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Notes d'auteur :
Mise à jour le 24/03
La porte s’était à peine refermée derrière Alexia que Delphin regrettait déjà de l’avoir laissée partir. Ils auraient pu traîner toute la journée ensemble… Il aurait pu l’embrasser ici… Il n’avait rien tenté la veille car il ne voulait pas qu’ils soient le centre de l’attention. Il avait eu suffisamment à faire sans subir des brimades de la part de ses amis. Le regard en biais de Maëlle ne lui avait pas échappé, l’air de dire « qu’est-ce que tu attends ? ». Il avait attendu d’être seul avec Alexia, mais ce matin, il ne savait pas ce qui lui avait pris. Sa préoccupation avait été de ranger la maison, pas d’embrasser sa voisine… Il ne se l’expliquait pas. Heureusement, la journée était loin d’être terminée. Il y aurait d’autres opportunités, même si la meilleure était sûrement passée.
Il prit son téléphone et envoya un texto à Alexia : « rendez-vous à la plage dès que tu peux ». Il s’assura que le rez-de-chaussée était propre et sortit pour prendre la direction de la plage.
Elle arriva peu de temps après lui, flamme dans le paysage gris de ce premier janvier. Les bras croisés sur sa poitrine, il avait l’impression qu’elle était en colère ou qu’elle avait froid mais c’était peut-être un mélange des deux.
Lorsqu’elle fut suffisamment près, il vit dans ses yeux qu’elle était déçue. Elle avait dû s’attendre à ce qu’il fasse quelque chose la veille ou au moins l’inviter à danser. En ne tentant rien, il lui avait laissé penser qu’il n’avait plus de sentiments pour elle, ce qui était bien évidemment faux.
Comme elle ne décroisait pas les bras, il se dit qu’il lui devait des excuses.
-Je suis désolé pour hier. Je sais que tu t’attendais à autre chose… Je voulais juste que tout le monde passe une bonne soirée. Je voulais qu’on ait notre moment à nous, seul à seul.
Il vit ses épaules s’affaisser et ses bras retomber de chaque côté de son corps. Il s’approcha davantage.
-Je t’aime, Alexia.
***
Leurs mains se frôlèrent. Alexia sentit son regard se faire larmoyant puis une larme couler. Enfin, il l’avait dit. Enfin, ils étaient si près l’un de l’autre qu’elle pouvait sentir son souffle sur son visage.
La pensée qu’il ne ferait pas le premier pas lui traversa l’esprit et elle l’embrassa sur la bouche, passant ses bras autour de son cou tandis qu’il lui enlaçait la taille.
Quand ils relâchèrent leur étreinte, Alexia comprit ce qu’était la magie de cet instant. Le vent, le bruit des vagues, le rire des mouettes… Elle les entendait à peine. Il n’y avait que Delphin et elle, là, enlacés, heureux comme jamais ils ne l’avaient été.
Ils s’embrassèrent de nouveau et restèrent un long moment enlacés sans dire un mot. Ils profitaient de l’instant présent après les déboires qu’ils avaient traversés.
Un groupe de personnes en maillot de bain les dépassa en criant et souhaitant une bonne année pour faire leur premier plongeon de l’année.
-Elle doit être glacée… fit Alexia en frissonnant et riant en même temps.
Delphin l’enlaça. Elle aurait pu rester comme ça toute sa vie, elle le souhaitait de toutes ses forces, elle était si bien…
-Tu veux qu’on aille quelque part ? Ou qu’on rentre ? Non, je sais.
Ses yeux brillaient de malice et de plaisir mélangés, Alexia le suivit.
Ils retournèrent rue des dunes et revinrent chez les Tevenn.
Delphin alluma la chaine hi-fi du salon. Alexia reconnut une des chansons de la soirée de la veille et sourit. Il l’invita à danser.
-Je danse très mal, dit-elle.
-Moi aussi, heureusement que personne ne regarde.
Elle rit et ils rirent ensemble. C’était bon, tellement bon de n’être que tous les deux même si elle mourait d’envie de dire à Maëlle que Delphin et elle étaient passés à l’étape supérieure. Elle se dit que cela attendrait bien quelques heures ou le lendemain. Elle était déterminée à profiter de l’instant présent.
***
Delphin serait bien resté là, à danser dans le salon de ses parents toute la journée et même plus, mais son estomac le rappela à l’ordre et il y avait fort à parier que celui d’Alexia faisait de même. Ils se dirigèrent vers la cuisine et déjeunèrent des restes de la soirée de la veille.
-Ce sont probablement les meilleures pizzas que j’ai mangées, dit Alexia.
-Merci. Tu m’as bien aidé.
Alexia haussa les épaules d’un air incertain.
-Si, tu m’as aidé, insista-t-il.
Les joues de sa voisine prirent une teinte rose foncé.
-Qu’est-ce que tu veux faire ensuite ? lui demanda-t-il.
-Peu importe.
-Il y a quelque chose qu’on peut voir ensemble.
Ils se rendirent sur les hauteurs de Douarnenez par le sentier pédestre. Ils devinaient les arbres derrière les murs du centre de vacances mais durent marcher un moment avant de pouvoir les rejoindre. Ils passèrent enfin une barrière en bois et se retrouvèrent dans la forêt. Elle était assez clairsemée, comme si le vent du large et l’altitude avaient écarté les arbres les uns des autres.
***
Il l’emmena dans un coin des bois où les arbres semblaient s’être soudain écartés d’un jeune chêne. Au pied de celui-ci, il y avait des morceaux de pierre.
-Il y avait un menhir ici, dit Delphin.
Alexia regarda autour d’eux et ne vit rien.
-L’arbre a explosé le menhir en poussant.
-Non, tu plaisantes ?
-Non, regarde.
Il lui montra les morceaux à plusieurs mètres de l’arbre, disséminés aux quatre coins de la clairière.
-La légende dit qu’un farfadet jaloux aurait voulu faire une farce et se serait emparé d’un gland magique avant de le lancer sur un menhir par dépit. L’arbre a poussé et fissuré puis cassé le menhir.
-Comment tu sais ça ?
-Mon grand-père paternel m’a emmené ici plusieurs fois. C’est une vieille légende connue de la région. Moins que Dahut et la Baie des Trépassés mais… tiens puisqu’on en parle…
Il avança de plusieurs dizaines de mètres.
-La cité d’Ys serait juste là, dit-il.
Alexia s’approcha et ne vit rien d’autre que l’océan.
-La cité de Dahut, se rappela-t-elle en regardant au pied de la falaise.
Elle se détourna, prise d’un léger vertige.
-Ça va ?
-Oui, juste… On est un peu haut…
-On va redescendre un peu alors.
Ils restèrent un moment dans les bois.
-C’est très joli en tout cas, dit Alexia lorsqu’elle eut repris ses esprits. Tu as déjà visité Brocéliande ?
-Non, mais j’aimerais bien. Même s’il y a beaucoup de monde à s’y promener, ça doit être quelque chose. Je t’y emmènerais un jour.
-J’espère bien.
Ils rentrèrent rue des dunes et dînèrent.
-Tu veux rester dormir ? lui demanda-t-il.
-Oui, mais si tu le souhaites aussi.
-Je veux bien que tu restes. Ça ira, je pense.
Ils parlèrent un peu puis Delphin s’endormit. Alexia ne lui en tint pas rigueur, elle se doutait qu’il était plus fatigué qu’elle ne le voyait. Elle le regarda dormir.
Il émanait toujours de lui une certaine lumière, une aura. Elle l’avait remarquée même quand elle n’avait rien voulu avoir à faire avec lui. C’était bizarre mais fascinant. Elle se sentait bien. Elle s’endormit à son tour.
***
Delphin se réveilla en pleine nuit et fut surpris de sentir une masse à côté de lui. Heureusement, le lampadaire fit briller des cheveux roux et le rassura aussitôt. Alexia. Elle était restée.
Elle bougea et ouvrit les yeux.
-Désolée, dit-elle. Je me suis endormie. Tu veux que je m’en aille ?
-Non.
Elle sourit. Il l’enlaça.
-Je suis content que tu sois là.
-Moi aussi.
Ils se rendormirent.
Le lendemain matin, pendant que Delphin était à la douche, elle descendit au rez-de-chaussée et se rendit dans le salon. Son regard fut aussitôt attiré par la grande bibliothèque près du canapé. Elle laissa ses yeux glisser sur les tranches des livres. Ils tombèrent sur un album photos. Elle le saisit et l’ouvrit, curieuse. Il ne contenait presque que des photos de Delphin. Les dernières en date étant celles de son retour et celles qui avaient précédé. Les premières montraient Delphin âgé de trois ou quatre ans dans un ciré jaune sur la plage.
-Ça va ? lui demanda Delphin.
Elle sursauta.
-Oui… Désolée…
-Oh, tu regardes mon album ? Il n’y a rien de compromettant dedans, enfin je crois…
-Non, je n’ai pas vu en tout cas…
Certains éléments convergeaient. Le fait qu’il n’y ait pas de photo de Delphin bébé ou de sa mère enceinte, le fait qu’il habite si près de la cité d’Ys et qu’il se transforme en triton… Et si Delphin venait d’Ys ? S’il avait été trouvé ?
Elle vérifia rapidement s’il y avait d’autres albums mais elle semblait avoir le seul dans ses mains.
-Tu… commença-t-elle.
Delphin y avait-il déjà pensé ? Il avait souvent évoqué ses rêves après son accident et ses recherches… Elle ne pouvait pas croire qu’elle avait été le seul motif de cet engouement. Il y avait forcément d’autres choses qui l’avaient poussé à faire de telles recherches…
-Je peux t’aider à faire quelque chose ? demanda-t-elle pour changer de sujet.
***
Les parents de Delphin arrivèrent le lendemain midi. Quand il reçut leur sms, Delphin fut un peu pris au dépourvu mais il tint bon. Les signes se faisaient moins rudes. Le temps avait fini par les estomper un peu, à moins que ce ne soit la présence d’Alexia.
-Tu veux que je t’aide à quelque chose ? lui demanda-t-elle. Ou tu préfères que je vous laisse…
-Tu peux rester, dit-il d’un ton pressé. Il faut juste qu’on aille faire des courses et qu’on prépare le repas…
Il prit un filet à provisions et enfila ses chaussures. Alexia le rejoignit.
***
Delphin semblait bien plus préoccupé par les courses que par ce qu’Alexia avait en tête. Elle avait l’impression de le trahir si elle ne lui disait rien. Elle pourrait au moins poser la question. Ou essayer.
Les Tevenn arrivèrent pendant que Delphin finissait de préparer le repas et Alexia de mettre la table.
-Bonjour ! lança M. Tevenn en ouvrant la porte qui rejoignait le garage.
-Bonjour.
-Salut.
-Vous avez fait bon voyage ? demanda Alexia.
-Oui-oui, répondit Ellen. Et vous ? Ça a été ?
-Rien à signaler.
-On s’attendait à un peu plus de nouvelles, dit M. Tevenn sur un ton de léger reproche. Mais tant mieux si tout s’est bien passé. Bonne année, les enfants.
-Bonne année.
***
Alexia sentit ses joues s’embraser tandis que Delphin se rapprochait d’elle. Il l’embrassa sur la bouche devant ses parents.
-Bien, fit Alain, content que vous ayez passé de bonnes fêtes. Alexia, tu es officiellement invitée à passer les prochaines vacances de Noël à Portsmouth.
-Merci. Ce serait avec plaisir… répondit-elle en rosissant allègrement.
-Au fait, Del’, tu avais tort : tu manquais à tes grands-parents.
-Je les appellerai tout à l’heure.
Ils passèrent à table.
Les parents de Delphin prirent des nouvelles de Lionel, Maëlle et Thomas.
Alexia se demandait comment aborder le sujet. Ce n’était peut-être rien mais ça l’obsédait, elle avait l’impression que c’était la pièce du puzzle qu’il manquait. Les coïncidences étaient beaucoup trop nombreuses pour être ignorées.
Elle attendit la fin du repas.
-Je vais appeler Papi et Mamie, dit Delphin en se levant.
Et il se dirigea vers le bureau, laissant Alexia seule avec ses parents.
Alexia le regarda disparaitre dans l’embrasure de la porte du bureau. Elle avait peur. Peur de ce qu’elle avait découvert et peur de les confronter à quelque chose qu’elle avait peut-être mal interprété. Elle ne voulait pas qu’ils aient une mauvaise opinion d’elle après tout ça. Elle ne voulait pas qu’ils croient qu’elle était folle et mauvaise pour Delphin. Tous leurs efforts n’auraient servi à rien.
-Je peux vous parler de quelque chose ? demanda-t-elle.
-Oui, qu’y a-t-il ?
Comment dire ça ? Est-ce qu’ils n’allaient pas se sentir blessés ? Ou lui rire au nez ? Ou pire, s’énerver ?
-J’ai feuilleté l’album photo de Delphin et j’ai remarqué que vous n’aviez aucune photo de lui avant ses quatre ans… Tout le monde en a… Je veux dire… j’ai trouvé ça vraiment curieux que…
Elle s’arrêta au milieu de sa phrase. D’un coup, l’ambiance était devenue froide. L’expression d’Ellen s’était contractée. Tout son visage s’était refermé. L’insouciance de Noël était passée. Alexia regretta aussitôt son initiative.
-Désolée, ça ne me regarde peut-être pas… marmonna-t-elle.
Les Tevenn échangèrent un regard.
-Je ne sais pas si Delphin a remarqué… Moi, j’ai trouvé ça bizarre…
Nouvel échange de regard. Alexia sut immédiatement qu’il fallait se taire.
-Je pense que tu devrais rentrer chez toi, Alexia, dit Alain d’une voix douce.
C’était une injonction, pas un conseil. Alexia n’osa pas la braver. Elle se dirigea vers le hall sans faire d’histoires et rentra chez elle.
***
Delphin raccrocha le combiné téléphonique et s’apprêtait à rejoindre le salon quand il entendit à travers la porte du salon la voix de son père qui s’adressait à sa mère :
-Il faut qu’on lui dise. Si jamais…
Intrigué mais sans plus, Delphin entra dans la pièce et n’entendit pas la fin de la phrase. Ses parents semblaient extrêmement tendus. L’inquiétude de Delphin grandit encore lorsqu’il s’aperçut de l’absence d’Alexia.
-Où est Alexia ? demanda-t-il.
-Elle est rentrée chez elle. Assieds-toi. On a quelque chose à te dire.
Delphin s’exécuta, étonné par la mine extrêmement sérieuse qu’affichaient ses parents. L’expression de sa mère surtout l’inquiétait. Elle n’avait jamais été au bord des larmes comme ça, sauf le jour où il était sorti du coma. Le sujet était grave. Quelqu’un était mort ou…
-Est-ce que tu as déjà regardé l’album photos ? En entier ? lui demanda son père.
-Oui, deux ou trois fois, répondit-il.
-Ce sont les seules photos que nous avons de toi. Il n’y en a pas de ta mère enceinte, ni de toi quand tu étais bébé.
-… Pourquoi ? demanda Delphin bien qu’il ait peur de la réponse.
-On t’a trouvé sur la plage, à quatre ans, répondit sa mère alors que les larmes roulaient sur ses joues.
La réponse souffla tout ce que Delphin s’était imaginé durant les quelques secondes qui avaient précédé.
-… comment… comment ça ? Je venais d’où ?
-On n’en sait rien.
-Personne ne te recherchait. Il n’y a pas eu de naufrage cette année-là ou de disparition…
-On voulait tellement un enfant.
Plus ses parents tentaient de lui fournir des explications, plus Delphin était perdu. Il avait besoin de réfléchir.
Il se leva (ses parents se turent soudain comme s’ils redoutaient la suite) et sortit de la pièce. Il se sentait tiraillé entre deux mondes, deux réalités. C’était merveilleux, cela confirmait ce à quoi il croyait depuis de sa tendre enfance. Mais c’était aussi terrible. Tout ce temps, il s’était senti différent sans parvenir à en trouver la raison. Il savait maintenant qu’il n’avait pas vraiment cherché, par crainte de confirmer ses doutes. On l’avait laissé croire qu’il était pareil que le reste de sa famille, ordinaire. Un jeune homme comme les autres. Tout le monde l’avait laissé dans le mensonge. Dire qu’il venait d’avoir sa grand-mère au téléphone… Il était écœuré. Comment était-il sensé rester sain d’esprit si on lui cachait des choses ?
Il descendit à la plage. C’était ce qu’il faisait à chaque fois que quelque chose le troublait ainsi. Il espérait y trouver des réponses, parfois c’était le cas. Il devait bien avouer qu’il ne comprenait pas grand-chose à tout ce qui lui arrivait. La seule explication qui faisait sens était qu’il était un Morgan, une créature du peuple de la mer. Cela expliquait que personne ne l’ait recherché à l’époque (car il venait de nulle part pour ainsi dire), cela expliquait aussi pourquoi il avait survécu à son accident, pourquoi il s’était toujours senti différent des autres… pourquoi il se transformait et pourquoi il avait senti dès le début cette connexion avec Alexia. Il ne comprenait pas pourquoi elle était partie. L’avait-elle découvert ? Ses parents l’avaient-ils mise dehors pour s’être mêlée de ça ? Depuis combien de temps savait-elle ?
Delphin se dirigea vers la plage. Il aurait voulu aller sur la jetée mais il y avait des promeneurs et il avait besoin d’être seul. Il bifurqua donc vers le sentier littoral. Il s’arrêta à un point suffisamment haut sur la falaise. N’y avait-il donc personne en qui il pouvait avoir confiance ?
Les vagues se fracassaient sur les rochers en contre-bas et il avait l’impression étrange qu’elles l’appelaient. Cette révélation expliquait tellement de choses… Il s’approcha du bord. Il avait l’envie égoïste de plonger peut-être même de disparaitre.
Il fit demi-tour à contrecœur et appela Alexia.
***
Alexia était dans sa chambre, frissonnante de peur. Delphin ne l’avait toujours pas appelée. Elle avait bien entendu la porte de la maison des Tevenn claquer. L’écho s’était répercuté dans toute la rue. Elle craignait qu’il ne fasse une bêtise mais comment le blâmer ?
Son téléphone sonna et le numéro de Delphin s’afficha. Elle décrocha avec des gestes fébriles.
-Il faut qu’on parle. Je suis à la plage. Tu peux venir me rejoindre ?
-Oui, oui, bien sûr.
Alexia s’y rendit aussitôt. Elle tremblait toujours. Elle craignait pour la suite des évènements. Pourtant Delphin n’avait pas haussé la voix au téléphone. Elle se sentait de trop, elle avait mis les pieds dans le plat, elle s’était mêlée de choses qui ne la concernaient pas. Elle sentait ses paupières lui tirer comme si elle allait pleurer. Ce qu’elle redoutait se produisait et c’était de son propre fait.
Une légère pluie tombait sur la plage quand elle arriva.
Delphin se tourna vers elle et l’invita à s’asseoir près de lui. Il n’y avait aucune trace de contrariété sur son beau visage.
Ils s’assirent sur le sable un peu humide. Ils restèrent un moment silencieux.
-Je suis désolée… fit Alexia.
-Non, tu n’as pas à l’être.
-Mais je… je ne pensais pas que c’était vrai… J’aurais pu me tromper et je ne voulais pas que tu rechutes à cause de ça.
-C’était vrai. Mes parents m’ont trouvé sur cette plage. J’avais quatre ans. Je ne m’en souviens pas.
-On ne se souvient pas de grand-chose avant nos trois ou quatre ans.
-Je me souviens juste avoir passé beaucoup de temps ici.
Il se tut de nouveau puis dit :
-Je crois que je suis un Morgan. C’est ce qui correspond le mieux à tout ça. Mes parents voulaient un enfant et je suis apparu… Je me suis toujours senti différent. Les autres disaient que j’étais trop gentil. Même mes parents, quand ils entendaient leurs amis parler des bêtises que faisaient Maëlle et Lionel, ils s’étonnaient que je n’en fasse jamais. Je pense que tu t’en es aperçue aussi.
Alexia acquiesça d’un signe de tête.
-Tu étais une sirène et suite à mon accident, tu ne te transformes plus…
-Je ne comprenais rien à ce qui m’arrivait.
-Tu as dû souhaiter que ça s’arrête.
-Oui, sans doute…
Oui, cela faisait sens mais Alexia n’en revenait pas que Delphin prenne tout cela aussi bien.
-Ca ne t’énerve pas ? lui demanda-t-elle. Moi je serai furieuse…
-Si, ça m’agace que personne n’ait pris la peine de me le dire avant que tu ne le découvres mais c’est comme ça. Ça ne changera rien de toute façon.
-Si, quand même…
-Non, car je veux rester avec toi.
Cette phrase laissa Alexia muette de surprise. Une partie d’elle avait refusé de croire que ce serait du sérieux, alors que l’autre le savait depuis le début. Elle l’avait sentie aussi cette connexion, même si elle n’en avait pas voulu dans un premier temps.
Ils s’embrassèrent longuement, indifférents à la pluie qui s’intensifiait.
***
Voyant l’absence de Delphin se prolonger et se sentant devenir de plus en plus inquiets, Alain et Ellen décidèrent d’aller voir à la plage.
Le vent soufflait et les passants repliaient leur parapluie. Les nuages s’éloignaient. La plage des sables blancs arborait une blancheur immaculée sous le soleil.
L’émotion gagna Ellen. Alain lui caressa le bras. C’était ici que tout avait commencé. Ils s’en souvenaient comme si c’était hier. De longs mois infructueux et puis un jour, un miracle sur la plage. Un rayon de soleil en ciré jaune encore humide d’eau de mer.
Ils reconnurent la chevelure rousse d’Alexia et Delphin à ses côtés. Ils discutaient. Alexia avait l’air plus agitée. Visiblement, cette nouvelle l’avait remuée. Delphin était moins démonstratif. A cette distance, il était difficile de se rendre compte des émotions qui le traversaient.
-Laissons-les, dit doucement Alain. Allons nous promener.
Ellen obtempéra difficilement, la boule au ventre. Et s’ils décidaient tous les deux de partir ? Elle se retourna brièvement. Alexia avait l’air plus calme. Ils étaient tous deux assis sur le sable. Cette image l’apaisa.
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