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Chapitre 3

 

« C'est hors de question ! Tu ne peux pas faire ça ! Enfin, la relation de marque avec nos sponsors et...

— Sam, allez, c'est presque Noël, on peut s'amuser un peu, non ?

— Hors de question que je joue à ce jeu puéril.

— Ce n'est qu'un concours de biscuits de Noël, pas une œuvre d'art que tu vas devoir exposer au Louvres.

— On n'a même pas de four, ni de pâte, ni de...

— Allons les amis, formez les équipes ! Et faites preuve d'imagination !

— On n'a aucun matériel ! Je n'ai même pas mon livre de cuisine et...

— Antoine, coupa Louise. Vous vous joignez à moi ? Je me sens d'humeur compétitive ce soir !

— Avec plaisir !

— Quoi ? Mais Antoine ! Je pensais que tu étais dans mon équipe, s'offusqua Sam.

— Allons Sam, tu vois bien que Gérard souhaite t'épauler. Tu ne vas pas refuser ça au grand patron. »

Sam était rouge de colère. On lui imposait le patron ventripotent pendant que la provinciale sortie de nulle part partait avec son chef ? C'était terriblement injuste ! Elle allait trouver une solution radicale !

« Ok, c'est quoi votre plan au juste ? Parce qu'un concours de pâtisserie sans aucun ustensile au milieu d'une patinoire, je trouve ça osé.

— Qui a dît qu'il n'y avait aucun ustensile ? » s'amusa Louise.

Un camion freina brusquement devant l'entrée de la patinoire et un livreur se précipita en demandant :

« C'est ici pour la livraison ?

— Tout à fait ! »

C'était la chose la plus incongrue, la plus ahurissante qu'elle n'ait jamais faite. Sur un coup de tête, elle avait appelé ses anciens contacts pour les réceptions qu'elle organisait et tous s'étaient précipités pour organiser ce qui s'annonçait comme la pire folie culinaire que l'élite parisienne n'ait jamais connue. En deux temps, trois mouvements, une table était dressée au milieu de la patinoire sous les yeux ahuris des passants qui ne comprenaient pas ce que l'équipe du Meilleur Pâtissier avait bien pu fumer pour mettre son concours sur une patinoire elle-même au milieu de la place de la Concorde. Si un jour les phoques avaient des ailes ? On y était !

Les denrées alimentaires avaient été disposées en petits tas, de sorte que chaque équipe puisse faire son biscuit de Noël sans manquer de rien. Louise renfila ses patins aux côtés d'Antoine. Elle avait l'impression de ressembler à un lapin sous ecstasy. Ou un chaton sous méthyphénidate, au choix. Force était de constater qu'elle se sentait plus puissante que jamais. Ce soir, elle ruinait en une soirée toutes ses chances de ne jamais revenir à Paris ou elle réussirait. L'entre-deux n'était pas permis. Et comme dirait le général Maximus : "Force et honneur !".

« Vous êtes prêts ?

— J'ai l'impression de faire la chose la plus dingue de toutes les fêtes parisiennes que j'ai faites jusque-là mais les gens ont l'air de s'amuser à nous regarder. Et moi aussi, je dois bien vous avouer. C'est quoi le plan ?

— Quel plan ?

— Vous avez bien un plan ? Pour les biscuits. Je n'en ai jamais fait de ma vie.

— Moi non plus. »

Antoine dévisagea Louise. Elle avait dit ça avec un aplomb qui le déstabilisait.

« D'accord... Et donc ?

— Ce sont des biscuits sablés ? Il nous faut du sucre, des œufs, de la farine. Et tout ce qui a l'air bon. Quand le DJ aura lancé le chronomètre il faudra qu'on aille chercher tout ça à l'autre bout de la patinoire.

— Vous ne savez pas patiner sans la rambarde, ricana-t-il.

— C'est un détail.

— On va être au milieu de la patinoire Louise, il va falloir patiner pour la traverser.

— Je vais me débrouiller. Ce n'est pas pire que le vélo, si ? Il suffit d'y mettre suffisamment d'enthousiasme et d'équilibre pour que tout se passe bien.

— J'ai l'impression que Sam va vous trucider. Je ne sais pas pourquoi elle semble vous détester autant.

— Certainement ma coupe de cheveux qui ne lui revient pas.

— Oui, dit Antoine perdu dans ses pensées, certainement. »

Les équipes étaient fin prêtes. Louise rajusta son tablier, retroussa les manches de son manteau et se laissa glisser vers la table qui leur était réservée. Voilà, un coup de patin à droite, un coup de patin à gauche, ce n'était rien de très compliqué après tout ! Chancelante et en nage, elle s'agrippa à la nappe une fois au milieu de la piste. Elle avait beau fanfaronner, elle n'en menait pas large malgré tout. Que n'aurait-elle donné pour que Mia assiste à ça ! Après tout, tout cela était de sa faute ! Si elle ne l'avait pas poussée dans ses retranchements, jamais son cerveau n'aurait à ce point disjoncté pour inventer une histoire aussi saugrenue.

« Écoutez, dit Antoine en se baissant vers elle pour qu'elle l'entende, ce qu'on va faire c'est que je me charge d'aller chercher les ingrédients et vous préparez tout ce qu'il faut. Ok ? Sinon j'ai bien peur qu'on n'ait jamais nos œufs entiers. »

Louise rit malgré elle. Était-elle à ce point un cas désespéré en patinage ?

« Ok, on fait comme ça. Commencez par la farine et le sucre, c'est une valeur sûre.

— Mesdames et Messieurs, sur une initiative de « Pages en folie », la maison d'édition, nous vous proposons un concours de biscuits de Noël. Chaque équipe aura vingt minutes pour préparer et disposer ses biscuits sur la plaque cuisson. Une fois le temps écoulé, plus aucune modification n'est possible et les biscuits seront mis au four par notre équipe de juges volontaires qui ont accepté de se prêter au jeu. L'équipe qui aura réalisé le meilleur biscuit de la soirée sera déclarée gagnante.

— Rien d'insurmontable après tout, ricana Antoine. Au fait, qu'est-ce qu'on gagne ?

— Aucune idée, pouffa Louise.

— Toutes les équipes doivent se tenir à un mètre de leur table. À mon top ! Trois, deux, un, top ! »

Louise avait l'impression d'être en plein rodéo. Tous les participants se ruèrent ventres à terre vers les denrées culinaires. Les hommes étaient étriqués dans leur costumes et les femmes avaient retroussé leurs robes pour qu'elles ne se prennent pas dans les lames. Les talents cachés de patinage restaient extrêmement bien cachés : elle ne comptait plus le nombre de chutes, de dérapages incontrôlés et de carambolages alors que les participants essayaient de rejoindre l'autre bout de la patinoire.

En voyant la mine décomposée de Sam quand le fameux Gérard se rattrapa plus ou moins élégamment à elle en laissant ses mains s'égarer malencontreusement sur ses formes généreuses, Louise ne put s'empêcher de rire. Elle voyait Antoine en train de se chamailler avec ce qui semblait être un de ses collègues pour un paquet de farine. Elle aurait juré être revenue à un de ces anniversaires de l'école primaire, quand rien n'est plus drôle que de faire une course avec un œuf et une cuillère. Oui, c'était exactement l'impression que ce joyeux bazar donnait.

Les photographes s'en donnaient à cœur-joie. C'était certain, toutes les photos allaient faire un tabac !

« Je les ai ! hurla Antoine.

— Revenez en un seul morceau ! lui répondit Louise gagnée par l'enthousiasme de la compétition. Vite ! »

Elle sortit la balance de sa boîte, attrapa une cuillère et se tint prête à doser la farine et le sucre pour les verser dans leur saladier.

« Allez, c'est parti ! haleta Antoine qui ressemblait maintenant à un labrador fou. On n'a qu'à dire qu'on fait moitié farine, moitié sucre ? J'ai pris du sucre blanc et du sucre de canne.

— Super, ça va donner un côté croustillant ! Allez vite chercher les œufs. Et du lait.

— J'ai vu de l'extrait de vanille, ça peut être pas mal, non ?

— Plutôt de la cannelle si vous trouvez. Et des écorces d'orange.

— Dans des biscuits de Noël ?

— Oui, j'aime bien les écorces d'agrumes confites, ça donne un peu de légèreté.

— Ok, je vous crois. J'y vais. »

Louise s'empressa d'ouvrir le paquet de farine dont une partie lui explosa à la figure. Elle en avait dans les cheveux mais s'en fichait complètement. Il fallait qu'elle se presse. Du coin de l'œil elle pouvait voir le chronomètre projeté sur la colonne de la Concorde qui n'affichait plus que quinze minutes. Vite !

Elle mesura à la sauvage les proportions de sucre et de farine et mélangea le tout. Sautillant sur ses patins, elle criait à Antoine de se dépêcher. Il semblait en plein duel d'équilibriste avec son patron. Main dans la main, ils revenaient vers les tables.

« Œufs, lait et écorce d'orange ! lança Antoine un peu essoufflé. Quoi d'autre ?

— On devrait être bien. Sortez le rouleau, la plaque et les emporte-pièces.

— On voit que vous êtes habituée à donner des ordres, ricana-t-il. Oui, chef, bien chef !

— Ça fait bien longtemps que je n'en ai pas donné », répondit pour elle-même Louise.

Les mains pleines de pâte, la moitié du visage couvert de farine et les yeux pleureurs d'avoir autant rit, Louise dévorait Antoine des yeux. Il semblait s'amuser autant si ce n'est plus qu'elle. Elle prit le temps de regarder les autres équipes et tous semblaient rire de leurs mésaventures. Certains boitaient un peu après quelques chutes, d'autres n'avaient pas l'air d'avoir un semblant de début de pâte à biscuit de prêt tellement ils riaient. Seule Sam semblait au bord des larmes et répétait à qui voulait l'entendre que "ce n'est pas comme ça qu'il faut faire !". Visiblement son chef n'avait pas l'air de suivre la recette de sa coéquipière à la lettre... Louise se sentit un peu mal. Cette pauvre fille n'y était pour rien et elle l'avait mise malgré elle dans une situation inconfortable.

C'était étrange comme sensation, elle avait l'impression de se voir dans un film datant de deux ans. Oui, elle avait enfin mis le doigt sur ce qui la mettait mal à l'aise avec Sam : elle se revoyait en elle quand elle avait commencé à travailler. Brillante, jolie, sûre d'elle, et incapable de contrôler une situation qui lui échappait complètement. Louise secoua la tête. Allons bon, voilà qu'elle recommençait à avoir des pensées désagréables. Que pouvait-elle y faire si cette pauvre fille lui faisait de la peine ? Quelqu'un avait-il eu de la peine pour elle un jour ? Quelqu'un lui avait-il dit qu'elle fonçait droit dans le mur en klaxonnant ? Certainement pas ! Elle ne serait pas celle qui jouerait les marraines la fée ou les donneuses de leçons. Chacun devait prendre sa vie en main, c'était comme ça.

« Passez-moi un emporte-pièce, on ira plus vite à deux. »

Elle frôlait plus ou moins volontairement les mains d'Antoine quand ils se disputaient la pâte pour extraire les petits bonhommes sablés afin de les disposer sur la plaque qui irait au four. Louise se sentait comme une gamine coincée dans un téléfilm à l'eau de rose mais elle s'en fichait. Cette soirée n'avait rien de normale et quitte à se réveiller bientôt, autant vivre le rêve à fond. Antoine glissa doucement ses doigts sur le dos de sa main et lui dit :

« Attends, si tu n'appuies pas assez tu n'arriveras pas à le détacher sans qu'il ne se casse. »

Elle nota que le vouvoiement était tombé et releva la tête pour lui en demander la raison quand elle se perdit dans deux iris aussi brillantes que les étoiles. Elle aurait voulu s'y perdre, que le monde n'exista plus autour d'eux. Le bruit de fond s'était assourdit et le temps semblait d'être figé. Il ne restait plus qu'elle et Antoine, qui lui tenait doucement la main, au beau milieu d'une patinoire. Ses lèvres lui picotèrent doucement et elle ne put s'empêcher de déglutir difficilement. Que lui arrivait-il ? Elle mourait d'envie de se hisser sur la pointe des pieds pour l'embrasser au travers de sa barbe naissante. Et pourquoi pas ? Après tout, qu'est-ce qui l'en empêchait ? Ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, les lumières tamisées de la patinoire leur laissaient suffisamment d'intimité pour qu'un baiser ne fusse pas un problème, non ? Hypnotisée, Louise se hissa doucement vers Antoine. Soudain son patin ripa sur une irrégularité de la patinoire, elle perdit l'équilibre et, les yeux hagards, elle se sentit tomber droit vers la glace. Paniquée elle attrapa la première chose qui lui passa sous la main : la nappe. Dans un vacarme de tous les diables, tous les ustensiles de cuisine, la pâte, les emporte-pièces et les pauvres biscuits sablés qui n'attendaient que de passer au four, glissèrent au ralenti en accompagnant la chute inélégante de Louise. Dans un bruit sourd, bientôt suivit d'un capharnaüm de métal rebondissant sur la glace, elle atterrit sur les fesses, les biscuits collés dans les cheveux et le reste de farine sur la figure.

Un silence de mort suivit sa chute. Antoine se précipita en slalomant entre les bonhommes sablés et lui demanda :

« Louise ? Ça va ? Rien de cassé ? Louise ? Tu m'entends ? »

Louise prit le temps de regarder autour d'elle. Bon sang, tout le monde semblait avoir les yeux rivés sur elle. Elle sentit le sang affluer vers son visage et se sentit obligée d'afficher un sourire de pub pour dentifrice.

« Oui, oui. Plus de peur que de mal.

— Attends, je vais t'aider ! »

Il lui tendit la main qu'elle attrapa avec reconnaissance. À peine avait-elle esquissé un mouvement pour se mettre debout qu'elle sentit une douleur dans le bas des fesses.

« Aïe ! Oh bon sang !

— Tu vas avoir un sacré bleu ! La chute a été assez spectaculaire ! »

Son coccyx et son honneur en avaient pris pour leur grade. Elle contempla le désastre qu'elle avait causé au beau milieu de la place de la Concorde et sentit un rire monter dans sa gorge. Elle n'avait pas ressenti un tel sentiment de honte et de ridicule depuis des années ! Et pourtant, elle ne pouvait plus s'arrêter de rire. La situation était si cocasse que même dans un de ses romans elle n'aurait jamais osé l'écrire. Antoine se joignit à son éclat de rire et d'un signe au DJ ils déclarèrent forfait.

« C'est dommage, la taquina-t-il en la raccompagnant vers la terre ferme, à cinq minutes près je suis persuadé que nous aurions gagné.

— Tu sais le pire dans cette histoire ?

— Dis-moi.

— On n'aura même pas pu goûter à notre essai culinaire. J'aurais bien aimé voir ce que donnait l'écorce d'orange.

— Quoi ? Mais tu m'as assuré que... »

Louise haussa les épaules.

« Je me dis que ça ne peut pas être mauvais, si ? Mon Dieu, je ne vais pas pouvoir tenir assise durant une semaine, maugréa-t-elle en essaya de délacer ses patins.

— Laisse, je vais t'aider. »

Il s'accroupit et entreprit de défaire les lacets un par un.

« Je ne sais même pas comment tu as bien pu faire ton compte pour t'étaler à ce point alors que tu étais à l'arrêt. J'avais à peine eu le temps de comprendre ce qu'il se passait que tu étais déjà les quatre fers en l'air sur la glace !

— J'imagine qu'aucun journal ne va me laisser oublier tranquillement cette humiliation ?

— Je ne pense pas en effet ! Cette compétition est du pain béni pour les journaux people, attends-toi à avoir ton nom sur toutes les couvertures. »

Louise soupira.

« S'ils mettent au moins le nom de mon roman derrière ça m'ira, relativisa-t-elle. C'est plutôt bien parti comme lancement, non ? »

Plus loin le DJ mettait officiellement fin à la compétition et les participants sortaient un à un de la patinoire. Plusieurs se ruèrent vers Louise alors qu'elle ne les connaissait même pas de vue quelques minutes plus tôt. De se voir ainsi entourée avec tout un tas de personnes qui semblaient réellement se préoccuper de son sort lui fit du bien.

Alors que les biscuits de Sam et Gérard gagnaient haut la main la compétition, la jeune femme se dirigea vers Louise pour lui demander poliment si elle souhaitait qu'elle la raccompagne chez elle.

« Je crois que vous êtes venue avec Emilia, non ? Après la chute que vous avez faite, j'espère que vous n'envisagez pas de rentrer en métro ! »

Louise fut surprise. Sam semblait vraiment inquiète pour elle et sa proposition semblait sans arrière-pensée.

« Je suis fatiguée et je comptais rentrer, je vous dépose si vous voulez.

— C'est gentil, répondit Louise sincèrement touchée. Je dis juste au revoir à quelqu'un. »

Antoine était en grande discussion avec son patron quand elle se permit de les interrompre.

« Je vous remercie pour l'organisation de la soirée messieurs. Antoine, je te vois demain pour l'interview !

— Tu pars déjà ?

— Oui, Sam me dépose, je profite de la voiture.

— J'aurais pu te ramener.

— Non, non, ne t'inquiète pas, ça va aller. J'imagine qu'il doit y avoir encore pas mal de personnes avec qui tu dois discuter.

— C'est vrai.

— Merci encore mademoiselle pour cette compétition, je ne me souviens pas de la dernière fois que j'ai autant ri à une soirée de charité ! »

Louise remercia les organisateurs et suivit Sam en boitant légèrement. À tous les coups elle aurait du mal à marcher durant une semaine !

Le silence était pesant dans la voiture. Si elle avait trouvé délicat l'attention de Sam de la déposer, elle regrettait presque le métro pour pouvoir échapper à cette chape de plomb.

« Il faut que je vous prévienne, lança soudain Sam à voix basse. Antoine ne s'attache pas.

— Pardon ?

— Il a toujours été comme ça depuis que je le connais. Sous ses apparences bon enfant, il a toujours eu la trouille des relations durables. Alors je vous mets juste en garde, ne laissez pas votre petit cœur en bandoulière, ça pourrait mal se finir. »

Louise resta coite. Si elle s'était attendue à ça...

« Excusez-moi Sam, qui êtes-vous pour me donner ce genre de conseils ? »

Sam fit signe au chauffeur de continuer alors qu'elle regardait les lumières de Noël défiler.

« Je le connais depuis que nous sommes enfants. Il vous a proposé d'aller voir les illuminations, n'est-ce pas ?

— Comment le savez-vous ?

— Il fait toujours ça. C'est un peu sa façon de se dire "Je me lance cette fois !". Du moins j'ose espérer qu'il est sincère quand il le propose. Puis au bout d'une semaine, passé les discussions habituelles sur votre vie, la sienne, quand vous allez commencer à vous attacher un peu, il fuira. »

Sam se tourna vers elle pour la regarder dans les yeux. Elle fit la moue et ajouta d'un ton amer :

« Il fuit toujours.

— Mais pourquoi ?

— Pourquoi quoi ? Pourquoi est-ce qu'il fuit ou pourquoi est-ce que je vous préviens ?

— Les deux.

— Je ne sais pas pourquoi il fuit. Si j'étais fine psychologue je me risquerais à dire qu'il a peur qu'on découvre qui il est vraiment mais je n'en suis pas certaine. La seule à qui il se confie un tant soit peu, c'est moi. Simplement parce que je ne serai jamais rien de plus qu'une de ses meilleurs amis. Il ne m'a jamais vue autrement. »

Louise pouvait sentir d'ici l'acidité des paroles de Sam. Elle ressentait soudain une empathie qu'elle ne pensait jamais avoir un jour pour cette femme qu'elle trouvait parfaite, condamnée à ne jamais être aimée de l'homme dont elle était amoureuse.

« Et pourquoi est-ce que je vous le dis ? » demanda Sam comme si elle n'avait jamais été interrompue. « Parce que vous semblez être une personne bien, Louise. Mais prenez garde, vos fissures sont beaucoup trop visibles sous votre masque de porcelaine. »

Louise sursauta. Ses fissures ? Elle voulait dire que...

« Nous sommes arrivées, murmura Sam. Je vous souhaite une bonne nuit. J'ai été ravie de partager ce trajet avec vous. »

Déconcertée, Louise sortit de la voiture après avoir remercié ses chauffeurs. Elle s'apprêtait à composer le code de la porte quand Sam baissa sa vitre et lança :

« Au fait, ne vous sentez pas obligée de me saluer demain, je comprendrai. »

Note de fin de chapitre:

Qu'avez pensé de la glorieuse idée de Louise ? Et des confidences de Sam ?

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