Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes d'auteur :
Merci à Mary-M pour ses reviews.

Bonne lecture ! Mise à jour le 02/08
Chapitre 5 : Vengeance
Les jours passèrent. Alexia n’avait toujours pas répondu à Sylvain. Il avait essayé de l’appeler, puis voyant qu’elle ne décrochait pas, lui avait laissé un message vocal. Il voulait savoir si eux deux c’était fini. Elle n’en savait rien. Elle savait que c’était injuste pour lui mais elle se posait trop de questions pour lui en parler. Pourquoi par exemple elle n’arrêtait pas de fixer la maison des Tevenn ? Pourquoi, secrètement, espérait-elle croiser Delphin et voir comment il réagirait ? Pourquoi se posait-elle la question maintenant ? En quoi cela avait-il de l’importance soudainement ?
Elle se sentait aux abois. Elle n’avait pas eu ce qu’elle recherchait avec Sylvain. Ils avaient des points communs mais il manquait quelque chose. Une alchimie. Ils étaient trop similaires pour que leur histoire marche. Elle avait envie d’une relation qui durait.
Delphin avait été attiré par elle dès qu’il l’avait vue. Qu’avait-il vu de si spécial en elle qui méritait de passer du temps à essayer de la faire sortir de sa colère ? Quand elle repensait à son attitude, elle ne pouvait pas s’empêcher de se trouver idiote. Elle devait aller s’excuser, pour de vrai, en face à face.
***
Plus le temps passait, plus Sylvain sentait sa patience s’amenuiser. Il avait passé le stade où il était vexé, blessé dans son ego. L’attitude d’Alexia était liée au retour de Delphin, il en était sûr. C’était la raison pour laquelle elle ne lui répondait pas. Elle avait peur qu’il s’en prenne à son ancien ami. La peur n’éviterait pas le danger. Sylvain pensait déjà à aller chez les Tevenn. Pour y faire quoi ? Il n’en avait aucune idée. Il savait simplement qu’il voulait se venger. Il se rappela que Delphin avait eu le coup de foudre pour Alexia mais n’avait jamais réussi à l’approcher. Il pourrait aller le narguer… Mais il n’avait plus dix ans.
Alexia lui avait dit que Delphin ne l’avait pas approchée depuis son retour mais c’était il y a plusieurs semaines déjà, et si la situation avait changé ? S’ils sortaient ensemble maintenant ?
Il fallait qu’il trouve quelque chose. Il ne pouvait pas rester sans rien faire. C’était encore donner à Delphin ce qu’il voulait. Et il avait tout !
Il devait trouver un moyen… Il arriverait à l’atteindre par Alexia. Nuire à la rousse n’avait jamais été son intention mais, après tout, elle l’avait blessé et jouait les abonnés absents. Elle ferait partie de son plan, qu’elle le veuille ou non.
***
Delphin ne savait pas trop comment il s’était laissé convaincre d’aller à cette fête. Thomas lui avait dit qu’après l’incident de l’autre jour, il fallait remettre le pied à l’étrier sans attendre et ne pas rester sur un échec. Il s’en serait bien passé, mais Thomas lui avait assuré qu’il n’y aurait personne de l’autre soirée. Que des nouvelles têtes, à part Lionel et lui.
Sa mère faillit mettre à mal ses plans quand il s’apprêta à partir.
-Où est-ce que tu vas ? lui demanda sa mère.
-A la plage. Thomas fait une fête pour mon retour.
-Ca fait plusieurs soirs que tu découches. Où étais-tu hier soir ?
-A la plage, répéta Delphin en sentant l’agacement monter.
Ce n’était pas le moment d’avoir une conversation. Il pouvait partir au quart de tour si elle continuait. Il le sentait.
-Toute la nuit ? insista sa mère.
Il avait besoin de sortir, de prendre sa dose, voir des gens et oublier ses journées moyennes et ses regrets.
-De toute façon, je suis en vacances, non ? demanda-t-il.
-Je ne sais pas si c’est très bon que tu passes autant de temps là-bas…
-Je vais m’amuser, pas me foutre en l’air…
-Ne dis pas ça ! s’écria sa mère inquiète.
-Je vais voir des amis, conclut Delphin en ouvrant la porte.
Il descendit à la plage d’un pas rapide. La musique s’entendait depuis la première rangée de maisons. Une petite foule commençait à se former. Ils l’acclamèrent quand il arriva à leur hauteur.
***
Elle le vit sortir un soir et décida de le suivre. Elle arriverait peut-être à lui parler avant qu’il n’atteigne sa destination…
Il se dirigeait vers la plage. Alexia décida de rester en retrait tandis qu’il rejoignait une fête. Elle ne voulait pas se rendre ridicule. Elle devait faire demi-tour et retenter l’expérience une autre fois. Mais il était toujours dans son champ de vision et elle n’arrivait pas à détacher son regard de ses cheveux blonds, de son air un peu naïf, de ses vêtements colorés. Les autres semblaient aussi fascinés qu’elle. Les filles surtout. Elle avait du mal à leur en vouloir. Malgré le passif qu’elle avait avec Delphin, elle arrivait à lui trouver des qualités, elle ne pouvait pas nier qu’il avait du charme. Et pour une raison inconnue, elle n’y était pas insensible. Elle voyait bien qu’il était ailleurs. Il était toujours hanté parce qu’il s’était passé. Qu’avait-il vu ? Qu’en avait-il pensé ? Qu’est-ce qui l’avait le plus choqué ? De se prendre des râteaux ou d’avoir un accident ?
Elle voyait qu’il se forçait à se sociabiliser. Comme Alexia, à une certaine époque, quelques mois après l’accident. Il ne semblait pas avoir surmonté tout ça. Elle ne pouvait pas s’empêcher de penser que c’était de sa faute. Si elle s’était excusée correctement, si elle avait vraiment été lui parler, les choses auraient été différentes, c’était sûr.
Elle ne fit demi-tour que lorsqu’il fut presque hors de vue. Ça ne servait à rien de rester là. Elle aurait d’autres occasions.
Elle rentra chez elle, en traînant des pieds. Elle ne savait pas quoi faire, elle n’était pas fatiguée. Elle n’allait quand même pas se coucher à cette heure-ci… Mais il n’y avait rien à faire. Son père regarderait sûrement un film à la télé.
Son hypothèse se confirma lorsqu’elle passa la porte.
-Qu’est-ce que tu regardes ? lui demanda-t-elle.
-César.
Elle prit place à côté de lui.
-Tu vas bien ? lui demanda-t-il.
Elle haussa les épaules, incertaine.
***
Delphin émergea difficilement ce matin-là. L’herbe et l’alcool ne faisaient pas bon ménage, il s’en rendait compte à présent. Il avait vraiment abusé. Abusé de son retour, du prétexte de revoir ses amis et d’avoir passé une journée merdique. Ça avait été du grand n’importe quoi.
Il se redressa doucement et un soupir le figea. Il ne venait pas de lui mais d’à côté de lui. Il tourna lentement la tête et aperçut une chevelure châtain, bien emmitouflée dans la couette. Forcément, c’était à prévoir… Il trouva soudain qu’il faisait un peu froid dans sa chambre puis il se rendit compte qu’il était nu et que cela expliquait sans doute pourquoi il avait cette impression.
Il regarda à ses pieds et vit un enchevêtrement de vêtements étalés sur le sol de la chambre. Forcément… Il se dirigea vers son armoire, y prit des vêtements propres et alla prendre une douche. Il y verrait probablement plus clair ensuite.
Quand il revint dans la chambre, la fille était toujours là. Elle se réveillait à peine en fait. Elle lui sourit.
-Salut.
-S’lut.
Delphin était très gêné, il ne s’était jamais retrouvé dans une telle situation avant. Il avait toujours été raisonnable, même en Angleterre. Du moins, à ce qu’il en savait.
-Je vais faire du café, dit-il. Tu peux prendre une douche si tu veux.
-… merci.
Elle avait l’air beaucoup moins éveillée que lui. Avait-elle plus bu ? Plus fumé ? Est-ce qu’ils avaient fait quelque chose qu’ils regretteraient ?
Il essaya de se rappeler de la soirée de la veille. A part du feu de camp, il ne se souvenait de rien. Il se demandait si ses amis auraient une meilleure mémoire quand la fille descendit.
Il versa le café dans les tasses et lui en tendit une.
-Merci. Tu as… de l’aspirine ?
-Oui, dit Delphin en se dirigeant vers l’armoire à pharmacie.
Un cachet ne pouvait pas lui faire de mal non plus. Il avait l’impression que ses cheveux poussaient à l’intérieur de son crâne…
-C’est joli chez toi, dit-elle.
-Comment… comment tu t’appelles ? lui demanda-t-il affreusement gêné.
-Claire.
-Est-ce que tu te souviens de la soirée d’hier ?
-Pas de grand-chose… rit-elle. On s’est embrassés plusieurs fois…
-Ok…
Il devait penser que le pire des scénarios s’était déroulé. Celui où ils avaient couché sans protection et sous l’emprise de drogue.
Claire raccompagnée à l’arrêt de bus, Delphin remonta à sa chambre. Il fallait ranger ce bazar avant que ses parents ne viennent y jeter un coup d’œil et paniquer à nouveau. Il lava les draps et en refaisant son lit ne trouva ni préservatif ni emballage. Une angoisse monta en lui. Il n’avait pas pris le numéro de téléphone de Claire en se disant qu’elle n’était pas son genre. Il allait sans mordre les doigts s’ils avaient effectivement couché sans protection.
Il demanderait à Thomas le numéro de Claire. Par acquis de conscience.
***
Alexia vit Delphin sortir sur le perron, une fille à ses côtés. Il semblait lui indiquer quelque chose puis ils partirent tous les deux. Sûrement sa conquête de la veille, pensa-t-elle avec amertume.
Son portable vibra soudain à côté d’elle. C’était un message de Sylvain. « Est-ce qu’on peut parler ? ». Elle n’hésita pas longtemps à lui répondre par l’affirmative. Elle lui devait une explication ou des excuses. Les excuses lui semblèrent plus appropriées. Elle accepta de le retrouver chez lui, à Douarnenez.
Il la rejoignit à l’arrêt de bus et lui fit signe de monter derrière lui, sur sa moto. Ils furent rendus en quelques minutes. Alexia reconnut les immeubles décrépis et se concentra sur ce qu’elle lui dirait.
-Tu veux boire quelque chose ? lui demanda-t-il lorsqu’ils furent dans l’appartement.
-Oui, s’il te plait. De l’eau ou un jus de fruit, ça sera bien.
Sylvain sortit un verre, trouva une brique de jus de fruit dans son frigo et le lui tendit. Elle le vida presque d'un trait, elle avait soif et il faisait chaud…
-Un autre verre ? lui proposa-t-il.
-Oui.
Il lui tendit à nouveau son verre.
***
Delphin était à peine remis de ses excès de la veille quand son portable vibra. Il consulta ses messages, cherchant une réponse de Thomas, mais le numéro qui s’affichait n’était pas celui de son ami. Il lui était vaguement familier.
Les messages contenaient des photos et pas de n’importe qui. Elles montraient toutes Alexia très dénudée et dans des positions très suggestives, parfois avec un morceau de… Sylvain. Evidemment que ces messages venaient de lui… comme si les images ne suffisaient pas, il les commentait : « Tu vois ce que tu loupes à partir », « On s’amuse bien et on pense à toi », « Quel dommage que tu ne sois pas là… ».
Le cœur au bord des lèvres, Delphin lâcha son téléphone et se rendit dans la salle de bain attenante à sa chambre. Il vomit et se laissa tomber sur le carrelage. Il savait très bien ce qu’il avait fait et ce à quoi il s’était exposé. Et pourtant, les photos de Sylvain le mettaient dans un état de rage et de désespoir mélangés.
Il entendit soudain la porte d’entrée s’ouvrir et sursauta légèrement. Ses parents étaient rentrés. Il n’avait rien fait de sa journée.
-Delphin ? l’appela la voix de son père depuis le rez-de-chaussée.
Le jeune homme se releva en soupirant.
-Oui ?
-Ah, tu es là.
-Oui. Ça a été ta soirée ?
-Ouais… Oui, c’était sympa.
-Tu t’es pas levé de bonne heure, hein ?
-Non.
-Je vais commander chinois, ça te va ?
-Euh… On n’a pas plutôt de la salade ?
-Il y a toujours une salade de chou si tu veux.
-Hm.
***
Alexia sentit qu’elle se réveillait et lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux, vit qu’elle était de retour dans sa chambre. Elle sursauta, surprise de se trouver là alors qu’elle avait le souvenir d’être allée ailleurs…
Des bruits de pas résonnèrent soudain dans la cage d’escalier juste à côté de sa chambre. La porte s’ouvrit sur son père qui semblait étonné de la voir ici.
-Ça va ? lui demanda-t-il.
-Euh… Oui… hésita-t-elle.
Elle allait bien, elle se sentait un peu vaseuse comme si elle avait trop dormi, mais ce n’était pas ce qui l’inquiétait. Comment était-elle rentrée ? Elle n’avait aucun souvenir du trajet de retour… Elle se souvenait être allée à la plage puis Sylvain était venu la chercher. Ils avaient passé la journée à Douarnenez. Ensuite Sylvain l’avait emmenée chez lui. Mais elle n’avait aucun souvenir d’avoir pris congé ou qu’il l’ait ramenée ici…
-Tu es sûre ?
-Je… euh…
Elle s’assit sur le bord du lit et ce simple mouvement lui donna des vertiges.
Toute la soirée, Alexia se sentit mal. Elle avait mal à la tête. Ses oreilles bourdonnaient et elle avait des vertiges. Qu’est-ce qui lui arrivait ? Elle essaya de se rappeler ce qu’il s’était passé mais rien ne lui revint. C’était comme si le brouillard avait envahi son cerveau. Impossible de se souvenir de ce qu’elle avait fait ou comment elle était rentrée chez elle. Le seul souvenir qu’elle avait était d’avoir déjeuné avec Sylvain.
Elle avait la nausée. Sa chambre tournait. Ses jambes étaient douloureuses comme si elle avait trop marché. Sylvain l’aurait pourtant emmenée en moto… elle n’y comprenait rien.
Son portable vibra sur sa table de chevet. Comment avait-il atterri là ? Elle l’aurait pris avec elle si elle était partie… Elle tendit difficilement le bras vers son téléphone. Maëlle essayait de l’appeler.
Elle décrocha.
-Allo ?
-Salut, comment ça va ?
-Euh… je me sens un peu bizarre.
-Tu as vu Sylvain ?
-Oui, on a parlé un peu…
Et c’était tout ce dont elle se souvenait.
-Alex…
-Faut que je me repose. Je te rappelle plus tard.
-Ok, je te laisse. Repose-toi.
Alexia raccrocha. Le peu de souvenirs qu’elle avait lui faisait peur. Elle savait ce que penseraient les autres si elle le racontait. Ils penseraient que Sylvain avait profité d’elle. Et ils auraient raison. C’était certainement ce qu’il s’était passé. C’était la logique après le comportement qu’elle avait eu avec lui.
***
-Salut ! Comment tu vas ? Bien remis de ta soirée d’hier ? lui demanda Maëlle.
Il faillit lui demander comment elle était au courant mais ce n’était pas difficile à deviner : Thomas avait dû lui proposer de venir et Lionel, son frère, avait dû en parler. Lionel était une vraie balance. Il avait tout raconté.
-Ça va, dit-il après une courte hésitation.
-Moi, non. Je me fais du souci pour Alexia. Elle sort avec Sylvain Druand. Je ne le sentais pas et hier ils se sont vus toute la journée, dans la soirée elle se sentait malade…
Delphin écoutait d’une oreille distraite.
-Je crois qu’il l’a droguée, lâcha Maëlle.
S’il n’avait pas déjà eu un marteau-piqueur dans la tête, Delphin se serait senti frappé. Mais le choc était bien là. Alexia. Droguée. Sylvain. Il avait capté l’essentiel. Plus les photos.
-Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda-t-il quand même.
-Elle m’a décrit ses symptômes. Nausées, suées, tremblements, et surtout perte de mémoire…
C’était bien des symptômes liés à une consommation de drogue. Delphin les connaissait par cœur.
-C’est pour ça que je t’appelle. Je ne veux pas qu’il l’approche à nouveau.
-Je ne le laisserai pas faire, fit Delphin.
Il sentait la colère venir. Les photos que lui avait envoyées Sylvain prenaient un tout autre sens. Il avait profité d’Alexia et il rendait Delphin aussi coupable que lui.
Il fallait qu’il arrête tout ça. Ça allait beaucoup trop loin. Et si, sous l’emprise de drogues, il avait abusé de Claire ? Il était temps d’arrêter.
-Faut que j’arrête, dit-il.
-… tu vas le dire à tes parents ?
Il aurait pu rester dans le silence mais il était sûr de replonger s’il se taisait.
-Lionel propose de les appeler ou d’envoyer un sms.
-Je… je vais me débrouiller.
Et il raccrocha. Il ne savait pas comment faire. Il était tenté de le dire le plus simplement du monde, mais ses parents lui feraient passer une sale soirée s’il n’éprouvait aucun remord à le leur avoir caché pendant trois ans…
***
Ce soir-là, Alain et Ellen échangèrent un regard entendu. Le comportement de Delphin n’avait aucun sens depuis qu’il était rentré. Ils avaient essayé de ne pas s’inquiéter mais naturellement, ils n’avaient pas pu s’en empêcher. Il découchait, il était encore plus à l’ouest que d’habitude. Le plus inquiétant était son silence et ses réponses évasives. Ils avaient assez attendu qu’il se mette à parler franchement. Ils avaient décidé d’un commun accord de provoquer une discussion.
Ils remarquèrent tout de suite la nervosité de leur fils. C’était une attitude nouvelle, lui qui était toujours très calme en apparence. Il faisait les cent pas en les attendant.
Quelque chose s’était passé.
-Tu as quelque chose à nous dire, Delphin ? lui demanda son père.
Ils le virent blêmir presque immédiatement. Il prit une profonde inspiration et dit :
-J’ai décidé d’arrêter.
-D’arrêter quoi ? fit Ellen soudainement paniquée.
Elle allait partir au quart de tour. Alain la connaissait par cœur. Quand on ne lui disait pas la vérité, l’imagination d’Ellen tournait à plein régime et pendant une seconde, Alain crut que Delphin n’allait pas dire ce à quoi ils s’attendaient tous les deux. Pourvu qu’il n’arrête pas ses études…
-L’herbe.
La réponse soulagea Alain. Delphin ne leur avait pas menti en soi. Il avait juste éludé le sujet.
-Je le savais ! s’exclama Ellen en tapant du poing sur la table.
Oui, ils en avaient parlé dès le soir du retour de Delphin. Face à son attitude déphasée, ils avaient voulu comprendre et la drogue avait été la théorie la plus cohérente. Ils avaient laissé passer quelques jours en pensant que ce n’était que temporaire, que Delphin avait juste besoin de temps pour se réhabituer. Au fur et à mesure que le temps passait, ils avaient penché pour autre chose. Ils en avaient parlé. Ils avaient laissé le temps à Delphin de se retourner et de leur dire. Ils avaient tellement de questions. Pourquoi ? Depuis combien de temps ? Que s’était-il passé ?
Delphin, qui avait sursauté quand sa mère avait crié, parut surpris du calme de son père. Il le regardait en quête d’explications.
-On s’en doutait, dit-il. Pourquoi tu as commencé ?
-A cause des cauchemars.
-Pourquoi tu ne nous en as pas parlé ?
-Vous le saviez.
-Tu n’en parlais plus, on pensait que c’était fini…
-Non.
-Et depuis que tu as commencé ?
-Je n’en fais plus.
-Ça fait combien de temps ?
-J’ai commencé un peu après les fêtes, la première année…
Ellen jurait en anglais comme à chaque fois qu’elle s’énervait, traitant Delphin de menteur, demandant si c’était à cause d’eux et ce qu’ils avaient mal fait. Comme celui-ci ne lui répondait pas, elle quitta la table. Ils entendirent la porte de la chambre d’ami claquer.
-Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu décides de nous en parler ? demanda Alain et il espérait une vraie réponse de la part de son fils.
-Pas mal de choses… J’en ai juste marre de me souvenir de rien et de penser que… j’ai peut-être fait quelque chose d’horrible.
Il semblait écœuré.
« Une chose à la fois », se dit Alain. Avouer son addiction était déjà un premier pas. Mais la raison n’excusait pas ce comportement, il fallait qu’ils prennent des mesures. Ça ne devait pas rester impuni.
-Je veux que tu descendes tout ton stock. On va le détruire. Et je veux que tu ailles dans un groupe de parole. Il y en a un à l’hôpital. Et tu es privé d’argent de poche évidemment. On te donnera le montant exact pour les courses.
Docile, Delphin monta à l’étage. Il y mettait de la bonne volonté, c’était déjà ça.
C’était dur, même pour Alain, mais cette révélation l’était aussi. Il y avait des aides qui existaient. Il espérait que Delphin saurait les utiliser.
***
Le stock d’herbe parti avec l’eau des toilettes, son père dit :
-On parlera du reste plus tard. Tu peux aussi l’aborder dans un groupe. J’espère que tu prendras tes responsabilités.
Delphin acquiesça d’un signe de tête et remonta à sa chambre. Il commençait à avoir mal aux jambes mais la soirée et les autres à suivre seraient peut-être plus faciles à tenir. Il avait un objectif maintenant : protéger Alexia.
Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.