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Notes d'auteur :
Mis à jour le 27/05
Chapitre 9 : Conséquences
Alexia était allongée dans le canapé. Elle n’osait pas monter à sa chambre. Elle aurait vue sur la chambre de Delphin de l’autre côté de la rue et elle se sentirait encore plus mal qu’elle ne l’était déjà.
Elle restait donc au rez-de-chaussée, emmitouflée dans un plaid malgré les vingt et quelques degrés qu’il faisait dehors. Elle avait froid mais froid à l’intérieur. Par moments, elle revoyait l’écume rouge sang, son voisin inconscient, l’ambulance… et elle fondait à nouveau en larmes en pensant qu’elle aurait pu le tuer. Elle ne comprenait pas ce qu’il s’était passé. Elle s’était déjà transformée mais jamais, jamais, elle n’avait eu un tel comportement. Ou en tout cas, elle ne s’en souvenait pas.
La porte d’entrée s’ouvrit brutalement. Alexia ouvrit les yeux. Son père arriva, le sourire aux lèvres. Comment faisait-il pour être heureux ?
-Delphin s’est réveillé, annonça-t-il.
Alexia se redressa. Il était vivant. Elle était soulagée mais la peur revint presque aussitôt. Vivant oui, mais dans quel état ? Aurait-il des séquelles ? Allait-il pouvoir reprendre une vie normale ?
-Je vais tester sa mémoire dans les prochaines semaines. Il est encore un peu dans le gaz… Tu veux manger quelque chose ?
-… Oui, répondit-elle d’une petite voix.
Elle attrapa un mouchoir sur la table basse et se moucha bruyamment comme si elle espérait chasser son chagrin. Elle se sentit un peu mieux. Une odeur de pizza lui parvint bientôt et lui donna faim.
-On m’a parlé d’un psy à l’hôpital qui est bien, enchaina son père. Est-ce que tu te sentirais de lui parler de tout ça ?
Alexia n’aimait pas les psys, ceux d’Etretat ne l’avaient pas tellement aidée, mais à l’époque, elle était en proie à une haine et une violence qu’elle ne ressentait plus aujourd’hui. L’accident de Delphin l’avait calmée.
Elle acquiesça d’un signe de tête. Elle se sentirait mieux après avoir parlé et raconté tout ce qu’il s’était passé. Elle ne savait pas encore comment elle s’y prendrait.
Son père la tint au courant de l’état de Delphin, quand bien même elle ne le lui avait pas demandé mais il devait avoir compris que c’était important pour elle. Surtout si elle voulait aller mieux un jour. Pouvoir avoir une vie normale sans se demander qui elle allait faire souffrir la prochaine fois.
Une semaine passa. D’après son père, Delphin ne semblait pas avoir de séquelles mais il était un peu tôt pour l’affirmer complètement.
Elle n’avait pas repris les cours. Même si les nouvelles étaient bonnes concernant son voisin, elle avait peur qu’il ne récupère pas toutes ses facultés et ce serait de sa faute. On l’accuserait d’avoir provoqué son accident. C’était sûr. Elle n’était pas prête à affronter le regard des autres, elle avait déjà peur du sien. Elle n’arrivait pas à se pardonner son attitude. Elle voulait qu’il lui pardonne, mais comment pourrait-il faire ça ? Elle l’avait presque tué.
Alexia tournait en rond, incapable de trouver une solution à son problème. Il était temps qu’elle parle à un psy.
Sa première séance chez le psychologue avait lieu le lendemain en début d’après-midi. Son père l’emmena après sa pause déjeuner. Le docteur Lambert exerçait en fait à l’hôpital de Douarnenez. C’était un homme au visage bienveillant et à la calvitie rousse.
-Alexia Duval ?
Elle se leva et entra dans le cabinet.
-Je peux t’appeler Alexia ?
Elle acquiesça d’un signe de tête.
-Ton père m’a expliqué un peu le motif de ta prise de rendez-vous. Est-ce que tu veux m’en parler ? Avec tes mots ?
Elle ne savait pas par où commencer.
-Commence par le début, l’encouragea-t-il d’une voix douce. Présente-toi. Où tu habites ?
-Rue des dunes à Tréboul. Mais je viens d’Etretat, en Normandie. J’ai emménagé ici en juillet.
-Pourquoi avoir quitté une si belle région ?
-Ma mère est morte, répondit Alexia le regard embué de larmes. Mon père voulait qu’on change de vie.
-Je vois… Ça fait longtemps ?
-Presque un an. Elle s’est suicidée. Devant moi… J’avais réussi à faire mon deuil… Je crois…
-Qu’est-ce qui s’est passé ?
-… J’ai assisté à un accident de surf. C’était mon voisin…
-Vous vous connaissiez bien ?
-Non. On a été camarades de classe pendant quelques jours… je l’ai accusé de harcèlement…
-Pourquoi ?
Elle mit du temps à répondre. Elle avait menti en l’accusant. Elle s’était convaincue et avait convaincu les autres qu’il la surveillait, qu’il la suivait.
-J’avais l’impression qu’il me surveillait…
Elle pleura à nouveau. Elle se sentait tellement stupide. Cela avait-il valu le coup ? N’aurait-elle pas pu agir autrement avec lui ? Elle aurait dû agir normalement. Lui dire simplement non. Lui expliquer peut-être ce par quoi elle était passée… Après tout, il ne savait pas. Son comportement était excusable. Mais pas le sien.
-Mais il voulait juste m’aider, sanglota-t-elle.
-Tu dois te laisser le temps, dit le psy d’une voix douce. Tu as traversé une sacrée épreuve, voir un proche mourir ce n’est pas rien. Tu as des amis au lycée ?
-Oui, une amie. Maëlle. On s’entend bien.
-C’est important d’être entouré même si parfois on n’a pas très envie de parler. Savoir qu’il y a quelqu’un qui nous écoute, ça aide vraiment. Est-ce que tu lui as parlé de ta mère ?
-Non mais…
-Ca ne presse pas, la rassura-t-il. Tu lui diras quand tu seras prête.
Il leva les yeux vers l’horloge accrochée au-dessus de son bureau.
-La séance est finie. Je te propose que nous nous revoyions la semaine prochaine.
-Et pour...
-Pour ton voisin ? Chaque chose en son temps. Tu peux prendre de ses nouvelles, si tu t’en sens capable.
-Je… je pense que ça m’aiderait.
-Je te le souhaite. Jeudi onze heures ça te va ?
-Oui.
Alexia se décida à aller voir Delphin à l’hôpital le samedi suivant. Cela faisait une semaine que l’accident avait eu lieu. Elle en était toujours choquée mais elle devait voir Delphin. Son père l’avait tenue au courant de son état mais ce n’était pas suffisant. Elle avait besoin de le voir, de se rendre compte de son état. Cela l’aiderait à avancer.
Son père l’amena le samedi en début d’après-midi et l’accompagna au service de neurochirurgie. Il se dirigea vers son bureau et la laissa seule.
Alexia inspira longuement avant de se diriger vers la secrétaire.
-Bonjour, dit-elle. Je viens voir Delphin Tevenn.
-Vous êtes de la famille ?
-Non. Je suis… une camarade de classe.
Une simple camarade de classe, pensa-t-elle avec amertume. Ce n’était plus le cas puisqu’elle avait changé de classe mais la secrétaire n’avait pas besoin d’en savoir plus. Elle lui donna le numéro de la chambre.
Alexia se demanda ce qu’elle ferait si Delphin était réveillé. Elle n’avait pas envisagé cette possibilité. Les traumas crâniens dormaient beaucoup selon son père. Elle avait une chance sur deux. Elle trouverait quoi lui dire, au pire elle dirait qu’elle s’était trompée de chambre…
Elle ouvrit directement la porte. Le suspense était trop insupportable pour qu’elle frappe et attende un retour.
Elle risqua un coup d’œil à l’intérieur. Delphin dormait. Elle referma la porte derrière elle mais resta à mi-chemin entre le lit et la sortie.
Le bandage qu’il portait était impressionnant. A ça s’ajoutait le fait de le voir le crâne rasé. Ses yeux étaient cerclés de cernes. Il était vraiment marqué par son accident. Il ne serait plus jamais le jeune homme insouciant qu’elle avait rencontré.
-Je suis désolée, dit-elle à voix basse. Vraiment désolée.
Il bougea dans son sommeil. Il n’allait sans doute pas tarder à se réveiller. Il valait mieux partir avant qu’il la voie ou quelqu’un ne la surprenne ici.
Elle sortit et se retrouva nez-à-nez avec Maëlle. Thomas et Lionel, les amis de Delphin, l’accompagnaient.
-Alex ? fit son amie un peu surprise.
La rousse ne savait pas quoi faire ou dire. Elle comprenait l’étonnement de son amie même si elle aurait souhaité être comprise tout de suite. Elle n’avait pas vraiment eu l’attitude de quelqu’un qui aurait montré des remords et pourtant elle regrettait ce qu’elle avait fait subir à Delphin.
-Je ne savais pas que tu comptais aller le voir, fit Maëlle.
-… Je… euh… Il dort, balbutia Alexia. Je dois y aller…
-Tu es venue voir ce que tu as fait ? fit Thomas. C’est de ta faute s’il est là.
-Baissez la voix, s’il vous plait, dit la secrétaire.
Sentant les yeux lui piquer, Alexia se dirigea vers le premier ascenseur qui se présenta à elle. Elle pleura aussi longtemps que le trajet dura. Lorsqu’elle arriva dans le hall d’entrée, elle ne savait pas quoi faire à part fuir l’endroit le plus vite possible.
Son portable vibra dans sa poche. Elle le prit comme une excuse pour ne pas regarder les gens qui la dévisageaient. Maëlle lui avait envoyé un message : « Je suis toujours là si tu as besoin de parler. N’hésite pas. »
Alexia n’était pas prête à lui parler de ce qu’il s’était passé. Maëlle savait qu’elle avait menti sur le harcèlement et elle devait savoir que l’accusation avait eu des répercussions sur Delphin. Il avait dû être secoué, lui que tout le monde disait parfait… Non, il n’avait pas du comprendre ce qui lui arrivait. Le moindre acte d’Alexia à son encontre avait eu des conséquences. Tout –à bien y réfléchir- tout avait mené à cet accident.
Mais elle ne pouvait pas dire qu’elle était une sirène et qu’elle avait été l’instigatrice. Elle allait déjà devoir mentir au psy, elle ne voulait pas mentir à sa meilleure amie. Elle devrait se contenter de dire qu’elle avait vu ce qu’il s’était passé et appelé les secours.
Alexia rentra chez elle. Dans le bus qui la ramenait, elle se surprit à regarder la mer. Elle ne ressentait plus une envie dévorante de s’y baigner. Après ce qu’il s’était passé, l’étendue bleue n’était pas loin de la laisser indifférente. Elle ne pouvait pas retourner à la plage sans penser à Delphin ou à ce qu’il s’était passé. C’était impossible.
L’absence de Delphin durait. Elle n’avait jamais pensé dire ça mais elle aurait aimé qu’il vienne en cours. Elle se serait sentie moins coupable.
En plus, les belles journées d’été étaient terminées. Le temps se faisait de plus en plus gris et morose. Cela n’aidait pas la jeune fille à se sentir mieux.
***
Les semaines s’écoulèrent. Les rêves de Delphin étaient plus précis. Il voyait nettement le visage de la sirène, c’était celui d’Alexia. Il avait toujours été rêveur, intéressé par les contes et les légendes celtiques mais là, c’était d’un autre niveau. Ce n’était pas possible. Les sirènes n’existaient pas, pas plus que les farfadets… Il avait passé l’âge de croire à tout ça. Les contes constituaient une lecture très distrayante mais cela s’arrêtait là. Son imagination lui jouait des tours. C’était le choc qu’il avait pris…
Les journées étaient longues. En dépit de ce que sa mère lui avait rapporté, Delphin s’ennuyait et il n’arrivait pas à dormir comme il le voulait. Il y avait toujours du bruit dans le couloir ou une infirmière qui entrait dans la chambre.
Un jour enfin, le médecin revint.
-J’ai une excellente nouvelle, dit-il. Tu vas pouvoir sortir.
Delphin eut du mal à contenir sa joie. Il allait enfin retrouver sa maison, sa chambre et toutes ses affaires. Il pourrait enfin se reposer pour de vrai.
-Ta fracture commence à se résorber. C’est très encourageant pour la suite. Evite quand même toutes les situations où tu es susceptible de tomber.
-Oui. Merci.
Les Tevenn repartirent tous les trois de l’hôpital dès que le père de Delphin eut fini sa journée.
Delphin était soulagé. Il allait pouvoir reprendre une vie à peu près normale. Il se sentait moins stressé qu’à l’hôpital. Il était très fatigué et décida de profiter du trajet pour essayer de dormir un peu. Il ferma les yeux.
Il lui sembla que quelques minutes seulement s’étaient écoulées depuis qu’ils avaient quitté l’hôpital quand la voiture s’arrêta sur l’allée de graviers devant chez eux.
-Tu devrais peut-être dormir dans le bureau cette nuit, suggéra sa mère en se tournant et débouclant sa ceinture.
-Ça serait plus prudent, oui, approuva son père en l’imitant.
-Si tu as besoin de quelque chose là-haut, on ira le chercher.
Il n’avait pas son mot à dire. Le médecin avait été très clair. Il ne chercha pas à discuter.
Delphin les laissa emmener ses affaires à l’intérieur et prit place sur l’un des transats près de la piscine. Il s’allongea et laissa le sommeil l’emporter de nouveau. Il se laissa bercer par la brise qui faisait clapoter l’eau de la piscine à ses pieds.
En quelques secondes, il sentait la fraîcheur des courants contre sa peau. Il sentait le sel le porter malgré lui et l’empêcher de couler. Il était comme suspendu. Il voyait le sable sous ses pieds et le soleil qui perçait la surface de l’eau et l’éblouissait par moment. Il voulut remonter mais c’était comme si un poids était lié à ses chevilles. Il ne pouvait rien faire. Il essayait de bouger mais était contraint de rester là où il était.
-Delphin ! lança soudain une voix près de lui.
Le jeune homme sursauta. Son père était juste à côté de lui.
-Ça va ?
-… J’ai fait un cauchemar…
« Encore », pensa-t-il. Allait-il arriver à dormir sans en faire ? Il commençait à en douter sérieusement. Il était épuisé.
-Tu en fais beaucoup, dit son père en fronçant les sourcils visiblement inquiet. C’est toujours en rapport avec ton accident ?
-Presque toujours.
Il y avait deux ou trois fois où le rêve était un peu différent mais il avait toujours ce sentiment d’angoisse à moment donné.
-Faudrait que tu réussisses à te reposer quand même… Viens, c’est l’heure du dîner.
Delphin alla prendre une douche et rejoignit ses parents. Il n’avait pas faim. La tête lui tournait par moments. Il avait du mal à fixer son regard quelque part. Il voulut quitter la table mais ses parents insistèrent pour qu’il mange un peu.
Son dîner avalé, il se retira dans le bureau qui faisait office de chambre d’ami. Sa mère avait descendu quelques livres et quelques cds ainsi que son oreiller.
-Ca va aller ? lui demanda-t-elle en entrouvrant la porte. Si tu as besoin de quelque chose, on est dans le salon.
-Ok.
Il laissa les livres de côté et s’allongea. Le BZ était moins confortable que son lit et il mit plusieurs minutes avant de trouver une position confortable.
Il l’avait enfin trouvée quand on sonna à la porte. Il entendit les pas de son père longer le couloir, la porte s’ouvrir. Il reconnut la voix de M. Duval qui parlait avec son père. Delphin était trop fatigué pour comprendre ce qu’ils disaient. La conversation dura quelques minutes puis la porte se referma.
Il réussit finalement à s’endormir. Dans son esprit, l’eau montait. Les vagues devenaient de plus en plus menaçantes. Il y eut un éclair argenté. La sensation d’être poussé de plus en plus violemment. Il tomba à l’eau. La sirène se dirigeait droit vers lui…
Il se réveilla en sursaut, le corps baigné d’une sueur froide.
Il vit la lumière du couloir dans l’ouverture de la porte.
-Ca va aller, lui dit la voix rassurante de son père. Tiens.
Il lui tendit un verre d’eau et un comprimé. Delphin les prit.
-Tout va bien. Tu es à la maison…
Il avala le comprimé et se recoucha.
Le lendemain, il se réveilla avec la satisfaction d’avoir bien dormi et de s’être reposé. Il se leva cependant difficilement. Il avait la tête brouillée. Il avait presque trop dormi.
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