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Notes d'auteur :
Bonne lecture !

Mise à jour le 11/01
Cette nuit-là, Delphin ne dormit pas très bien. Il savait que la punition était méritée mais il se sentait nerveux, fébrile. Les messages de Sylvain le hantèrent jusque dans ses rêves. Il en fit des cauchemars. Il se voyait abuser d’Alexia et y être encouragé par son ancien ami. Il ne cessait de se réveiller brutalement, en sueur et courbatu comme jamais.

Un joint lui aurait vraiment fait du bien. Il aurait retrouvé son calme. Il aurait dormi à l’heure qu’il était. D’ailleurs, quelle heure était-il ? Il jeta un coup d’œil à son réveil. Trois heures du matin… Il hésita à se rendre à la plage. Ses parents avaient insisté pour qu’il laisse la porte de sa chambre entrouverte. Ils l’avaient à l’œil mais seraient-ils réveillés à une heure pareille ? L’empêcheraient-ils vraiment de partir ?

Il se leva et ouvrit la fenêtre en grand. Une légère brise lui caressa le visage. Il s’appuya sur l’encadrement de la fenêtre et essaya de se calmer.

Où était la réalité et où était l’imaginaire ? N’étaient-ce que des rêves ? Ils avaient l’air si réels… Ils lui faisaient peur. Son esprit lui jouait des tours. L’herbe n’avait pas arrangé sa mémoire déjà défaillante. Il n’arrivait pas à se persuader qu’il n’avait rien fait de mal.

Le lendemain, lorsqu’il descendit à la cuisine, plusieurs brochures étaient posées sur le comptoir de la cuisine, toutes en rapport avec la drogue et le sevrage. L’urgence était de boire un café et de manger quelque chose. Il les lirait plus tard. Quand il serait en état…
***

Alexia essayait de se remettre de ses quelques heures d’amnésie. Ce qui lui faisait le plus peur était les courbatures qu’elle ressentait, à l’endroit où elle les ressentait. Elle n’arrivait pas à croire que Sylvain ait pu lui faire du mal mais elle l’avait cherché. Elle l’avait jeté sans aucune explication pour finalement retourner le voir dès qu’elle en avait eu marre d’être seule.

Elle essaya de dormir mais son sommeil fut troublé. Elle voyait une mer agitée, un ciel gris, orageux et elle plongeait dans l’eau presque noire… Il y avait du courant, elle le sentait qui l’emportait. Elle s’asphyxiait, se noyait. La dernière chose qu’elle vit était une silhouette claire qui avançait vers elle. Les mouvements lui étaient familiers. Etait-ce une sirène ? Elle sentit deux bras la saisir et vit de longs cheveux blonds flotter près d’elle avant qu’elle perde connaissance.

Elle se réveilla en sursaut. Son rêve était encore bien présent dans son esprit. Elle ressentait encore les deux bras qui l’enserraient… Elle se demanda un bref instant s’il ne s’agissait que d’un rêve puis se rendormit.

***

Delphin regardait la fenêtre d’Alexia depuis plusieurs minutes. Il devait faire quelque chose. Les photos sur son portable lui donnaient envie de vomir. Il devrait aller la voir et s’excuser. Si Sylvain avait fait ça, c’était de sa faute. Il l’avait rejeté et il ne l’avait pas supporté. Il avait décidé de s’en prendre à Alexia parce qu’il savait que Delphin se soucierait d’elle.

Il descendit les escaliers avec la ferme intention de traverser la rue et de sonner chez les Duval. Au moment où il ouvrait la porte, une moto arriva en trombe entre les deux maisons. Il reconnut celle de Sylvain. Ses poings se serrèrent instantanément. Comment osait-il revenir ? Delphin fit un pas dehors puis deux, puis trois jusqu’à ce que Sylvain soit à portée de voix ou de poing.

-Tiens, un revenant ! fit l’autre.
-Qu’est-ce que tu fais ici ? lui demanda Delphin.
-Je viens voir la fille que j’aime…

Son air narquois, son sourire sardonique… Il se fichait de lui. Delphin les effaça d’un coup de poing dans la figure. Le visage de Sylvain afficha une expression de stupeur. Delphin, lui, retenait un grognement de douleur. Il ne s’était jamais battu, aussi la douleur de ses jointures le surprenait.

-Ne te fous pas de moi. Je sais ce que tu lui as fait, dit-il entre ses dents serrées.
-… Je ne savais pas que c’était chasse gardée, sourit Sylvain.

Un nouveau mensonge, une nouvelle provocation. Emporté par sa rage, Delphin lui remit un pain et eut un grognement de douleur. Il regarda rapidement le dos de sa main rougi, meurtri, écorché aux jointures.

Sylvain cracha un filet de sang sur le bitume.

-… Pour quelqu’un qui n’était pas violent… dit-il véritablement étonné. Tu t’imagines sans doute parfait, hein ? Bien élevé, tout ça… Mais tu ne vaux pas mieux que moi.

Delphin ne pensait plus à répondre à Sylvain autrement que par ses poings. Il voulait le faire souffrir comme lui souffrait depuis qu’il avait vu Alexia la première fois. Il voulait qu’il comprenne ce qu’il avait ressenti en la voyant sortir avec lui. Il bondit mais cette fois, Sylvain répliqua. Delphin eut un grognement sous l’effet de la surprise, il sentait le chaleur de son sang lui coulait sur le visage. Il s’apprêtait à rendre son coup à Sylvain quand M. Duval sortit.

-Ça suffit !
-On se calme, les gars, dit M. Tevenn en retenant son fils d’un geste doux mais ferme.

C’était fini. M. Duval chassa poliment Sylvain et celui-ci s’en alla.
***

Alexia avait reconnu le bruit de la moto de Sylvain et elle s’était mise à trembler. Couchée sur son lit, elle n’arrivait pas à émerger. Tout lui semblait flou. Elle avait la nausée à essayer de se concentrer sur quelque chose…

Lorsque des cris retentirent dans la rue, elle se redressa un peu et essaya de voir quelque chose à travers la fenêtre mais elle était trop haute, elle ne voyait que le premier étage de la maison des Tevenn.

Elle se leva difficilement et regarda. Sylvain et Delphin se battaient au milieu de la rue. Ils avaient tous deux le visage en sang.

Ses jambes flageolèrent et manquèrent de se dérober sous elle. Que devait-elle faire ? Qu’est-ce que faisait Delphin ? Qu’est-ce qu’il espérait ? Avait-il fini par craquer ? Pourquoi se battait-il ?

Elle s’assit sur son lit, la tête embrouillée.
Il y eut un nouveau bruit de moto : Sylvain était parti.
Elle se sentait mal -ça ne résolvait rien- mais elle devait s’avouer soulagée.

***
De retour chez lui, Delphin rencontra le regard réprobateur de sa mère par-dessus ses lunettes.

-Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle d’un ton non moins contrarié.
-Je me suis battu, répondit Delphin un mouchoir sous les narines.
-Pourquoi ?

Parce qu’il n’avait pas supporté que Sylvain se pointe ici et balance ses mensonges. Parce qu’il savait qu’il avait manipulé Alexia juste pour se venger de lui. Il ne répondit pas. C’était trop compliqué pour ses parents. A part les faire paniquer, cela ne servirait à rien.
Son père revint avec la trousse à pharmacie.
Quelques minutes plus tard, il suivait son père dans la voiture avec une mèche hémostatique dans le nez et de la glace sur ses mains.

-Je vais t'emmener à l'hôpital faire un check-up, dit son père.

Ce n’était pas une question. Delphin se dit qu’il avait suffisamment inquiété ses parents ces derniers temps pour jouer les rebelles.

-Tant qu’on y est, on ira voir pour le groupe de parole.

Delphin soupira. Le moteur démarra et ils sortirent de l’allée.

***

Alexia avait l’impression qu’elle avait perdu sa capacité à réfléchir. Elle se laissait guider par ses émotions, sans les analyser et prenait souvent des décisions qu’elle regrettait ensuite.

Pourquoi Delphin s’était-il battu avec Sylvain ? Etait-il jaloux ? Que savait-il ? Pourquoi ne lui fichait-il pas la paix ?

Elle était trop fatiguée pour lui en vouloir vraiment. Elle était fatiguée de tout. Elle en avait marre d’être elle. Elle regrettait presque le temps où la sirène prenait possession d’elle. Elle avait l’impression d’être une imposture. Elle n’était pas humaine, elle n’était rien du tout.

Elle descendit à la plage, uniquement portée par son envie d’en finir.

Le ciel était aussi maussade que son humeur, tout lui semblait gris et froid et c’était l’été. Tout allait mal. Les promeneurs avaient déserté la plage. Alexia se dirigea vers les rochers.

Elle regarda un moment les vagues immerger les rochers les plus proches, puis ses pieds, le bas de son pantalon. Elle avait envie de disparaître. Elle avança dans l’eau, laissa le niveau monter et se laissa emporter par la première vague.

***
Au retour de l’hôpital, Delphin eut une furieuse envie d’aller à la plage.

-Tu peux me déposer ? demanda-t-il à son père.
-Ca n’a rien à voir avec l’herbe, j’espère ? fit celui-ci.
-Tu sais bien que non.
-Tu veux que je t’attende ?
-Non, je remonterais à pied.

Plus il s’approchait de l’eau, plus il avait l’impression que quelque chose de terrible était en train de se passer. Il plongea.

Il n’eut pas à nager très longtemps pour voir ce qui se passait. Alexia était dans l’eau et avait perdu connaissance. Des bulles d’air s’échappaient encore de ses lèvres. Il la prit par la taille et la remonta à la surface. Il la déposa sur la plage et n’eut qu’à attendre quelques minutes. Elle fut prise d’une quinte de toux et recracha de l’eau de mer. Elle revenait à elle. Il se cacha.

***

Alexia resta un moment couchée sur le sable, un peu sonnée. La soudaine lumière l’éblouissait mais elle pouvait apercevoir une silhouette près d’elle. Son cœur rata un battement en pensant qu’il pouvait s’agir de Delphin. Effectivement, elle vit une longue mèche de cheveux blonds voler au vent. Elle n’osait pas bouger, mais elle se sentait curieusement bien. Ni oppressée, ni en danger. Elle aurait bien aimé que ce moment dure davantage mais il s’en alla. Elle se retrouva seule, hébétée.

Elle se redressa. Le temps gris qu’il y avait quand elle était arrivée avait laissé place au beau temps. Le soleil déclinait doucement. Elle se releva. Elle n’y comprenait plus rien. Ou le temps était complètement fou aujourd’hui, ou Delphin y était pour quelque chose. Elle se souvenait de l’accident. De la manière dont le ciel avait changé d’un coup. C’était étrange… Tout l’était.

Alors qu’elle rentrait chez elle, des bribes de son rêve lui parvinrent. Il venait de se réaliser. Elle n’avait pas été consciente mais elle était sûre que Delphin n’était pas aussi banal que tout le monde pensait.

***
Quand Delphin arriva chez ses parents, son père guettait son arrivée depuis la cuisine.

-Ça va ? lui demanda-t-il.
-… Oui. J’avais juste besoin d’aller à la plage.

Il n’en revenait pas qu’il avait sauvé Alexia de la noyade. Il n’avait pas de mal à imaginer ce qui avait motivé son geste. Elle savait qu’elle avait été droguée et abusée. Elle ne voyait sans doute pas d’issue à tout ça.
Il fallait qu’il lui parle. Mais pour lui dire quoi ? Il était presque sûr qu’elle réagirait mal s’il disait qu’il savait. Pire, cela les éloignerait définitivement l’un de l’autre. Mais il ne pouvait pas se taire non plus et faire comme s’il ne savait rien… Ca semblait pourtant être la seule solution.

-Tout va bien, Delphin ? lui demanda son père.

Il n’était pas sûr de vouloir en parler. Ses parents lui diraient sûrement d’aller voir la police, mais là aussi c’était mettre Alexia dans une position difficile et il n’avait pas envie de ça. Il y avait forcément un autre moyen…

Il espérait qu’ils soient aussi proches un jour sans que les circonstances soient glauques. Pourvu qu’elle ne le lui reproche pas, mais honnêtement, il n’était pas sûr qu’elle se souvienne de quoi que ce soit.

***

Maëlle venait d’appeler Alexia pour la énième fois mais elle n’avait pas décroché son téléphone. L’avait-elle bloquée ? La trouvait-elle trop insistante ? C’était possible, mais il fallait qu’Alexia aille porter plainte pour son agression. Elle ne pouvait rester sans rien faire. Ce n’était pas l’Alexia que Maëlle connaissait.

Elle soupira et décida d’appeler Delphin. Elle ne savait pas où il en était de son côté mais elle lui avait demandé de garder un œil sur son amie, chose qu’il faisait assurément. Il saurait si quelque chose s’était passé.

-Salut. Quoi de neuf ?
-J’ai sauvé Alexia.
-Comment ça ? Elle a essayé…
-Elle a essayé de se noyer. Sans doute à cause de Sylvain.
-Il faut qu’elle aille porter plainte. On ne peut pas laisser ce mec s’en sortir comme ça…
-Je suis d’accord.
-Tu as toujours les photos ?
-… Oui.

***

Il ne savait pas pourquoi il les avait gardées. Il essayait de tenir son téléphone le plus loin possible de lui et de ne s’en servir qu’en cas d’urgence.

-Il faut qu’on la convainque…
-Toi seule peux le faire, lui fit-il remarquer.
-Bon sang, est-ce qu’un jour vous allez vous parler ou est-ce qu’il faut que je gère ça aussi ?
-Hé, je ne t’ai rien demandé.
-…C’est vrai. Excuse-moi… C’est juste que ça me fait peur. Si elle en vient à avoir un comportement comme ça…

Comme si elle essayait de se détacher de ce qui la retenait sur terre, pensa Delphin. Comme si elle voulait retrouver sa forme de sirène. Sauf qu’elle avait échoué, elle avait failli se noyer. Il n’avait pas d’explication pour ça. Il devrait continuer les recherches qu’il avait commencées en Angleterre.

-Tu es toujours là ?
-Oui, oui.
-Je sais que tu ne peux pas faire grand-chose mais tu accepterais de montrer les photos à un policier ?
-Oui, si ça peut mettre Sylvain en prison.
-Je vais en parler avec son père. Il arrivera peut-être à la convaincre. Je te tiens au courant.

Et elle raccrocha.

***
Quand Alexia revint ce soir-là, elle trouva Maëlle à table avec son père. Ils la regardèrent d’un air grave. Elle sut ce qu’ils allaient dire.

-Alexia, il faut qu’on parle.

Ses joues s’embrasèrent dès que le nom de Sylvain fut mentionné. Elle se sentait encore tellement coupable… Elle ne pouvait pas dire qu’elle n’y était pour rien, elle ne pouvait pas le défendre non plus. Ils ne comprendraient pas. Ils diraient qu’elle n’était pas objective.

Elle se laissa convaincre de porter plainte. Maëlle et son père avaient raison, en partie. Ce qu’avait fait Sylvain était un crime, elle le savait, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de penser qu’elle l’avait poussé à se venger. Si elle ne l’avait pas jeté, rien de tout cela ne serait arrivé.

-Tu n’as pas à t’en vouloir, lui répéta Maëlle. Sylvain est le seul fautif. Tu n’es pas obligée de faire ça tout de suite… mais il faut te protéger.
***
Quand Delphin reçut le texto de Maëlle ce soir-là, il soupira de soulagement. Alexia avait pris la bonne décision, elle allait enfin pouvoir tourner la page et lui aussi. Il aurait fait sa part et n’aurait plus à se sentir coupable dès qu’il la verrait. Il espérait que maintenant les choses seraient plus simples.

***

Aller porter plainte contre Sylvain avait été une épreuve. Bien que Maëlle l’ait accompagnée tout du long, Alexia se sentait seule. Son amie l’avait pourtant mise en garde… et elle ne l’avait pas écoutée. Elle avait choisi de n’en faire qu’à sa tête, elle avait tout gagné.

-Je te raccompagne, fit Maëlle alors qu’elles sortaient du commissariat.

Alexia prit la place passager à côté de son amie et avant que celle-ci ne démarre la voiture, l’enlaça.

-Je suis désolée… J’aurais dû t’écouter.
-Alex, je ne t’en veux pas. Je n’imaginais pas ça. Vraiment. Je ne peux qu’imaginer ce que tu ressens. Je vais me répéter mais si tu as besoin de quoi que ce soit, de quoi que ce soit, Alex, dis-le-moi. Tu peux m’appeler n’importe quand. Ok ?
-Ok, répondit Alexia en reniflant.

Maëlle démarra le moteur et elles filèrent vers Tréboul.
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