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Notes d'auteur :

 Voici le deuxième chapitre, bonne lecture :)

Ombelline se réveilla en sursaut, la nuit était déjà bien avancée et un orage venait d’éclater. Le violent coup de tonnerre avait fait frémir la vieille bâtisse et l’onde de choc s’était répercutée jusque dans ses os. La jeune femme se frotta les yeux, encore hagarde avant de se lever lentement du lit, la tête baissée pour ne pas se cogner. Elle entendait les respirations profondes et calmes des autres habitants de la maison, les ronflements de son père traversaient les murs aussi fins que du papier. Une vague de tristesse l’envahit, le départ était imminent et elle ne pouvait empêcher les souvenirs d’affluer comme les vagues d’une mer déchaînée. Son enfance lui revenait en mémoire aussi violemment qu’un coup-de-poing et ses certitudes commençaient doucement à s’étioler.

 

Elle secoua vivement la tête pour chasser ses pensées, ses boucles brunes voletèrent avant de retomber sur ses épaules étroites. À pas de loup, elle s’approcha de la chambre de Flore, sa petite sœur chérie dormait à poings fermés, la bouche légèrement entrouverte et les cheveux en bataille. Instinctivement, elle toucha son front moite du bout de ses doigts, la fraîcheur du contact fit remuer la dernière des Lachapelle, elle plissa doucement les yeux et finit par sombrer dans une douce léthargie. Ombelline ne put s’empêcher de laisser un dernier cadeau à sa sœur, un dernier souvenir d’elle. Elle plongea dans son esprit, les sourcils froncés par la concentration. Elle focalisa tout son pouvoir, y mettant toute sa puissance pour accéder au songe de sa cadette et le faire devenir réalité. Une gouttelette de sueur perla sur sa tempe.

 

Comme à chaque fois, elle sentit la magie émaner de son corps pour matérialiser les images qui défilaient dans sa tête. Ses forces s’amenuisaient à mesure qu’elle façonnait la réalité, créant à partir d’une illusion, une chose bien réelle. Quand elle sortit enfin de la chambre, titubant sous l’effort grisant qu’il lui avait fallu, une minuscule boule de poil sombre ronronnait aux pieds de sa nouvelle maîtresse. Flore avait toujours voulu avoir des compagnons à fourrure, mais la famille Lachapelle ne faisait malheureusement pas parties des plus riches du quartier et les animaux coûtaient cher dans leur monde. Cette nuit, Ombelline n’avait pas seulement rendu réel le rêve de sa petite sœur, elle avait aussi exaucé un souhait longtemps désiré. Et cette nouvelle compagnie serait là pour veiller sur elle, à sa place.

 

La jeune femme regagna sa chambre lorsqu’un deuxième éclair gronda, elle attrapa son sac à dos et ouvrit le battant grinçant de sa fenêtre avec toute la délicatesse que ses mains tremblantes d’excitation lui octroyaient. Une gouttière courrait le long du mur et lui servirait d’échelle. Une odeur de pluie flottait dans l’air, elle passa la première jambe par-dessus la balustrade, puis la deuxième et s’agrippant de toutes ses forces au morceau de métal, elle descendit le plus silencieusement possible. Le bruit mat de ses souliers résonna sur les pavés lorsqu’elle sauta du mur. Belle courut jusqu’au bout de la rue, passant devant les maisons sans s’arrêter comme si elle tentait d’échapper aux remords qui l’assaillaient déjà. Elle ne se retourna que lorsque sa maison ne ressembla plus qu’à un amas de bois semblable à tous les autres, un dernier regard vers son passé, elle pouvait désormais se tourner vers l’avenir. Elle reprit sa course au troisième coup de tonnerre, c’était le gong du départ, la pluie se mit à tomber.

 

Ombelline courut jusqu’à la sortie de la ville, trempée, mais heureuse. Elle ralentie le pas sur les routes de campagne, 4 longues journées de marche l’attendaient, mais la perspective de trouver enfin un abri sûr la gardait motivé. La fatigue finit, tout de même, par la gagner, elle continua à marcher, de plus en plus épuisée jusqu’à ce qu’elle tombe de sommeil à quelques pas d’une grange. La pluie avait cessé, mais elle était trempée et les odeurs de foins mouillés l’attiraient étrangement vers Morphée. Précautionneusement, elle entra dans la bâtisse, jetant un coup d’œil rapide aux alentours avant de s’effondrer dans une meule parfaitement dessinée pour accueillir ses rêves de liberté.

 

Le chant d’un coq résonna dans la grange et les rayons du soleil filtrant à travers les planches mal clouées, finirent de réveiller la jeune femme. Elle ne devait pas avoir dormi plus de quatre heures, mais cela suffirait amplement à la faire avancer jusqu’à la prochaine ville. Sienna se trouvait à au moins deux jours de marche, elle devrait y trouver une auberge et en attendant, une autre meule de foin. Elle s’étira lentement, déballa un morceau de brioche qu’elle avala sans même reprendre sa respiration tellement la faim lui broyait l’estomac. Sa gourde était presque vide, mais les quelques gouttes qui restaient lui permirent d’étancher un peu sa soif. Elle finit par se lever, les membres ankylosés par la fatigue, elle frotta ses yeux encore endormis et attrapa son sac à dos pour se remettre en route.

 

Ombelline marcha plusieurs heures avant de trouver un puit où remplir sa bouteille, les routes de campagne encore boueuses de la veille n’était pas des plus praticable, mais elle avait bien avancée. Elle se posa un court instant sur un rocher de pierre grise, avala un quignon de pain et quelques gorgées d’eau puis elle continua son chemin, un mélange de boue et de poussières l’accompagnant. Quand la nuit tomba, elle trouva un coin abritait sous un grand saule pleureur près d’un petit court d’eau. Elle y passa la nuit et se remit en route le lendemain après s’être rafraîchi dans le bassin. Elle marcha toute la journée, s’arrêtant de temps à autre pour boire un peu, grignoter quelques fruits secs et se reposer.

 

Il faisait nuit noire quand elle arriva enfin à l’entrée de la ville, elle ne passa pas par la grande porte, préférant contourner la route principale. Sa mère lui avait déjà parlé de cette cité et il existait un passage que seuls les détenteurs de magie pouvaient emprunter, elle trouverait sans doute une âme bienveillante pour lui offrir un abri. Elle emprunta le tunnel, les effluves d’eau croupie lui montèrent au nez, déclenchant un haut-le-cœur qu’elle eut du mal à réprimer. Il faisait sombre, l’atmosphère était étouffante, mais elle continua sa marche jusqu’au bout de l’artère où un mince filet de lumière l’accueillit. Le couvre-feu était déjà dépassé et personne à l’horizon. Les volets étaient fermés, les lumières étaient éteintes, seul le faible éclairage d’une véranda encore allumé donnait un semblant de vie à la rue.

 

Ombelline n’hésita qu’un instant, elle prit son courage à deux mains, souffla un bon coup pour reprendre contenance et s’avança vers la maison. Elle grimpa les deux petites marches grinçantes et toqua trois coups contre le battant de bois. Elle ne devait pas avoir fière allure, ses chaussures étaient pleines de boue, ses vêtements couverts de poussière et elle avait relevé ses boucles en un chignon lâche pour masquer la saleté et les brins de paille et d’herbes qui s’y étaient accrochés. Elle attendit bien deux minutes sous le porche, se triturant les mains, tentant de trouver un discours amical qui lui permettrait de passer la nuit dans ce lieu.

 

La porte finit par s’ouvrir sur une vieille dame rondelette, vêtue d’une robe de chambre usée dont la couleur rose avait fané. Ses cheveux blancs étaient maintenus par une épingle dont l’extrémité décorée de perles ivoires pointait au-dessus de son crâne. Elle tourna ses yeux bleus opaques vers elle et croisa ses mains sur son ventre.

 

- Je t’attendais, Ombelline Lachapelle, sourit-elle de ses lèvres ridées. Entre.

 

Et elle s’effaça pour la laisser passer. La jeune femme retira ses chaussures et franchit le seuil, une délicieuse odeur de potage embaumait la maison. Son ventre cria famine et la vielle dame ne put retenir un rire.

 

- Allez, à table, jeune fille, dit-elle d'une voix douce, mais ferme.

 

Belle la suivit jusqu’à la cuisine et s’assit sur la chaise que lui montrait son hôte, une assiette de soupe, un morceau de pain beurré et une tranche de fromage étaient posés devant elle comme si elle était censée se trouver ici, exactement à ce moment-là. La vieille femme s’assit face à elle et commença à manger, l’invitant à faire de même. Ombelline ne se fit pas prier et dévora son assiette avec gourmandise et avidité. Lorsqu’elles eurent, toutes deux, finis de dîner, la vieille femme débarrassa la table et lui servit une tasse de thé noir avant de se rasseoir.

 

- Comment saviez-vous que je viendrais, questionna la métisse doucement en sirotant le breuvage réconfortant. 

- De la même manière que je sais qui tu es et pourquoi tu es ici, répondit-elle dans un sourire énigmatique.

- Je ne comprends pas, vous êtes voyante, demanda Belle étonnée.

- J’ai le don du troisième œil, jeune fille, je vois le passé, le présent et l’avenir, dit-elle d’une voix lointaine. Quand tu auras fini ton thé, monte au premier, je t’ai préparé la première chambre à gauche, tu trouveras une salle de bain et des vêtements propre. Nous discuterons demain, ajouta la magicienne.

- Je vous remercie madame, merci infiniment, souffla la fugueuse.

- Appelle-moi Rose, objecta la grand-mère faussement outrée avant de se retirer. 

 

La jeune fille termina son thé et déposa la tasse dans l’évier. Elle grimpa les marches doucement, flottant dans une bulle de bonheur et de soulagement, elle poussa le battant de bois et déposa son sac sur le lit. Les draps sentaient bon le jasmin. Elle mit l’eau à couler dans la baignoire, versa quelques gouttes d’huile parfumée avant de se déshabiller et de se laisser glissa dans l’eau chaude. Qu’elle rencontre originale, pensa-t-elle. C’était la deuxième fois qu’elle assistait à un acte de bonté, la première fois, son grand-père avait utilisé son don de guérison sur son père tombé d’une échelle, afin qu’il puisse à nouveau marcher. Les gens étaient tellement égoïstes dans ce monde.

 

Elle se prélassa dans l’eau chaude une bonne heure avant d’en sortir et de s’emmitoufler dans une serviette moelleuse, ses cheveux dégoulinant sur le carrelage de la salle de bain. Elle sortit sa brosse de son sac à dos et entreprit de démêler ses boucles tout en réfléchissant à la vieille dame, ses yeux semblaient ne plus voir, mais son don devait être extrêmement puissant, elle n’avait pas l’air de souffrir de ce manque de vision, au contraire. Elle enfila la chemise de nuit et se blottie confortablement sous la couette, elle ferma les yeux et s’endormit quelques instants plus tard d’un sommeil réparateur et sans rêves.

 

 

Note de fin de chapitre:

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :)

 

À la prochaine :)

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