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Notes d'auteur :

Bienvenue dans cette nouvelle histoire ! 

Attention pour les âmes sensibles : l'abus de guimauve est mauvais pour la santé.

Bonne lecture !

Chapitre 1

 

La gare était bondée. Les bruits de roulettes cabossées couvraient à peine les pleurs et les cris des voyageurs. C'était un nouveau week-end de grève et les trains étaient de plus en plus capricieux. Louise essaya de se faufiler entre un contrôleur, qui se faisait incendier par une mégère emmitouflée jusqu'au cou, et un garçon d'une dizaine d'années qui avait l'air de trouver drôle de donner des coups de pieds dans le sac de son père. Ah la jeunesse...

Louise soupira pour la centième fois depuis qu'elle s'était levée ce matin. Si elle s'était écoutée, elle serait restée dans son lit bien au chaud avec un café crème et son ordinateur sur les genoux. Voilà ce qu'elle entendait par "week-end", et certainement pas une virée parisienne en plein mois de décembre ! Elle était prête à parier qu'il y aurait en plus des manifestations ! Si elle excluait bien sûr le fait qu'elle survive à tout cela, encore lui faudrait-il affronter les touristes tout aussi paumés qu'elle sur les Grands Boulevards et les magasins où il ferait aussi chaud que sous les tropiques. Non, décidément, la période des fêtes à Paris, c'était très peu pour elle.

Alors qu'elle pestait contre un couple qui avait décidé de ne pas se ranger sur la file de droite de l'escalator, elle sentit sa poche vibrer.

« Allo ? décrocha-t-elle.

— Tu es arrivée saine et sauve ?

— Le "saine et sauve" est peut-être superflu mais j'ai toujours mes deux bras si c'est ce que tu sous-entends.

— Parfait, je n'en demandais pas plus. Tu seras prête pour la réunion ?

— Si j'ai bien compris il faut que je prenne un bus, un métro, un RER et que je finisse à pied. Tu sais que pour venir de ma province profonde il ne m'a fallu qu'un TGV ?

— Écoute, ne commence pas. Ça fait quoi ? Un an à peine que tu as quitté Paris ? Les réflexes vont vite revenir ! Rien que prendre un escalator va vite te rappeler des souvenirs. Allez, à toute ! »

Outrée qu'on lui ait raccroché au nez, Louise laissa échapper un petit rire nerveux. Oui, sa meilleure amie avait raison, ses réflexes de parisienne stressée lui revenaient en pleine face. À croire qu'elle n'avait peut-être pas tout oublié de sa vie d'avant finalement...

Elle secoua la tête pour chasser les pensées sombres qui lui revenaient à l'esprit. Non, elle ne voulait pas y penser maintenant. Elle aurait tout le temps d'y songer dans le train qui la ramènerait en Bretagne à la fin de la semaine.

Serrée comme une sardine à l'huile dans sa boîte de conserve, Louise regardait les traces de doigts sur la vitre du bus. C'était ça ou plonger son nez sous les aisselles malodorantes de son voisin. À choisir, c'était vite vu. Les travaux avaient repris de plus belle depuis un an, à croire que tous les grands axes étaient à reconstruire ! Si les transports en commun continuaient à faillir, il ne fallait pas donner longtemps avant que les parisiens ne finissent en dépression sévère pour cause de temps de transports décuplés. C'était bien pour ça qu'elle avait fui cette ville ! Bon, peut-être pas que pour ça...

En faisant des contorsions dignes d'une danseuse de pool danse, elle attrapa son téléphone. En deux clics elle vérifia l'arrêt auquel elle devait descendre et s'extirpa du bus non sans écraser quels orteils en guise de dommage collatéraux. Elle fit claquer les talons de ses bottines en courant presque vers la bouche de métro. Elle allait dévaler les escaliers sa valise sous le bras, quand une pensée lui traversa l'esprit : pourquoi se pressait-elle au juste ? Après tout, elle n'était attendue au journal qu'en début d'après-midi. Elle manqua de se faire rentrer dedans par un homme qui lui grogna d'avancer et elle eut sa réponse : elle se pressait parce que c'était ce que tout le monde faisait dans cette ville. C'était bien simple, ceux qui ne se pressent pas sont des touristes. Point à la ligne.

En prenant son temps, Louise sourit. Oui, elle était redevenue une touriste. C'était assez comique de voir les choses ainsi. Elle qui avait toujours vécu en vrai parisienne se sentait maintenant étrangère alors qu'elle connaissait encore les arrêts de métro par cœur.

Louise manqua de s'endormir dans le RER. Elle avait réussi à trouver une place assise et c'était bien trop confortable pour qu'elle n'abandonne pas l'accumulation de stress qu'elle avait depuis le matin.

Elle se sentait complètement épuisée alors qu'elle n'avait rien fait de moins que ce qu'elle faisait depuis des années en temps de transport. Comment pouvait-on oublier si vite ?

Son téléphone vibra à nouveau, la sortant de ses pensées. Elle ouvrit le mail qu'elle venait de recevoir. Elle était à peine arrivée au bout qu'elle recevait un nouveau coup de fil.

« Oui Mia j'ai reçu ! Si tu me laissais le temps de te répondre ça te ferait faire des économies de...

— Tu as intérêt à être à l'heure ! Tu sais au moins qui j'ai dû soudoyer pour que...

— Mais je m'en fichais et tu le sais très bien !

— Une bonne promotion...

— Est primordiale, je le sais.

— Alors arrête de faire ta blasée et ramène tes fesses chez moi tout de suite.

— Je suis en bas, soupira Louise.

— En bas ? Genre, en bas ?

— Oui, genre "en bas". Allez, ouvre-moi qu'on puisse finir cette dispute dignement au chaud. Je n'en peux plus de ce froid de canard ! »

La porte d'entrée couina comme dans ses souvenirs. Elle était venue si souvent depuis qu'elles étaient étudiantes qu'elle aurait pu faire le trajet les yeux fermés. Elle reconnaissait tout : des graffitis dans la cage d'ascenseur jusqu'au pet sur l'émail de la rampe du couloir. En quelques mois, absolument rien n'avait changé.

La porte au bout du couloir s'ouvrit à la volée et une petite furie blonde embroussaillée courut vers elle, un sourire jusqu'aux oreilles.

« Ce que tu m'as manquée !

— Toi aussi !

— Allez, entre, on a beaucoup de choses à faire. »

Louise avait à peine posé son manteau sur la patère qu'elle avait déjà un thé brûlant entre les mains et qu'Emilia s'était lancée dans sa traditionnelle logorrhée de bienvenue.

« Tu as encore maigri ! Quand vas-tu prendre le temps de faire du sport pour te remplumer un peu ? Tu as l'air tellement fatiguée. Je pensais que l'air frais de la mer te ferait du bien pourtant ! Il faut absolument que tu me montres ce que tu as prévu pour l'interview. Hors de question que tu y ailles comme ça !

— STOP ! Une question à la fois Mia s'il te plait !

— Ok, je pars au plus urgent : c'est quoi cette tenue ?

— Écoute, je voyage léger. Et franchement, les talons aiguilles à Paris ? Tu ne vois ça que dans les films américains dans lesquels le prince charmant dépose la princesse dans un hôtel cinq étoiles en limousine avec des diamants et...

— Ok, je crois que j'ai compris l'idée. Ma belle, je te rappelle que tu vas passer au JT de 20h d'une des chaînes les plus regardées de France. Allo la Lune, ici la Terre ! Vous me recevez ?

— Cinq sur cinq Houston, grogna Louise.

— Alors Louise Garance Delettre, tu vas m'expliquer pourquoi tu es dans un tel état ? Je ne demandais pas l'impossible, une simple robe un peu sport aurait fait l'affaire ou un chemisier à la rigueur. Là le sweat, le jean à trous hyper lâche et les bottines pleines de boue ce n'est pas possible...

— Je suis écrivain, pas styliste, ni mannequin.

— J'ai saisi l'idée. Mais tu tiens vraiment à ce que tout le monde te voit dans cette tenue ? Tu veux vraiment que ce soit l'image que les gens retiennent de toi ? Que Vincent...

— Ne prononce pas son nom ! s'offusqua Louise.

— Voilà, on y est ! Je le savais ! C'est pour ça que je t'ai demandé de revenir à Paris pour les fêtes ! J'en étais sûre ! Tu ne peux pas me cacher à moi, ta meilleure amie avec qui tu as usé les fonds de tes pantalons sur les bancs de fac miteux, que tu déprimes toute seule dans ton coin !

— Je ne déprime pas.

— Non, bien sûr.

— C'est vrai Mia, je suis sérieuse. C'est Paris qui me fait déprimer.

— Faux et archi faux ! Et ce roman ? Tu crois qu'il est sorti de nulle part ? À d'autres ! Ton cerveau t'a fait écrire le meurtre parfait avec pour victime, comment s'appelle-t-il déjà ? Vince ?

— Mia..., prévint Louise.

— Tu es complètement à côté de la plaque ma belle ! Si tu crois que tu vas rebondir en écrivant de jolies petites histoires de meurtres, tu te fous le doigt dans l'œil et jusqu'au coude !

— Mia !

— Oui, parfaitement ! Alors maintenant tu vas finir ton thé et on va aller acheter une tenue digne de ce nom pour en mettre plein la vue à la France entière ! Comme ça tu vas prouver à ton ex-patron combien c'est un crétin fini de t'avoir laissée descendre en enfer.

— Mia, tu exagères.

— C'est un cafard privé de carapace, voilà ce que j'en pense ! Et sache que rien de ce que tu diras n'influencera ma décision ! »

Un sourire amusé se dessina sur les lèvres de Louise. Mia avait toujours été comme ça. Elle était impétueuse, imprévisible et terriblement maternelle. Des deux, elle avait toujours été celle qui pensait aux moindres petits détails qui leurs rendraient la vie plus agréable. Il était si facile de se laisser porter quand on était avec elle, que le retour à la réalité était tout autre ensuite.

« Au fait, demanda Emilia alors qu'elle se dirigeait vers les boutiques, tu as prévenu tes parents que tu rentrais ?

— Non.

— Et ?

— Je n'ai pas envie de les voir. C'est trop tôt.

— Trop tôt ? Ça va faire un an ma belle.

— Je n'ai pas envie de leur gâcher une nouvelle fois les fêtes.

— Louise, Noël c'est tous les ans. Ce n'est pas parce que l'an dernier les choses ont été un peu compliquées que ça va forcément se reproduire tous les ans !

— Je sais qu'ils m'en veulent encore.

— Tu n'en sais rien du tout !

— Mia, je ne veux pas les voir, c'est tout ! coupa-t-elle. C'est trop tôt. »

Louise se rembrunit. Elle n'aimait pas penser à ce qu'il s'était passé l'an dernier. Elle pensait être guérie, avoir laissé tout ça derrière elle, mais des guirlandes lumineuses aux chants de Noël qui s'échappaient des vitrines, tout lui hurlait les souvenirs qu'elle avait essayé d'oublier en vain.

« Robe ou pantalon ?

— Je suis certaine que tu meures d'envie de me faire essayer une robe.

— Oui !

— Donc pantalon. »

Emilia resta bouche bée. Qui était cette perverse qui osait à ce point contrecarrer ses plans ?

« Ne pleure pas, je suis certaine qu'avec un joli haut tu vas pouvoir te rattraper. Et reste modeste, je ne roule pas sur l'or.

— Ça va, ça va, je sais... Je te rappelle que c'est grâce à moi si...

— Si j'ai réussi à être publiée ? Tu n'arrêtes pas de me le rappeler, je te remercie !

— Il n'empêche que si je n'avais pas exhumé ce manuscrit de ton tiroir l'an dernier, tu ne serais pas l'autrice à succès que tu es maintenant.

— Est-ce donc ce que je suis devenue ? Une autrice à succès ?

— Je dirais plutôt une autrice en cours de succès mais on y est presque.

— Qui fait l'interview ? »

Mia se mit à papillonner des yeux.

« Mia ? C'est quoi cette tête de merlan frit ?

— C'est mon chouchou !

— Qui est ton "chouchou" ? s'inquiéta Louise.

— Mon présentateur préféré. Il est tellement beau que je n'arrive plus à suivre les informations quand il présente.

— Ce n'est pas très bon signe ça...

— Pourquoi ? On ne critique pas mon chouchou devant moi !

— Parce que si tu n'es pas capable de retenir quoi que ce soit en suivant ses infos, comment veux-tu que les gens se souviennent d'aller acheter mon livre ?

— Ah..., comprit Mia. Pas faux. Mais il est tellement beau !

— Mia, soupira Louise. Dois-je te rappeler que tu es mariée ?

— Ce n'est pas parce qu'on est au régime...

— Qu'on ne peut pas regarder le menu, je sais. Arrête avec cette phrase, elle est horrible ! Ce pauvre garçon n'est pas un morceau de viande !

— Louise, reprit Mia soudain très sérieuse, promets-moi que s'il t'invite à aller prendre un verre tu ne refuseras pas !

— Mais quelle mouche t'a piquée ?

— Jure-le !

— Ok, je le jure. »

Mia se pencha vers le rideau de la cabine où Louise se changeait et chuchota :

« Il paraît qu'il est célibataire.

— Et ?

— Et toi aussi !

— Certes. Comme beaucoup de personnes dans ce monde où l'égoïsme règne en maître.

— Ce que tu peux être sinistre parfois !

— Mia, n'essaie pas de jouer les Cupidon, ça n'a jamais fonctionné.

— Je te rappelle que c'est grâce à moi que tu as rencontré ton premier petit copain !

— Et il a failli m'ébouillanter avec son café quand tu lui as fait un croche-pied. Il était tellement confus qu'il m'a suivi comme un labrador fou d'amour pour son maître durant des semaines !

— Vous étiez mignons ensemble, ricana Mia. Ok, ok, je plaide coupable. Mais la mesure d'éloignement que je t'ai suggérée a bien fonctionné ! Tu vois que je suis utile. »

Louise leva les yeux au ciel en se retenant de rire. Mia était si imprévisible... On ne s'ennuyait jamais avec elle. Elle sortit de la cabine en écartant les bras.

« Qu'en penses-tu ?

— Ravissant ! Allez, adjugé ! Je paie, inutile de discuter, je sais très bien que ton livre ne te rapporte rien. Je ferai passer ça en frais professionnels par la maison d'édition.

— C'est ça, murmura Louise, faisons comme si on ne savait pas toutes les deux que tu m'offrais cette tenue. »

Mia était vraiment une personne en or !

 

Le hall du bâtiment en verre était immense. Les cadres en costumes marchaient d'un pas déterminé vers les nombreux escaliers et ascenseurs. Louise se sentait comme une fourmi qui aurait été parachutée dans une nouvelle fourmilière. Elle avait l'impression de dénoter dans le décor. Elle tournait la tête dans tous les sens en se mettant sur la pointe des pieds dans l'espoir de trouver de l'aide. Le panneau "Accueil" finit par lui sauter aux yeux et elle se précipita vers l'hôtesse qui l'accueillit chaleureusement.

« Puis-je vous aider ?

— Oui ! En fait j'ai rendez-vous pour une interview pour le journal de 20h.

— Je vois. C'est au deuxième étage dans le département "JT". Demandez M. Valle, il vous aidera.

— Merci ! »

Elle se faufila dans les couloirs qu'on lui avait indiqués, dans ses petits souliers. Même si elle avait voulu donner l'impression à Mia qu'elle était sereine, son palpitant pulsait contre sa cage thoracique et elle n'en menait pas large. Louise poussa la porte vitrée du service "JT" et demanda d'une petite voix tremblante à la première personne qu'elle croisa où elle pouvait trouver le fameux monsieur Valle.

« Demandez à son assistante, c'est la jeune femme que vous apercevez au fond de la pièce. »

La jeune femme au fond de la pièce ? Elle voulait dire l'espèce d'Amazone juchée sur de sublimes stilettos qui mettaient en valeur d'encore plus sublimes jambes ? A priori oui. Louise ressentit une haine viscérale pour cette femme qu'elle n'avait pourtant jamais vu de sa vie. Était-il possible d'être aussi magnifique en vivant sur cette planète ? Il semblerait que certaines aient été plus gâtées que d'autres par la nature.

Elle interpela malgré tout la jeune femme. Le regard qu'elle reçut en retour lui donna immédiatement l'impression d'être un insecte qu'on était en train de disséquer. D'ailleurs elle venait de perdre une aile.

« C'est à quel sujet ?

— En fait on m'a demandé de venir pour une interview et...

— Pff... Si maintenant je dois m'occuper des interviews on ne va pas s'en sortir. Allez, attendez-moi dans le salon lounge que j'aille chercher M. Valle », soupira-t-elle.

Louise pensa immédiatement que ses antennes venaient de lui être arrachées et elle ne donnait pas cher de sa carapace si elle restait plus longtemps en présence de cette femme. Aussi piteuse qu'une enfant qui aurait fait pipi dans sa culotte, elle alla s'asseoir en silence sur le canapé crème qu'on lui montrait.

« Louise ? »

Elle sursauta et leva la tête. Un homme sublime au sourire ravageur lui faisait face.

« Je suis M. Valle mais vous pouvez m'appeler Antoine, je préfère quand on s'appelle par nos prénoms. Ça ne vous gêne pas j'espère ?

— Qu... Quoi ? s'étouffa-t-elle en essayant de reprendre sa respiration. Non. Du tout.

— Super ! Venez dans mon bureau, nous serons plus au calme. »

Louise essuya rapidement le coin de sa bouche du revers de la main pour vérifier qu'elle n'avait pas bavé. Elle avait comme la drôle d'impression de laisser sa dignité sur le canapé crème quand elle se leva.

Elle entra dans le bureau alors qu'Antoine lui laissait galamment la priorité.

« Dites-moi tout. Je crois que votre agence vous a transmis les questions.

— Oh... Heu... »

Louise devint écrevisse en très peu de temps. Le questionnaire ! Elle l'avait fourré dans son sac en se disant qu'elle aurait bien le temps de le lire dans le train. Sauf que de film en épisode de série, elle en avait oublié le boulot. La voilà dans la panade.

« Je suis désolée, j'ai... Comment dire ? Oublié ? »

Antoine rit à son embarra.

« Pas de souci, rendons donc ça plus spontané, je préfère aussi. De toute façon quand on n'a pas l'habitude, c'est très difficile de donner des réponses préparées à l'antenne. Autant que vous veniez simplement demain soir, une heure avant le début du JT. Nous en profiterons pour faire le maquillage et vous expliquer le fonctionnement. »

Cela semblait si simple à l'entendre.

« Ce qui compte surtout, c'est de nous parler de votre prochain roman. »

Louise se figea. Son prochain roman ?

« Quel prochain roman ?

— Celui dont nous a parlé votre maison d'édition. Celui qui arrive dans un an. Celui que vous écrivez, insista Antoine en fonçant les sourcils.

— Mais, je... Enfin, c'est à dire que...

— Antoine ? Mon chou ? interrompit soudain Miss Univers en entrant dans le bureau sans avoir frappé. Tu dois être chez le grand chef dans cinq minutes.

— C'est vrai. Merci Sam ! Je suis désolé de devoir vous laisser, on se voit demain soir à l'antenne ! »

Il lui fit un petit signe de la main avant de sortir du bureau en laissant une Louise à l'état d'insecte anténectomisé, ailectomisé et dépouillé de toute dignité. La dissection était terminée et elle n'était pas certaine d'avoir survécu.

 

« Tu te fous de moi ? s'énerva-t-elle en menaçant Mia de ses baguettes.

— Baisse ça, tu vas crever un œil à quelqu'un.

— Depuis quand est-ce que j'écris un autre bouquin !

— Mange donc tes sushis tant qu'ils sont chauds !

— Ça se mange froid ! Réponds-moi ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire à dormir debout ? »

Mia posa le Californien qu'elle s'apprêtait à manger en soupirant.

« Louise, un seul livre n'intéresse pas les médias. Pour être invité au JT si tu n'es pas Marc Levy, ou je ne sais quel écrivain à la mode dans les halls de gare, et tu n'as pas de roman derrière tu es foutue. Tu tiens vraiment à ce que les gens t'oublient ? C'est ça le marketing ma grande, un roman et tu annonces ton deuxième derrière lors du lancement du premier.

— Ce qui perd complètement son intérêt puisque tu parles d'un roman qui n'existe pas alors que tu pourrais en présenter un qui est écrit.

— On est d'accord mais c'est comme ça.

— Sauf que je n'ai pas de deuxième roman Mia ! En quelle langue faut-il que je te le dise ?

— Eh bien invente ! Débrouille-toi, tu as vingt-quatre heures, c'est largement suffisant.

— Une journée pour inventer tout un bouquin ? Tu es devenue folle ?

— Tu n'as pas besoin de l'écrire, il vaut juste connaître vaguement l'histoire. Un peu la trame. Les personnages aussi ça serait idéal. Et savoir un peu le genre.

— Ouais, quasiment l'avoir écrit dans ma tête quoi...

— C'est ça. Allez, hauts les cœurs, ce soir je compte sur toi ! »

Louise reposa son sushi pour froncer les sourcils.

« Que se passe-t-il ce soir ? »

Note de fin de chapitre:

Mais oui, que se passe-t-il ce soir selon vous ?

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