Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Mis à jour le 10/05
Delphin avait du mal à le croire. Alexia l’accusait de harcèlement. C’était n’importe quoi. Il se contentait d’aller en cours, c’était tout. Ce n’était pas de sa faute s’ils empruntaient le même itinéraire pour se rendre au lycée… (De toute façon il n’y en avait qu’un depuis la rue des dunes).
-Qu’est-ce qu’il te voulait, Jambon ? demanda Thomas.
-… M’informer d’un truc, soupira Delphin.
-Ca n’a pas l’air joyeux...
-C’est à propos d’Alexia. Elle m’accuse de harcèlement.
-QUOI ? fit Thomas choqué.
-Ne parle pas si fort, fit Lionel à Thomas.
-De harcèlement ? Mais tu n’as rien fait de mal…
-Bien sûr que non. Mais elle trouve que ça fait beaucoup : on habite l’un en face de l’autre, on prend le bus ensemble et là on est dans la même classe…
-Ce n’est pas une raison. On n’accuse pas les gens de harcèlement pour ça.
-Elle n’a qu’à changer de classe si elle n’est pas contente, fit Thomas. Des tas de gens tueraient pour intégrer notre classe. Enfin… ta classe.
Delphin soupira. Il n’était pas d’humeur à rire.
-En tout cas, chapeau car tu prends ça relativement bien.
Il avait envie de mourir. Rien n’était pire que cette situation.
-Jambon a parlé de sanction ? demanda Lionel. Il n’envisage pas de te renvoyer quand même ?
-Non, il attend de savoir si elle va changer d’avis. En attendant, je dois l’éviter.
-C’est n’importe quoi, fit Thomas.
Delphin aurait bien aimé dire qu’il était d’accord mais c’était entièrement de sa faute. S’il avait écouté son père, il n’en serait pas là. Que devait-il faire ? Il avait envie de partir. Ce serait donner raison à Alexia, mais avait-il vraiment le choix ? Il était trop énervé pour continuer sa journée de cours comme si de rien n’était.
La sonnerie de fin de pause retentit et le fit sursauter. Il fallait qu’il prenne une décision. Il remit sa veste.
-Qu’est-ce que tu fais ? lui demanda Thomas.
-Je rentre chez moi.
-Pourquoi ?
-Tu nous l’as dit : tu voulais seulement l’aider. Tu n’as rien à te reprocher, renchérit Lionel.
-On va t’aider à préparer ta défense. Si quelqu’un doit partir, c’est elle.
Mais Delphin ne voulait pas qu’Alexia parte. Il devait trouver une solution. Ce n’était qu’un malentendu. Il lui suffirait de faire profil bas, de s’excuser quand ils seraient convoqués tous les deux dans le bureau du directeur et ce serait réglé. A défaut de s’entendre, ils pourraient continuer leur route chacun de leur côté. Une perspective qui lui laissait un goût amer dans la bouche mais c’était l’issue la moins désagréable.

Il consentit à rester au lycée. Ce n’était que quelques heures et il serait toujours mieux avec ses amis que seul chez lui.

Le reste de la journée lui parut long mais long. En dépit des efforts de Thomas pour le distraire (et de ceux de Lionel pour leur rappeler qu’ils étaient en cours), il ruminait cette histoire. Il n’arrivait pas à se concentrer. Il griffonnait sur sa feuille sans parvenir à prendre des notes. Pire : il ne pouvait même pas regarder Alexia.

***
Alexia serrait les dents. Delphin semblait au courant de son accusation mais il était toujours là. Que fallait-il faire pour en être débarrassé ? Cette situation l’agaçait prodigieusement, ça n’allait pas assez vite. Ce n’était pas définitif. Rien n’était résolu…

***

-Qu’est-ce que tu fais ? Tu rentres chez toi direct ? demanda Lionel.

Delphin haussa les épaules.

-Tu peux rester à la maison, je te passerai les cours et tu pourras appeler tes parents pour qu’ils viennent te chercher.

Delphin ne savait pas ce qu’il voulait faire. Il n’avait pas vraiment envie de raconter à ses parents ce qu’il s’était passé. Il voulait aller à la plage et être seul un moment.

-Je vais rentrer.
-Bon, à demain alors.

Delphin reprit le bus pour se rendre à Tréboul et descendit à l’arrêt de la plage. Le jour déclinait déjà. Les derniers touristes désertaient la plage. Dans quelques minutes, il serait seul avec ses pensées. Il essayait de rester positif mais les choses ne prenaient pas du tout la tournure qu’il s’était imaginée à l’arrivée des Duval. Cela l’attristait profondément. il y avait tellement cru…

Il fallait qu’il s’excuse. Alexia changerait peut-être d’avis ensuite.
Il devrait être rapidement fixé sur son sort.
***
Le lendemain, Alexia ne vit pas Delphin dans le bus et se demanda pendant un instant si elle le verrait en cours. Il devait sans doute trouver la vie injuste… Oui, elle l’était. la jeune femme était bien placée pour le savoir. Delphin, lui, avait tout pour être heureux. Le malheur ne s’était jamais immiscé dans sa vie, ça se voyait.
Elle se rendit compte quelques minutes avant la sonnerie que son voisin était bel et bien au lycée. Il avait sûrement pris le bus d’avant ou ses parents l’avaient déposé. En tout cas, ce n’était pas encore aujourd’hui qu’elle allait en être débarrassée.
-Alex ! fit Maëlle en la sortant de sa furie silencieuse. Ça va ?
-... Ouais, répondit Alexia tout en fixant Delphin près des casiers.
Maëlle se tourna un instant vers lui.
-Ce n’est pas pour prendre sa défense mais je suis sûre qu’il ne cherchait pas te nuire, dit-elle.
-Il l’a quand même fait.
-Il n’est pas comme ça.
-Je m’en moque. Je vais retourner voir le directeur.
Elle s’y rendit aussitôt.
-Il continue, dit-elle.
Il était là, c’était qu’il voulait lui nuire, elle en était sûre. elle le savait. Le sang battait à ses tempes. La colère lui criait de se venger.
-Bon… fit le directeur. Je vous convoquerai dans la journée.
Satisfaite, Alexia rejoignit sa salle de classe.
***
Des coups portés sur la porte de la salle de cours d’anglais tirèrent Delphin de sa torpeur. Il aimait beaucoup cette matière mais s’ennuyait à mourir. Il avait beaucoup plus l’occasion de s’améliorer que ses camarades et la différence de niveaux se creusait davantage à chaque cours, il lui semblait.
-Excusez-moi de vous déranger, dit le surveillant. Je viens chercher Delphin Tevenn et Alexia Duval. Le directeur veut vous voir.
Alexia prit ses affaires et sortit la première. Delphin l’imita.
Ils suivirent le pion jusqu’au rez-de-chaussée.
M. Jambon les attendait, debout devant son bureau.
-Asseyez-vous.
Ils s’exécutèrent d’un même mouvement.
-Bon… Mademoiselle Duval, est-ce que vous maintenez vos accusations à l’encontre de M. Tevenn ?
-Oui.
Delphin avait cru pendant un instant qu’elle se dégonflerait, aussi fut-il déçu de cette réponse. Il avait envie de lui demander si elle se rendait compte de ce qu’elle disait mais il était trop bouleversé pour ça.
-Je veux qu’il change de classe.
-De mon point de vue, vos accusations concernent surtout le temps en dehors de l’école… dit M. Jambon. Si vous vous sentez mal à l’aise en la présence de M. Tevenn, je peux vous faire changer de classe.
Alexia eut une moue contrariée.
-Et puis, pour vos trajets et votre vie hors scolaire… eh bien… arrangez-vous pour ne pas vous suivre.
-C’est ce que je fais, fit Delphin sur la défensive.
Il aurait aimé avoir l’assurance de Thomas et pouvoir dire à Alexia qu’il ne comptait pas changer de classe pour ses beaux yeux. Le problème c’était qu’il ne le pensait, il aurait même fait n’importe quoi pour elle si ça pouvait leur permettre de se rapprocher. Il ne parvint qu’à souffler :
-Je suis désolé. Je ne pensais pas à mal.
Alexia ne dit rien et sembla même se renfrogner. Mais qu’est-ce qui ne tournait pas rond chez elle ? Pourquoi rien ne semblait la satisfaire ? Si elle changeait de classe, elle le verrait moins, c’était déjà ça de pris… Mais non, ce n’était pas assez pour elle. Une chieuse, voilà ce qu’elle était. Elle ne voulait rien avoir à faire avec les gens. Il ne pouvait pas l’y pousser. Il aurait dû abandonner depuis longtemps.
-Bon, reprit le directeur. La situation me semble claire… Alexia, votre changement de classe prend effet dès demain. Delphin, vous resterez dans votre classe actuelle. Bonne journée.
-Merci, dit Delphin.
Il était soulagé. Alexia n’aurait plus d’excuse pour l’accuser de quoi que ce soit.
***
Le lendemain donc, Alexia n’était plus dans sa classe mais dans celle de Maëlle. C’était un soulagement et une bonne nouvelle mais elle ne parvenait pas à être véritablement heureuse. Delphin était encore trop près. Elle aurait voulu qu’il change carrément d’établissement ou de ville ou mieux : qu’il disparaisse pour de bon.
***
Delphin se rendit compte qu’il cherchait Alexia et il se rappela avec amertume l’accusation dont il avait été l’objet. Elle ne méritait pas qu’il la cherche. Il ne devait plus perdre de temps avec elle. Il fallait qu’il tourne la page.
Le week-end se profila enfin. Il aurait au moins besoin de deux jours pour digérer toute cette histoire.
Le vendredi soir, après un long moment passé à la plage, il monta à sa chambre et se coucha. Jamais une semaine ne lui avait paru aussi éprouvante. Il resta un long moment dans le noir à essayer de faire passer l’amertume qui lui tapissait la bouche.
Au bout de deux ou trois heures, la porte de sa chambre s’ouvrit.
-Euh… Del’, tu comptes faire le repas ou il faut… fit son père. Qu’est-ce que tu fais dans le noir ? La journée s’est mal passée ?
-… C’est toute la semaine qui s’est mal passée… r répondit-il d’une voix enrouée.
-A ce point ?
Alain alluma la lampe sur la table de chevet et Delphin se tourna vers lui. Il lui raconta les récents évènements qui l’avaient conduit à son état du soir. Il n’aimait pas donner l’impression de se plaindre mais il ne pouvait plus garder tout cela pour lui.
-Je sais que c’est de ma faute. J’aurais dû vous écouter, tous, vous aviez raison…
-Oui, mais elle y est allée un peu fort quand même… Je vais parler à Joël de ce qu’il s’est passé…
-Non, l’arrêta Delphin. Ne lui dis pas.
-Je refuse que ça aille plus loin. On te changera d’établissement s’il le faut.
-Je ne veux pas changer de lycée. Je vais faire profil bas et voir…
-… Comme tu veux. Tu vas manger ?
-Non.
-Ta part sera au frigo.
Le lendemain, Delphin émergea vers onze heures. Il était courbatu de partout à force d’avoir dormi en boule. Un grand verre de jus d’orange et des toasts étaient posés sur sa table de chevet. Sentant son estomac protester contre l’absence de dîner, il les engloutit puis fila dans la salle de bain.
Au sortir, il fit ses devoirs et vers la fin d’après-midi, se dit que surfer lui ferait le plus grand bien. Il enfila sa combinaison, prit sa planche et se rendit à la plage.
Fidèle à son poste de secouriste, Tom était perché sur sa chaise de surveillance. Le drapeau vert flottant légèrement à ses côtés.
-Salut, Tom !
-Hey, Del’ ! Tu aurais dû venir ce matin. Il n’y aura pas de vent cet après-midi.
-Ah… fit Delphin un peu déçu.
Mais comme le contact avec la mer lui avait toujours fait du bien, il s’y dirigea. Le vent viendrait peut-être. Il s’éloigna du bord pour ne pas gêner les éventuels baigneurs et guetta les vagues, ses jambes pendant de chaque côté de sa planche, les pieds dans l’eau.
Il se refit mentalement le film de la semaine. Il n’arrivait pas à croire qu’une telle chose ait pu lui arriver. Dire qu’au début c’était un simple râteau… A présent c’était de la détestation. Il avait réussi à se faire détester de la fille qu’il aimait. C’était risible.
Quelque chose frôla son pied. Il ne s’en soucia pas, c’était sûrement un poisson qui avait été un peu curieux.
Le vent se leva d’un coup. La planche se mit à tanguer et lui avec. Le ciel s’était assombri. L’averse n’allait pas tarder.
Delphin hésita à retourner vers la plage. La pluie ne le gênait pas habituellement pour surfer.
Il s’aperçut cependant que le courant l’emmenait vers les rochers. Quel que soit son choix, il fallait qu’il s’en éloigne. Il commença à ramer mais s’arrêta tout net quand il vit des écailles argentées briller sous la surface de l’eau. Ce devait être un gros poisson, un très gros poisson. C’était ce qu’il pensait mais une chevelure rousse fendit les flots ensuite.
Delphin sentit son pouls s’accélérer. Une sirène ? A Tréboul ? Il était passionné de créatures fantastiques mais il avait passé l’âge de croire qu’elles existaient réellement…
La créature progressait vite. Elle passa sous sa planche et mit un grand coup de nageoire dedans.
Choqué, Delphin s’accrocha à sa planche du mieux qu’il put. Il remonta ses jambes pour ne pas offrir de prise à la sirène.
Le vent se leva et des vagues le poussèrent. Il déviait vers les rochers à présent. Il devait à tout prix éviter de les heurter. La sirène continuait de le pousser, de traiter la planche comme un vulgaire morceau de bois, comme un parasite qui n’avait rien à faire sur les flots de plus en plus enragés.
Si elle continuait ainsi, Delphin finirait par tomber. Sa planche l’encombrerait plus qu’autre chose. Il valait mieux la laisser dériver. Il défit le scratch autour de sa cheville et, au prochain heurt, se laissa glisser dans l’eau.
Il aperçut la silhouette de la sirène faire demi-tour pour se précipiter vers lui. Même en nageant aussi vite qu’il le pouvait, il ne lui échapperait pas. Les sirènes étaient des prédatrices. Il ne s’en sortirait que mort…
A court d’oxygène, il remonta à la surface. Les vagues se faisaient plus imposantes. Lutter ne servirait à rien. D’une manière ou d’une autre, il allait se noyer. Une lame de fond l’emporta avec une force redoutable. Le souffle coupé, il sentit la panique le gagner et d’un coup, tout devint noir.
***
Alexia reprit connaissance au milieu des rochers. La transformation était de plus en plus intense. Il lui fallut plusieurs minutes pour reprendre ses esprits. Elle était sur le sable en maillot de bain jusque-là rien d’anormal. Elle se releva difficilement. Elle se sentait courbatue comme si on l’avait rouée de coups…
Elle jeta un rapide coup d’œil vers la plage à quelques centaines de mètres. Le pavillon vert flottait au vent. Pas de vagues ou très peu. Alors pourquoi avait-elle l’impression de s’être fait emportée par le courant ?
Son regard se porta sur l’eau. Un hoquet de terreur lui échappa lorsqu’elle vit une écume rougeâtre immerger ses pieds et y laisser une trace sanguinolente. Elle vérifia ses jambes en quête d’une blessure mais elle n’avait rien. Sa peau était intacte. Ce qui signifiait… ce qui signifiait que quelqu’un ou quelque chose était blessé tout près d’elle.
Un bruit mat la fit sursauter. Elle se retourna. Une planche de surf heurtait les rochers au gré des vagues. Il y avait quelqu’un d’autre dans le périmètre. Elle chercha plus attentivement, inquiète de ce qu’elle pourrait trouver. Et si l’autre personne était morte ?
Son souffle et son rythme cardiaque devinrent carrément irréguliers. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Un en particulier : le suicide de sa mère.
Elle aperçut un bout de combinaison blanche et bleu clair à la surface pendant quelques secondes. Elle regarda à nouveau le poste de secours. Il était trop loin pour que le sauveteur ait vu quelque chose et intervienne rapidement.
Il n’y avait qu’elle qui pouvait réagir. Tremblant de tous ses membres, Alexia rassembla ses forces et s’avança dans l’eau puis plongea. Malgré la faible luminosité, elle distingua une couleur anormale dans les profondeurs. Du rouge. Des volutes de rouge qui s’échappaient et tourbillonnaient dans l’eau de mer. Elle les suivit et aperçut une silhouette vêtue de blanc. Et des cheveux blonds. Cette vision la pétrifia d’horreur. Delphin. Son voisin. Il avait perdu connaissance et le sang s’échappait d’une plaie à la tête. Elle ne pouvait pas le laisser là.
Elle nagea jusqu’à lui et le hissa à la surface. Elle avisa un espace entre les rochers et tenta tant bien que mal de les amener là-bas.
Epuisée, elle lâcha Delphin un peu plus brutalement qu’elle ne le voulait. Comme il était inconscient, il ne s’en plaindrait pas. Elle avait mal partout mais il y avait plus grave. S’il mourrait à cause d’elle, elle ne s’en remettrait pas.
-Ré… réveille-toi… Réveille-toi… Pitié, réveille-toi !
Elle prit sa serviette de plage et l’appliqua sur sa blessure. Tournant à moitié de l’œil à la vue de la plaie sur le crâne de son voisin, elle se décida à aller chercher le secouriste.
Heureusement, elle n’eut pas besoin de dire un mot. Après l’avoir recouverte d’une couverture de survie, le secouriste se dirigea vers l’endroit qu’elle lui avait indiqué.
Une ambulance arriva. Alexia était incapable de faire le moindre geste, de prononcer le moindre mot. Elle les regarda courir avec le brancard, longer la jetée et disparaitre au milieu des rochers.
Quelques minutes plus tard, ils faisaient le chemin inverse plus lentement.
Alexia regarda l’équipe médicale emmener Delphin.
-Ca va aller. Ça va aller, dit le secouriste en lui frictionnant le dos. Réchauffe-toi.
-Merci, Tom, dit un des ambulanciers.
-Vous me tenez au courant ?
-Hm.
Et l’ambulance quitta la plage, sirène hurlante.
-…Est-ce… est-ce… qu’il va-va s’en sortir ? bégaya Alexia lorsque le véhicule se fut suffisamment éloigné.
-Je l’espère, répondit Tom visiblement inquiet. C’est quelqu’un de bien, Delphin… Tu le connais ?
-C’est… C’est mon voisin…
C’était bien tout ce qu’elle pouvait dire sur lui puisqu’elle n’avait pas pris le temps de le connaître. Elle s’était attaquée à lui parce que… Parce que quoi ? Elle ne savait plus…
-Il y a quelqu’un qui peut venir te chercher ? l’interrompit Tom. Tes parents ?
-Mon père… est neurochirurgien…
-Et ta mère ?
-…
-Tu peux utiliser la douche ici. Il y a de l’eau chaude. Je vais appeler Gaëlle l’autre secouriste, elle te déposera.
Alexia rentra chez elle sans avoir vraiment conscience. Elle était encore sous le choc de ce qu’elle venait de voir. Elle n’avait pas l’impression d’être rue des dunes, une partie d’elle était restée sur la plage à regarder les ambulanciers emmener son voisin.
Trop faible pour monter les escaliers, elle se laissa tomber dans le canapé. Comment cela avait pu se produire ? Est-ce que c’était elle qui avait provoqué l’accident de Delphin ? Elle ne se souvenait de rien… Elle le détestait mais pas au point de le tuer… Et si, s’il ne se réveillait pas ? Les autres penseraient qu’il avait fait une mauvaise chute, que ça arrivait à tous les surfeurs… Mais Alexia saurait. C’était de sa faute, à elle.
Elle ne s’était jamais autant détestée qu’à cet instant. Bien sûr il y avait eu le moment où sa mère était morte devant ses yeux. Elle s’en était voulue… Mais là… Là c’était pire en quelque sorte. Cette fois, elle avait participé, malgré elle peut-être, mais elle était responsable de l’état de Delphin. Elle sanglota longuement.
La sirène en elle s’en prenait à tout le monde. Une véritable prédatrice. Qui serait le prochain ? Son père ? Un ami de Delphin ? Un parfait inconnu ? Alexia avait envie d’en finir. Elle ne voulait plus prendre le risque de blesser quelqu’un. C’était décidé, elle allait se suicider.
Elle se traîna jusqu’à la cuisine, prit le couteau le plus tranchant qu’elle put trouver. Ses mains tremblaient. En fait, tout son corps tremblait comme pris de spasmes. Le couteau lui échappa des mains et tomba sur le carrelage. Elle voulut se pencher pour le ramasser mais s’écroula. Quelque chose en elle lui criait que ce n’était pas la solution et qu’elle pouvait -qu’elle devait- se racheter.
Alexia finit par se redresser et ranger le couteau dans son tiroir. Les larmes inondant son visage, elle reprit son sac de plage et monta à sa chambre.
Elle prit un mouchoir de la boite posée sur sa table de chevet et regarda la fenêtre aux volets fermés de l’autre côté de la rue. C’était entièrement de sa faute. Ce qu’elle avait fait était inexcusable.
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.