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Notes d'auteur :
Bonne lecture !

Mise à jour le 17/01
Ce week-end là, ce fut avec légèreté que Delphin reçut le texto de Thomas. Il proposait de se retrouver à la plage de Tréboul comme ils en avaient l’habitude, cette fois Lionel serait des leurs et il espérait bien qu’ils surferaient comme avant.

L’évocation du passé – bien qu’agréable- incita Delphin à se poser des questions. Il n’avait pas retouché à une planche de surf depuis son accident. Il ne savait pas trop pourquoi. Sans doute par peur au début… Mais ensuite ? Il n’y avait juste pas pensé. Il se demanda s’il était toujours capable de surfer. Avant, à entendre les autres, il était doué. Mais maintenant ?

Il descendit au garage de ses parents et ne trouva pas sa planche. Qu’était-elle devenue ? Avait-elle été emportée par le courant ce jour-là ? Ou…

-Tu cherches quelque chose ? lui demanda son père.
-Oui, ma planche.
-On l’a vendue, Delphin. On te l’avait dit.

Le jeune homme ne répondit pas. Oui, c’était possible que ses parents l’en avaient informé. De toute façon, il avait déjà du mal à se rappeler ce qu’il avait fait la veille… Ça ne faisait pas une grande différence. C’était juste qu’il n’avait plus de planche, mais Tom le secouriste lui en prêterait peut-être une.

-Je vais à la plage, annonça-t-il.

Et il quitta la maison.

En passant devant la maison d’en face, il se demanda comment Alexia occupait son week-end. La verrait-il à la plage ? Ou était-elle à Douarnenez ? Il entendit des notes de violon et s’arrêta un instant. Il y avait peu de choses dont il était certain. Alexia jouant du violon en était une. Elle continuait à en jouer… Elle était douée.
Il continua son chemin. Il n’avait pas touché à sa guitare depuis trois ans. Pareil pour le piano. Il était sûrement très rouillé… L’envie de jouer était passée. Ça n’avait été qu’une phase, faute d’encouragement. Même si ses parents pensaient que la musique pouvait l’aider à se souvenir de certaines choses. Il n’avait pas suivi leur conseil. L’accident l’avait laissé amorphe, paralysé. Une seule chose avait compté, elle l’avait aussi détruit.

Il arriva à la plage. Lionel et Thomas l’attendaient.

-Salut ! Ça va ?
-Quoi de neuf ?

Delphin se demanda s’il devait leur dire et décida finalement que oui. Après tout, c’étaient ses amis, ils le connaissaient.

-Je donne des cours de soutien à Alexia.
-Des cours de quoi ?
-De langues.
-Ah, des cours de langues, répéta Thomas avec un air particulièrement taquin.
-Non, pas ce genre de cours, reprit Delphin, anglais et breton uniquement…
-Ah… anglais et breton… continua son ami sur le même ton.
-De manière parfaitement désintéressée bien entendu, fit Lionel.
-Bien sûr.
-Moui….
-Ok, peut-être un peu intéressée… consentit le blond.
-Carrément intéressée, ouais.
-Je voulais qu’on reparle et elle était d’accord, se défendit Delphin.
-Tant mieux.
-Cool. Lionel aussi a un truc à annoncer.
-Quoi ? fit celui-ci. Comme ça ? Sur la plage ?
-Assume un peu, Lionel.

Le métis soupira.

-La raison pour laquelle je ne suis pas très présent depuis ton retour, Del’, c’est que je sors avec quelqu’un.
-Cool.
-Attends, il a pas fini, fit Thomas.
-Un mec… Je suis gay.

Delphin n’était pas surpris du tout. Lionel n’avait jamais su approcher une fille et à vrai dire, il n’avait montré aucun intérêt envers le sexe opposé.

-Ok.
-C’est tout ? fit Lionel. C’est ta réaction ? Tu as fumé avant de venir ?
-On se connait depuis longtemps. Je ne suis pas étonné, lui dit Delphin.
-Pourquoi tout le monde dit ça ?
-Lionel, je pense que le seul qui sera véritablement surpris, ça sera ton père.
-J’appréhende tellement…
-Tu peux toujours venir chez moi si ça se passe mal, dit Thomas en lui mettant une tape sur l’épaule.

Lionel eut un sourire mi-figue mi-raisin. Ils descendirent au bord de l’eau.

-Et ta planche ? fit Thomas à Delphin.
-Vendue.
-Mince… J’espère que Tom en a assez pour nous trois…
-Je vais lui demander, dit Delphin en remontant vers le poste de secours.

Comme à son habitude, Tom était posté sur sa chaise, observant les nageurs aux jumelles.

-Salut, Tom !
-Salut… Delphin ? C’est toi ? fit le secouriste.
-Oui.
-Oh punaise ! Je suis tellement content de te voir ! J’ai cru que tu ferais partie des traumatisés de la mer.
-Il m’en faut plus que ça.
-C’est vrai que toi et la mer c’est une grande histoire d’amour.
-Tu as une planche ? Mes parents ont vendu la mienne…
-Je les comprends. Moi aussi ton accident m’a choqué. Je veux dire, ça ne t’était jamais arrivé avant… Tiens. Sois prudent, hein. J’ai pas envie d’appeler les urgences.

***

Après une heure d’entraînement au violon, Alexia eut envie de sortir. Il faisait beau, le soleil lui faisait de l’œil et elle décida de prendre ses affaires de plage. Elle s’y rendit.

Elle balaya l’étendue de sable et d’eau du regard. Le beau temps avait incité les touristes à rester profiter de la plage. Cependant, rares étaient ceux qui se baignaient, ils trouvaient probablement l’eau un peu fraîche... Trois surfeurs étaient assis sur leur planche, attendant la prochaine vague. Très reconnaissable grâce à ses cheveux blonds, Delphin faisait bien évidemment partie du lot.

Elle resta un moment à l’observer. S’il n’avait pas surfé depuis des années, il n’en laissait rien paraitre. Au contraire, on avait l’impression qu’il n’avait jamais arrêté.

Ils remontèrent sur la plage quelques minutes plus tard en riant.

Alexia avait l’impression de redécouvrir son voisin après une longue absence. En tout cas, elle le trouvait particulièrement détendu et beau, même avec ses cheveux noués en catogan qui lui donnait un air plus vieux que son âge. De là où elle était, elle pouvait voir qu’il avait un corps musclé juste ce qu’il fallait et son sourire... Son sourire était à tomber.

Sa contemplation l’absorbait tellement qu’elle manqua de se planter le parasol dans le pied. Elle détourna le regard et installa ledit parasol et s’assit à l’ombre, le regard braqué sur son voisin. Il avait dénoué ses cheveux à présent, les faisant sécher au vent. Ils lui arrivaient au milieu du dos et cela lui allait divinement bien, cliché du surfeur mis à part. Il ne semblait pas l’avoir vue. Il regardait la mer, tournant parfois la tête vers l’un de ses amis quand ils lui adressaient la parole.
Alexia se sentait étrangement exclue. Elle aurait voulu être à ses côtés. Une douce chaleur se faisait sentir dans son abdomen. Elle avait envie qu’il la regarde, qu’il la salue, qu’ils parlent ou juste qu’ils soient assis côte à côte face à la mer. Ils avaient tellement à se dire et à rattraper…

***

Le jour où les évaluations furent rendues, Delphin se dit que cela constituerait un excellent point de départ pour les cours de soutien. Lorsqu’il fit part de son observation, Alexia acquiesça. Ne restait plus qu’à déterminer le lieu. Il pensa que vu les évènements de l’été, elle serait plus à l’aise chez elle mais il ne se voyait pas le lui rappeler ; elle ferait sûrement machine arrière et ce n’était pas le but.

-Ca peut être chez toi ou chez moi, c’est comme tu veux, lui dit-il.
-… Eh bien, chez moi ça serait bien… Ca ne te dérange pas ? lui demanda-t-elle.
-Pas le moins du monde. Ce n’est pas comme si tu habitais loin…

Alexia sourit. Il aimait beaucoup son sourire.

-Je veux bien dans ce cas.

Ils arrivèrent chez les Duval.

-Assieds-toi, dit-elle en lui désignant la table de la cuisine. Tu veux boire quelque chose ?
-Un verre d’eau, s’il te plait. Bon, alors ce devoir, tu t’en es sortie comment ?
-Eh bien… fit-elle d’un air gêné.

***

Alexia sentit son visage s’embraser en sortant sa copie. Elle avait eu la moyenne, ce qui était plus que ce à quoi elle s’attendait mais moins, bien moins que la note qu’avait eu Delphin. Elle se demandait si elle ne devait pas dévier le sujet et oublier cette histoire de cours de soutien.

-Ce n’est pas si mal, dit-il. Enfin… ne le prends pas mal, mais je ne pensais pas que tu t’intéressais au breton.
-Tout le monde est étonné… marmonna-t-elle.

Comme si personne ne l’avait crue capable de changer. A part Delphin et elle se demandait pourquoi lui parmi tous les autres et à celui qu’elle avait fait le plus souffrir, pourquoi lui l’avait-il cru ?

-Pourquoi tu m’as pardonné ? lui demanda-t-elle.
-Je suis en vie et c’est grâce à toi.
-Quand même…
-Si ça, ce n’est pas une bonne raison, Alexia, je ne sais pas ce qui l’est.
-Tu te rappelles de tout ? insista-t-elle. Vraiment tout ?
-Tu n’étais pas dans ton état normal, dit-il. Tu avais une sirène en toi.

Sous le coup de la surprise, Alexia se tut.

-Tu… Tu es au courant ? balbutia-t-elle.
-J’ai fait des recherches après mon accident. C’est un sujet qui m’a toujours intéressé…

Elle se laissa tomber dans sa chaise. Elle avait nagé en pleine confusion, sans savoir où elle allait ni même ce qu’elle vivait… alors que la réponse se trouvait en face !

-J’imagine que c’est assez déroutant, dit Delphin. Je pourrais te prêter mes carnets si ça t’intéresse toujours… De ce que j’ai pu constater, tu ne te transformes plus.
-Mais toi oui. Ça a toujours été le cas ?
-Non.
-Ca date de l’accident alors ?
-Peut-être. Je t’avoue que la période où j’étais en Angleterre est assez floue…
-C’était un peu chaotique pour moi aussi.
-J’imagine, dit-il d’un ton compatissant.

Quelques minutes de silence s’installèrent puis Delphin le rompit :

-Bon, on s’y met ?
-Oui, fit Alexia.

***

Au terme d’une heure de correction, Delphin n’en pouvait plus. Il sentait la sueur ruisseler le long de son dos et des douleurs réapparaitre dans ses membres. Il se leva et prit congé d’Alexia.

-A demain, dit-il en essayant de ne pas paraitre trop froid.
-A demain, répondit-elle avec un sourire.

Il sortit dans la rue et traversa. Les crampes revenaient à la charge… il avait mal partout. Il se dépêcha de rentrer mais un bruit de frein le fit détourner le regard. Ses parents rentraient et sa mère sur le siège passager le regarder d’un air appuyé, comme si elle se demandait d’où il venait.

La colère se rajouta aux effets physiques du sevrage. Il n’avait pas besoin d’être surveillé… Il n’était plus un gosse. Déjà qu’ils lui imposaient de laisser la porte de sa chambre ouverte…

Il retira ses chaussures et monta directement à sa chambre. Il n’avait pas envie qu’on l’interroge.

-Bonsoir, dit sa mère.
-Bonsoir, répondit-il froidement.
-Tu viens de chez les Duval ?
-Oui.
-Il donnait un cours, précisa la voix de son père.

Delphin monta les escaliers et n’entendit pas la suite. Il se doutait que sa mère n’approuvait que moyennement l’idée des cours de soutien à Alexia. Elle pensait sûrement que leur voisine ne l’avait jamais aidé mais c’était faux. C’étaient ses parents qui ne l’avaient jamais aidé.

Il ferma la porte de sa chambre derrière lui et attendit que sa colère passe.

Il devait se focaliser sur le cours. Le premier cours de soutien. Il s’était bien passé. Il n’avait fait de mal qu’à lui-même… Il ne s’en était pas pris à Alexia. Au contraire, il avait réussi à la rassurer. Il lui avait appris des choses.

Mais la prochaine fois ? Il flippait à l’idée que ça ne se passe pas aussi bien. Et s’il se montrait désagréable ? S’il l’insultait ? Ou pire…

On frappa brièvement à sa porte et elle s’ouvrit.

-Alors ? Ce premier cours ?
-Bien, ça a été. Je peux être seul un moment ?
-OK.

Son père partit.

Delphin était las. Il ne savait pas s’il devait la laisser exploser ou la contenir et il en avait marre. Il se sentait toujours sale, à l’intérieur. Tout était brouillé. Il ne savait plus ce qu’il voulait réellement. Plus rien n’avait de sens. Il avait touché le fond, il était camé. Cela faisait plusieurs semaines qu’il n’avait rien pris. Il avait cru que les symptômes diminueraient d’intensité avec le temps. Si ce n’était pas le contraire, c’était exactement pareil que la première nuit. Il avait l’impression qu’il ne s’en sortirait jamais, que les symptômes allaient durer indéfiniment, qu’il serait toujours un drogué…

Il voyait bien comment les gens en particulier ses proches le regardaient. Il se souvenait des paroles de sa mère lorsqu’elle avait appris le pot-aux-roses. Il l’avait déçue mais ce n’était rien par rapport à ce que lui ressentait.

C’était la merde. Et le rapport non-protégé de l’autre fois ne l’aidait pas à se sentir mieux. Il avait l’impression de se leurrer en donnant des cours de soutien. Comment pouvait-il aider les autres s’il n’allait pas bien lui-même ?
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