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Notes d'auteur :
Mis à jour le 02/08
Delphin Tevenn regardait la côte française se rapprocher depuis le pont du ferry qui le ramenait d’Angleterre où il avait passé les deux ans et six mois qui venaient de s’écouler. De légères vagues faisaient à peine bouger le bateau et pourtant il sentait leur roulement plusieurs mètres sous ses pieds.
Il était encore fatigué de la soirée d’il y avait deux jours, lorsqu’il avait eu les résultats du bac. Il avait été fêter l’évènement avec des camarades de classe et sa famille à Brighton. Il ne s’était pas couché de bonne heure… Mais il était content de lui, il s’en était bien sorti. Il se disait même qu’il avait eu une chance insolente d’avoir d’aussi bons résultats après un traumatisme et en consommant du cannabis.
Il ne fallait plus tenter sa chance, elle serait de courte durée en présence de ses parents. Il devait absolument arrêter de fumer et se remettre dans le droit chemin. Ses parents n’étaient pas dupes, ils finiraient par s’en rendre compte.
Pourtant, s’il avait commencé, c’était qu’il y avait une raison. Il avait bien cru devenir fou à force de faire des cauchemars à répétition. Il avait épuisé tous les remèdes qu’il connaissait. Puis on lui avait proposé de l’herbe et ça le soulageait. Il réussissait à dormir. Il avait réussi à se reposer suffisamment pour pouvoir suivre les cours et passer son bac.
La côte se rapprochait. Il distinguait mieux la forteresse de St-Malo et les touristes sur les remparts.
C’était la première fois qu’il rentrait depuis qu’il était parti. Ses parents étaient venus bien sûr, pour les deux semaines de vacances entre Noël et le Nouvel an comme à l’accoutumée. Ils avaient échangé par téléphone et par visio sur l’ordinateur qu’ils lui avaient offert, mais il ne leur avait pas raconté tout ce qu’il s’était passé.
Il aurait pu revenir quelques semaines pendant les vacances d’été mais il avait préféré rester loin de Tréboul pour tout un tas de raisons. D'abord, il ne pouvait pas dire la vérité à ses amis : ils ne le croiraient pas. Ensuite ses parents n’auraient pas été disponibles et enfin, retourner sur les lieux de son traumatisme n’aurait pas été une bonne chose.
Son regard se posa sur la jetée, de l’autre côté de l’embarcadère. Les promeneurs s’amassaient pour observer les bâteaux qui rentraient au port. Plus loin, une file se formait pour prendre la navette maritime qui reliait St-Malo à Dinard.
Il y avait plus de fréquentation là, sur cette jetée en une journée qu’à Tréboul sur une année. Les deux villes ne jouaient pas dans la même cour, c’était évident. Delphin avait toujours été très attaché à sa ville natale et pourtant, il avait pris la décision de partir rapidement. Voir d’autres villes, d’autres choses lui avait fait le plus grand bien. Il avait réussi à tourner la page de ce qu’il s’était passé avant son départ. Dans quelques heures, il serait de nouveau à Tréboul et il était presque sûr que les souvenirs ressurgiraient.
Il regarda autour de lui. Pourquoi rentrer à Tréboul alors qu’il pourrait vivre ici, à Saint-Malo ? Mais il ne savait pas s’il réussirait à s’habituer à la foule et à une ville aussi grande. Et puis, il était inscrit à la fac de Quimper pour y suivre des études autour de la culture bretonne. Tréboul en était plus près. Et ses amis Thomas et Lionel habitaient Douarnenez.
Des cris d’enfant l’arrachèrent de ses pensées.
-Papa ! Papa ! Regarde !
Un banc de dauphins nageait à quelques mètres du ferry. Delphin se surprit à les regarder avec un amusement identique à celui de la fillette à côté de lui. Il en voyait presque à chaque fois qu’il traversait la Manche et il ne s’en lassait jamais.
Il regarda un long moment la mer, les vagues. La houle l’hypnotisait. Il se laissa porter par cette transe aquatique. Il pouvait ressentir le saut synchronisé des dauphins, bondissant de la force des vagues puis se laissant retomber dans l’eau. Il ferma les yeux. Il pouvait sentir la puissance de la mer, la profondeur, le silence… c’était une sensation extrêmement familière en même temps qu’étrangère. Combien de temps s’était-il passé sans qu’il ne mette les pieds dans l’eau ? Sans qu’il n’y plonge ? Il aurait dit au moins deux ans…
Il n’avait aucun souvenir vraiment précis. Tout ce qu’il s’était passé en Angleterre lui semblait issu d’un rêve. La seule chose qui le reliait à la réalité était le ferry sur lequel il se trouvait.
L’annonce du capitaine l’arracha brutalement de ses pensées. « Mesdames et Messieurs, dans quelques instants, nous arrivons au port de Saint-Malo. Tout l’équipage espère que vous avez passé un agréable voyage en notre compagnie et vous souhaite une bonne journée. Port d’arrivée : Saint-Malo. Ladies and gentlemen… » Delphin prit sa valise et se dirigea vers le bastingage côté port.
Le ferry amarré, Delphin descendit. Il repéra ses parents depuis la passerelle. Il ne savait pas pourquoi mais il s’était imaginé qu’ils arriveraient en retard.
Alors qu’il avançait lentement vers eux, il se demanda si leur présence à l’heure prévue ne cachait pas des soupçons le concernant. Ils ne l’avaient pas vu depuis un moment, et, il fallait être honnête, Delphin avait l’âge de faire des conneries. Fumer de l’herbe en était une belle. Il n’imaginait pas ce qu’il se passerait si ses parents le découvraient. Dans le doute, il avait assuré ses arrières : il n’avait rien emmené. Il espérait tenir le plus longtemps possible sans en avoir besoin.
Il savait que l’herbe avait une odeur et que sa mère la reconnaitrait tout de suite car Elizabeth sa tante en avait fumé dans sa jeunesse. S’il en avait besoin, il devrait trouver une excuse pour aller à la plage ou ailleurs… et encore, l’odeur allait sûrement rester sur ses vêtements. Elle ne supporterait pas un tel affront, Elizabeth l’avait prévenu.
Il ne devrait pas avoir de mal à diminuer sa consommation voire à l’arrêter. Ce n’était pas comme s’il s’en fumait dix par jour. Il en fumait un avant de se coucher, deux s’il était énervé et plus, occasionnellement, en soirée.
-Del’ ! fit son père.
Delphin s’avança vers eux.
-Ça a été le voyage ?
-Oui, niquel. Et vous, la route ?
-Il y avait beaucoup de monde, fit sa mère.
-Sortons de là, dit son père en débarrassant Delphin d’une valise.
Ils se dirigèrent vers le parking où Delphin posa ses affaires dans la voiture.
-On va chercher un resto avant qu’ils ferment ? proposa son père.
-Oui, je commence à avoir faim.
-Pourtant tu as eu un bon petit-déj’ ce matin si je ne m’abuse.
-Oui, mais je me suis levé tôt.
Ils entrèrent dans la cité intra-muros. Il y avait beaucoup de monde, comme ils s’y étaient attendus. C’était le début des vacances d’été.
-Trouvons un restaurant et rentrons, proposa la mère de Delphin. A moins que tu veuilles profiter de la plage ensuite ?
-Tu dois être pressé de rentrer, dit son père.
Delphin haussa les épaules. En fait, il hésitait à traîner ici avec ses parents ou se dépêcher de rentrer à Tréboul et retrouver la plage des sables blancs…
-Peu importe, dit-il. Comme vous voulez.
Il savait que ses parents profitaient rarement de leurs week-ends. S’ils voulaient traîner, cela lui allait. Il n’était pas pressé.
Ils marchèrent un moment à la recherche d’une crêperie où il y avait encore de la place. A cette période de l’année, cela relevait du défi. Aucune n’était immense. En revanche, elles étaient très nombreuses à Saint-Malo intramuros.
Ils s’installèrent dans une crêperie à la devanture jaune. L’intérieur était décoré de lutins en céramique parfois en équilibre précaire sur les poutres ou les rebords de fenêtres et jusque sur les tables.
Delphin regarda celui qui tenait le menu du jour. Il avait toujours été très attiré par les créatures fantastiques et même si elles l’avaient rattrapé, ce trait de caractère n’avait pas changé. Au contraire, il était plus que jamais ancré en lui. Même s’il avait voulu oublier ce qu’il s’était passé, il savait qu’une sirène avait provoqué son accident. Il savait que les sirènes existaient.
-J’ai envoyé ton dossier d’inscription à l’université, dit sa mère. Si on n’a pas de nouvelles dans l’été, il faudra sans doute y aller directement avec tous les papiers. J’ai fait des photocopies au cas où.
-... Ok.
-Il y a un stage en milieu professionnel. J’espère que tu as des vêtements plus sérieux que ça.
Elle voulait dire plus sérieux qu’un sarouel. Delphin en avait au moins six et il ne portait pas le plus coloré aujourd’hui. Il soupira.
-Je sais que tu as porté un uniforme pendant deux ans et que tu as envie de vêtements plus décontractés. Mais avoir quelques pantalons, des jeans par exemple ou des pantalons en toile, quelques chemises et des pulls, ça serait bien. Je peux t’accompagner…
-C’est bon. Je m’en occuperai.
-Rien n’urge, renchérit son père en ouvrant le menu. On a tout le temps de voir ça. Hm… Je pense qu’on peut fêter ton retour avec une bouteille de cidre. Doux ou brut ? Ah, il y a du fermier.
Le serveur prit leurs commandes et s’éloigna.
-Il faudra que tu t’attaches les cheveux aussi, ça fera plus… poursuivit sa mère.
Delphin ignora son conseil.
-Ta cicatrice se voit quand tu les attaches ? lui demanda son père.
-Un peu, répondit le jeune homme.
La forme de sa cicatrice avait nourri les théories les plus folles pendant de longs mois. Un trident. Ce n’était pas sans rappeler Poséidon le dieu de la mer… C’était un symbole aussi prêté aux sirènes et aux tritons. Sirène qui l’avait attaqué. Il y avait forcément un rapport. Le sujet était sensible, même si ses cheveux avaient repoussé et la couvraient en bonne partie.
Le serveur revint avec les commandes et les Tevenn purent manger. Delphin prit son temps. Il n’avait pas envie de parler. Du moins, pas de ce qu’il ferait à la rentrée ou après. Il avait deux mois devant lui avant d’y penser.
Ils finirent de déjeuner et après une brève promenade dans les ruelles, retournèrent à la voiture.
Ils se mirent en route pour Tréboul.
Delphin appuya sa tête contre la vitre et regarda les paysages défiler. Il essayait de ne pas trop penser au passé. Ça ne servait à rien. Il devait se concentrer ce qu’il allait faire de ses vacances. Même s’il n’en avait aucune idée.
-Delphin, est-ce que tu pourras t’occuper des repas et des courses, s’il te plait ? lui demanda sa mère.
-Hm-hm, répondit-il en sortant ses écouteurs de son sac à dos.
Il mit un peu de musique et regarda ses messages. Le nom de sa tante apparaissait en premier, elle lui souhaitait un bon retour. Il lui répondit qu’il était bien arrivé, mais pas encore chez lui. Ensuite venait le dernier message de Thomas, qui lui demandait de le tenir au courant lorsqu’il serait rentré afin d’organiser une fête pour son retour. Delphin préférait attendre plusieurs jours avant d’organiser un tel évènement. Il voulait un peu de calme et de repos avant de faire quoi que ce soit. Il lui répondrait plus tard.
De longues heures s’écoulèrent. Il coupa la musique et essaya de dormir un peu sans y parvenir tout à fait. La route était longue. Il n’avait pas le souvenir qu’elle l’était autant.
Il manquait quelque chose. La mer, une étendue bleue. La fraîcheur de la brise marine. Une impression d’être chez soi, d’être libre. Alors qu’il était enfermé dans une voiture et qu’il avait un peu chaud. Il lui tardait de rentrer et de retrouver un air frais, familier.
Enfin, il reconnut les paysages. Ils arrivaient à Douarnenez.
Ils montèrent la côte qui menait à Tréboul et entrèrent dans la rue des Dunes. Il la trouva inchangée. Il y avait toujours les ardoises sur les toits, toujours les murs blancs et les hortensias bleus.
Son père gara la voiture devant le garage et ils descendirent. Delphin prit ses affaires dans le coffre et entra dans la maison à la suite de sa mère. Il se dirigea aussitôt vers l’étage et monta à sa chambre.
Ses parents avaient procédé à quelques changements. Ils avaient remplacé son lit par un plus grand. Ils avaient d’ailleurs dû changer l’armoire et le lit de place. Il ouvrit son armoire et découvrit qu’elle était vide. Il se souvint que sa mère lui avait dit que ses vêtements étaient sûrement trop petits maintenant et qu’elle les avait donnés à une œuvre de charité. Elle lui avait donné un peu plus d’argent de poche pour qu’il s’achète de nouveaux vêtements. Il comprenait pourquoi elle avait pris cet air pincé en le voyant, elle s’était sûrement attendue à quelque chose de plus classique.
Il ouvrit la valise et commença à ranger ses affaires.
Sa mère arriva avec la deuxième valise.
-On a fait un peu de vide, dit-elle. On n’a pas touché à ce qu’il y avait dans le bureau, on l’a juste déplacé.
-OK.
Delphin ne se souvenait pas en détail de ce qu’il y avait dans son bureau mais à la manière dont sa mère l’évoquait, il devait s’agir de choses importantes, en tout cas pour lui. Il verrait ça plus tard.
-Je redescends, dit sa mère. A toute à l’heure.
-A toute.
Elle redescendit.
Il ouvrit la deuxième valise et continua de ranger ses affaires.
Il avait presque fini lorsque ses mains se mirent à trembler. Il regarda l’heure sur son réveil. Seize heures et trente minutes. Il était presque l’heure… D’habitude, il fumait à peu près à cette heure-là. Sauf qu’aujourd’hui il n’avait rien… Il avait fini son stock avant de partir en se disant qu’il arrêterait une fois revenu. Il devait arrêter. Ça ne servait à rien d’y penser…
Il aurait dû se renseigner avant de prendre une telle décision… Il avait été bien naïf de croire que ça se ferait sans mal… Il devait absolument se reprendre. Il devait impérativement se calmer et ne plus y penser. Ça avait été une erreur de commencer, une terrible erreur. Une terrible et stupide erreur. Il aurait dû dire la vérité depuis le début. Il aurait dû accepter n’importe quelle solution. Tout sauf ça. Il avait su dès le moment où il avait commencé que ce n’était pas une solution.
Il s’assit sur son lit, essaya de se calmer en respirant profondément. Ses articulations le gênaient. Il sentait une douleur venir et s’installer. Il allait passer une sale soirée… Encore plus, si ses parents s’apercevaient de quelque chose.
C’était peut-être déjà le cas. Un frisson glacé le traversa à cette idée. Mais ils n’avaient rien dit. Ils attendaient peut-être qu’il vienne leur dire… Qu’allait-il leur dire ? Comment allait-il se justifier ? Ça avait été la seule solution ? C’était faux… Il ne voyait pas d’issue possible. Il devait gérer ça seul. C’était de sa faute.
Transpirant à grosses gouttes, il se dirigea vers la salle de bain et alla se passer de l’eau sur le visage. Il tomba nez à nez avec son reflet dans le miroir au-dessus du lavabo. La dernière fois qu’il s’était regardé dans ce miroir, il y avait vu un adolescent malade, traumatisé et réchappé de justesse à la mort, le crâne tondu, les yeux cernés par le manque de sommeil et ses cauchemars. Il s’était demandé comment il allait vivre après son accident.
Maintenant il avait la réponse : il survivait. Il avait fait de son mieux pour avoir son bac malgré ce qui lui était arrivé et les conséquences que son accident avait eues sur sa mémoire mais il n’avait pas la sensation de vivre pleinement, comme avant. Une partie de lui était restée au fond de l’eau. Il la sentait qui l’appelait parfois. Le traumatisme se voyait encore sur son visage, particulièrement dans ses yeux. Ils avaient l’air moins vif comme si toute l’insouciance de sa jeunesse avait disparu à jamais. Le manque de sommeil se voyait toujours mais pour les cauchemars, Delphin avait trouvé une solution, pas idéale certes mais elle lui permettait de dormir.
Delphin se détourna du miroir. Il avait honte d’avoir sombré dans la drogue. Et en même temps, c’était la seule solution qui avait réellement fonctionné.
-Delphin, le dîner est prêt ! lança soudain sa mère.
Il prit une profonde inspiration. Il tremblait et transpirait à grosses gouttes. Il n’avait pas faim, il avait même la nausée rien que de penser à manger. Il ne pouvait pas descendre les escaliers dans cet état-là.
-Je n’ai pas faim ! répondit-il la bouche sèche.
-C’est juste une salade.
Il n’avait pas trop le choix. Refuser éveillerait leurs soupçons.
-… j’arrive dans cinq minutes.
Il prit une douche et descendit. Il devait faire illusion. Il s’installa à sa place en espérant que son corps n’allait pas le trahir.
-Tout va bien ? lui demanda son père. Ça te plait, les changements qu’on a faits ?
-Oui, très bien.
-On est contents que tu sois revenu. On espère que ça t’a aidé.
-... Il est encore un peu tôt pour le dire.
-Tu as prévenu Lionel et Thomas ? Tu leur as donné des nouvelles ?
-Oui.
Un frisson lui parcourut l’échine. Il sentit l’agacement remonter. Le repas durait. Les questions le fatiguaient. A quoi bon ? Ce n’était pas comme s’ils s’étaient souciés de lui ces dernières années… Il soupira et ravala la rancœur qui montait en lui.
-Ça va ?
-… Juste fatigué.
-Tu t’es couché tard hier soir ? Ou tôt ce matin ?
-Ouais. On a fêté le bac et mon départ…
-Je suppose que tu comptes fêter ton retour aussi…
-Oui.
-Tu as du temps pour te reposer de toute façon.
Se reposer c’était exactement ce dont il avait besoin. Du repos et du calme. Et surtout pas de questions.
Il aida à débarrasser et remonta dans sa chambre. Il n’en pouvait plus. Tout son corps lui faisait mal. Il avait l’impression que sa tête allait exploser…
Il se coucha mais il n’était pas fatigué. Il était surtout irrité, agacé. Il commençait à tout remettre en question. Pourquoi était-il rentré ? Il aurait dû rester en Angleterre, là ses parents n’auraient jamais su. Il n’aurait pas eu à arrêter aussi brutalement. Quelle idée de revenir ! De prendre autant de risques ! Quelle idée à la con franchement de partir sans rien. Il aurait pu prévoir au moins de quoi le dépanner ce soir. Ensuite il se serait débrouillé. Quelle idée à la con de commencer à fumer… Il n’avait pas vu d’autre alternative aux médicaments. Il y en avait pourtant une : dire la vérité aux médecins, se faire enfermer, passer ses journées couché à baver…
Non, c’était n’importe quoi. Il n’aurait pas supporté ça. L’herbe avait été la seule solution…
L’herbe… Quelques grammes et c’était fini, la douleur, les cauchemars, les souvenirs étranges… Quelques grammes et une nuit de repos. De vrai repos…
C’était de la torture. Il devait arrêter d’y penser. Le problème c’était que son corps n’arrêtait pas de lui rappeler qu’il n’avait pas eu sa dose.
Il frissonna plus fort et plus longtemps et s’enveloppa dans sa couette. Il se passa quelques minutes où les effets du manque semblèrent s’atténuer avec la chaleur. Malheureusement, ce fut de courte durée.
Il rejeta la couette, la trouvant subitement étouffante. La nuit allait être longue et il ne devait pas éveiller les soupçons de ses parents. Mais peut-être savaient-ils déjà. Ses grands-parents savaient pour son addiction, il n’y avait aucune raison pour qu’ils n’en informent pas ses parents.
Quelle idée stupide. Quelle naïveté.
Il devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas rester comme ça. Il y avait forcément un truc qui l’aiderait… Oui, un joint mais il n’en avait pas. Il y avait sûrement autre chose…
Il devait réfléchir…
La mer. C’était habituellement là-bas qu’il réglait tous ses problèmes.
Il descendit au rez-de-chaussée et sortit de la maison, ruisselant de sueur. Il sentait ses membres protester à chaque mouvement, lui causant des crampes. Il manqua la dernière marche de l’escalier mais se rattrapa de justesse au radiateur de l’entrée.
Il se dirigea vers la plage. La nuit tombait à peine en ce soir d’été. L’ambiance était étrange, la lumière surtout. Il ne savait pas si c’était un effet du manque mais les choses semblaient entourées d’un halo lumineux éblouissant.
Il sentait les embruns à mesure qu’il avançait vers l’eau. La fraîcheur lui faisait du bien. Cela lui avait toujours fait du bien d’être à la plage.
Les jambes endolories, il se laissa tomber au bord de l’eau et laissa les vagues l’immerger. Il soupira de soulagement. Il n’arrivait pas encore à penser clairement cependant. Son esprit divaguait. Il voyait des reflets argentés sur l’eau au niveau de ses jambes. Les mêmes que ceux qu’il avait vu lors de son accident. La fraîcheur de l’eau iodée lui faisait du bien. Il se sentait mieux. Il arrivait à penser à autre chose. Il pensa à Alexia. Il ne l’avait pas encore recroisée. Ça n’allait sûrement pas tarder. Et il n’avait aucune idée de ce qu’il lui dirait.
Il ferma les yeux, essaya de faire le vide, de profiter du moment présent et du répit que lui accordait la mer. Il n’avait pas peur étonnamment. La mer lui avait inspiré la peur pendant une longue période, une peur causée par son accident bien sûr. Au fond, il savait que ce n’était pas la mer le problème… Y en avait-il vraiment un ? Il savait ce qui avait causé l’accident. Il lui avait fallu du temps mais il l’avait accepté. Une sirène. Une sirène aux cheveux roux et aux yeux verts…
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