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Notes :

J'ai l'impression d'être ultra prétentieuse dans mon résumé... j'ai un peu de mal à mettre en ordre mes pensées et l'ensemble de ces textes a été écrit souvent sous le coup d'une émotion, d'un souvenir. Ils sont personnels, parfois violents car le reflet de mon hypersensibilité. J'ai longuement hésité avant de les poster mais je me suis dit que cela me ferait du bien :)


Image de couverture libre de droits.

Notes d'auteur :

Texte écrit durant la nuit HPF de novembre 2017

Le réverbère


oOo


Froid.


Je contemple les quelques centimes qui gisent misérablement dans ma paume emballée dans des lanières de tissu faute de gants pour me protéger du givre. J'aurais à peine de quoi m'offrir un mauvais café pour réchauffer mes doigts gercés.


Froid.


Douleur.


Le zéro absolu ne doit pas être bien loin, aussi bien sur ma peau que dans mon être. Je suis un iceberg, celui que le Titanic n'a pas voulu voir, à l'instar des passants qui baissent les yeux en apercevant ma carcasse recourbée. Je suis là, devant vous, exposé aux yeux de tous mais ignoré. Je suis une montagne de glace sale et fatiguée. Mes muscles sont engourdis, mes paupières lourdes ne demandent qu'à s'abaisser, le refuge n'est plus très loin. Je déteste en avoir besoin.


Froid.


Douleur.


Déception.


Ils sont complets, rien d'étonnant par les temps qui courent. Nous sommes de plus en plus nombreux, âmes en peine sous les ponts, au-dessus des gares, entre deux poubelles, regroupés prêt des bouches de métro à grappiller quelques degrés.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Ils étaient trois, trop jeunes pour être déjà désespérés, un armé d'un tesson de bouteille, chancelant certainement après en avoir bu le contenu, les yeux exorbités, la démarche claudicante me menaçait tandis que ses complices me faisaient les poches. Je n'ai plus rien, même ma deuxième paire de chaussettes a rejoint le sac à dos du plus vieux, au visage si jeune cerné et ridé autant que le mien. J'aurais pu frapper, mais à quoi bon, j'ai encore un semblant de santé, peut-être ma seule chance de m'en tirer encore un an, un mois, une semaine, un jour, qui sait ? Je n'ai pas résisté et pourtant ils m'ont attrapé et plaqué violement contre un lampadaire le temps de me retirer mes chaussures.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Mes pieds nus foulent le sol enneigé, ma peau au début rougie, brulée est à présent bleutée. La douleur est partie, ce n'est jamais bon signe. La douleur est parfois la seule chose qu'il me reste, grâce à elle je sais que je suis toujours vivant. Des larmes de rage gèlent instantanément sur mes joues. Pourquoi moi ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi alors qu'il fait si froid ? J'ai tenu, depuis quatre ans je tiens, d'abord dans ma voiture après avoir dû renoncer au loyer trop imposant de mon appartement, puis dans une tente lorsque la fourrière embarqua mon véhicule parce que j'étais là depuis trop longtemps. On avait siphonné mon réservoir et crevé mes pneus, je n'aurais de toute façon pas pu bouger. Puis le vent a emporté ma tente et mes derniers espoirs. J'étais dehors, véritablement sans toit.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Avant j'étais comme elle qui passe en souriant avec ses courses d'un pas assuré, comme lui qui téléphone à son patron afin de boucler son travail pour partir en weekend, comme eux qui attendent la sortie du dernier James Bond. Je n'avais peur de rien, j'avais un avenir, je ne pensais pas que je pourrais un jour me trouver à la place de cet homme avec son cadi qui tendait la main vers moi, son sourire édenté me mettant mal à l'aise. Jamais je n'aurais imaginé m'affaler contre un réverbère, à bout de souffle, meurtri, désespéré.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Il n'est pas si mal ce poteau lumineux, si j'avais un livre et que je sentais encore mes pieds je serais presque heureux. J'ai appris à me contenter de peu.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Faim.


Mon ventre grogne, mon estomac se tord. Je mâche un vieux papier pour tromper mon corps. La soupe populaire n'est qu'à quelques rues, quelques rues de trop, je suis figé, incapable de bouger. Affamé et frigorifié.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Faim.


Froid.


Il fait nuit, personne ne m'a ramassé. Je suis toujours là, sous mon lampadaire. Je crois que je le possède, personne n'a encore essayé de me le prendre, hormis lui, il n'y a rien d'autre que mon esprit que je peux encore vendre.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Faim.


Froid.


Peur.


L'ampoule faiblit, la lumière faillit en un grésillement insupportable. Je me sens devenir fou, plonger petit à petit dans les méandres de la nuit éternelle, est-ce donc cela ? Est-ce la fin ? Je me secoue en vain, mon corps n'est qu'un poids mort, mes orteils cyanosés me donnent la nausée. Mes yeux sont fermés, je sens le givre mordre mes paupières, carnassier.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Faim.


Froid.


Peur.


Obscurité.


La lumière s'est éteinte. Le réverbère est inutile, comme moi d'après les dires de certains. Qu'ils soient heureux, demain ils ne me verront plus. Je ne serais plus la honte de personne. Demain n'existera pas pour moi.


Froid.


Douleur.


Déception.


Douleur.


Colère.


Souvenir.


Lumière.


Faim.


Froid.


Peur.


Obscurité.


Aurore.


Un petit point rouge miroite sur ma paupière close, j'ai l'impression qu'il fait chaud, si chaud dehors, il faudrait que je me lève, que je bouge, que je reparte, pourtant je dors. Je dors si bien, je suis si bien, pourquoi me lèverais-je ? Pourquoi quitterais-je ce lampadaire providentiel pour la rue grouillante où je me ferais bousculer et fustiger ? Et quand bien même. Si je le voulais, serait-ce vraiment important ? Cela changerait-il quoique ce soit qu'une journée durant encore je guette le moindre centime, le moindre sourire, la plus infime lueur d'espoir ? Le lampadaire se rallumera peut-être. Je vais attendre.


Froid.


Autant rester ici. Après tout, je suis déjà mort.


oOo

Note de fin de chapitre:

Merci pour votre lecture! :)

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