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Notes d'auteur :
Je vous souhaite une bonne lecture et vous retrouve dans les reviews.

Mis à jour le 20/01
Quelques semaines plus tard, Delphin patientait dans la salle d’attente du service de dépistage de l’hôpital. Cela faisait exactement trois mois qu’il avait eu ce rapport non-protégé avec Claire. La chose qui l’inquiétait le plus, à part les résultats du test, c’était de croiser son père. Il travaillait quelques étages au-dessus mais il était tout à fait possible de le croiser dans le hall, sur le parking ou Dieu savait où.

Bref, il était inquiet. Il avait eu du mal à avoir l’esprit vraiment clair. Il avait cru, un peu naïvement que ça y était l’autre soir, qu’il était sevré, mais en fait, pas du tout. Ce n’était qu’un effet de plus du sevrage. Lorsqu’il s’en était aperçu, il avait un peu balisé. Il n’avait pas consommé beaucoup de drogue, mais trop longtemps. Il avait lu que ce n’était pas la quantité qui comptait mais vraiment la durée. Et il était mal. Le sevrage serait long et difficile. Même quand il était avec Alexia, il se sentait mal. Son sourire et ses conversations ne suffisaient pas à faire disparaître l’envie de fumer. Ils l’atténuaient, c’était tout, mais dès qu’il n’était plus à ses côtés, les crampes, les nausées revenaient. Il était toujours en sursis. Elle devait le sentir aussi. Il voyait bien que son expression avait changé ces derniers temps. Il ne serait pas étonné si elle mettait fin aux cours de soutien.

-Delphin Tevenn, appela une infirmière.

Il se leva à l’appel de son nom et lui remit le formulaire.

Elle l’emmena dans une salle et parcourut la feuille. Son regard était sévère et Delphin sentit son visage s’empourprer. Il avait déjà assez honte comme ça, il était inutile de lui rappeler que sa conduite avait été irresponsable.

-Asseyez-vous. Remontez vos manches, s’il vous plait.

Elle le piqua.

Pendant ce laps de temps, Delphin se dit qu’il n’en avait pas parlé à Alexia. Il ne voulait pas qu’elle le voit comme un drogué irrécupérable. Déjà que…

-Ça va ? lui demanda l’infirmière.

Delphin s’aperçut alors qu’il avait la larme à l’œil et l’essuya d’un revers de main.

-Ouais, ça va, dit-il en l’essuyant.

Une nouvelle larme coula. Il se décevait vraiment. C’était horrible.

-Vous avez des gens autour de vous pour vous aider ?
-… Oui.

Oui, ça irait en théorie. Mais ce soutien n’aurait pas été nécessaire s’il n’avait pas commencé… Dans la pratique par-contre ce serait autre chose. Il savait déjà ce qu’il ferait si les résultats étaient positifs.

-Je vous fais patienter encore trente minutes le temps d’avoir les résultats ? fit-elle d’un ton plus doux.
-Ok.

Delphin retourna dans la salle d’attente. Il avait fait exprès de venir un jour où ses deux parents travaillaient. Il ne se serait pas vu leur expliquer sa démarche, encore moins ses actes passés. C’était n’importe quoi, quand il y pensait. Il se demandait vraiment ce qui lui avait pris. Il n’aurait pas pris autant de risques s’il avait été dans son état normal.

***

Alexia et Maëlle se rendirent à l'hôpital de Quimper pour que la rousse fasse un dépistage. Elle ne s'était jamais sentie aussi sale et humiliée. Elle espérait vraiment ne croiser personne d’autre qu’elle connaitrait.

-Je serai là, quoi qu’il arrive, lui dit Maëlle.
-Merci.

Elles arrivèrent dans la salle d'attente. Alexia eut un hoquet de surprise en reconnaissant Delphin de dos.

-Tu lui as dit ? fit-elle à voix basse à son amie.
-Non. Il a sûrement rendez-vous aussi...

Elles tâchèrent de se faire discrètes tout en sachant qu'à un moment donné ou à un autre, il les remarquerait.

-Delphin Tevenn ! appela l'infirmière.

Il passa devant elles sans les voir. Il semblait très stressé. Plus encore qu’Alexia.

Elle s’avança vers le secrétariat sans dire autre chose que « bonjour » et « merci ». Tout cela lui paraissait irréel. Et pourquoi Delphin était-il ici ?

Elle retourna s’asseoir avec le questionnaire et se concentra pour essayer de le remplir au mieux. Les questions lui parurent humiliantes et obscènes.

-Il faut que tu y répondes, dit Maëlle doucement pour l’encourager.
-C’était ma première fois. Et il m’a droguée…
-Je sais. Je suis désolée.

Elle répondit du mieux qu’elle put et le plus rapidement possible. Maëlle lui tendit son paquet de mouchoirs.

-Ca va aller, dit-elle. Je suis sûre que ce sera négatif.
-J’espère…

Alexia se moucha puis une des infirmières l’appela. Elle la suivit.

***

Delphin se dirigeait vers la sortie, soulagé. Les résultats étaient négatifs.

-Hé, Del’ ! lança une voix bien connue dans son dos.

Il se tourna et vit Maëlle.

-Alors ? lui demanda-t-elle.
-Négatif.
-Tant mieux.
-Qu’est-ce que tu fais ici ?
-J’accompagne Alexia.
-Elle est ici ?
-La vache, tu étais vraiment stressé… Oui, elle est en train de se faire dépister. Je vais pas tarder à la rejoindre avant qu’elle se demande où je suis passée… Euh… A plus tard.

Et elle fit demi-tour.

Delphin ne savait pas quoi faire. Devait-il attendre Alexia maintenant qu’il savait qu’elle était là aussi ? Il fallait qu’ils parlent de ce qui les avait fait venir ici. Ce serait dur mais c’était nécessaire s’ils voulaient avancer. Il n’aimait pas imposer quoi que ce soit aux autres et pourtant cela semblait être le parfait endroit pour parler de ce qui leur était arrivé.

***
Quand Alexia retourna dans la salle d’attente, Maëlle se rasseyait à peine.

-Est-ce que tu as vu Delphin ? demanda-t-elle.
-Oui. Ses résultats sont négatifs.
-Je suis contente pour lui.
-Oui, moi aussi.
-Ça dépendra des résultats…

L’attente fut interminable. Ce serait injuste si elle était contaminée, ça n’aurait pas de sens…

-Alexia Duval ! l’appela enfin l’infirmière.

Les résultats étaient négatifs. Alexia eut du mal à y croire. Elle avait tellement accumulé les malheurs ces derniers temps qu’elle s’était habituée à leur arrivée dans sa vie.

-C’est une bonne chose, fit Maëlle alors qu’elle la raccompagnait. On devrait le fêter.

Elles se dirigèrent vers la sortie. Maëlle prit son téléphone.

-Qu’est-ce que tu fais ?
-J’appelle Delphin.

Une sonnerie de vieux téléphone retentit pas très loin d’elles. Delphin était sur le trottoir devant l’hôpital. Elles l’y rejoignirent.

-Salut, lança-t-il.
-Salut.
-Je crois que c’est le moment de discuter de ce que vous foutiez là, fit Maëlle.

Delphin soupira.

-J’ai eu un comportement à risque il y a quelques mois… Sous l’emprise de drogue. Ce n’était pas juste pour cette soirée. Je fume de l’herbe depuis l’accident -un peu après- mais je suis en train d’arrêter.

***
Alexia comprenait mieux les questions et l’inquiétude de son père. Elle était étonnée quant à l’attitude de Delphin, il n’avait vraiment rien laissé paraitre…

-Ta présence me fait beaucoup de bien, continua Delphin. Les effets sont beaucoup plus supportables.

Maëlle la regarda d’un air éloquent et plein de pitié.

-Et moi je… dit Alexia. Mon ex a…
-Il le sait, murmura Maëlle.
-Je suis vraiment désolé, Alexia.
-Ce n’est pas ta faute…

Elle se souvint de la bagarre sous sa fenêtre.

-… Mais comment tu l’as su ?

Le teint de Delphin prit une nuance dangereusement pâle.

-Sylvain m’a… contacté pour s’en vanter. Nous étions amis au collège et je l’ai laissé tomber au lycée… j’imagine que c’est sa vengeance.
-Il s’en est vanté ? fit Alexia d’une voix brisée.
-J’ai pété un plomb. Il savait mes sentiments pour toi, il en a fait exprès. Il pensait que tu ne m’intéresserais plus.

Alexia se sentit défaillir. C’était trop. Maëlle la soutint.

-Il faut que je rentre, dit-elle tiraillée entre l’envie de vomir et de pleurer.

***

Une bonne heure plus tard, Delphin était assis sur le palier de l’ancienne maison de ses grands-parents paternels. La maison n’avait pas été vendue en son absence. Il se demandait pourquoi, mais cela lui convenait tout à fait. Le soir tombait sur le port. La lumière déclinante se reflétait sur l’eau paisible. C’était une vision apaisante, l’endroit le plus tranquille à Tréboul et Delphin avait sérieusement besoin de se calmer. Il était en sursis. Maëlle avait ramené Alexia chez elle et il n’avait pas eu de nouvelles depuis. Il fallait le temps qu’elle digère tout ça. L’accuserait-elle de complicité avec Sylvain ? Il se droguait, pouvait-elle lui faire confiance ?

-Je pensais bien te trouver là, fit son père en arrivant.
-… Vous ne l’avez toujours pas vendue, répondit Delphin.
-Non. Elle est à toi. Tu en feras ce que tu voudras. Vu que tu aimes cet endroit, on s’est dits que ce serait une bonne idée. Ça va ? Généralement quand tu es ici, c’est que non.
-Je culpabilise. C’est de ma faute tout ce qui est arrivé à Alexia.
-Par rapport à son agression ?
-Si je n’avais pas envoyé balader Sylvain, il ne s’en serait pas pris à elle.
-Tu ne le sais pas. Tu l’as recontacté ?
-Pas depuis que je lui ai mis un pain, non. Il a fait ça juste pour me faire chier… Il a tout foutu en l’air. Alexia ne me fera jamais confiance.
-Alexia sait que vous étiez amis ?
-Oui.
-Et elle te croit responsable de ce qui lui est arrivé ?
-Oui. Je voudrais lui expliquer que ce n’est pas le cas mais même moi je n’y crois pas.
-On n’est pas responsable de ce que font les autres, Delphin.
-Je sais, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que si j’avais agi différemment avec lui…
-On souhaite toujours avoir agi différemment pour que les choses ne se produisent pas, mais ça aurait peut-être été pire.
-Je ne vois pas comment.
-Si Alexia te connait suffisamment, elle sait que tu n’y es pour rien.
-Comment tu peux en être aussi sûr ?
-Je te connais et je sais que tu ne veux nuire à personne. La violence te dégoute. J’ai été particulièrement surpris que tu te sois battu, d’ailleurs… Mais c’était pour défendre Alexia donc… je suppose que ce n’était pas si étonnant.

Delphin espérait que son père avait raison.
***

Alexia passa le week-end à ruminer sur ce qu’elle venait d’apprendre. Delphin s’était drogué peu après son accident. Sylvain s’était vengé de lui pour un motif qui n’avait rien à voir avec elle. Delphin l’aimait toujours.

Elle ne savait pas si elle devait lui faire confiance. Il lui avait peut-être pas tout dit. Il s’était battu avec Sylvain. Elle les avait entendus. Elle l’avait vu le nez en sang, se faire ramener par son père. Oui, ce qu’il s’était passé l’avait mis en colère. Dans ces conditions, il était difficile de l’imaginer complice… Mais quand même… et s’il ne se souvenait pas de tout ? S’il avait participé mais ne s’en souvenait pas ? Cette pensée lui donnait la nausée mais elle imaginait tous les scénarios possibles. Elle ne voulait pas le perdre comme ami mais si elle ne pouvait pas lui faire confiance, elle n’hésiterait pas. Elle ne pouvait plus le voir et lui parler comme si de rien n’était. Elle aurait toujours le doute. Elle avait besoin d’être rassurée. Maëlle avait eu beau lui vanter les qualités de Delphin -qualités qu’elle avait elle-même constatées- elle ne pouvait pas s’empêcher de penser à la drogue qu’il avait consommée et à ses effets.

Elle devait reprendre rendez-vous avec son psy… Cela faisait des mois qu’elle n’était plus allée le voir, ce n’était pourtant pas faute qu’on lui dise. Maëlle le lui avait dit à de nombreuses reprises après ce qu’il s’était passé avec Sylvain. Quand elle fut de retour chez elle, elle se décida à l’appeler. Cela devenait urgent et handicapant. Elle avait toujours peur.

Elle obtint un rendez-vous pour le surlendemain.

-Alexia. Venez, entrez. Comment allez-vous ?
-… j’ai besoin de vous parler de quelque chose… dit Alexia en entrant dans la salle de consultation.
-Je vous écoute, dit le psy en fermant la porte derrière elle.

Elle prit une profonde inspiration.

-Je suis sortie avec un garçon pendant quelques temps… On s’entendait bien… Mais je ne sais pas si c’est parce qu’il pensait qu’on n’allait pas assez vite ou s’il m’utilisait… Je ne me rappelle pas de la dernière journée que nous avons passée ensemble. Enfin… je me souviens être partie avec lui et avoir déjeuné mais pas du reste.
-Il vous a droguée ?
-Je crois que oui, répondit Alexia des sanglots dans la voix.
-Il vous a recontactée depuis ?
-Non.
-Pourquoi a-t-il fait ça ?
-Il connait Delphin –mon voisin…
-Celui qui a des sentiments pour vous ?
-Oui. Je crois que c’est pour le rendre jaloux. C’est ce que ma meilleure amie dit aussi…
-Si c’est le cas, il faut que vous alliez porter plainte.
-C’est fait.
-C’est très courageux, dit le psy.
-Sylvain s’est vanté de ce qu’il a fait auprès de Delphin. C’est ce que Delphin m’a dit… Mais…
-Mais ?
-Il s’est drogué et est en plein sevrage.
-Vous avez peur ?
-Oui. Maëlle me dit que c’est ridicule, qu’il ne me fera jamais de mal…
-Mais elle n’a pas vécu la même chose que vous. Delphin est-il au courant de ce qu’il s’est passé avec votre ex ?
-Oui.
-Comment a-t-il réagi ?
-Il était furieux, je l’ai vu se battre.
-Il a l’air de tenir à vous. Quelle relation vous entretenez ?
-On est amis… dit-elle un peu hésitante, mais toute cette histoire…
-Vous ne lui faites plus confiance.
-Non.
-La confiance s’accorde avec le temps, Alexia. Ne vous brusquez pas. Si vous n’êtes pas prête maintenant, vous le serez sûrement un jour. Si Delphin a toujours des sentiments pour vous, je pense qu’il attendra. Accordez-vous le temps de vous connaître et de résoudre les problèmes qui doivent être résolus. Le reste viendra tout seul.
-Merci, fit Alexia en se levant.

Et elle quitta le cabinet.

Lorsque le bus la déposa à l’arrêt de la plage des sables blancs à Tréboul, elle songea que Delphin lui avait sauvé la vie. Sûrement pour se repentir de ce qu’il avait fait.

C’était ridicule. S’il avait voulu lui nuire, il l’aurait fait. Or, ça n’avait pas été le cas. Depuis qu’il était revenu, il ne faisait que faciliter les choses entre eux. Il n’avait même pas haussé la voix à son égard. Il l’aimait et ça se voyait. Il fallait juste qu’elle se laisse du temps.
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