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Notes d'auteur :
Mise à jour le 24/03
Delphin en était venu à se dire que les semaines à venir seraient très longues. Il n’avait plus eu de nouvelles d’Alexia depuis qu’ils s’étaient croisés à l’hôpital. Tout espoir de lui parler à nouveau semblait vain. Il ne lui en voulait pas. Dans sa situation, il aurait probablement fait la même chose.
Il ruminait un peu contre tout, plongé dans ses pensées quand il sentit quelqu’un s’installer près de lui dans le bus pour Douarnenez. Il n’avait pas besoin de se tourner complètement vers sa voisine pour la reconnaitre mais il le fit quand même, pour en être sûr.
Alexia. Alexia s’était mise à côté de lui. Elle lui adressa un regard et un sourire timides qu’il lui rendit.
***
Alexia en avait assez d’être seule et d’en vouloir à Delphin. Cela ne la faisait pas se sentir mieux, bien au contraire, elle culpabilisait et se demandait pourquoi elle agissait ainsi. Il n’avait rien fait de mal. Lui en vouloir était insensé. Et puis, elle ne pouvait pas combattre son attirance pour lui.
-Salut. Ça va ?
-Ça va. Et toi ?
-Ça va.
Un silence de quelques secondes passa. Ça ne servait à rien de ressasser. Ils savaient tous les deux pourquoi ils avaient mis si longtemps à se parler.
-Tu as des projets pour les vacances ? lui demanda-t-elle.
-On va aller chez mes grands-parents en Angleterre.
Elle nota son air un peu contrarié, un peu las aussi comme s’il avait voulu déroger à cette tradition.
-Et toi ? dit-il.
-Rien de spécial. Mon père sera de garde à Noël et au premier de l’an donc voilà. A part les devoirs et la recherche de stage, ça ne va pas être trépidant… J’aurais bien aimé qu’on profite des vacances pour continuer d’apprendre à se connaître, reprit-elle après une courte pause.
Elle avait l’impression de ne pas s’être donnée à fond depuis qu’ils se parlaient. Il y avait toujours quelque chose pour l’en empêcher. Cette fois, c’en était assez. Elle avait envie de plus que de passer du temps avec Delphin, lui parler. Elle voulait qu’ils passent les fêtes ensemble, sur la plage ou ailleurs. Tout lui allait du moment qu’ils étaient tous les deux.
-Moi aussi, fit-il. Je peux en parler à mes parents.
***
Ce n’était pas gagné. Delphin redoutait leur réaction. Ils s’opposeraient à ce qu’il reste ici, c’était sûr, mais il comptait bien essayer. Il tenait à Alexia et il n’avait pas envie que deux semaines passées en Angleterre les éloignent davantage l’un de l’autre. Leur relation était trop fragile pour qu’il laisse faire.
De retour chez lui, il fit toutes les corvées qu’il devait faire, alla prendre une douche et changea de vêtements. Il devait se montrer sous son meilleur jour pour convaincre ses parents.
Son père arriva deux heures plus tard et sembla remarquer ses efforts.
-Tout va bien, Delphin ? lui demanda-t-il.
-Oui, oui.
Il tapait du pied sans vraiment s’en rendre compte, il n’avait qu’une hâte : que sa mère arrive, qu’il avance ses arguments et qu’une décision soit prise, il espérait la bonne.
Sa mère ne tarda pas. Elle alla poser son attaché-case dans son bureau et s’installa à table.
-Tu as passé une bonne journée, Del’ ?
-Oui. On a eu plus d’infos sur le stage qu’on doit faire. J’ai commencé à postuler.
-C’est super. Et Alexia ? Elle a trouvé quelque chose ?
-On a postulé aux mêmes endroits…
Il se demandait sincèrement à quoi cela ressemblerait de faire son stage au même endroit qu’Alexia mais il n’était pas sûr d’en avoir réellement peur, en fait cela pourrait être amusant. En jetant un regard à ses parents, il vit que cette possibilité amusait son père. Il profita que le ton soit plus léger pour lancer le sujet qui lui tenait à cœur :
-En parlant d’Alexia, je me disais… Je pourrais peut-être rester à Tréboul pendant les fêtes. Ce n’est pas comme si j’allais manquer à Papy et Mamie…
Cela faisait à peine six mois qu’il était parti d’Angleterre. Ses grands-parents comprendraient qu’il veuille passer les fêtes avec ses amis après tout ce temps passé loin d’eux.
-C’est hors de question, lança sa mère d’un ton ferme. Tu viens avec nous.
Delphin s’y était attendu. Il savait quels arguments elle allait avancer. Il était en plein sevrage et pas digne de confiance… Il leur avait menti pendant trois ans… Mais elle ne dit rien, il y vit une chance d’argumenter :
-Je ne serai pas seul. Alexia peut me surveiller.
Sa mère haussa les sourcils. Elle ne faisait pas non plus confiance à leur voisine.
-C’est pareil. C’est non. Et Joël aura suffisamment de travail comme ça. Inutile de le mêler à tes histoires.
A l’idée d’embarrasser M. Duval avec une crise de manque, Delphin eut un certain malaise. Mais il pouvait se contrôler si Alexia était là.
-Et si Maëlle et Lionel viennent ? demanda-t-il.
Il vit sa mère changer d’attitude et réfléchir. Elle trouvait Lionel sérieux et mature pour son âge, elle lui faisait confiance.
-Lionel a peut-être d’autres projets, intervint Alain. On devrait plutôt inviter Alexia à dîner. Apprendre à la connaître. Delphin lui a bien pardonné son comportement… On pourrait au moins la laisser s’expliquer.
Ellen ne dit rien pendant plusieurs minutes puis soupira :
-Très bien.
-Elle a sûrement beaucoup changé depuis la première fois qu’elle est venue ici, fit son père.
-Oui, confirma Delphin.
-… D’accord. Je veux bien qu’on l’invite à dîner, répondit-elle finalement. Si elle se révèle fiable et digne de confiance, je te laisserais passer les fêtes de Noël chez les Duval.
-Merci, Maman.
***
Alexia était encore à table quand son portable vibra. Elle sourit en voyant le nom de son voisin.
-Allo ?
-Salut, je ne te dérange pas ?
-Non, non, on finit de manger…
-C’est par rapport aux vacances de Noël, ma mère veut bien que je reste mais elle veut te parler et voir si… enfin… tu m’as compris.
-Oui, je comprends.
-On t’invite à dîner dans la semaine ou plus tard... Il faut que ce soit avant que mes parents partent.
-Pas de soucis. Voyons, le dernier cours de violon c’est jeudi… Mercredi soir, c’est possible ?
Elle l’entendit répéter dit mercredi en anglais sûrement à sa mère puis :
-Impeccable, c’est bon pour mercredi.
-Parfait. Bon, à demain, alors.
-A demain.
Lorsqu’elle raccrocha, son père la regardait d’un air amusé et étonné.
-Les parents de Delphin veulent m’avoir à diner, dit-elle, pour voir s’ils peuvent me faire confiance et si Delphin peut rester avec moi pendant les vacances.
-Ellen est très stricte. Il va falloir que tu te montres sous ton meilleur jour… A mon avis, tu peux oublier tes vêtements grunges. Tu sais ce que tu devrais mettre ? Ta robe pour les concerts.
-Ah oui. Merci pour l’idée.
***
Le soir du fameux dîner, Alexia arriva dans une robe noire très sobre mais chic et qui mettait en valeur ses longs cheveux roux. Pas de collants résille ni de Doc Martens. Elle avait mis des collants couleur chair et chaussé des ballerines noires toutes simples.
A sept heures précises, Alexia sonnait à la porte des Tevenn. Elle se sentait terriblement nerveuse. Elle jouait gros lors de ce diner. Elle jouait son avenir avec Delphin.
M. Tevenn vint lui ouvrir.
-Bonsoir, fit-elle.
-Bonsoir, Alexia, répondit-il avec un sourire encourageant. Entre, je t’en prie.
-Merci.
Elle fit quelques pas dans le petit hall.
-Tu peux poser ton manteau là. Delphin est en cuisine.
Elle sentait le stress se rouler en boule dans son ventre à mesure qu’elle avançait dans la pièce de vie.
Delphin lui tournait le dos, occupé à la préparation du repas. Elle sourit de son changement imposé pour l’occasion. Il avait attaché ses cheveux en un long catogan (il lui avait confié sa réticence et sa peur que sa cicatrice soit visible) et troqué ses vêtements de hippie contre un pull blanc et un pantalon en toile beige. Ses vêtements étaient coupés plus près du corps et faisaient ressortir sa maigreur. Alexia n’aimait pas cela du tout et elle avait de la peine pour lui. Il devait probablement se sentir nu, exposé, comme elle.
Elle avança vers lui. Elle avait besoin d’être rassurée autant que lui.
-Salut, lui dit-il. Tu es très belle.
-Merci… c’est une robe que j’avais achetée pour les concerts... Ça te va bien aussi.
-Je ne me sens pas à l’aise du tout…
-Moi non plus. J’ai horreur des robes et des collants...
Ce serait une torture mais qui ne durerait pas, heureusement. C’était le temps d’une soirée, elle devait faire l’effort.
Mme Tevenn apparut dans la salle à manger. Elle impressionnait toujours par son élégance et son chignon qui lui donnait un air sévère.
-Bonsoir, dit-elle avec un léger accent anglais.
-Bonsoir, Madame.
-Laissons les hommes entre eux et allons discuter dans le salon.
Alexia sentit l’angoisse remonter de son estomac vers sa gorge. Etre enfermée avec la mère de Delphin la terrifiait.
-Asseyez-vous, dit-elle d’un ton poli mais légèrement autoritaire.
Alexia s’exécuta. Elle joignit ses mains pour leur éviter de trembler sur ses genoux.
-Alors… dit Mme Tevenn en prenant place dans le fauteuil près de la porte-fenêtre. Votre relation avec mon fils s’est nettement améliorée d’après ce que j’ai entendu.
-Oui…
-Pourquoi ce revirement soudain ?
Alexia s’y était attendue. Il était vrai qu’il y avait de quoi se poser des questions.
-Enfin… ce changement. Je m’interroge, poursuivit la mère de Delphin sans lui laisser le temps de répondre, car votre rencontre (elle haussa les sourcils) et ce qui s’en est suivi l’a détruit, en le conduisant à commettre une terrible imprudence. (Alexia voulut répondre mais fut encore interrompue avant d’avoir commencé). Il aurait pu mourir si vous n’aviez pas prévenu les secours à temps. Pour ça, je vous en serai éternellement reconnaissante. (elle marqua une pause) cependant, si je trouve que vous avez fait preuve de courage, j’ai besoin d’être rassurée sur vos intentions à son égard. Il ne supportera d’avoir à nouveau le cœur brisé.
-Ca n’arrivera pas, dit enfin Alexia d’un ton ferme. Je l’aime. Je m’en suis rendue compte quand il est parti. Il me manquait. Je ne sais pas pourquoi, je ne le connaissais pas… C’est juste comme ça. Je n’ai pas d’explications, c’est comme si on était connectés… Quand il est revenu, je me suis jurée d’apprendre à le connaître mais je pensais qu’il n’accepterait jamais et il aurait eu raison. J’aurais compris… Mais vous savez ce qu’il a fait ? Il a proposé de donner des cours de soutien et quand je l’ai appelé, il savait que c’était moi. Je n’arrivais pas à parler tellement j’avais honte. Je voulais raccrocher mais il m’a dit qu’il me pardonnait. J’ai pleuré, j’ai tellement pleuré… J’ai pensé qu’il débloquait mais son discours était parfaitement sensé. Il se souvenait de tout ! C’est ce qui a tout changé, véritablement. Vous pensez peut-être que parce qu’il s’est drogué, il n’a plus les idées claires, mais moi je trouve que c’est l’une des seules personnes qui m’a tenu un discours sensé ces dernières semaines.
Un sourire déforma le magnifique visage de Mme Tevenn.
-Je vous crois, dit-elle, quand vous dites que vous l’aimez. Je pourrais me montrer trop protectrice et refuser d’écouter vos arguments mais vous le connaissez manifestement mieux que moi (Mme Tevenn se leva et Alexia l’imita) et je ne ferais pas l’erreur de sous-estimer la force de vos sentiments. Allons le rejoindre. Vous devez être impatients de vous retrouver.
***
Pendant ce temps-là, Delphin avait patienté tant bien que mal. Il s’était à peu près tout imaginé : le clash, la grosse dispute, les bibelots qui volaient, les sanglots à n’en plus finir… Alors voir Alexia avec le sourire le rassura intensément sur la suite de la soirée. Sa crise d’angoisse de l’après-midi semblait bien loin… Mais il était content de l’avoir faite plus tôt dans la journée. Il allait pouvoir profiter de sa soirée.
***
Les jours qui suivirent furent presque idylliques. L’allégresse qui accompagnait Noël ne partit pas avec les parents de Delphin mais resta bien à Tréboul.
Alexia essayait de rassurer la mère de Delphin.
-Je t’ai bien donné mon numéro, Alexia ? demanda celle-ci une dernière fois.
-Oui. Je l’ai noté. Ne vous inquiétez pas.
-On va être en retard, chérie, dit M. Tevenn d’un ton pressé. Joyeux noël, les enfants.
-Joyeux noël !
L’audi disparue, Alexia soupira.
-J’ai cru qu’ils n’allaient jamais partir, dit Delphin.
Alexia sourit. Elle avait eu hâte aussi qu’ils s’en aillent.
-Comment on s’organise pour ce soir ? demanda-t-elle. Tu veux que je reste dormir ?
Delphin eut une moue embarrassée. Alexia se sentit aussitôt gênée d’avoir posé la question.
-J’aimerais, mais si jamais je…
-Je comprends.
Ce n’était pas beau à voir les crises de manque, elle le savait, mais elle voulait être là au cas où ça n’irait pas. Mais elle ne voulait pas non plus s’imposer dans un moment gênant.
-J’aurais mon portable à portée de main de toute façon, dit-elle.
-D’accord, sourit-il.
-Et ta mère m’a donné un double des clés.
-OK.
-… on va à la plage ?
Ils y descendirent aussitôt.
-Maëlle m’a invitée à passer le réveillon du nouvel an avec elle.
-Oui, elle m’a invité aussi. Mais je pensais le faire ici. Puisque mes parents ne sont pas là…
-C’est une bonne idée.
Il y eut quelques minutes de silence puis :
-Mon père sera de garde à Noël, dit Alexia. On aura la maison pour nous tous seuls.
-Je m’occuperais du repas.
-Je t’aiderais. Mes connaissances en cuisine sont assez limitées mais j’aimerais bien que tu m’apprennes.
-… d’accord.
Ils établirent une liste d’aliments et de plats à préparer.
-On préparera tout ça chez mes parents, on aura plus d’espace.
Ils y passèrent un peu plus d’une journée. Delphin s’attacha les cheveux, Alexia l’imita puis ils passèrent tous deux des tabliers.
Pendant qu’il lui expliquait les rudiments de cuisine, elle scrutait son visage à la recherche de signes de manque mais elle dut admettre que lorsqu’il cuisinait, il n’en montrait rien. Il était vraiment concentré.
-Bon, c’est prêt.
Ils transportèrent la nourriture chez les Duval et mirent la table. Alexia s’était chargée de la décoration quelques jours auparavant. Cela la changeait de d’habitude. Dire qu’il y avait même eu un moment où elle s’était demandée s’il ne fallait mieux pas arrêter de fêter Noël. Elle était contente que Delphin soit là. Elle voulait se laisser porter par l’ambiance de Noël et lui dire enfin ce qu’elle ressentait pour lui.
***
Delphin, lui, était un peu stressé. Il n’était pas habitué à fêter ce genre d’évènements en comité réduit. D’habitude, quand les Tevenn célébraient Noël, ils n’étaient pas loin de dix et il arrivait toujours à se faire oublier ou à se réfugier en cuisine pour aider sa grand-mère et ainsi échapper aux discussions.
Là, il n’aurait pas ce loisir. M. Duval allait sûrement lui poser plein de questions… Il voudrait savoir comment il se sentait, s’il avait besoin d’un rendez-vous de suivi, s’il avait encore des effets de son traumatisme… Comment se passait son sevrage… Supportait-il seulement que sa fille le fréquente ? Alexia lui en avait-elle parlé ? Qu’en pensait-il ?
Ses mains tremblèrent sur le plan de travail et il se demanda comment il allait pouvoir tenir toute la soirée.
M. Duval arriva plus tôt qu’Alexia ne l’avait mentionné. En fait, ils n’étaient pas encore passés à table.
-Bonsoir ! lança-t-il. Ça sent très bon. Comment ça va ?
-Bien, merci, répondit Delphin après avoir essuyé la paume de sa main moite. Et vous ?
-Très bien. La journée a été calme…
Ils s’installèrent à table. Delphin sentit la sueur lui couler le long du dos et les courbatures revenir. Il avait envie de retourner dans sa chambre et de se cacher pour ne pas prendre le risque de gâcher la soirée.
-C’est vraiment délicieux, le complimenta M. Duval.
-Merci.
Pas une seule fois le père d’Alexia ne fit allusion à la drogue ou au sevrage. Delphin était un peu surpris et continuait d’attendre le couperet en dépit de la soirée parfaite qu’il passait.
-Détends-toi, chuchota Alexia à son oreille. Tout va bien.
***
Elle aurait aimé lui révéler ses sentiments ce soir-là, lorsque son père serait couché et qu’ils ne seraient plus que tous les deux mais son instinct lui disait que c’était trop tôt et Delphin n’avait clairement pas la tête à cela. La soirée s’était bien passée, mais il était stressé et son stress avait réveillé des effets du sevrage, elle le voyait bien.
Elle l’aida à transporter les plats qui avaient servi au repas. Ils les posèrent sur le plan de travail de la cuisine des Tevenn.
-Merci, dit-il.
-Je t’en prie.
Ça aurait pu être le bon moment, pensa-t-elle. Ils n’étaient que tous les deux, au calme… Mais Delphin était fatigué.
-On se voit demain ? demanda-t-elle.
-O-Oui. Merci pour la soirée.
-Sans toi, ça aurait été moins bien… Bonne nuit, ajouta-t-elle rapidement.
-Bonne nuit.
Et elle rentra chez elle.
***
Une semaine plus tard, ils fêtaient le Nouvel An entre amis dans la grande maison des Tevenn. Delphin était ravi d’accueillir ses amis et Alexia chez lui pour l’occasion. Il n’avait jamais pu avant. C’était une nouvelle expérience. Il était impatient de tous les recevoir. Pour l’aider, ils avaient tous proposé de rapporter de la boisson et quelque chose à manger. Thomas s’était occupé de la musique, jugeant les goûts musicaux de Delphin discutables.
En fait, ils arrivèrent tous en avance. Officiellement pour aider mais Delphin n’était pas dupe : ils voulaient tous rattraper le temps perdu et être sûrs qu’il ne changerait pas d’avis.
***
Alexia éprouva un certain malaise en voyant Lionel et Thomas arriver. Delphin l’avait pardonnée. Mais eux ? Ils avaient saboté chacune de ses tentatives d‘aller mieux.
Delphin s’absenta quelques minutes. Maëlle s’approcha d’elle.
-Mettons les choses au clair avant que Del’ ne revienne, dit-elle à l’attention générale.
Thomas et Lionel se tournèrent vers elles.
-Je pense que vous ne voulez pas que Del’ sache ce que vous avez fait.
-Non, non, vaut mieux pas, fit Lionel. Je suis désolé pour ce qu’on t’a fait subir, Alexia. On a été vraiment abrutis.
-Oui, dit Thomas. Si on avait su que tu allais aussi mal, on aurait agi différemment.
A quoi ils s’attendaient ? Alexia appréciait leurs excuses mais elle avait envie de crier que ça ne serait jamais assez, que ça ne réparerait pas ce qu’ils avaient fait. Elle avait envie de crier pour que Delphin sache quel genre d’amis il avait. Mais ce n’était pas le moment. Ce n’était pas comme ça qu’il avait prévu de fêter le Nouvel An.
-… Vous n’étiez pas les seuls en cause… Mais j’accepte vos excuses, dit-elle sans vraiment les regarder.
Une porte s’ouvrit et Delphin réapparut.
-Ah, tout va bien ? fit Maëlle.
-Oui, répondit-il. J’allais juste chercher du soda.
-Eh oui, pas d’alcool pour toi.
-Non.
-Ni alcool, ni café, ni thé. Les gens devraient savoir ça avant de se droguer, ça les calmerait direct, fit Thomas.
-Oui, approuva Delphin.
-Techniquement, les sodas contiennent du sucre et le sucre est une drogue… fit Lionel.
-Je ne compte pas tourner à la tisane toute la soirée ! lança Delphin.
Alexia trouva la soirée assez longue, mais elle semblait être la seule dans ce cas. Elle savait pourquoi. Elle attendait que Delphin se rapproche. Ils avaient passé des journées complètes ensemble, préparé les fêtes ensemble mais elle voulait plus. Elle voulait qu’il l’invite à danser, qu’il l’embrasse. Elle avait du mal à imaginer qu’il n’en ait pas envie. Cela faisait plusieurs mois qu’ils se fréquentaient, elle osait penser qu’ils étaient proches maintenant. Ils s’étaient fait tester tous les deux. Tous les voyants étaient au vert, alors pourquoi attendre ?
Elle lutta contre le sommeil à partir de minuit.
-Je vais me coucher, dit-elle à Maëlle au bout d’une demi-heure. Je n’en peux plus.
-Bonne nuit, lui souhaita tout le monde.
Elle se dirigea vers la pièce où elle avait installé son sac de couchage et son oreiller plus tôt dans la journée. Elle mit un moment avant de s’endormir. Elle espérait que Delphin vienne la voir mais il n’en fut rien.
Maëlle la rejoignit.
-Ça va ? lui demanda-t-elle en voyant qu’elle ne dormait pas.
-Ouais et toi ?
-Bien, très bien. Thomas m’a invitée à danser…
-Ah…
Alexia sentit la jalousie l’envahir. Pourquoi Delphin n’avait-il rien tenté ? N’éprouvait-il plus rien pour elle ? Ou leur amitié lui suffisait-il ? Elle avait du mal à y croire…
Maëlle s’endormit rapidement à en juger par sa respiration régulière. Alexia sombra aussi en se disant qu’elle verrait de quoi serait fait le lendemain.
Quelques heures plus tard, Alexia se réveilla. Son amie dormait toujours près d’elle et ne se réveillerait probablement pas dans les prochaines minutes. Alexia décida de se lever, espérant que Delphin soit debout également et qu’ils pourraient parler.
Les volets étaient encore fermés lorsqu’elle arriva dans la pièce principale. Il devait encore dormir. Elle n’avait pas très envie de retourner dans le salon et de prendre le risque de réveiller Maëlle. Delphin allait-il bien ? Elle devait savoir. Elle monta les escaliers sur la pointe des pieds.
Lorsqu’elle fut à l’étage, elle repéra immédiatement la chambre de Delphin sur sa gauche. La porte était entrouverte. Elle jeta un coup d’œil à l’intérieur mais comme elle ne voyait rien, elle fut obligée de pousser un peu la porte.
Delphin bougea dans son lit et elle referma la porte. Elle retourna au rez-de-chaussée. Il semblait aller bien. Il n’y avait plus qu’à attendre…
Delphin et Thomas descendirent en même temps une vingtaine de minutes plus tard. Un autre quart d’heure plus tard, tout le monde était levé et ils prenaient le petit déjeuner.
-Tu veux qu’on t’aide à tout remettre en ordre ? demanda Maëlle.
-Il ne reste plus grand-chose. Ça va aller. Je vais m’en occuper. Il n’y a pas beaucoup de bus pendant les vacances.
-On est en voiture, t’inquiète.
-Ca va aller. Je vais me débrouiller.
C’était peut-être la chance d’Alexia. Elle pouvait l’aider mine de rien. Ils parleraient sûrement.
Thomas, Maëlle, Lionel et son copain partis, ils furent à nouveau tous les deux.
-C’était une bonne soirée, dit-elle d’un ton dégagé.
-Oui, j’en ai l’impression… acquiesça-t-il. Tu peux rentrer chez toi, j’ai fini.
Alexia s’était attendue à autre chose et cette phrase la prit de court, mais elle ne dit rien ; il était peut-être plus fatigué qu’il n’y paraissait. Il avait peut-être envie d’être seul, au calme. Elle comprenait. Elle ne voulait pas prendre le risque qu’il s’énerve contre elle.
Elle prit ses affaires et s’en alla.
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