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Notes d'auteur :

Texte écrit durant la nuit HPF de février 2018

Les étoiles de Zita

 

oOo

 

Léna toussa, hoquetant de douleur par la même occasion et maudissant le tube qu'elle avait dans le nez de l'irriter dès quelle bougeait. La jeune fille en avait assez, deux mois, deux mois entiers qu'elle était alitée, ses médecins jugeant qu'elle était trop maigre pour se mouvoir tant le risque de chute était grand. Sa tension était faible elle le savait, mais cependant et en dépit du fait qu'elle rentrait dans ses vêtements de fillette, elle trouvait qu'ils exagéraient, elle n'était tout de même pas si maigre que cela. L'adolescente pestait depuis le début de son hospitalisation, maudissant ses parents de l'y avoir contrainte, ses amis de l'avoir dénoncée lorsqu'ils l'ont surpris en train de se faire vomir aux toilettes et ses médecins de n'avoir aucune considération pour ses sentiments. Elle n'avait le droit à rien, pas même au téléphone ou à la radio. Personne ne venait la voir et elle se sentait désespérément seule. Au fond d'elle, Léna savait qu'elle était malade, mais bien que capable de mettre des mots sur sa pathologie elle était incapable de la combattre entièrement, prisonnière de son propre corps. On toqua soudain à sa porte.

 

« Ouais ? Grommela-t-elle.

 

- C'est moi Léna ! S'exclama une voix en franchissant le seuil de la petite chambre aux murs ternes à la peinture écaillée, c'est Zita ! »

 

Une petite fille aux yeux en amande, trainant son pied de perfusion derrière elle s'avançait vers elle, le sourire aux lèvres. Léna adorait Zita et sa bonne humeur communicative, elle s'était dès le début érigée en figure maternelle pour la petite fille comme elle l'avait tant fait pour d'autres par le passé. Cependant aujourd'hui elle n'était pas d'humeur à jouer avec elle ou à lui lire une histoire. Elle avait encore perdu deux cents grammes et ses médecins en avaient fait tout un foin. Elle avait crié lorsqu'ils lui avaient annoncé qu'ils allaient à présent lui mettre la nutrition parentérale la nuit en plus du reste mais rien n'y avait fait, elle n'avait pas le choix, c'était ça ou mourir.

 

« Mon oncle Samy est venu me voir ce matin lorsque tu dormais ! Il m'a donné quelque chose de trop cool ! Je veux absolument te montrer ! Pépia la fillette en agitant les bras d'excitation.

 

- Fiche-moi la paix Zita, soupira Léna en se retournant, j'ai pas le droit aux visites tu te souviens ? J'ai même pas le droit de sortir de ce putain de lit pour aller sur le balcon commun voir le ciel ! Cria-t-elle. Tu comprends, ça fait des jours que j'ai pas pu voir ne serait-ce qu'une seule fichue étoile ! Je suis cloitrée ici comme une taularde.

 

- Désolée... murmura la petite fille en se tordant les mains, je ne voulais pas te faire de peine.

 

- C'est raté.

 

- Léna...

 

- Dégage Zita, sanglota l'adolescente. »

 

La fillette baissa la tête mais obtempéra le cœur gros. Avant de partir cependant elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur la joue inondée de larmes de celle qu'elle considérait être sa grande sœur de cœur.

 

Une vague de culpabilité submergea Léna lorsque la porte de sa chambre claqua.

 

« Et merde ! Pleura-t-elle avant de se rouler en boule dans son lit. »

 

La dernière chose qu'elle souhaitait était de faire du mal à Zita, cela lui rappelait bien trop ce que tout le monde lui reprochait, de faire du mal. Comme si c'était sa faute si elle était malade et incapable de reprendre le dessus, comme si elle avait souhaité tout cela. Tous ses proches s'étaient détournés d'elle, incapables de comprendre que son égoïsme était un symptôme et non un trait de sa personnalité. Sa mère pleurait souvent les rares fois où elle pouvait la voir, se plaignant de toute la souffrance que sa propre fille lui imposait. Mais personne ne semblait se soucier de sa souffrance à elle. Même le maudit psychologue qu'elle voyait presque quotidiennement était à côté de la plaque. Tourmentée par ses sombres pensées, Léna finit par s'endormir, la tête enfoncée dans son oreiller trempé.

 

Lorsqu'elle rouvrit les yeux il faisait nuit, un bruit derrière son dos la fit se retourner, Zita était de nouveau dans sa chambre.

 

« Qu'est-ce que tu fais ? Questionna-t-elle en tachant de rester aimable malgré la folle envie de renvoyer à nouveau la fillette. »

 

Zita ne répondit pas immédiatement, trop concentrée dans sa tâche. Léna se redressa pour s'assoir dans un effort qui lui parut presque surhumain. Sa tête lui tournait, maudite tension trop basse ! Son propre pied de perfusion lui bloquait la vue et de toute façon elle ne voyait pas très bien en règle générale. Elle s'apprêtait à questionner à nouveau la petite fille lorsque celle-ci se décala et éteignit brutalement la lumière.

 

« Zita ! S'indigna-t-elle, je peux savoir ce qui te prend ?

 

- Comme tu ne peux pas aller voir les étoiles, alors j'ai amené les étoiles à toi, murmura-t-elle doucement en laissant découvrir à son amie l'étendue de la surprise qu'elle lui avait préparée durant sa sieste. »

 

Partout dans la chambre, l'enfant avait disposé de petites lanternes normalement destinées à illuminer une pelouse lors d'un soir de fête. Fichées parfois de façon incongrue elles formaient une véritable galaxie autour d'elle. Profitant du silence ému de Léna, la petite fille en profita pour se diriger en silence vers la porte. Ce ne fut que lorsque celle-ci se referma que l'adolescente sortit de sa torpeur, les larmes aux yeux. Le monde n'était peut-être pas si pourri que ça finalement. Constellée d'étoiles sa chambre lui paraissait moins austère et sa condition, durant quelques secondes, plus supportable.

 

« Merci Zita, chuchota-t-elle en savourant ce moment qui n'appartenait qu'à elle. »

 

oOo

Note de fin de chapitre:

Zita, Léna, Alex et Lucie (ces deux derniers n'apparaissent pas dans ce OS) sont des personnages qui interviendront dans plusieurs de mes écrits. Ce sont des enfants exposés à des faits d'adultes, à qui l'on demande d'être des adultes, ne les jugez pas trop sévèrement :)

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