Peut-être que lui aussi se rendait à Nihila, peut-être que lui aussi rêvait de liberté. Elle finit par s’endormir bercée par les soubresauts de la route chaotique qui la conduirait jusqu’à son destin.

 

 

 

Le soleil commençait doucement à décliner quand elle ouvrit enfin les yeux, les silhouettes fantomatiques de ses rêves emplissant encore son esprit. Le trajet devait durer six heures et il lui faudrait encore quatre bonnes heures de marche avant de voir les montagnes qui coupaient la cité du reste du continent. La ville était à proximité, ses contours se dessinaient dans les nuages de poussières qui l’enveloppaient. Le car était censé la déposer à la sortie de la ville, au plus près des rocheuses. Elle passa une main sur son visage fatigué, elle ne devait pas avoir fière allure, mais elle s’en moquait, son rêve était à porter de main, elle pouvait presque le sentir au bout de ses doigts fins. Lorsque le car s’ébranla, signe que le conducteur n’irait pas plus loin, Belle se rendit compte qu’elle était désormais seule dans l’habitacle. Elle attrapa son sac à dos, étira ses membres ankylosés et soupira à l’idée de la randonnée qui l’attendait. Elle lança un simple au revoir un peu sec au chauffeur et descendit du car. La nuit ne tomberait pas avant quelques heures, mais elle devait se mettre en marche. Elle prit son courage à deux mains, but quelques gorgées d’eau et avala le sandwich que Rose avait glissé dans son sac le matin même, avant de se mettre en route. Elle n’avait qu’à suivre le vent, les effluves marines la porteraient jusqu’à sa destination.

Note de fin de chapitre:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, la suite au prochain rendez-vous :)

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