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Notes d'auteur :

J'insiste sur le rating -16, pas de fleurs ni de papillons  dans cette histoire :mg:

 

— On se voit demain soir.

William se penche sur Irina encore à moitié endormie pour lui donner un long baiser. Son parfum musqué et  les effluves de son after-shave lui chatouillent les narines mais elle y répond volontiers, encore alanguie entre les draps chauds.

— Je t’ai laissé un petit cadeau sur la table du salon, lui chuchote-t-il d’une voix chaude à l’oreille.

Puis il lui embrasse la tempe et quitte la pièce sur un dernier geste  tendre. Irina attend d’entendre la porte de la suite se refermer pour pousser un long soupir. Elle a enfin du temps pour elle. Deux longs jours sans la présence étouffante de William à ses côtés.

Le corps encore engourdi par sa nuit agitée, elle s’étire de tout son long avant de se lever et d’enfiler le peignoir de lin blanc que son amant lui a offert il y a déjà six mois, quelques jours après le début de leur relation. Elle traverse la chambre jusqu’au salon luxueux, dont les baies vitrées offrent une vue magnifique sur la mer. Sur la table, comme annoncé, un cadeau emballé d’un gros nœud rouge. Haussant un sourcil ironique à cette vue, Irina s’empare du paquet et l’ouvre d’un geste négligeant. Un collier en argent orné de minuscules diamants, qu’elle caresse du bout des  doigts. Elle referme la boîte sans même l’essayer, devenue impassible au vu du nombre toujours croissant de ces présents.

Les  cadeaux sous lesquels il la noyait l’ont fascinée, au début. Elle était ravie de ces bijoux, ces vêtements, ces chaussures, ce luxe dont elle a profité le plus possible, ravie de mettre en valeur cette beauté naturelle avec laquelle elle est née. Puis cela a fini par la lasser ; elle se lasse vite, Irina.

Elle n’a  pas mis fin à leur relation pour autant, bien trop heureuse de pouvoir profiter de ces avantages. Elle a quitté son travail, s’est inscrite à des cours supplémentaires qui la passionnent, profitant d’être entretenue par William pour se lancer. Il a même offert de payer le loyer du petit appartement qu’elle a voulu garder. Et en échange de cette opulence, elle s’offre plaisamment à lui lorsqu’il n’est pas en voyage d’affaires,  tend une oreille complaisante à ses confidences.

Il lui a conté son passé de militaire, l’héritage d’une cousine qui l’a rendu riche et qui a entraîné son départ de l’armée. Il lui a parlé de ses parents trop durs, de sa femme parfois distante parfois tentatrice, pour attiser sa jalousie elle l’a devinée, mais son absence de sentiments l’empêche de ressentir autre chose que de l’indifférence. Elle est trop jeune et volage pour s’attacher et faire autre chose que profiter de cette chance.

Seulement, il y a un problème à présent. Hier soir, entre deux ébats il lui a glissé un « je t’aime » au creux de l’oreille. Elle en a eu un frisson glacé le long de la colonne vertébrale, qu’il n’a pas eu l’air de percevoir. Elle voulait le séduire, oui, mais jamais elle n’a pensé qu’il aurait pu tomber amoureux d’elle. William est un homme riche et puissant et elle pressent, confusément, qu’il ne sera pas aisé de se  sortir  de cette situation.

Sans compter sa jalousie latente, qu’elle sent à chaque fois qu’un autre homme la regarde ou lui parle. Sa main possessive au creux de  ses reins, ses prunelles qui se glacent, elle voit tout cela, même si elle joue la femme aveugle. Cela lui paraît être le comble de l’hypocrisie au vue de l’alliance à son doigt. C’est pour cette raison qu’elle ne lui a jamais parlé des autres hommes qu’elle fréquente, par crainte et prudence.

Le reste de la journée s’écoule avec la tranquillité légère de son quotidien de ces derniers mois. Elle s’allonge sur un des transats de la terrasse pour profiter de la douce  température de ce début  d’automne, son ordinateur portable sur les genoux pour suivre son cours à distance. Elle sirote de l’eau pétillante, commande un plat  gastronomique à midi et achève son après-midi avec quelques longueurs paresseuses à la piscine de l’hôtel.

Elle s’apprête à remonter se doucher et se changer avant de se rendre au restaurant pour le dîner lorsqu’elle croise un jeune homme des plus attirants dans l’ascenseur. Un anglais à l’accent charmant et au sourire en coin joueur. Ils échangent quelques mots, ils flirtent avec insouciance quelques instants, elle rit, joue avec ses longs cheveux et s’amuse du regard fasciné qui parcourt son corps. Elle n’a pas à réfléchir longtemps. Pour une fois qu’elle a une soirée seule sans William, autant en profiter.

Elle l’invite alors dans sa suite et il ne se fait pas prier pour accepter. Elle se laisse encore désirer, échappe à ses mains baladeuses, fait monter un repas pour deux par le room service. Pas un instant elle ne cesse de jouer, électrisée par cette tension qu’elle sent entre eux. Il s’appelle Liam et son prénom est si semblable à celui qui quittait cette suite plus tôt dans la journée qu’elle trouve la situation plus amusante encore.

Ils n’ont cependant pas le temps de finir le dessert que l’anglais l’embrasse avec fougue, et qu’elle répond à son baiser avec tout autant d’enthousiasme. Les vêtements tombent vite et ils se perdent dans une étreinte passionnée sur le canapé de la suite, avant de poursuivre dans le lit qui a accueilli ses ébats avec William la veille.

Irina est si perdue dans son plaisir qu’elle n’entend pas la porte d’entrée s’ouvrir, ni la voix rauque familière qui appelle son nom. La tête entre ses cuisses lui fait perdre tout contrôle et elle s’abandonne à cette langue talentueuse. Son corps est arqué sur le matelas moelleux, des gémissements s’échappent de ses lèvres, lorsqu’un bruit sourd lui fait ouvrir les yeux.

Aussitôt, sa jouissance est remplacée par une vague de terreur qui la glace jusqu’aux os. William se tient sur le seuil de la chambre, l’air si en colère qu’il en est terrifiant. Elle se redresse d’un coup, en tentant de ramener le drap sur son corps nu. Etonné, son compagnon d’un soir suit son regard et son teint se fait livide. Il bredouille quelques mots, que  William coupe d’un ton froid.

— Tais-toi. Dehors.

Le jeune homme ne se le fait pas dire deux fois. Nu comme un ver, il protège son intimité de ses mains et s’enfuit sans un regard en arrière. Irina l’entend ramasser ses affaires dans le salon, puis partir, la porte claquant derrière lui. Figée, elle ose à peine respirer. C’est la première fois qu’il la surprend en flagrant délit, mais peut-être tout n’est-il pas perdu.

— Je croyais que tu ne rentrais que demain soir, finit-elle par dire du bout des lèvres, brisant le silence pesant.

— Mon séminaire a été annulé, répondit-il d’une voix polaire. Je voulais te faire une surprise.

— Si j’avais su…

— Tu ne m’aurais pas trompé ?

Ces mots font aussi monter l’agacement en elle. Elle pince les lèvres et rejette le drap qui la couvre, décidée à ne pas être honteuse ni de sa nudité ni de la situation.

— Est-ce que je te demande si tu me trompes quand tu te tapes ta  femme ?

— C’est différent.

Irina  laisse échapper un ricanement méprisant et traverse la chambre pour se rendre au salon, le bousculant au passage. Elle y ramasse ses affaires pour se rhabiller, mais elle se sent toujours aussi dénudée  avec son seul maillot de bain et elle s’entoure de la serviette qu’elle a ramenée de la piscine.

— C’est la première fois ?

La voix de William est calme. Dangereuse. Elle ne l’a jamais vu comme ça, aussi tendu et en colère. Une colère froide et silencieuse, plus terrifiante encore que s’il avait hurlé.

— Non.

Elle ne sait pas pourquoi elle a été honnête, mais elle plante ses yeux avec défi  dans les siens.

— Je suis libre de faire ce que je veux, ajoute-t-elle.

La réaction de William ne se fait pas attendre. Il réduit à néant la distance qui les sépare en quelques pas et la saisit brutalement aux épaules. Ses doigts s’enfoncent dans sa chair, lui arrachant un cri.

— Tu es à moi, gronde-t-il d’un ton possessif. Personne d’autre ne peut te toucher.

Irina réplique avec un ricanement moqueur. Malgré la douleur que lui provoque sa poigne, elle arbore un air dédaigneux. Elle avait envie de calmer les choses, au début, terrifiée de voir sa poule aux œufs d’or s’envoler, mais ces mots la mettent en rage. Elle n’est  pas une poupée à enfermer dans une cage dorée.

— Je ne suis à personne, crache-t-elle. Si tu savais combien d’autres m’ont touchée ces six derniers mois… Tu n’as pas ton mot à dire : mon corps, mes choix.

Aussitôt, les yeux de William s’obscurcissent. Confusément, elle sait qu’elle n’aurait pas dû dire ça, mais il est impossible de revenir en arrière à présent. Elle ne peut pas ravaler les mots déjà sortis de sa bouche. Elle voit dans son regard que quelque chose en lui se brise. Sa raison, sa fierté, elle ne sait pas. Tout ce qu’elle sait, c’est que quelques secondes plus  tard, elle a un couteau contre la gorge, qu’il a pris sur la table du dîner.

— Tu n’es qu’une sale petite pute, souffle-t-il. Tout ce que tu as pour toi, c’est ce joli visage. Sans ça tu n’es rien. Et il ne faut jamais rien prendre pour acquis.

Les minutes qui suivent ne sont que cris, sang et souffrance insoutenable. Irina tente de se débattre, elle hurle, elle pleure, elle supplie, persuadée que quelqu’un l’entendra, qu’on viendra la sauver.

Sauf que personne ne vient. Et quand William a fini, la douleur est telle qu’elle est à deux doigts de s’évanouir.

Elle reste consciente encore quelques secondes. Juste assez pour entendre la phrase qu’il lui souffle à l’oreille.

— Qui te trouvera belle, désormais ?

Et c’est le noir.

 

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