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Notes d'auteur :
Merci à Bibi pour sa review ! Si le récit vous plait (ou pas), n'hésitez pas à faire comme elle ! Je compte sur vous !
Bonne lecture ! Mise à jour le 20/04
Ce 5 juillet en début d’après-midi, Delphin Tevenn regarda l’heure qu’affichait son réveil et décida d’aller surfer. Il avait pile le temps de faire un saut à la plage, prendre quelques vagues et revenir avant de terminer le repas du soir.

Il sortit de la maison, simplement vêtu d’un bermuda bleu et blanc, et alla chercher sa planche, adossée contre l’un des murs du garage.

-Tu surveilles l’heure, Del’ ? lança la voix de son père depuis la maison. Il faut que tu rentres à 16 heures si tu veux que tout soit prêt pour ce soir.
-Oui, Papa, répondit le jeune homme en refermant le portail en bois derrière lui.

Il se dépêcha de descendre à la plage. La marée remontait mais c’était surtout l’afflux de baigneurs qu’il redoutait. C’était les vacances d’été. Certains touristes fuyaient la plage bondée de Douarnenez pour se baigner au calme et admirer le point de vue depuis la jetée sur la baie des Trépassés mais ils devenaient rapidement trop nombreux pour la petite plage des sables blancs d’ordinaire si tranquille.

Delphin n’aimait pas vraiment les grandes vacances. En-dehors des touristes qui se pressaient sur la plage, les vacances d’été étaient surtout synonymes pour lui de deux mois de solitude. Son père neurochirurgien et sa mère directrice d’un laboratoire ne prenaient jamais de repos à cette période de l’année. Ils auraient pu justement en profiter pour partir et changer de région mais il y avait toujours quelque chose pour les en empêcher. Un nouveau produit à mettre en vente, ou dans le cas de son père, un nouveau collègue à accueillir.

C’était pour cette raison que le père de Delphin avait posé sa journée de congé aujourd’hui. Son collègue arrivait dans quelques heures. Il s’occupait des formalités en attendant son arrivée. Ce n’était pas pour passer du temps avec Delphin. De toute façon, le jeune homme avait passé l’âge de rester dans le giron de ses parents.

Le nouveau collègue de son père ne venait pas seul. Il amenait sa fille du même âge que Delphin avec lui.

A l’issue de la journée, il ferait la connaissance d’une nouvelle personne. Il avait encore du mal à réaliser. Il connaissait tous les jeunes de son âge. C’était l’inconvénient de vivre dans une petite ville.

Le drapeau du poste de secours était vert. Certains surfeurs diraient qu’il n’y avait pas de quoi s’amuser mais pour Delphin s’était suffisant. Du moment qu’il avait les pieds dans l’eau, il était heureux. Il descendait à la plage quelle que soit la météo, alors ce n’était pas la faible hauteur des vagues qui allait l’empêcher de prendre du bon temps. Il avait toujours été attiré par la mer. Tout petit déjà, il demandait tout le temps à y aller. Il avait beaucoup plus de souvenirs sur la plage ou dans l’eau que dans la maison de ses parents.

-Hé, Del’ ! lança le secouriste.
-Salut, Tom.

Tom était le secouriste principal de la plage des sables blancs. Cela faisait au moins cinq ans qu’il était en poste. Il n’avait que quelques années de plus que Delphin et comptait parmi ses amis.

-T’arrives tard.
-Oui, je sais. Et il faut que je me dépêche.

Delphin descendit la plage et laissa les vagues lui lécher joyeusement les pieds. Elle était bonne. Se rappelant que l’heure tournait, il jeta sa serviette derrière lui, attacha le scratch autour de sa cheville et avança dans l’eau.

Des baigneurs le regardaient avec envie et admiration. Il s’éloigna d’eux pour ne pas les heurter si le courant se faisait plus fort. Lui n’avait pas peur. Il était habitué mais il avait peur de blesser quelqu’un s’il ne se montrait pas prudent.

Il resta assis un moment sur sa planche, les genoux à fleur d’eau. Il se laissa bercer doucement. La mer le calmait toujours. Il regretta un instant d’avoir si peu de temps devant lui. Autrement, il aurait invité ses amis Thomas et Lionel à passer la journée avec lui. Ils auraient surfé ou dans le cas de ses amis moins expérimentés que lui en surf pataugé. Ils auraient ri, ils auraient parlé des filles, débattu de la meilleure approche pour la nouvelle voisine de Delphin. Thomas aurait dit qu’il suffisait qu’elle le voie surfer. C’était généralement suffisant. Les filles craquaient devant ce genre de choses. Plusieurs rencontres avaient lieu grâce au surf mais c’était en plein été et il s’agissait souvent d’une vacancière de passage. Ce genre de relation ne durait pas et Delphin préférait s’en abstenir. Il y avait bien eu quelques filles du coin mais ça n’avait marché avec aucune. Il était peut-être trop exigeant. Aucune n’avait compris l’importance que la mer avait pour Delphin. Elle était vitale. Il y allait tout le temps. Il trouvait toujours du temps pour descendre à la plage et regarder les vagues.

Quelqu’un lui avait dit qu’il préférait la mer aux personnes. C’était vrai. Depuis le décès de ses grands-parents paternels, il n’avait plus personne avec qui partager sa passion. Son grand-père avait coutume de raconter des histoires sur son passé de pêcheur. Depuis qu’il avait disparu, c’était fini. Ses seuls compagnons étaient ses livres de contes celtiques. C’était déprimant et il commençait à en avoir assez. Il était temps que ça change.

Il était peut-être l’heure de remonter. Il se rapprocha du bord puis retourna sur la plage. Il se rinça à la douche mise à disposition, plus pour se débarrasser du sable que du sel, et reprit le chemin de la rue des dunes.

Alors qu’il tournait dans celle-ci, un son strident lui perça le tympan. Il grogna de douleur. Il ne comprenait pas d’où venait la douleur, il n’avait pas mis la tête sous l’eau…

Un bruit de frein le fit sursauter. Absorbé par sa douleur au tympan, il n’avait pas regardé en traversant. La voiture avait pilé et l’avait évité de justesse.

Il resta immobile, surpris, puis il vit la couleur de cheveux de la passagère assis à l’avant. Roux. Il avait un faible pour les rousses. Une douce chaleur l’envahit.

-Est-ce que ça va ? lui demanda une voix d’homme assez forte.

C’était le conducteur du véhicule. Il semblait inquiet.

-Oui… oui, répondit Delphin. C’est de ma faute… je n’ai pas regardé.
-Fais attention la prochaine fois.
-O-Oui.

Il rejoignit le trottoir et avança vers la maison de ses parents. Mais c’était comme si quelque chose le ralentissait. Il n’arrivait pas à décrocher son regard de la jeune fille aux cheveux roux à bord de la voiture. La frayeur qu’il s’était faite en manquant de peu l’accident était passée, mais son rythme cardiaque était toujours élevé. Ses paumes lui paraissaient moites.

Il arriva devant la maison de ses parents s’en y prêter attention. Son regard bleu azur était toujours rivé sur la rousse de l’autre côté de la rue.

-C’est eux ? demanda soudain son père tout près de lui en le faisant sursauter.

Delphin eut un petit soupir exaspéré en le voyant sur le perron. Il était obligé de parler aussi fort sans prévenir ?

-Je vais les accueillir, dit son père en souriant.

Le jeune homme se détourna. Il avait des choses à faire. Il alla poser sa planche contre le mur du garage et rentra.

Il passa par la cuisine et se servit un verre d’eau du robinet. La fenêtre donnait sur la rue. Il regarda la rousse. Elle portait un t-shirt et un pantacourt noirs avec des converses. Il avait vu que ses yeux étaient clairs mais il en ignorait la couleur. Son cœur s’emballait dans sa poitrine à la pensée que dans quelques heures, il serait plus près et qu’il le saurait.

Au bout de quelques minutes, son père revint vers la maison. Delphin se dépêcha de monter à sa chambre. Une des fenêtres donnait aussi sur la rue. Il regarda le manège de ses voisins qui s’installaient. La rousse apparut brièvement à la fenêtre de l’une des chambres. Celle en face la sienne.

La porte d’entrée claqua, arrachant le jeune homme à sa contemplation et le ramenant à l’instant présent. Il se dirigea vers son armoire, y prit des vêtements propres et se dirigea vers la salle de bain attenante à sa chambre.
Une demi-heure plus tard, il descendait au rez-de-chaussée afin de terminer la préparation du repas. Son père l’attendait dans la cuisine. Ah oui, il avait des choses à faire…

-Alors ? demanda-t-il. Tu as besoin de quelque chose ?
-Une minute, dit Delphin en ouvrant le frigo et en comparant la liste de courses et le menu prévu. Non, j’ai tout.
-Bon. Tu auras besoin d’un coup de main ?
-Peut-être… Tu leur as dit quelle heure ?
-Dix-neuf heures. Ça ira ? De toute façon, ta mère ne va pas arriver avant dix-neuf heures trente... Ça devrait te laisser le temps de finir.

Delphin acquiesça en attachant son tablier. Son père lui avait appris à cuisiner quand ses grands-parents n’en avaient plus été capables. Plus jeune, il avait passé de longues heures aux côtés de sa grand-mère paternelle à l’aider à la préparation des repas. Il regrettait cette époque révolue. Il aurait bien voulu leur préparer un repas entier maintenant qu’il en était capable mais ils étaient tous les deux décédés, à quelques mois d’intervalle, il y avait de cela cinq ans déjà.

-Je viens de m’apercevoir qu’il n’y a ni viande ni poisson dans ton menu, dit son père.
-Non.
-J’espère que ça ne va pas les gêner… Je crois que je n’ai jamais mangé végétarien… J’aurais dû le voir venir, après le coup de l’aquarium…

Lorsqu’il avait six ans, ses parents avaient acheté à Delphin un aquarium pour mettre dans le salon. Comme sa mère était allergique aux poils de chat et qu’un chien aurait été trop contraignant, des poissons semblaient une bonne alternative. Mais en voyant les poissons enfermés dans leur cage de verre, Delphin avait fondu en larmes et exigé qu’on rende les animaux à leur milieu naturel.

-Ah, la crise… fit M. Tevenn en se massant le front.

Delphin sourit en coupant les légumes. Il n’en gardait qu’un vague souvenir mais il se souvenait bien de l’expression de ses parents. Il avait relâché les poissons rouges dans un ruisseau. Mais ils avaient gardé l’aquarium pour y mettre de petits objets décoratifs.

-Tu te rappelles du bateau de pêche de Papi ? lui demanda son père.
-Oui. Je me rappelle que ça puait.
-C’est vrai qu’il schlinguait, son bateau…

A la disparition des parents d’Alain Tevenn, ils avaient hérité de plusieurs objets liés à la pêche et à la navigation. Ils avaient fait leur décoration avec quelques rames, des bouées de sauvetage et les différents nœuds notamment. Ils avaient vendu le chalutier et acheté une vedette pour se rendre sur des îles toutes proches. Delphin aurait bien voulu passer son permis bateau dans l’été mais ses parents insistaient pour qu’il prenne des leçons de conduite, de voiture, ce qui lui serait plus utile.

Alain regarda l’heure.

-Dix-huit heures…

Delphin mit le four en préchauffage. Il ne restait que le tian de légumes à cuire. Le dessert était au frigo.

-Qu’est-ce que tu penses de nos nouveaux voisins ? lui demanda son père. Tu as déjà du te faire une opinion sur Alexia, non ?

Alexia, c’était donc son prénom.

-…Je les ai à peine croisés… répondit-il.

Son père eut une expression malicieuse. Il connaissait le goût de Delphin pour les rousses.

La plupart des gens qui côtoyaient Delphin pensaient qu’il était sorti avec des dizaines de filles, mais c’était loin d’être le cas. En fait, le jeune homme était assez exigeant et ses rares relations n’avaient pas duré. Il manquait toujours quelque chose. Les filles qu’il avait fréquentées étaient agréables mais sans plus. Il ne s’était pas senti hypnotisé comme il l’était déjà avec sa nouvelle voisine. Cette fois, c’était spécial, il le sentait.

A dix-neuf heures précises, on sonna à la porte. Delphin risqua un coup d’œil par la fenêtre de la cuisine. Alexia et son père étaient sur le perron. La jeune fille avait changé de tenue pour un t-shirt et un short noirs. Il sentit son cœur d’adolescent s’emballer dans sa poitrine et ses mains devenir moites. Il remédia à cela pendant que les Duval entraient.

Au bout de quelques minutes cependant, il se dit qu’il n’allait pas les ignorer car cela ne se faisait pas. Il s’accorda donc le temps de les saluer et de s’excuser à nouveau pour la peur qu’il leur avait fait tout à l’heure.
La jeune fille rousse avait de magnifiques yeux verts, perçants et qui le regardèrent d’un air agacé. Elle était toute vêtue de noir encore et loin de la faire disparaitre dans le décor, sa tenue réhaussait l’éclat de sa chevelure. Delphin n’était pas près de l’oublier.

Il retourna tant bien que mal à sa cuisine afin de terminer le repas.

Trente minutes plus tard, Ellen la mère de Delphin arriva.

-Bonsoir. Excusez-moi. J’ai fait aussi vite que j’ai pu… Ellen Tevenn, enchantée…

Delphin s’apprêtait à apporter le tian sur la table lorsqu’Alexia se leva et rangea sa chaise.

-Qu’est-ce qui se passe ?
-Alexia est fatiguée. Elle va rentrer se reposer, dit M. Duval.

Elle n’avait même pas mangé… Ils n’avaient même pas parlé… Delphin eut du mal à cacher sa déception. Il essaya de se reprendre et se rappela que les Duval avaient fait un long trajet pour venir jusqu’ici, ça et leur emménagement. Oui, ils devaient être fatigués.

M. Duval était resté et Delphin se dit qu’il pouvait toujours garder une part pour Alexia. C’était tout ce qu’il pouvait faire en attendant une autre occasion de la revoir.

Delphin posa le plat sur la table avec plus de brutalité que nécessaire.

-Désolé, fit-il.

Le comportement d’Alexia le travaillait et le renvoyait à ce qu’il aurait pu faire s’il avait su qu’elle ne viendrait pas. Il serait allé à la plage ou chez l’un de ses amis, ou à la plage avec ses amis. En tout cas, il ne serait pas resté à une tablée d’adultes à écouter les dernières avancées de la médecine en matière de neurochirurgie.

-Je vais faire le service, dit son père et Delphin l’entendit à peine.

Il était dans ses pensées et ne se reprit que lorsqu’on parla à nouveau d’elle :

-Je suis désolé pour ma fille, dit M. Duval. Elle traverse une période difficile. Elle ne voulait pas de ce déménagement…
-C’est toujours une épreuve, fit Mme Tevenn. Quitter sa vie, sa ville, ses amis et ses habitudes…

Delphin n’avait jamais vécu de déménagement. Il n’avait toujours connu que la maison du 10 rue des dunes à Tréboul et les maisons de ses grands-parents quand il allait les voir mais ça ne comptait pas vraiment.

-Je sais ce que c’est, continua la mère de Delphin. Je viens de Brighton en Angleterre.
-Ah oui, ça a été un gros changement pour vous… Et vous, Alain ?
-De Tréboul. Mes parents habitaient rue du port.

Delphin pensait toujours à Alexia. Il espérait qu’elle allait bien. Il s’arrangerait pour lui faire porter une part du repas.

Bizarrement, il n’avait pas faim. C’était comme si son estomac était connecté à l’humeur d’Alexia. Non, vraiment, il n’avait jamais ressenti ça avant. Il toucha à peine à son assiette.

-J’ai inscrit Alexia au lycée public de Douarnenez.
-C’est là que Delphin est inscrit aussi. C’est un bon lycée. Il n’y a jamais eu de problèmes. Tu ne t’es jamais plaint de tes professeurs, Del’.

De toute façon, même si cela avait été le cas, Delphin n’était pas sûr que ses parents auraient demandé un rendez-vous avec le professeur concerné. Ils étaient bien trop occupés pour ça.

-Tu es dans quelle filière ? demanda M. Duval en s’adressant soudain à lui.
-L, répondit Delphin en pensant « elle ».
-Comme Alexia.

Le jeune homme soupira. Cette information lui mit un peu de baume au cœur. Il n’y avait pas beaucoup de classes par spécialité de bac. Il avait une chance sur deux d’être dans la classe de la jolie rousse.

Comme ils allaient fréquenter le même lycée, ils auraient plein d’occasions de se revoir. Et cette pensée chassa pour un temps la morosité qui s’était installée en lui depuis que la jeune fille avait quitté la maison.

-Bien, je vais y aller, dit M. Duval en se levant après le digestif. Merci beaucoup. C’était délicieux.

Delphin referma soigneusement le tupperware qu’il avait préparé pour Alexia et lui tendit :

-Tenez.
-C’est très gentil, dit M. Duval avant de partir. Je lui dirais de venir te remercier.

M. Duval parti, Delphin se tourna vers ses parents.

-Tu veux aller à la plage ? supposa son père.
-Je veux juste faire un tour, je rentre vite.
-Ok. Vas-y.
-Et sois prudent ! ajouta sa mère avant qu’il ne ferme la porte.

Delphin descendit à la plage en se pressant un peu. Il n’en avait pas vraiment profité plus tôt dans la journée. Il avait dû se dépêcher. C’était un comble de se dépêcher en vacances et il ne savait pas encore si ça en avait valu le coup. Alexia était très belle et il espérait vraiment avoir une chance de lui parler.

Il sentait que c’était la bonne personne, qu’ils étaient liés même si pour le moment ce n’était pas flagrant. Il y avait quelque chose, il en était sûr.
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