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Notes d'auteur :
Mise à jour le 24/03
Deux jours plus tard, Delphin n’avait toujours rien dit. Que pensait-il de tout ça ? Ellen avait très envie de lui dire qu’il avait le droit d’être en colère contre eux, qu’ils ne lui en voudraient pas, qu’ils s’en voulaient, qu’ils auraient pu lui dire avant qu’il le découvre… Mais tous ces mots avaient du mal à franchir ses lèvres.
Ce soir-là, elle décida qu’il fallait percer l’abcès, cela devenait insupportable. Delphin n’avait jamais été prompt à la colère mais elle n’avait pas envie qu’il replonge dans la drogue ou pire. Elle posa sa fourchette d’un geste brusque et s’éclaircit la gorge.
-Tu n’as rien dit au sujet de… ce qu’on t’a dit l’autre jour. J’aimerai savoir ce que tu en penses.
-… Je n’ai pas grand-chose à en penser. Ça ne changera rien de toute façon, dit-il.
Il n’avait pas tort, ce n’était pas maintenant -à l’âge qu’avait Delphin- que cette révélation allait changer quoi que ce soit. Il finissait ses études, il entrait dans sa vie d’adulte. Mais quand même… Elle imaginait le pire des scénarios.
Elle voulut rajouter quelque chose mais se ravisa, Alexia avait sans doute un grand rôle à jouer dans l’attitude de Delphin. Ellen se dit qu’ils avaient de la chance. Le comportement de son fils n’aurait pas été le même s’il n’avait pas été en couple… Il avait une raison de ne pas tout envoyer paître.
Elle poussa un léger soupir de soulagement et le reste du repas se déroula dans une ambiance plus détendue que le début.
***
Delphin voyait bien où sa mère voulait en venir. Elle avait peur et elle voulait être rassurée. Il vit sur son visage qu’elle l’était à présent. Il pensait ce qu’il disait. Aussi grande que soit la révélation, elle ne changeait rien. S’il avait voulu se mettre en colère et en vouloir à ses parents, c’était trop tard. Ce n’était pas maintenant qu’il allait les renier ou leur demander pourquoi ils ne lui avaient rien dit plus tôt, la réponse était évidente : ils n’avaient pas voulu le perdre.
Ce soir-là, en allant se coucher, il pensa à ses grands-parents, à sa tante. Ils savaient. Ils étaient au courant depuis toujours et ils ne lui avaient rien dit même pendant les trois ans qu’il avait passé avec eux. Il n’avait pas été dans un état où il aurait pu entendre ce genre de choses, certes, mais il aurait pu combler les trous. Son imagination avait fait ce travail sans qu’il en ait vraiment conscience. Au fond de lui, il avait toujours su qu’il était différent. N’était-ce pas ce qui comptait finalement ?
***
Sylvain sursauta quand on frappa à la porte de son appartement. Personne ne venait jamais lui rendre visite. Il alla ouvrir, en se demandant de qui il pouvait bien s’agir.
C’était des policiers. Qu’est-ce qu’ils pouvaient bien lui vouloir ?
-Vous êtes bien Sylvain Druand ? demanda l’un des officiers.
-Oui… C’est pourquoi ?
-Veuillez nous suivre, s’il vous plait.
-Pourquoi ?
-Vous êtes accusé de viol.
Pendant qu’un policier lui passait les menottes, Sylvain essayait de comprendre. Il avait drogué Alexia mais elle n’était pas sensée se souvenir de quoi que ce soit. Ce n’était pas possible qu’à elle seule, son témoignage suffise.
-Vous avez des preuves ? demanda-t-il avec défi.
On lui montra des photos, ses photos qu’il avait prises et envoyées à Delphin… C’était Delphin qui l’avait balancé, pas Alexia. Il avait peut-être encore une carte à jouer…
Il se laissa conduire au commissariat et réfléchit à ce qu’il allait dire pour se sortir de cette situation. Delphin l’avait dénoncé, Delphin qui avait des problèmes de drogue. Même s’il avait des preuves, Sylvain pouvait faire tourner la chance de son côté.
On l’emmena en salle d’interrogatoire au bout de quelques minutes.
-Les photos que vous avez… La personne qui vous les a fournies me les a demandées. En souvenir.
Il vit la policière grimacer de dégout.
-Il était là ?
-Bien sûr.
-Mais il n’est pas sur les photos.
-C’est lui qui les prenait.
-Ce n’est pas ce qu’il nous a dit…
-Il fume de l’herbe. Vous faites confiance à un drogué ?
Les policiers se regardèrent.
-Je parie qu’il est resté très vague, ajouta Sylvain d’un ton goguenard. Il ne doit pas se souvenir de grand-chose… Comme il est tout le temps stone…
-Même s’il est impliqué, vous l’êtes aussi. Vous êtes sur les photos.
-Oui, mais c’était son idée.
Il gagnait du temps, il était hors de question de finir en prison sans en avoir terminé avec Delphin. Il le tuerait et il tuerait cette salope d’Alexia s’il le fallait aussi.
Sa manœuvre fonctionna auprès des policiers. Il ressortir du commissariat libre, le temps qu’ils continuent leur enquête. Il se massa les poignets, là où les menottes l’avaient serré et rentra chez lui.
Il les suivit pendant des semaines. Chaque fois, le besoin de se venger se faisait plus pressant.
***
Il y eut la rentrée scolaire quelques jours plus tard, puis au bout de quinze jours alors qu’ils étaient dans le bus, Delphin reçut un appel du service culturel de Douarnenez.
-Ils me convoquent à un entretien demain après-midi, dit-il après avoir raccroché. Il va falloir que je prévienne les profs.
-J’ai envoyé une candidature là-bas aussi. Mais ça m’étonnerait qu’ils me rappellent…
-Pourquoi ils ne te rappelleraient pas ?
-Je ne sais pas… Ils ne vont pas prendre dix stagiaires…
-Non, mais ils vont peut-être en prendre deux.
Le téléphone d’Alexia sonna et elle décrocha aussitôt.
-Oui, bonjour. Demain après-midi ? Oui, bien sûr… Oui. Merci. Bonne journée.
Elle raccrocha.
-Ils viennent de m’appeler… fit-elle choquée.
-Tu vois ? Il n’y avait aucune raison pour qu’ils ne te convoquent pas.
-Il n’y a aucune raison pour qu’ils me choisissent. Tu as de meilleures notes que moi. Et tu es breton.
-C’est de la discrimination de ne pas choisir quelqu’un à cause de ses origines.
-Je trouverais ça logique qu’ils te choisissent plutôt que moi. Tu connais bien la région. Moi à part Tréboul et Douarnenez…
Delphin passa la soirée à choisir sa tenue pour son entretien du lendemain. Il devait donner la meilleure impression possible. Et ce n’était pas gagné. Il espérait que ses mains ne trembleraient pas et qu’il ne se mettrait pas à transpirer plus que la normale. Il ne voulait pas inquiéter ceux qui lui proposaient un stage.
Il reposa d’emblée son costume dans son armoire. Il faisait beaucoup trop habillé pour un entretien. On ne voyait jamais les personnes en tailleur ou en costard. Le sarouel était bien sûr à bannir pour la journée. Il faudrait qu’il s’attache les cheveux aussi…
Son choix se porta finalement sur une chemise bleu ciel, un pull, un pantalon en toile bleu marine et une veste marron. Il pouvait porter cette tenue avec des converses, ça ne choquait pas.
-Ah, tu as un entretien ? lui demanda son père.
-Oui. Au service culturel de Douarnenez.
-Super. C’est à quelle heure ?
-Quatorze heures. J’ai prévenu les profs.
-Tu iras en cours après ?
-Je ne sais pas. Ça dépendra de l’heure à laquelle ça finit. J’attendrais sûrement Alexia, elle est convoquée juste après moi.
-Chouette. Ça serait bien que vous fassiez en stage ensemble. Ça t’aiderait, je pense.
Il parlait du sevrage et des signes de manque éventuels.
-Oui. Après quand je suis concentré sur un truc, ça va. Tu as des conseils à me donner ?
-Sois sérieux. Montre-toi sous ton meilleur jour. N’hésite pas à rappeler les enjeux du stage… Voilà. Ne mentionne pas tes problèmes, évidemment.
-Oui, normal.
-Si Alexia est prise aussi, évitez les contacts trop appuyés.
-Oui. Ils n’ont pas à savoir…
-Voilà… Tu as prévu quelque chose pour ton anniversaire sinon ? demanda M. Tevenn. Une fête avec tes amis ou…
-Euh non. Je dois faire quelque chose ?
-Tu vas avoir vingt ans quand même… en général, les jeunes aiment fêter leur vingtaine.
***
Le lendemain après-midi, Alexia accompagna Delphin jusqu’au lieu de leur entretien. Ils avaient quitté la fac en même temps. C’était plus simple de cette façon et ils avaient finalement décidé de rentrer sur Tréboul directement après.
Ils déjeunèrent sur la plage et y restèrent jusqu’à ce qu’il soit l’heure d’aller au service culturel.
Alexia était stressée, cela se voyait sur son visage.
-Je suis sûr que tout ira bien. Ils ne t’auraient pas appelée si ton profil ne les avait pas intéressés.
-Oui, c’est ce que je me dis aussi. Mais s’ils doivent choisir entre nous… C’est ça qui me fait peur. Et je me sentirai mal d’être prise et pas toi.
Delphin pensa qu’il pouvait peut-être glisser dans la conversation qu’Alexia était aussi intéressée que lui pour travailler au service culturel et qu’ils se soutenaient mutuellement.
-Ne t’inquiète pas, dit-il en prenant sa main dans la sienne. Ça va aller.
Ils y allèrent d’un pas tranquille.
-Je vais attendre là, sinon je vais être trop en avance, dit Alexia.
-Je t’attendrais ici aussi quand tu finiras sinon ils vont se demander pourquoi je ne suis pas parti.
Delphin inspira profondément et sonna. La porte s’ouvrit et il disparut à l’intérieur.
-Bonne chance, lui souhaita Alexia.
***
Alexia patienta devant le centre. Elle n’était pas à l’aise dans son tailleur pantalon. Elle aurait dû choisir une tenue un peu plus décontractée comme Delphin. Elle n’y avait juste pas pensé.
Elle était sûre que Delphin serait pris. Personne ne résistait à son charme. Pas sûr qu’elle fasse la même impression…
Une moto passa soudain près d’elle et elle recula de plusieurs pas et saisit la porte à tâtons. Elle l’ouvrir et entra, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.
Le souvenir de ce qu’il s’était passé avec Sylvain la hantait toujours, elle s’en rendait compte à présent. Elle avait porté plainte contre lui. Mais si ce n’était pas suffisant ? et s’il était toujours en liberté et cherchait à se venger ?
Elle inspira profondément et souffla doucement. Une technique qu’elle maîtrisait à la perfection. Il fallait qu’elle se calme. Ce n’était rien, juste une moto…
***
Une heure et demie plus tard, ils étaient tous deux sortis. Delphin souriait.
-Comment ça s’est passé ? lui demanda-t-il.
-Bien. Ils m’ont dit que tu me recommandais… Du coup, j’ai dit que je te recommandais aussi… Ca les a fait rire. C’est un bon point, non ?
-Oui, je pense.
Ils allèrent boire un verre.
-Ca va ?
-Oui… je suis contente que ce soit fini.
-Moi aussi. On va pouvoir mettre des vêtements plus confortables…
Ils rentrèrent à Tréboul.
-Et je vais pouvoir me remettre au violon.
-Tu as choisi le morceau que tu allais interpréter ?
-Je pensais au Fantôme de l’opéra. Le problème c’est que c’est un duo avec une guitare.
-Oui, et une guitare électrique. … Je pourrais t’aider mais je n’ai qu’une guitare sèche. Ca n’aura pas le même rendu.
-On peut essayer…
Après l’entretien au service culturel, les journées reprirent leur rythme de cours et de devoirs, agrémentées par les révisions de musique.
-Tu veux bien revoir mon devoir de breton ? demanda Alexia en riant.
-Si tu veux.
Il mit plusieurs secondes à se concentrer sur la feuille et non sur le visage de la rousse qui le regardait d’un air taquin et tendre à la fois.
Il prit son air le plus sérieux et décrypta la copie. A côté de lui, Alexia riait toujours. Il la regarda et pouffa. Elle avait un rire irrésistible. Elle était irrésistible. Il laissa la copie voler jusqu’au sol et l’enlaça.
Petit à petit, ils reprirent leur sérieux.
-Il y a un truc qui me perturbe, dit soudain Alexia en se redressant sur les coudes. Tu te rases tous les matins ? Ou…
-C’est ça qui te perturbe ? rit Delphin en se passant la main sur le menton. Le fait que je n’ai pas de barbe ou de moustache ?
-Tu es quasi-imberbe en fait, tout est dans les cheveux…
-Tout est dans les cheveux.
Elle se rallongea à côté de lui et ils se regardèrent un long moment, se sondant du regard. Quand soudain le téléphone d’Alexia sonna. La jolie rousse soupira et décrocha :
-C’est mon père.
Elle se redressa et s’assit au bord du lit.
-Oui ? Faire des courses ? Il est tard… Non, on doit avoir ce qu’il faut… Non, ne t’inquiète pas. Je suis chez Delphin. Ok. Bonne soirée.
Elle raccrocha.
-Mon père rentrera tard ce soir. Il m’a dit qu’il avait une réunion mais je crois qu’il a un rencard. Je l’ai surpris à envoyer des textos l’autre jour.
-Il se demande peut-être comment tu réagirais s’il te le disait.
Alexia soupira.
-Je ne sais pas. Je serais contente pour lui. Il mérite de trouver quelqu’un de bien. Du moment qu’elle n’a pas la prétention de remplacer ma mère… Non, je ne crois pas que je m’y opposerai. Je suis trop vieille pour ça…
Delphin la ramena près de lui.
-Je pense que je commence à avoir une bonne influence sur toi.
-C’est vrai que depuis qu’on sort ensemble, je suis moins en colère…
-Tu vois ?
-Ah. Tu es comme Maëlle, tu as toujours raison…
-Sauf les fois où j’ai tort.
Ils s’embrassèrent tendrement et le silence s’installa.
***
Alexia se demanda ce qu’elle attendait pour sauter sur Delphin. C’était le moment ou jamais. Ils avaient la soirée devant eux. Les parents de Delphin n’allaient pas rentrer tout de suite. Ils avaient largement le temps de… Mais en même temps, elle sentait que le moment était passé. Qu’il fallait attendre, ce n’était plus le bon timing. Ils étaient plus dans la tendresse que dans la passion à présent.
Elle attendit donc qu’ils y retournent.
Delphin la raccompagna après le dîner. Il n’avait pas fait un geste vers elle et elle en avait assez d’attendre. Il fallait qu’elle prenne les choses en main.
Au moment où il allait lui dire bonne nuit, elle l’embrassa passionnément et l’attira à l’intérieur. Elle referma la porte d’un coup de pied tandis que ses bras étaient bien trop occupés à maintenir Delphin contre elle.
Ils butèrent contre la première marche de l’escalier et manquèrent de tomber avant que Delphin ne se rattrape à la rampe. Ils montèrent dans la chambre d’Alexia et firent claquer la porte.
-Attends… dit-il tandis qu’elle le poussait sur le lit. Tu es sûre ?
-Chuuut, fit-elle en s’asseyant à califourchon sur lui.
Elle prit les mains de Delphin dans les siennes et les passa sous son pull. Elle le laissa découvrir son corps à tâtons. Ses mains remontant le vêtement au fur et à mesure jusqu’à ce qu’il finisse par terre.
Alexia fit de même. Prenant le pull de Delphin à sa taille et l’en débarrassant rapidement. Elle était impatiente, elle avait tellement espéré ce moment. Elle ne put s’empêcher d’enchaîner sur son t-shirt à manches longues. Il lui sourit d’un air agréablement surpris tandis qu’elle laissait reposer ses mains sur son torse.
Il la débarrassa doucement presque délicatement de sa chemise et couvrit son corps d’un regard très doux. Il caressa chaque tâche de rousseur, chaque centimètre carré du regard puis de la main et enfin de ses lèvres.
Alexia soupira de plaisir.
Petit à petit, les vêtements rejoignirent le sol. Ils s’embrassèrent, se caressèrent mutuellement. Ils se découvrirent du regard.
-C’est bon… gémit Alexia. Rassieds-toi…
Delphin se tint le plus droit possible et l’aida à s’installer sur lui. Il eut une petite exclamation de plaisir lorsqu’il fut en elle.
-Ça va ? lui demanda-t-elle.
-Très bien.
Elle commença à bouger doucement. Delphin accompagna ses mouvements mais se sentit bientôt impatient pourtant il n’aurait voulu mettre fin à leurs ébats pour rien au monde. Il caressa davantage Alexia pour ne pas paraitre égoïste. Ils eurent tous deux une véritable exclamation de plaisir à quelques secondes d’intervalle.
-Ça va ? lui demanda-t-il en sueur et un peu essoufflé.
-Oui. Et toi ?
-Super bien.
Elle l’embrassa et quitta sa position aussi souplement et délicatement que possible tandis que Delphin approchait la boite à mouchoirs. Elle fila vers la salle de bain et sentit le regard de son amant la suivre.
Quand elle regagna la chambre, il avait commencé à se rhabiller.
-Tu peux rester dormir si tu veux.
-Sûre ?
-Certaine.
Il resta donc en boxer et ils se couchèrent.
***
Joël Duval ne fut pas très étonné de voir Delphin Tevenn dans sa cuisine le matin suivant ni ceux d’après. Il était content que la relation que le jeune homme avait avec sa fille ait pris un tournant plus sérieux, c’était bon signe.
-J’espère que vous vous protégez, dit-il conscient de jouer les papas relous quand il fut de nouveau seul avec sa fille. Non pas qu’avoir un petit-fils avec le patrimoine génétique des Tevenn me déplairait mais… c’est pour vous. Vous êtes jeunes et…
-Oui, ne t’inquiète pas. On se protège.
***
-Alors, à quand le mariage ? demanda Alain Tevenn à son fils un dimanche pluvieux de mars.
-Quoi ?
-Ton mariage avec Alexia. On le prévoit quand ?
-C’est pas un peu tôt ? On est encore jeunes, répondit Delphin sans en être vraiment convaincu.
Bien sûr, il pensait que sa relation avec Alexia était sérieuse et qu’elle durerait, mais il n’avait jamais évoqué ni mariage ni enfant. Ils se contentaient de vivre au jour le jour. Ils avaient déjà leurs études à terminer.
-Avec ta mère, on s’est mariés sur la plage de Portsmouth. La maison n’était pas encore finie de construire. C’était la première fois que mes parents posaient le pied sur le sol anglais. Et après on s’est remariés ici parce que c’est toujours compliqué l’administratif… On l’a refait sur la plage. Celle d’en bas. Ellen stressait parce qu’il y avait du sable dans les plis de sa robe…
Delphin n’avait pas de mal à l’imaginer.
-François Malbec avait remonté son pantalon de costume pour mettre les pieds dans l’eau… c’était ridicule… mais qu’est-ce qu’on s’est amusés… Je te souhaite de t’amuser autant. Mais finis tes études avant quand même.
***
Quinze jours plus tard alors que Delphin et Alexia rentraient de la fac, ils virent l’Audi des Tevenn était garée devant le garage.
-Tiens ? Ils ne travaillaient pas cet après-midi ? fit Delphin.
Il se dirigea vers la porte, Alexia sur ses talons.
-JOYEUX ANNIVERSAIRE !!! crièrent les parents de Delphin à l’unisson.
-Oh… fit le jeune homme surpris.
-Je ne savais pas que c’était ton anniversaire, fit Alexia. Tu ne m’as rien dit.
-Euh… merci.
-Comment s’est passée ta journée ?
-Bien. Mais qu’est-ce que vous faites là ?
-On s’est dits qu’on allait t’attendre. On va au restaurant ce soir, tous les quatre.
-… D’accord…
Ils étaient à table depuis dix minutes quand Mrs Tevenn prit la parole :
-On a commencé à se renseigner concernant le permis bateau.
-Je croyais que vous ne vouliez plus en entendre parler, fit Delphin.
-Eh bien, avec tout ce qui s’est passé récemment, on a pensé qu’on n’en avait pas fait assez pour toi et que ton comportement était un signal d’alarme. C’est un peu notre façon de nous faire pardonner… On sait que ça a toujours été ton rêve donc…
-Ça l’est toujours.
-Vraiment ? Un bateau ? fit Alexia. Quel genre ?
-Pas un chalutier ou un voilier, hein, lui répondit Delphin, juste une vedette ou ce genre de choses. Pour pouvoir plonger.
-Je me sens bête. Si j’avais su que c’était ton anniversaire, je t’aurais acheté quelque chose…
-On a passé toute la journée ensemble. C’est déjà un beau cadeau. Et il y en aura d’autres.
Alexia sentit ses joues rosirent. Il avait toujours le mot pour la flatter et ne pas la mettre dans l’embarras.
***
Deux semaines passèrent. Alexia et Delphin commencèrent leur stage à Douarnenez. Ils n’eurent l’occasion de parler qu’à la pause déjeuner, car ils avaient des maitres de stage différents et étaient affectés à des tâches différentes.
-Qu’est-ce que tu en as pensé ? demanda Delphin le soir venu.
Ils avaient fini cette première journée de bonne heure. Le temps d’arriver à Tréboul, il était à peine dix-neuf heures. Ils rattrapaient le temps qu’ils n’avaient pas pu passer ensemble en se promenant le long de la plage.
-C’était très intéressant, répondit Alexia. J’ai appris beaucoup de choses… J’espère que je serais à la hauteur.
-Ne te dévalorise pas. Tu peux poser des questions si tu as des doutes, ils sont là pour ça.
-Tu as raison. On a encore le temps.
Ils entraient dans le port de plaisance. Le soleil déclinait. Le ciel se déchirait entre la lumière incandescente du soleil et l’obscurité bleuté de la nuit.
-Qu’est-ce qu’on fait là ? demanda Alexia.
-On visite ? Il y a une belle vue depuis les quais. Quand j’aurais mon bateau, on y viendra souvent. Il y a tellement d’endroits que je veux te montrer… Les Glénans par exemple, tu adorerais.
Ils parlaient si vivement qu’ils n’entendirent pas le portail se rouvrir et des pas se rapprocher. En fait, ce fut Delphin qui vit le premier l’intrus et le reconnut. C’était Sylvain. Il paraissait déterminé à faire quelque chose de mal.
-Hé ! Tu n’as rien à faire là, dit Delphin en se plaçant devant Alexia.
-Au contraire.
L’expression de l’autre ne lui échappa pas, c’était une expression pleine de haine et il serrait quelque chose dans sa main. Delphin se mit sur ses gardes. Quand il fut suffisamment près de lui, Sylvain leva le bras et le couple vit la lame d’un couteau briller dans le jour déclinant.
Delphin l’attrapa in extremis.
-Je vais te tuer, et quand j’en aurais fini avec toi, je passerai à Alexia.
Trop concentré sur la lame, Delphin ne répondit rien. Il avait du mal à mobiliser ses forces. Il ne pourrait pas tenir longtemps. Ses bras tremblaient et Sylvain affichait un sourire victorieux.
Vraiment ? Sylvain allait gagner ? Le bruit des vagues sous le ponton le rassura. Ce ne serait pas vraiment la fin, il en avait la certitude. Ce serait juste la fin de quelque chose. Ses forces se relâchèrent.
-Del’ ! cria Alexia.
Delphin se raidit sous le choc. La lame venait de l’atteindre à la gorge. Il serait mort dans quelques minutes. Il sentait le sang couler sur ses vêtements et ses forces le quitter. Il recula d’un pas et trébucha sur le rebord du ponton.
***
-NOOONNN ! cria Alexia alors que Delphin tombait à l’eau.
Les larmes ruisselantes sur ses joues, elle se rua sur Sylvain et tenta de lui prendre le couteau des mains. Il la blessa avant qu’elle n’y parvienne.
Le souffle court, elle lui rendit son coup et sauta du ponton. Elle essaya de repérer Delphin dans l’eau sombre et aperçut sa silhouette rassurante. Elle le rejoignit.
***
A Tréboul-Douarnenez, on ne retrouva jamais Alexia et Delphin. Ceux qui croyaient aux légendes pensèrent immédiatement que Dahut les avait tout deux emmenés dans la baie des Trépassés.
Ellen Tevenn, elle, pensa qu’ils étaient toujours vivants quelque part et cette pensée l’occupa longtemps. Cette année-là, elle décida de revoir son temps de travail et de passer davantage de temps avec son mari. Ensemble, ils partirent dès que l’envie les prenait. Ce fut une habitude qu’ils prirent pour le reste de leurs jours.
Un jour, ils décidèrent de passer la journée dans l’archipel des Glénans. Alors qu’ils se promenaient le long de la jetée, un garçon blond et une fillette rousse les dépassèrent en courant et en riant. Lorsqu’ils arrivèrent au bout, ils se tournèrent. Le garçonnet avait les yeux bleus et la fille les yeux verts.




FIN
Note de fin de chapitre:
Clap de fin !
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