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Notes d'auteur :
Bonne lecture !


Mise à jour le 02/08
Chapitre 4 : Première et dernière fois
Alexia passait les heures les plus planantes de sa vie. Elle flottait sur un petit nuage. Enfin, elle avait le droit à un peu de bonheur. Tous ses soucis lui semblaient bien loin et elle espérait qu’ils y restent toujours.
Sylvain lui proposa de se revoir le lendemain. Elle répondit aussitôt par l’affirmative. Elle avait hâte, elle voulait être avec lui, rien qu’avec lui.
Il la rejoignit à la plage.
-Qu’est-ce que tu veux faire ?
Ils restèrent un long moment sur la plage, à discuter de tout et de rien, à rire même.
***
Quand Delphin arriva sur la plage, il reconnut tout de suite le rire de Sylvain. Il se figea un instant et le chercha du regard. Alexia et lui étaient assis dans un coin de la plage. Ils riaient aux éclats. Delphin se sentait ridicule, dépassé, jaloux. Il fallait qu’il parte de là avant de faire quelque chose qu’il regretterait. Et puis qu’est-ce qu’il allait dire ? Qu’elle était à lui ? Qu’il devait lui parler ? Sylvain ne le laisserait pas faire. Alexia l’enverrait paitre. Il fallait mieux qu’il rentre chez lui.
Il s’appuya sur le comptoir de la cuisine. L’agacement montait, la rage même. C’était une situation sans issue. Il n’arriverait jamais à lui parler. Il y aurait toujours quelque chose pour l’en empêcher…
Il frappa du poing sur le comptoir. Une douleur lancinante arriva aussitôt dans sa main et cela l’agaça encore plus. La frustration et la colère étaient là mais elles ne rimaient à rien, il devait avancer.
Il essaya de se calmer et prit son téléphone pour renvoyer un message à Thomas. Il avait désespérément besoin de se changer les idées. Comme exauçant son souhait, son ami lui envoya aussitôt un texto d’invitation pour la soirée de ce soir. Elle aurait lieu sur la plage de Douarnenez. Tant mieux, cela lui ferait du bien de ne pas être à Tréboul et de voir à travers ce décor trop familier, Alexia, ses soucis, son accident etc.
Il laissa un mot dans la cuisine à l’attention de ses parents, les prévenant qu’il ne serait pas là de la soirée et ne reviendrait sans doute que le lendemain dans la journée. Il prit le dernier bus qui partait en direction de Douarnenez et s’arrêta à l’arrêt de la plage.
Une trentaine de personnes étaient déjà rassemblées. Thomas avait fait vite. Delphin enviait un peu son charisme, même s’il y avait quelques temps, c’était lui qui réussissait à rassembler autant de gens d’un coup. Il se demandait s’il en était encore capable. Peut-être mais l’envie lui manquait.
-Ah voilà la star de la soirée ! lança Thomas en se tournant vers lui un gobelet à la main. Sers-toi, Del’ !
-Merci.
Delphin ne connaissait pas la moitié des personnes présentes sur la plage mais toutes semblaient le connaître. Tout le monde le salua avec chaleur et voulut lui parler.
-Thomas nous a dit que tu as passé ton bac en Angleterre, je ne savais même pas que c’était possible, lui dit quelqu’un.
-Il y a des lycées français dans certains pays, dont l’Angleterre. J’étais à celui de Brighton.
-Du coup, les professeurs sont français ?
-Pas tous. La prof d’anglais était anglaise.
-Tu avais un uniforme ? lui demanda une fille.
-Oui, c’était la différence majeure avec un lycée d’ici… l’uniforme obligatoire.
-Depuis tu t’habilles en hippie, j’imagine que tu as détesté, rit le gars.
-Je n’étais pas fan non, reconnut Delphin.
On lui avait dit de nombreuses fois qu’il portait très bien l’uniforme scolaire, mais même maintenant, il en doutait encore.
Il but une gorgée du contenu de son gobelet et regarda à nouveau la foule. Son regard se posa sur une fille qui s’allumait un joint et il la rejoignit presque mécaniquement.
-Salut, dit-elle avec un grand sourire.
-Salut.
-C’est donc toi le fameux Delphin.
-Oui. Et tu es… ?
-Lise.
-Enchanté.
-Moi aussi. Tu danses ?
-J’essaie.
Elle rit comme si elle le trouvait charmeur. Ils dansèrent quelques minutes puis…
-Tu me donnerais une taffe ? demanda-t-il en essayant de ne pas paraitre trop désespéré.
Elle lui tendit.
-Merci.
Le joint était bien plus fort que ce dont il avait l’habitude. Il toussa un peu et lui rendit. Il remarqua alors qu’elle s’était rapprochée et semblait regarder sa bouche avec envie. Elle l’embrassa. Il se laissa faire. C’était bon de ressentir cette chaleur à nouveau. La proximité d’un autre corps contre le sien. Depuis combien de temps n’était-ce pas arrivé ? Il ne savait plus.
-J’ai faim, dit-elle soudain en interrompant son baiser. Tu veux manger quelque chose ?
-O-Oui.
Ils se dirigèrent vers les deux tables de pique-nique qui servaient de buffet et y prirent des parts de pizza.
Ils restèrent une partie de la soirée ensemble.
Delphin se réveilla avec un mal de tête si puissant qu’il resta allongé un moment avant de se lever.
-Ah la vache…
Il se passa une main sur le visage pour essayer de dissiper son mal mais c’était inefficace.
-Ah ! t’es levé ! lança la voix de Thomas.
-Doucement…
Son ami rit et alla chercher quelque chose dans la cuisine. La cuisine de qui d’ailleurs ? Delphin ne reconnaissait pas l’endroit. Il était allongé sur un canapé dans un salon qui ne lui était pas familier. Thomas revint avec un verre et un aspirine.
-Merci, fit Delphin d’une voix éraillée.
-Au fait, bienvenu chez moi. Tu n’étais jamais venu.
-Non… Comment je suis atterri ici ?
-Je t’ai fait rouler depuis la plage, dit Thomas sur le ton de la plaisanterie. Tu te rappelles de Lise la blonde avec qui t’étais toute la soirée ?
-Oui.
-A priori, vous vous apprêtiez à coucher ensemble quand tu as craqué ou alors c’était fait, je sais plus... Tu l’as d’abord appelée Alexia puis tu t’es mis à pleurer et à déballer tes problèmes. Ça l’a pas mal fait flipper…
-D’accord…
Il se rappela du joint de Lise qui lui avait semblé fort, ça n’avait pas été qu’une impression. Il avait carrément lâché ce qu’il retenait tout au fond de lui depuis l’accident.
Thomas s’assit à côté de lui en soupirant. Il semblait étonnamment éveillé pour quelqu’un qui avait fait la fête toute la soirée…
-Je ne sais pas ce qui s’est passé en Angleterre mais ici tu as des amis. On a l’impression que tu ne nous dis pas tout. On s’inquiète, Del’.
-J’ai encore du mal à y voir clair…
-Hm, fit Thomas dubitatif. Ça te fout les boules qu’Alexia sorte avec Sylvain, ça se voit. Je comprends. Si Maëlle se mettait à sortir avec quelqu’un d’autre, je le prendrais mal aussi.
-Mais toi au moins tu peux lui parler.
-Oui. Tu peux parler à Alexia. Elle n’est pas tout le temps collée à lui… Si ?
Une soudaine vague nauséeuse souleva l’estomac de Delphin.
-… je crois que je vais vomir, dit-il en se levant.
***
-Première porte à gauche.
Delphin resta un moment dans les toilettes à rendre tripes et boyaux, comme on disait. Ou alors ce n’était pas le cas du tout et il faisait le point sur ce qu’il s’était passé, si sa gueule de bois le lui permettait. Thomas patienta, mi-amusé par la situation mi-inquiet sur l’état mental de son ami.
Il ressortit cinq minutes plus tard, pas tellement plus frais qu’en y allant.
-Ne t’en fais pas pour Lise, poursuivit Thomas en allant dans la cuisine. J’ai présenté des excuses en ton nom mais elle aura probablement oublié. Mange, dit-il en lui tendant du pain grillé et un café noir. Tu peux rester aussi longtemps que tu veux, je n’ai rien à faire et tu as manifestement besoin de parler.
-… Qu’est-ce que j’ai dit exactement ? demanda Delphin après avoir bu quelques gorgées de café.
-Je crois que tu as sorti un truc comme « Ça fait trois ans que j’attends de te parler, Alexia, et ça fait trois ans que tu refuses. » Tu t’es excusé aussi apparemment pour quelque chose que tu ne savais pas à l’époque… Que si tu avais su, tu n’aurais pas autant insisté. Quelque chose comme ça.
-Ah.
-Tu dois te faire aider, Del’.
-C’est trop tard. Et pourquoi faire, de toute façon ?
-Tes parents ? S’ils découvrent que…
-Pff, je pense qu’ils le savent. Ils ne savent simplement pas comment aborder le sujet.
Ellen Tevenn était sans doute la personne la plus rigide que Thomas connaissait mais sans cette rigidité, il aurait abandonné ses études quand Delphin avait eu son accident. Qu’elle ait insisté pour que Lionel le surveille était une bonne chose. Il avait eu son bac avec de meilleures notes que ce qu’il avait pensé. Il y avait de l’humanité chez la mère de Delphin malgré sa raideur sur certains sujets comme les études, la drogue…
-Je n’imagine pas ta mère ne rien dire, dit Thomas. Vraiment pas. Et vu ce qu’il s’est passé hier soir, je ne te lâcherai pas d’une semelle.
-… Maëlle t’a fait un sermon pour l’autre jour ? demanda Delphin.
-Oui. Mais même. Je suis bien décidé à rattraper deux ans et six mois de surf et de rigolades.
-De rigolades ?
-Oui, enfin, tu m’as compris… On pensait vraiment que tu allais être aidé.
-Ils ont tous essayé. Ma fracture n’a rien arrangé.
-Tu pourrais retourner voir le chir qui t’a opéré.
-C’est le père d’Alexia.
-Justement. Vous pourrez parler d’Alexia.
-Ouais, fit mollement Delphin.
-Et de tes problèmes évidemment.
-Ouais, t’as peut-être raison…
Thomas ne connaissait pas M. Duval. Il ne l’avait jamais vu. Défendrait-il sa fille si Delphin venait à en dire du mal ? Ou prendrait-il le parti de Delphin ? De ce que Thomas avait vu d’Alexia, elle était loin d’être une fille facile. Elle était caractérielle. Elle s’était même montrée détestable, au point que lors de son retour au lycée, Thomas et Lionel (et d’autres élèves) l’avaient prise en grippe, l’accusant de ce qui était arrivé à Delphin. Ils lui avaient fait passer de bien mauvaises journées… Rien d’étonnant quand il y repensait à ce qu’elle se mette à fréquenter un tordu comme Sylvain Druand.
-Bon, parlons d’autre chose. C’était comment l’Angleterre ? Les anglaises sont comment ? Tu ne vas pas me faire croire que tu n’es sorti avec aucune fille pendant trois ans…
-J’ai eu d’autres choses à gérer, répondit Delphin d’un ton sérieux.
-Les séquelles de ton accident ?
-Ouais, un peu.
-Mais tu as eu ton bac.
-Oui.
-Lionel te dirait que c’est tout ce qui compte… Qu’est-ce qu’il peut être chiant des fois…
Ils rirent en évoquant toutes les fois où leur ami avait été trop sérieux et cela faisait beaucoup mais ils l’adoraient.
***
Delphin ne repartit qu’en fin de journée. Passer du temps avec Thomas et se rappeler de leur adolescence lui avait fait du bien. Cela l’avait ancré ici. Il se sentait moins seul.
***
Joël Duval soupira en arrivant enfin devant chez lui. Il avait passé une journée compliquée à l’hôpital. Il avait fallu recoudre un patient, rester calme face à deux qui prétendaient mieux connaître son métier que lui et d’autres avaient décrété que le rendez-vous prévu de longue date n’était finalement pas important...
Il sortit de sa voiture et ferma la porte en la claquant.
Il aperçut soudain Delphin Tevenn de l’autre côté de la rue. C’était la première fois qu’il le voyait depuis son retour d’Angleterre.
-Salut, Delphin, lança-t-il.
-Bonjour, Monsieur Duval.
-Tu vas bien ?
-… Ça va.
Joël ne crut pas Delphin. Il n'avait pas la tête de quelqu'un qui allait bien. Il semblait en proie à un grand manque de sommeil. Son traumatisme était encore bien présent mais ce n’était pas à lui de l’évoquer.
-Félicitations pour ton bac, dit-il en changeant de sujet. Ça n'a pas dû être facile...
-Non...
-Tu l'as eu c'est le principal. Bon, je te laisse. A la prochaine.
***
Sylvain l’embrassa de manière plus appuyée. Alexia eut immédiatement envie de plus. Un baiser plus long, un baiser qui déraperait sur son cou… Elle l’embrassa plus fougueusement et sentit ses bras sur sa taille, ses mains qui lui caressaient le dos… Elle laissa ses propres mains glisser sous son t-shirt jusqu’à sa ceinture.
Il la regarda d’un air équivoque.
-Tu veux… ?
-Oui, répondit-elle dans un souffle.
Ce n’était que l’excitation qui parlait. Alexia ne réfléchissait plus, elle avait juste envie de la chaleur de Sylvain. Il enleva son haut, l’embrassa de nouveau puis la débarrassa lentement de ses vêtements. Alexia lui fit accélérer la cadence. Elle voulait plus, plus ! Elle voulait se laisser porter et arrêter de réfléchir sans arrêt. Arrêter de penser.
Entièrement dévêtue, Sylvain l’invita à s’allonger sur son lit. Il continua à la caresser, doucement, tendrement et de plus en plus intimement. Alexia se sentit de plus en plus impatiente. Il s’allongea sur elle et la pénétra dans le même geste. Elle eut un petit cri de douleur.
-Ça va ? lui demanda-t-il. Tu me dis si…
-… Ça va.
Elle avait entendu dire que ce premier rapport serait douloureux. Il fit quelques mouvements de vas-et-viens en elle. La douleur était toujours là. Elle rendait l’expérience nettement moins agréable qu’Alexia l’avait espéré.
-Ça va ? lui demanda-t-il.
-Oui, je… Ça va. Je… je vais aux toilettes.
Elle en sortit quelques minutes plus tard, essayant de ne pas montrer sa déception sur son visage.
-Désolé que tu aies eu mal, dit Sylvain. La prochaine fois ça sera mieux.
Il l’embrassa.
-Je te ramène, dit Sylvain.
-Non... je vais prendre le bus. C'est bon.
-Sûr ? Ça ira plus vite en moto...
-Je vais prendre le bus.
-Je te raccompagne à l'arrêt alors.
Alexia se rhabilla vite fait. Elle n'avait qu'une hâte : être seule. D'un coup, Sylvain ne l'attirait plus ou plus tant que ça. Elle voulait s’en aller d’ici au plus vite et marcha d’un bon pas tandis qu’il la suivait en trottinant. Le bus était au bout de la rue. Elle était vraiment pressée d’être à l’intérieur et de ne plus voir, entendre ou sentir Sylvain près d’elle.
Elle monta dans le bus sans lui jeter un regard. Elle se sentait perdue. Pourquoi se précipiter si c'était pour le rejeter ensuite ? Ce n'était pas correct... Mais c'était plus fort qu'elle. C'était comme ça, elle avait l'impression que ce n'était pas le bon. Elle s’était trompée. Elle savait que ce n’était pas de sa faute mais c’était ce qu’elle ressentait. Ça lui semblait évident maintenant, autant que lorsqu’il lui avait proposé qu’ils sortent ensemble et qu’elle avait accepté. Elle culpabilisait un peu. Sylvain avait dû ressentir qu’il n’était plus le bienvenu près d’elle. Elle n’avait pas de raison à lui donner, rien qu’il aurait pu accepter d’entendre.
Il lui envoya un texto, lui demandant de l’appeler quand elle serait rentrée. Il semblait toujours s’inquiéter pour elle. Elle ne lui répondit pas. Que craignait-il exactement ? Alexia s’en fichait, elle ne voulait plus de lui dans sa vie.
Quand elle arriva dans la rue des dunes, elle vit Delphin quitter le trottoir du numéro pair pour celui d'en face. Elle s'arrêta sans s'en rendre compte. Sylvain craignait que Delphin s’en prenne à elle. A le voir comme ça, il ne donnait pas l’impression de quelqu’un de violent, ni même désireux de se venger. Il l’aurait fait depuis longtemps s’il l’avait voulu. Il avait eu le temps. Enfin, c’était ce qu’elle pensait car elle ne le connaissait pas vraiment.
Elle ouvrit la porte et rentra chez elle.
-Tu as passé une bonne journée ? lui demanda son père.
-Ouais...
-Ca n'a pas l'air.
-Je suis... déçue de ma journée. Je ne sais même pas pourquoi...
-Des soucis avec Sylvain ?
-Je n’ai pas envie d’en parler. Qu'est-ce que Delphin faisait là ?
-Je lui demandais des nouvelles. J’ai l’impression qu’il ne va pas très bien. Je devrais en parler à Alain… ajouta-t-il sans qu’elle sache s’il s’attendait à ce qu’elle réagisse ou non.
-Je monte, dit-elle.
Elle se rendit dans sa chambre et se laissa tomber sur son lit.
Son père n’allait quand même pas la forcer à parler avec Delphin ? Pourquoi parler de lui comme ça ? Ca rimait à quoi ? Il voulait la faire culpabiliser ? Comme si elle n’avait pas assez souffert comme ça…
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