Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Mis à jour le 18/10
Loin de faire réfléchir son voisin, son geste le mit dans un état d’incompréhension et de colère. Comment Maëlle qui était de passage pouvait devenir aussi facilement amie avec Alexia ? Elle venait de la rencontrer ! Il connaissait un peu la sœur de Lionel et il était vrai qu’elle avait toujours montré des facilités à se faire des relations mais là… Delphin était carrément jaloux. Il s’échinait à établir un simple contact avec Alexia depuis un mois. Et depuis un mois, il n’essuyait que des refus.

Il avait rarement été dans un état de frustration aussi intense. C’était personnel et il ne voyait pas comment se sortir de cette situation. Ses amis lui avaient dit de laisser couler. S’ils savaient à quel point il n’en avait pas envie… Il voulait remédier à cette situation tout de suite, aller lui dire qu’il était désolé (même s’il ne savait pas trop pour quoi). Juste lui dire ça. Et voir… La voir. Elle était devenue une idée fixe. Ou plutôt la connexion qu’il ressentait entre eux était devenue son obsession. Jamais il n’avait ressenti ça et il ne comptait pas abandonner.

Il resta une bonne partie de la journée dans sa chambre et en rata le déjeuner.

On frappa soudain à la porte de sa chambre.

-Oui ? dit-il après s’être essuyé les yeux.

Son père entra.

-Merde le repas… jura Delphin.

Comme il avait eu la tête ailleurs, il avait complètement oublié ses corvées habituelles.

-Ce n’est pas grave. J’ai commandé chinois, le rassura son père. Ça va ?
-… Non.
-C’est à cause d’Alexia ?
-Oui. Je n’arrive pas à lui parler. Elle me claque la porte au nez ou elle fait la morte… Et toute à l’heure, je l’ai vue avec Maëlle. Elles parlaient comme si elles se connaissaient depuis…
-Maëlle la sœur de Lionel ? l’interrompit son père.
-Oui !
-Ça passe parfois mieux avec une fille… Je comprends ta frustration mais essaie de te mettre à sa place. Elle vient d’arriver. Tout est nouveau pour elle.
-Ça fait un mois qu’ils ont emménagé.
-Elle a laissé toute une vie en Normandie. Imagine…
-Thomas pense qu’elle ne veut pas me parler parce qu’elle pense que tu as forcé son père à déménager.
-C’est une façon de voir les choses… Mais je ne l’ai pas forcé. Je lui ai simplement proposé un poste et il a dit oui. Tu devrais la laisser tranquille pour le moment. Attendre qu’elle soit prête.

Et si elle ne l’était jamais ?

La sonnerie retentit.

-Ah, le livreur…

Et Alain descendit.

***

Indifférente à ce que pouvait éprouver son voisin, Alexia vivait un sentiment de plénitude. Cela faisait si longtemps qu’elle ne l’avait pas expérimenté. Elle se retrouvait, la jeune normande d’autrefois. Celle qui n’avait pas d’autres soucis que de savoir quel vêtement mettre ou quelle musique écouter.

Sa rencontre avec Maëlle lui permettait de souffler, de penser à autre chose, de se recentrer sur elle-même et en même temps de s’intéresser à quelqu’un d’autre. C’était bon d’avoir de nouveau un ami.

La porte d’entrée s’ouvrit et se referma quelques secondes plus tard : son père était rentré. Alexia descendit le saluer.

-Salut, papa.
-Bonsoir, ma chérie. Comment s’est passée ta journée ?
-Très bien. Je me suis faite une amie.
-Je suis content d’apprendre que tu sois sortie, j’avais peur que tu ne le fasses jamais.
-Je suis sortie plusieurs fois depuis qu’on est arrivés, fit-elle. Simplement… aujourd’hui, il faisait beau. J’étais de meilleure humeur…
-Ah… fit-il soulagé. Comment elle s’appelle ?
-Maëlle.
-Une bretonne pure souche…
-Non, elle est martiniquaise. Enfin son père l’est. Ils sont arrivés à Douarnenez il y a quelques temps…
-Ah, vous devez avoir plein de choses en commun…
-On n’a pas beaucoup parlé de ça. Elle m’a fait découvrir la ville. J’ai pris des photos.
-Super, fais-moi voir.

Ils passèrent la soirée à parler, parler vraiment, pour la première fois depuis plus de six mois et même de rire.

Ce soir-là, le suicide de sa mère était loin, bien loin dans le passé. Enfin, ils se tournaient vers le présent et l’avenir.

Quelques jours plus tard, Alexia rejoignit Maëlle à Douarnenez. C’était une ville bien plus grande que Tréboul, elle s’en était aperçue en la traversant le jour de son arrivée. Le trajet en bus lui parut aussi dangereux que celui en voiture. Elle eut quelques sueurs froides dans les rues pentues mais arriva à destination en un seul morceau.

Les deux filles avaient convenu de se retrouver devant la plage. Sur un bon tiers de celle-ci se tenait un centre de thalassothérapie. Et un arrêt de bus juste en face auquel Maëlle, toute vêtue de noir et de violet attendait.

-Salut ! fit-elle.
-Salut, répondit Alexia.

Malgré son étendue, la plage de Douarnenez semblait plus bondée que celle de Tréboul. Il y avait beaucoup de monde et Alexia n’aimait pas la foule.

-Qu’est-ce que tu veux faire ? lui demanda Maëlle.
-Tu me fais découvrir la ville ?

Elles s’éloignèrent de la mer et se dirigèrent vers le centre-ville. Là, Alexia retrouva les franchises habituelles qu’elle fréquentait à Etretat.

Elles firent un peu de shopping et passèrent par hasard devant une boutique d’instruments de musique. Trônant en vitrine, un violon attira le regard d’Alexia et elle s’arrêta pour mieux le regarder. Il était magnifique. Et cher.

Enfant, elle avait pris des cours et jouait quelques morceaux lors des réunions de famille et des fêtes de fin d’année. Cela lui semblait avoir été dans une autre vie. Elle se rappela soudain avoir vu l’étui de son violon dans la voiture et décida de se mettre en quête de celui-ci dès qu’elle serait rentrée. En jouer lui manquait.

-Tu joues d’un instrument ? lui demanda Maëlle.
-Je jouais du violon… Il y a longtemps… Mais je pense à reprendre.
-J’aimerais bien écouter.

Alexia lui sourit.

-Je dois avoir quelques enregistrements quelque part…

Elle l’espérait. Cela faisait si longtemps et il s’était passé tellement de choses depuis. Elle espérait qu’ils n’avaient pas été jetés à la poubelle…

-Ça te dit qu’on se pose chez moi ? fit Maëlle au bout de quelques heures. On n’est pas très loin…
-Si tu veux, oui.

Alexia suivit son amie dans un quartier à l’architecture assez moderne. En fait, chaque maison était différente. C’était un quartier pavillonnaire mais plutôt bourgeois. Maëlle passa le portail d’une maison au toit très pentu et ouvrit la porte.

A l’intérieur, la décoration était très tropicale mais cela conférait une ambiance à la fois chaleureuse et glaçante.

-Bienvenue chez moi, fit Maëlle.

Les parents de la jeune fille ne faisaient pas étalage de leur fortune comme les Tevenn. Alexia ne savait pas si c’était parce que la maison était vide mais elle se sentait beaucoup plus à l’aise que lors du dîner chez ses voisins. Il n’y avait personne pour la juger ou la regarder avec insistance. Il n’y avait personne d’autre que Maëlle et c’était très bien.

Maëlle lui fit visiter la maison. Ici pas de piscine, pas de vue sur mer. Juste la simplicité d’une maison. D’une grande et belle maison.

-Et voici ma chambre ! dit-elle en ouvrant une porte sur une pièce à la tapisserie violette recouverte de posters.

Alexia pensa alors qu’elle devrait décorer sa chambre également. Elle avait récupéré tous ses posters de son ancienne chambre. Elle devrait les remettre. Elle était chez elle, même si ça lui faisait encore un peu mal de l’admettre.

Les deux filles échangèrent quelques heures sur leurs groupes de musique préférés, leurs films et leurs livres de prédilection.

-A quelle heure passe le bus ? demanda soudain Maëlle en regardant son smartphone. Il ne faut pas que tu le loupes…

Alexia regarda son téléphone à regret. Elle aurait bien aimé rester plus longtemps. Peut-être passer la soirée, elle se sentait si bien avec Maëlle.

-Dix-huit heures quinze, dit-elle.
-Je vais te raccompagner à l’arrêt.

Elles repartirent à pied du beau quartier où vivaient les Malbec.

-Je suis sérieuse pour le violon, fit Maëlle. N’oublie pas de m’envoyer les morceaux.
-J’y penserais. Je te les envoie ce soir.
-J’espère bien. C’était sympa cet après-midi. On remet ça quand tu veux.
-Ca me ferait très plaisir.

Le bus arrivait. Maëlle enlaça Alexia.

-A bientôt. Rentre bien !
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.