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Notes d'auteur :
Mise à jour le 27/05
Chapitre 13 : Tourner la page
Le 2 janvier, les parents de Delphin repartirent. Le jeune homme vit leurs valises sur le palier du premier étage et il comprit que le moment où il allait être seul était venu. Il descendit les escaliers et alla prendre son petit-déjeuner.
Ses parents arrivèrent quelques instants plus tard et posèrent les valises dans l’entrée.
-Bon, on va vous laisser, dit son père. On a un bateau à prendre…
-On les emmène, dit Frank.
-Rentrez bien, dit la grand-mère. A bientôt.
-Delphin, on veut de tes nouvelles tous les jours, fit sa mère.
-Ouais.
-On se fera des visios.
-On doit y aller. A plus tard.
Et ils partirent.
Delphin était un peu partagé sur ce qu’il ressentait à ce moment-là. Il s’était habitué à avoir ses parents sur son dos ces derniers mois. Il était content qu’ils repartent mais il aurait préféré les accompagner. Et reprendre une vie normale à Tréboul avec ses amis, au lycée… Ils avaient parlé de tout ça et il avait été d’accord pour continuer ses études ici à Brighton. Il ne serait pas trop dépaysé, c’était un lycée français et il pouvait y suivre l’option breton comme à Douarnenez.
Mais quand même… d’un coup, sa chambre et ses habitudes lui manquaient.
Les premières heures furent difficiles. Il ne s’était jamais retrouvé seul, sans ses parents. Ils n’étaient jamais très loin. C’était la première fois qu’ils se trouvaient dans des pays différents. Même si Delphin était en terrain familier, cela lui faisait bizarre.
Le grand-père de Delphin sortit de la maison. Sa grand-mère revint dans la salle à manger.
-Ça va ? lui demanda-t-elle.
-Ouais.
-Ca va aller, dit-elle avec un sourire tendre. Tu vas voir. Tu as fini de manger ? Viens m’aider avec la vaisselle.
Ils allèrent dans la cuisine. Delphin prit un torchon et commença à essuyer la vaisselle.
-J’ai eu l’impression que tu n’avais pas tout dit l’autre jour quand tu racontais ton accident. Il y a quelque chose que l’on doit savoir et dont tu n’as pas osé parler?
-Je n’avais pas envie de passer pour un cinglé…
-Tu sais que je suis plus ouverte que les autres.
-Hm. C’est une sirène qui a causé mon accident. Je l’ai vue.
Sa grand-mère se tourna vers lui d’un air intéressé.
-Tu peux m’en dire plus ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
Delphin le lui raconta dans les détails, du moins tout ce dont il se souvenait.
-Tu n’as jamais eu d’accident, fit-elle songeuse. Je ne me souviens même pas que tu sois tombé une fois… Qu’est-ce qui a changé ?
-Il y a une fille qui est arrivée depuis juillet… Elle habite en face de chez nous.
-Il est amoureux, voilà ce qui a changé ! lança Elizabeth avec un large sourire en faisant irruption dans la cuisine.
-C’est vrai ?
-Oui. Mais elle me déteste. J’ai essayé de l’aider ou juste de lui parler. Elle ne veut rien avoir à faire avec moi… Elle m’a même accusé de la harceler.
-Oh… Elle a l’air difficile.
-« Difficile » ? répéta Elizabeth. Cette fille ne mérite même pas ton attention, Del’. Oublie-la. « Il y a d’autres poissons dans l’océan. »
-Mouais.
Il n’y avait qu’une seule Alexia Duval en revanche. La seule pour qui il avait ressenti quelque chose.
***
Le même jour, Alexia et son père se promenaient sur la plage de Douarnenez. Ils s’étaient offerts deux jours de thalassothérapie dans le centre de la ville et profitaient à présent du beau temps avant de rentrer sur Tréboul.
Alexia faisait le constat qu’elle ne s’était pas retransformée en sirène depuis septembre. La colère semblait l’avoir abandonnée. Elle n’avait plus que des regrets et du chagrin quand elle y repensait, et elle en avait voulu à Delphin de partir vivre sa vie ailleurs. Elle avait l’impression d’être piégée, condamnée à continuer en traînant les évènements passés.
-Ca m’a fait du bien, dit son père. J’en avais vraiment besoin. On aurait dû se faire ça il y a longtemps. Comment tu te sens ?
-Ça va, dit-elle le regard perdu au loin.
Il faisait beau. Elle essayait de profiter de cet instant où elle ne ressentait rien de négatif. Son psy lui avait dit d’apprécier chaque moment de calme. Maëlle aussi.
***
Le choc de l'accident était passé avec les fêtes et les retrouvailles familiales. Delphin en fit l'expérience une fin de matinée. Il n'était pas seul.
Il se dirigea vers la grande bibliothèque du salon de ses grands-parents. Ceux-ci avaient un soin chirurgical en ce qui concernait le rangement de leurs livres, leurs trésors, tel que le voyait Delphin. Ils avaient de très vieilles éditions des classiques de Shakespeare et de vieux exemplaires de livres de contes reliés de cuir, mais ce qui intéressait le jeune homme traitait des légendes celtiques et de créatures fantastiques.
Plus particulièrement des sirènes. Il espérait bien trouver des informations dedans.
Il y passa des semaines à les collecter. il remplit un cahier, mais il n'y avait rien de vraiment concret… de tangible. Et encore, il n'écartait aucune piste.
Le temps était compté car il savait qu'à la rentrée, il devrait se concentrer sur ses études...
-Delphin... fit sa grand-mère en entrant dans sa chambre.
Il sursauta, un peu surpris qu'on vienne le déranger dans un tel désordre. Il espérait secrètement que ce n'était pas pour lui dire de ranger.
Son regard bleu-gris parcourut les livres étalés un peu partout, les dessins, les photocopies de livres empruntés à la bibliothèque locale, les croquis et esquisses, puis le carnet dans ses mains tachées d'encre bleue.
Elle prit une ou deux feuilles sur le fauteuil de la pièce et s'assit pour les regarder un instant.
-Qui est Alexia ?
-Notre nouvelle voisine.
-Ah oui. Celle dont tu es amoureux. Je suis toujours stupéfaite de tes talents en dessin. Parle-moi de ses parents.
-Ils sont arrivés en juillet, avec son père.
-Et sa mère ?
-Non, il n'y a qu'eux deux.
-Qu'est-ce qu'il y a entre vous ?
-Rien. Elle me déteste depuis qu'elle est arrivée. Je voulais l'aider mais ça n'a fait qu'empirer les choses. Et je suis sûr que c'est une sirène.
Il y eut deux secondes de silence qui firent douter Delphin sur ce qu'allait dire sa grand-mère.
-Oui, je crois aussi, dit-elle. Tout ce qu'on peut dire sur les sirènes s'applique à Alexia. Pas de mère ou en tout cas pas présente à l'âge où elle devient adulte... La colère... Le désir de faire du mal. De tuer même...
-Mais elle ne l'a pas fait.
-Je pense qu'une jeune sirène ne peut pas tuer. La transformation ne dure pas assez longtemps. Cet aspect-là est important : deux personnalités qui cohabitent jusqu'à ce que la sirène prenne le dessus, sur le corps comme sur l'esprit.
-Ca veut dire qu'elle va finir par être vraiment une sirène ?
-Hm-hm.
Delphin eut du mal à croire qu'il parlait vraiment de sirène avec sa grand-mère et qu'ils parlaient de l'avenir d'Alexia.
-… Je n'aurais pas dû partir.
-Je ne crois pas qu'il y ait grand-chose que tu puisses faire pour empêcher ça. C'est dans son ADN. On dit souvent que les sirènes sont des tueuses, des prédatrices… mais je me dis qu’il s’agit d’une ado. Elle a le temps de changer. Elle regrette peut-être ce qui s’est passé.
***
Les mois qui suivirent furent compliqués pour Alexia, même si elle essayait d’aller de l’avant, il y avait toujours quelque chose pour la tenir engluée dans le passé.
Ce jour-là, au niveau du CDI, elle passa devant de grands panneaux d’affichage recouverts de photos. Elle s’arrêta pour y jeter un coup d’œil. C’étaient les projets du lycée suivant les années. L’an passé, des élèves du lycée étaient partis aider à dépolluer une plage suite à une marée noire.
Le malaise l’envahit quand elle s’aperçut qu’elle cherchait Delphin. Il figurait bel et bien sur les photos. Une affichette signalait même qu’il était l’instigateur du projet…
Une chape de plomb supplémentaire lui tomba dessus et les larmes menacèrent de couler.
-Alex ! fit soudain une voix dans le couloir.
Des pas s’approchèrent de la rouquine, c’était Maëlle. Elle regarda les photos quelques secondes.
-Je ne savais pas qu’ils avaient gardé les photos… Oh, regarde-moi l’horreur…
Elle lui montra une photo de son frère englué dans le mazout jusqu’aux coudes.
-Même trois mois après, ses fringues sentaient encore… j’étais là aussi. C’était un beau projet.
Un beau projet… Une belle personne qu’Alexia avait diffamée, manquée de tuer de peu juste parce qu’elle n’arrivait pas à faire son deuil et à s’adapter à sa nouvelle ville. Il fallait vraiment qu’elle se fasse soigner…
Elle s’effondra en sanglots. Maëlle la retint.
-Ca va aller… Je vais t’accompagner.
***
Delphin tournait en rond. Il était de mauvaise humeur. Cela faisait plusieurs jours qu’il ne dormait pas. Il faisait le tour de l’horloge en attendant que le soleil se lève. Il n’en pouvait plus. Les médicaments qu’on lui avait prescrits ne faisaient plus effet. Il avait essayé tous les moyens qu’il connaissait : la tisane de camomille et tilleul, la musique douce, la lecture jusqu’à ce qu’il tombe endormi… Rien n’y faisait. Même sa grand-mère s’était mise à lui raconter une histoire pour qu’il s’endorme comme lorsqu’il était petit. Ça ne marchait pas.
Après plusieurs semaines sans cauchemar, ceux-ci revenaient à la charge et la rentrée scolaire approchait.
C’était la fin de journée chez les Hildeton. Sa grand-mère avait fait du thé et annoncé qu’Elizabeth passerait papoter.
Delphin vit la voiture de sa tante se garer. Elle lui adressa un grand sourire et s’approcha à grandes enjambées.
-Tu as une tête de déterré, Del’.
-Il ne dort pas, dit sa grand-mère.
-Des choses qui te perturbent ?
-Les souvenirs de l’accident, marmonna-t-il.
-Ca a dû être violent…
-Ouais…
Ce n’était pas vraiment l’accident en lui-même. C’était tout ce qu’il y avait eu autour : Alexia, l’accusation de harcèlement, la sirène et puis des souvenirs qu’il ne connaissait pas.
Sa tante sortit sur la terrasse et alluma ce qui ressemblait à une cigarette très mal roulée.
Delphin n’avait jamais vu sa tante fumer. Il savait juste qu’elle était plus « jeune » et détendue.
-Tu veux essayer ? lui demanda-t-elle.
-Qu’est-ce que c’est ?
-De l’herbe. Rien à voir avec ces saloperies qu’on trouve partout. Là, c’est naturel.
-Ca fait quoi ?
-Ça aide à se relaxer et à oublier ses problèmes.
Delphin se dit que rendu à ce stade il n’avait pas grand-chose à perdre.
-Aspire une petite bouffée, dit-elle en lui tendant.
Il toussa un peu. Elle sourit.
-C’est normal, ça fait toujours ça quand on n’a pas l’habitude… Comment tu te sens ?
Il se sentait léger et cotonneux.
-Bien.
Il s’assit sur une chaise pour être sûr de ne pas tomber au cas où ses jambes le lâcheraient. Elizabeth s’installa à côté de lui.
-Beth… fit sa grand-mère.
-Je sais, je gère.
-C’est plutôt efficace… fit Delphin en riant.
Il ne savait pas pourquoi il riait, ses nerfs lâchaient probablement.
Et la dernière chose qu’il vit fut sa tante le regarder en souriant.
Delphin se réveilla dans son lit. Il avait un léger mal de tête mais il avait dormi. Il regarda le réveil et songea qu’il n’avait pas vu les heures passer. Il était presque midi.
Quelques jours avant la rentrée, sa tante l’accompagna pour qu’il aille chercher son uniforme scolaire. De retour chez ses grands-parents, il fut prié de l’enfiler et de poser pour quelques photos.
-On va les envoyer à tes parents. Ça va leur faire plaisir.
-Tu es très beau.
Delphin n’était pas sûr qu’ils soient très objectifs. Il devait avouer qu’il portait assez bien l’uniforme et le plus important, il n’appréhendait pas la rentrée. Il se sentait prêt.
***
En arrivant au lycée ce matin-là, Alexia eut une sensation étrange de déjà-vu. C'était sa deuxième rentrée ici. Un nouveau départ. Tous ses anciens camarades de classe avaient eu leur bac. Rien ne pouvait l’empêcher de l’obtenir cette année.
Note de fin de chapitre:
Fin de la première partie ! N'hésitez pas à laisser une review !
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