Lien Facebook



En savoir plus sur cette bannière

- Taille du texte +

Notes :

Merci à l'équipe de modération d'Harry Potter Fanfiction d'avoir organisé cet échange cette année encore ! ♥

Notes d'auteur :

Joyeux Noël Haru Nonaka ! ♥

 



Je suis une respiration de l'atmosphère, un bout de vent, un souffle d'air.

Avant de m'échouer ici, j'ai parcouru sans relâche la surface de la Terre entière pendant des siècles, asséchant le Sahara, traversant les aurores boréales.
J'ai rasé l'écume des océans, côtoyé les plus hauts nuages, porté des avions, dévasté des villages.
J'ai élevé des cerfs-volants, modelé des dunes, plané sur des lacs, sculpté des montagnes, joué dans la lave des volcans en éruption, façonné des arbres.
J'ai encouragé des navires à aller plus vite, toujours plus vite ; j’ai accompagné et protégé les voiliers des marins solitaires, soulevé la mer face à des pirates. Et l'inverse également, selon mon humeur.
J'ai transporté des pollens et aidé des végétaux à proliférer, et également déplacé de lieu en lieu des nuées d'insectes rasant tout sur leur passage.
J'ai grandi, gagné en puissance, puis me suis calmée, puis regonflée. Brise, ouragan, vent frais ou tempête, j'ai été tout cela déjà des dizaines et des centaines de fois.
J'ai dirigé des bourrasques, me suis laissée porter par des alizés.

Et maintenant, je suis ici, à flâner autour de cette maison isolée.
Je tourne en rond depuis quelques jours. Pour m'occuper, j'ai chatouillé les épines des sapins frais, valsé avec la brume hivernale, ébouriffé les plumes des oiseaux, puis j'ai chanté sur les tuiles du toit de cette petite cabane en bois, déplacé des feuilles mortes qui crissaient sur le gravier de l'allée, ou encore dessiné des volutes sur le givre qui recouvrait le banc. Plusieurs fois, je suis venue me frotter aux vitres du chalet, afin de voir ce qu'il se passait à l'intérieur.
L'ambiance avait l'air d'y être chaleureuse, alors au moment où le chat est rentré par sa chatière ce matin, je suis m'y suis faufilée aussi, lui rebroussant au passage quelques touffes de poils. Il m'a regardée de travers avant de se diriger vers son bol. Il peut me voir, mais il sait par expérience que jamais il ne m'attrapera ; il choisit donc pour l'instant de me laisser vagabonder à mon aise.
J'entame alors ma promenade dans la maison. De minuscules particules de poussière dansent dans les rayons du soleil qui entrent par les carreaux du salon, et je passe en plein milieu, me mêlant à leur mouvement, suivant la chaleur qui remonte en spirales. Je me laisse ensuite redescendre sur le plancher en bois, me redressant pour jouer avec le bas d'une couverture, repoussant les moutons laineux sous les meubles. Je m'engage dans le foyer de la cheminée, ravive deux ou trois braises, puis danse avec les quelques flammèches qui en résultent. Je me rends ensuite à la cuisine, fais tinter discrètement le carillon suspendu à une fenêtre, et emmène avec moi un petit bout de papier, avant de me diriger vers les escaliers qui grimpent à l'étage. Je sinue paresseusement sur les marches, observant distraitement les photographies et autres images accrochées sur le mur qui rythment l'ascension.
Une fois en haut des marches, je me laisse mollement glisser sur le palier.
J'avance doucement. J'avoue lambiner un peu depuis quelques temps. Je ne me sens plus aussi vigoureuse qu'auparavant, et me demande parfois si l'heure de mon repos n'approcherait pas. Cette mélancolie me suit alors que je continue à explorer la petite maison, pièce après pièce. L'endroit est calme et doux, comme un cocon ou un nid douillet. Je me faufile à travers les serrures ou sous les portes, et dans la dernière chambre que je visite, un couple est enlacé sur le lit. Je me hisse au-dessus des couvertures pour les observer de plus près, et me dis que l'endroit et le moment forment probablement l'environnement le plus agréable qu'il puisse exister pour lâcher son dernier souffle.
J'hésite encore quelques instants et ma décision de me laisser me volatiliser est presque prise lorsque j’aperçois soudain à l’extérieur une feuille brune qui vient se plaquer brutalement contre la fenêtre. Alors que l'étreinte du couple se resserre indolemment, tous mes sens au contraire se réveillent. J'attends quelques petites secondes avant de voir une autre feuille heurter la vitre encore plus violemment que sa sœur l'a fait avant elle.
Toutes mes hésitations et ma fatigue disparaissent en un éclair tandis qu'en moi renait l'espoir. Je commence déjà à ressentir le début de l'ivresse provoquée par la vitesse et sa force. Me redressant sur le lit, je prends mon élan, dévale les escaliers et ressors du chalet en une respiration. Tandis que je monte au-dessus du toit, j'entends le carillon de la cuisine qui réagit seulement aux vagues de mon passage.

Je continue à m'élever rapidement dans les airs, rejoignant avec les autres bouts de vent le vortex qui se crée. Certains sont plus gros que moi, d'autres plus petits, plus rapides, plus forts, ou encore plus légers. Les nuages se rassemblent au-dessus de nous, et nous continuons à tournoyer toujours plus haut, emportant avec nous poussière, terre, feuilles mortes, écorces, plumes, papiers.
Notre tourbillon s'étoffe de plus en plus au fur et à mesure que d'autres souffles nous rejoignent, et tout d'un coup, nous sentons tous ensemble que le moment est venu. Nous nous serrons encore d'avantage les uns contre les autres, de manière à ne plus former qu'une masse compacte, puis nous nous bifurquons alors brutalement vers le sol.
Le nuage explose, la pluie nous accompagne ; les feuilles, la terre, les plumes et les écorces sont ballottées parmi nous sans aucune délicatesse. Nous nous écrasons sur les arbres, dérapons contre le sol, puis reprenons de l'altitude, tel un raz de marée recouvrant le paysage puis refluant avec violence.
Lors d'une redescente, je me retrouve plaquée contre la fenêtre de l'étage où le couple est toujours enlacé. Je sais qu'en cet instant, je ressens exactement la même chose qu'eux. Je n'ai plus de corps, je suis sortie de ses limites pour fusionner avec les êtres qui m'entourent, et malgré tout, je sens la vie animer chacun de mes atomes.

Je me sens aspirée en arrière et suis le mouvement, car je ne suis plus moi, je suis un fragment d'un tout. Je suis une partie du souffle de l'air. Je compose le vent tout comme lui-même me compose. Dans cette masse gigantesque, nous sommes tous identiques et pourtant tous fondamentalement différents. Nous sommes des milliards mais nous ne sommes qu’un, tous dirigés vers un seul et même objectif, dans un seul et même mouvement, ce qui nous donne une force incommensurable.

Notre élan nous pousse ensuite à survoler les arbres qui entourent le chalet, puis à suivre la route goudronnée qui part vers les champs.

Le voyage ne fait que commencer.

 

Note de fin de chapitre:

J'espère que vous avez apprécié le partage de ce cadeau :)

Vous devez vous connecter (vous enregistrer) pour laisser un commentaire.